Antichrist Superstar, le disque qui a révélé
Marilyn Manson au grand public, est un album concept, compliqué,
presque incompréhensible, qui en appelle à la
culture (références philosophiques, littéraires
et bibliques), à l'intelligence et à la sensibilité.
Best seller, il est le premier album de metal à atteindre
le haut des charts avec une image aussi sombre. Lorsqu'il est
envoyé aux médias, sa fiche de presse dit qu'il
annonce l'arrivée de l'Apocalypse, mais que Marilyn Manson,
appelé le Révérend, sauvera ceux qui le
valent. Il s'agit d'un appel d'offre, d'un recrutement. Manson
veut former une armée. Mais pas n'importe laquelle, car
sa croisade est périlleuse. Il attaque de front deux
grands monstres : l'Amérique, beauf et apathique, et
la religion, dictatoriale et abrutissante. Pour cela, il ne
passe pas par quatre mais par dix, vingt chemins, références
à Nietzsche, Schopenhauer, Milton, Shelley, métaphores
alambiquées, numérologie, souvenirs d'enfances.
Chaque détail en cache un autre, chaque phrase demande
une analyse. Antichrist Superstar est un album fatiguant. Mais
passionnant. Un album à tiroir. Son impact sur les jeunes
est immense. Des bastions d'ados se rallient à sa cause,
tentent de devenir le Révérend, en font un Dieu
tout puissant. Mais beaucoup n'ont pas compris ses paroles :
si Manson leur dit de rejeter toute forme de religion, c'est
uniquement pour qu'ils deviennent eux-mêmes leur propre
Dieu. L'Amérique, quant à elle, prend peur. Manson
passe pour un fou dangereux et son disque comme ses concerts
sont appelés au boycott. Dans son coin, l'Antéchrist
se marre. Il est parvenu à ses fins : le monde entier
est tourné vers lui, certains buvant ses paroles, d'autres
le regard assassin...