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La pression qui pesait sur
toi pour cet album devait être assez énorme, après
les accusations portées à ton encontre suite au
carnage de Littleton...
MM : Après le massacre de Littleton, et d'autres tragédies
pour lesquelles j'ai du porter le chapeau, j'ai tenté en
vain de m'expliquer mais tout ce que voulaient entendre les médias,
c'était Marilyn manson pourrit la jeunesse. J'ai alors
commencé à me replier sur moi-même et, pendant
plusieurs mois, je n'ai pas quitté la maison. Mais j'en
était arrivé à un point où je devais
décider si je restais en retrait au risque de me faire
enculer ou si je contre-attaquais pour exploser quelques dents.
Ce disque frappe mes detracteurs en pleine mâchoire.
La déclaration d'intention de 'Holy
Wood' précise que c'est un album traitant d'un monde vendu
aux enfants et détruit par eux. Que veux-tu dire par là?
MM : L'ensemble de la production culturelle et de loisirs aux
États-Unis semble être dirigé à l'intention
des enfants, ou d'adultes se contantant d'un comportement infantile.
La question que je pose avec 'Holy Wood' est "est-ce ce marché
du divertissement qui tue les enfants, ou tout simplement le fait
de les tuer qui nous divertit?" C'est un phénomène
très américain que d'esthétiser la mort,
de la rendre glamour, puis de s'en sentir coupable et de vouloir
punir ses enfants pour ce sentiment. Aux États-Unis, la
mort n'est pas réelle tant que personne ne la enregistré
en vidéo pour la diffuser à la télé.
L'Amérique est le berceau idéal pour les serial
killers et les criminels de masse, car les médias encouragent
leurs méfaits en les glorifiant.
Ce type de déclarations ne fait qu'aggraver
l'image que ton pays a de toi, alors pourquoi persisiter?
MM : Pour le chaos. Je trouve que les persécutions dont
nous sommes la cible sont une bonne chose. Les meilleurs moments
de notre tournée précédente ont eu lieu à
la fin, alors que nous revenions jouer en Amérique dont
nous étions plus ou moins bannis. Tu as parfois besoin
d'un adversaire pour te pousser vers l'avant. Malheureusement
pour moi, le mien n'est jamais que le monde entier !
Parlons un peu de 'Holy Wood'. C'est un album
excessivement lourd et sombre...
MM : Oui, il est plus lourd que ne pouvait l'être 'Antichrist
Superstar'. Il a plus de muscles, une osature plus solide. C'est
également la première fois que Marilyn Manson sonne
comme un vrai groupe, que nous avons une collaboration musicale
vraiment étroite. L'album a été écrit
conjointement par Twiggy Ramirez et John 5, et leurs positions
respectives de bassiste et de guitariste ont été
déterminantes quant à la puissance des morceaux.
Pour ma part, j'ai également été bien plus
impliqué que d'habitude dans la composition. J'ai joué
pas mal de guitares et de clavier, et quelques autres trucs par-ci
par-là. L'idée de départ était pourtant
de faire un album très electronique de façon presque
exclusivement acoustique, avec de véritables instruments.
Nous avons fait beaucoup de choses expérimentales qui finiront
sans doute sur des faces B de singles, nous avons même enregistré
quelques chansons purement acoustiques dans le désert.
Nous avons travaillé avec Bon Harris de Nitzer Ebb, qui
a fait une bonne part des programmations, et c'était vraiment
une collaboration excitante. Nous enregistrions des sons naturels
et lui en tirait quelque chose de totalement différent.
En un certains sens, 'Holy Wood' est notre album blanc des Beatles
car il est très expérimental, même s'il est
particulièrement lourd, bien plus que nous l'aurions imaginé
au départ. C'est devenu l'album le plus sombre que nous
ayons jamais enregistré, mais il devait être ainsi
pour pouvoir achever la trilogie.
Il y a donc selon toi un lien direct entre
les trois derniers albums?
MM : Oui, 'Holy Wood' relie conceptuellement 'Antichrist Superstar'
et 'Mechanical Animals', et résume toute l'histoire de
Marilyn Manson jusqu'ici. Tandis que j'écrivais les paroles
de 'Holy Wood', je travaillais en même temps sur le livre
inspiré de l'album, qui, à l'époque, devait
également devenir un film que je concevais comme la suite
logique du Santa Sangre de Jodorowsky. C'est pourquoi il est évident
qu'il y a une histoire sur ce disque. Tu peux écouter la
musique et trouver qu'elle se suffit à elle-même,
ce qui est vrai en quelque sorte, mais l'histoire que je raconte
va bien plus loin que cela. Cet album termine ce que j'avais entamé
avec 'Antichrist Superstar'. C'est un disque qui a beaucoup de
couches différentes, plusieurs morceaux sont divisés
en parties distinctes, en chapitres, car c'est de cette manière
qu'est racontée l'histoire. Dans un certain sens, c'est
très prétentieux et arrogant, mais ça reste
positif car tu ne t'ennuies pas, ce n'est pas un concept fumeux
qui prendrait le pas sur la musique.
Peux-tu nous en dire plus sur le récit
de cet album?
MM : Le concept de 'Holy Wood' tourne autour de l'histoire d'un
innocent à qui on aurait donné le fruit défendu
de la connaissance. Après avoir acquis ce savoir interdit,
l'innocent décide naïvement d'agir en idéaliste
et l'utilise pour améliorer son environnement, ce qui fait
de lui un révolutionnaire. Ce qui se passe alors est que
la révolution qu'il engendre devient un produit comme un
autre du système qu'il combat, que l'ordre recrache cette
révolution après l'avoir aseptisée, jusqu'à
ce qu'il réalise qu'il se combat lui-même et que
le seul moyen de détruire ce monde est de se détruire
lui-même. Comme le dit le proverbe, il ne faut qu'une seule
balle pour détruire le monde entier, car il ne se trouve
que dans sa tête. C'est un peu le même principe que
pour Omëga, le personnage de 'Mechanical Animals' qui était
une satire de la rockstar. Et lorsque vous entendrez ce disque
et lirez le livre qui en découle, vous réaliserez
à quel point les personnages de chaque album sont liés.
Des personnages qui sont à chaque
fois un décalque de toi-même...
MM : En fait, et pour la première fois, je ne me sens plus
comme si je jouais un rôle. Lorsque j'ai écrit 'Antichrist
Superstar', c'est comme si j'avais prédit ce qui allait
m'arriver dans les moindres détails. Quand ceci t'arrive,
tu te poses immanquablement la question : est-ce l'art qui imite
la vie ou la vie qui copie l'art? Par de nombreux aspects, 'Antichrist
Superstar' n'était pas inspiré par ma vie, mais
a fini par la construire et par l'écrire au fur et à
mesure que les évènements s'enchaînent. Je
suis devenu ce dont j'avais peur lorsque j'étais enfant,
un méchant de carton-pâte dont l'image n'effraie
plus que les bigots. Mais ce que j'ai appris au fil des années,
c'est la nécessité de combattre, même si le
combat n'a pas d'autre issue apparente que de semer le chaos,
et surtout s'il semble perdu d'avance. Je crois que c'est ce qui
me différencie des autres artistes. N'importe qui peut
écrire des chansons, mais il est bien plus difficile et
joussif de créer le chaos.
De quoi traite ton roman? Et pourquoi as-tu
abandonné l'idée d'en faire un film?
MM : Le film que j'avais prévu de tourner est au placard
et il n'en sortira que si j'arrive à le réaliser
selon mes termes. Je préfère avoir un album et un
roman qui disent exactement ce que je veux, que de determiner
avec un film que quelqu'un choisira d'édulcorer. Le scénario
du film était une histoire très forte, mais beaucoup
trop violente politiquement et religieusement pour les gens de
ce milieu. J'ai cherché pendant un an quelqu'un qui aurait
le courage de le tourner, mais Hollywood semble terrifié
à l'idée de prendre des risques, même en sachant
que Johnny Deep avait accepté d'y tenir le rôle du
président. Il y a une autocensure énorme aux États-Unis
en ce moment, à cause des évènements de l'année
dernière où on s'est empressé de montrer
du doigt le cinéma, la musique ou les jeux vidéos.
Suite à cet échec, j'ai repris le scénario
de 'Holy Wood' et j'y ai opéré quelques changements
pour en faire un livre. Les auteurs qui m'ont le plus inspirés
sont William S. Burroughs, Kurt Vonnegut, Aldous Huxley et Philip
K. Dick. Ce sont des gens que je vise à égaler,
mais nous verrons ce que la critique littéraire en pensera.
Je suis très satisfait de ce roman. Je trouve qu'il est
très détaillé et qu'il te fait passer par
pleins d'endroits et d'atmosphères différentes.
Ce que que je trouve étrange, c'est finalement que tu peux
en apprendre plus sur moi par ce livre, qui est une fiction, que
par mon autobiographie. Il est plus facile d'être honnête
lorsque tu mens.
Parallèlement à toutes ces
activités, tu continues à peindre, à en juger
par les images présentées sur ton site...
MM : Je n'ai jamais cessé de peindre, et j'espère
pouvoir montrer une exposition, peut-être quelque chose
d'itinérant dans le cadre de la tournée, où
nous présenterions également toutes les photos réalisées
pour 'Holy Wood' parce que, sans vouloir paraître prétentieux,
cet album est bien plus qu'un simple disque pour moi. Nous avons
essayer de créer un espace global, qui puisse être
considéré comme de l'art, et aussi inspirer d'autres
sensations. Peut-être qu'il déclenchera des émeutes
à la manière des films de Bunuel et Dali lors de
leur sortie, parce qu'ils étaient jugés comme trop
provocateurs. À cet égard, 'Un chien Andalou' est
sans doute le meilleur film du monde.
L'aspect visuel de 'Holy Wood' semble presque
aussi important que la musique...
MM : Oui, c'est vrai, car il s'agit vraiment d'un tout. Le visuel
de 'Holy Wood' a été fait par Paul Brown, qui était
déjà responsable de nos deux précédents
albums, sans compter le live. Nous travaillons et décidons
tous ensemble, et nous préférons nous passer de
l'intervention de photographes ou de designers extérieurs.
Ce qui ne veut pas dire que je prétends être soudainement
devenu photographe, mais simplement que notre association dans
ce domaine fonctionne bien. Le visuel de ce nouvel album est très
symbolique à mes yeux car j'ai commencé à
y travailler en même temps qu'au reste du disque. Il s'inspire
du tarot et de l'alchimie que j'étudie depuis dix ans.
Mon intérêt pour l'alchimie s'était d'ailleurs
déjà inflitré dans 'Mechanical Animals' par
un chemin détourné, car si tu mélanges les
lettres du titre, tu obtiens "Marilyn Manson is an Alchemical
Man".
Tu as enregistré en partie cet album
dans la maison d'Houdini, qui était féru d'alchimie,.
Je suppose que ce n'était pas un hasard...
MM : En fait, 'Holy Wood' est passé à travers diverses
phases d'écriture et d'enregistrement distinctes. Nous
avons beaucoup expérimenté au fil des mois, même
si la majeure partie de l'album a été écrite
chez moi, à Hollywood. C'est là que les Rolling
Stones avaient écrit 'Let It Bleed' l'année de ma
naissance, et comme c'est l'un de mes albums préférés,
cela donnait une signification nouvelle à mon travail.
La maison d'Houdini a effectivement apporté un peu de sa
magie, mais paradoxalement, ce n'est pas pour son ancien propriétaire,
dont je connaissais les travaux, que nous nous sommes orienté
vers cette maison, mais pour son architecture. Nous l'avons louée
car elle possédait des pièces immenses où
nous pouvions enregistrer la batterie dans des conditions satisfaisantes,
ce qui était à peu près impossible chez moi.
Ta dernière apparition scénique
a eu lieu lors du concert de Nine Inch Nails au Madison Square
Garden le 9 mai, pour deux titres en duo 'Starfuckers INC' et
'The Beautiful People'. Seriez-vous enfin réconcilié?
MM : Notre relation a toujours eu des hauts et des bas. Je ne
saurais dire exactement où nous en sommes en ce moment,
mais je pense que nous avons reglé un certains nombre des
problèmes que nous pouvions avoir par le passé,
ce qui ne signifie pas que d'autres ne vont pas surgir dans l'avenir.
Tu viens de lancer ton label Posthuman. Qu'est-ce
qui t'a poussé à le faire?
MM : J'ai pensé qu'il était temps de mettre ma notoriété
à profit pour défendre les groupes que j'aime, ce
qu'à toujours fait Trent, en promouvant Coil et Aphex Twin
par exemple. Je pense que vous apprécierez vraiment l'album
de Godhead qui est ma première sortie, et que vous pouvez
vous attendre à d'autres surprises du même genre...
Mais pas tout de suite, car il est très difficile de cumuler
le business du disque et de mener à bien une tache aussi
harassante que Marilyn Manson. Je suis arrivé à
un point de ma vie où j'ai réussi à vivre
le rêve américain. Il ne me reste plus qu'à
le transformer en cauchemar.
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