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Le gendre idéal de l'Amérique
revient à toute blindée pour battre le fer tant
qu'il est chaud, en pleine campagne présidentielle US où
les médias et l'entertainment en général
sont dans la ligne de mire de candidats qui ont rarement été
aussi puritains dans leur programme électoral. Mais ce
ne sont pas les élections qui ont motivé l'écriture
de ce 'Holy Wood (In The Shadow Of The Valley Of Death)'. Dans
notre dernier numéro, M.M. expliquait que le massacre de
Columbine l'avait beaucoup inspiré et que ce nouveau disque
se voulait un uppercut dans la face de tous ceux qui avaient voulu
lui faire porter le chapeau de l'indicible carnage. Entre Christ
et JFK, satanisme et marketing, discussion avec l'antistar dans
une chambre d'hôtel londonienne.
Hier, ma mère m'a téléphoné
et je lui ai dit que je partais t'interviewer. Elle m'a dit :
"Mais ce cinglé risque de te tuer!"...
MM : (sourire) Désolé mais je suis trop
fatigué pour te tuer. Une prochaine fois, peut-être.
Tu lui diras que je suis désolé que tu aies survécu.
Le mois dernier, tu nous parlais du concept
d'Holy Wood'. Tu mentionnais 'Antichrist...' et 'Mechanical Animals'.
'Portrait Of An American Family', ton premier disque, compterait-il
pour du beurre?
MM : C'est un disque très différent des trois derniers.
Lorsque j'ai entamé 'Antichrist', je savais que ce serait
un concept que je déclinerais. 'Portrait...' est un premier
album : tu écris des chansons, et au final, tu réalises
ton premier disque. C'est un point de départ qui n'a rien
à voir avec les autres albums, mais je l'apprécie
énormément car il m'a permis de poser des jalons.
Crois-tu que Marilyn Manson existerait si
tu n'étais pas né aux États-Unis?
MM : Je dirais que les States ont besoin de Marilyn car mon groupe,
globalement, est un commentaire, une analyse de l'Amérique.
Mes compatriotes ont envie de se regarder dans le mirroir que
je leur propose... Il est évident que si je n'étais
pas américain, je ne me plaindrais pas des mêmes
choses, je serais intéressé par d'autres sujets.
Mais je suis malgré tout différent des américains,
je ne regarde pas mon pays de la même manière que
la majorité, mais comme un observateur des dérèglements
de cette nation.
Quelles sont les choses que tu aimes aux
États-Unis?
MM : Les choses que j'aime sont exactement les mêmes que
celles que je déteste... C'est ça, l'Amérique.
Comment ça?
MM : Les médias par exemple, ils sont ridicules mais, en
même temps, ils me distraient... Pour tout ce que tu peux
prendre aux States, il existe une raison de l'aimer et de le détester.
C'est pourquoi j'aime mon pays. Et c'est pourquoi je déteste
mon pays. C'est là la source de mon inspiration. Si je
vivais ailleurs, là où tout va bien, je crois que
je n'aurais aucune raison d'écrire. Je suis heureux de
vivre dans un pays où les gens ont besoin d'entendre un
autre son de cloche, je sais que le public a besoin de ma vision.
Les gens ont besoin d'entendre un discours différent de
ce qui est montré à la télévision
tous les jours.
D'une certaine façon, tu peux apparaître
comme un génie du marketing tant ta façon de vendre
ton image est impressionnante d'efficacité...
MM : Ça fait partie de ce qu'est un artiste : présenter
son travail d'une façon attrayante, qui intrigue le public.
Je ne considère pas les choses que je fais comme des gimmicks
ou du marketing, c'est simplement la façon que j'ai choisie
de communiquer. Tout ce que je fais est une représentation
de ce que je suis : que ce soit une pub, une vidéo, c'est
ma façon de communiquer avec les gens. Tout est important,
et ce que tu peux appeler mes coups marketing font partie de mon
art.
D'où te vient cet intérêt
très prononcé pour le Christ et John Fitzgerald
Kennedy?
MM : Aux États-Unis, on n'a jamais autant tenu les divertissements
- la musique et le cinéma en particulier - pour responsables
du comportement des gens. Mais pour moi, le film le plus violent
que j'ai jamais vu, c'est l'assassinat de JFK aux infos. L'un
des livres les plus violents que j'ai jamais lu est la Bible.
L'une des choses les plus sexuelles, effrayantes et violentes
que j'ai jamais vues, c'est le Christ cloué sur la croix.
Si vous considérez Marilyn Manson comme responsable de
la conduite de vos enfants, je répond que la société
est responsable de ce que je suis. J'ai grandit en regardant la
télévision, la croix et en lisant vos livres. Vous
êtes donc les coupables car vous m'avez élevé,
et ce que je suis est le résultat de votre attitude. À
la fin, nous arrivons à la situation du serpent qui se
mord la queue. C'est également la raison pour laquelle
les gens ont créé le concept du diable : j'ai fait
quelque chose de mal. Mais c'est le diable qui m'y a poussé.
Les gens refusent d'assumer leurs responsabilités.
Pourrais-tu nous expliquer ta conception
du satanisme, celle d'Anton Szandor Lavey, celui qui a écrit
la Bible Satanique...
MM : Chacun interprète les choses comme il le souhaite.
Pour moi, Dieu et Satan sont des mots que les gens utilisent pour
désigner le Bien et le Mal. Tout comme mon nom : Marilyn
Manson. Mon interprétation du satanisme est une théorie
de l'évolution, la survie des plus forts, la préservation
de soi, l'affirmation de son individualité et de ce en
quoi tu crois. Dieu et Satan n'ont pas grand chose à voir
avec cette philosophie, je parlerais plutôt d'humanisme.
Satan représente seulement la rebellion car Dieu représente
le statu quo. Le satanisme n'est pas, selon moi, une religion,
c'est une philosophie, une opinion. J'ai beaucoup appris de Lavey,
mais je ne vis pas au quotidien comme il le préconise.
Pour l'instant, je n'ai écouté
'Holy Wood' qu'une seule fois, et j'ai trouvé ça
très heavy. Est-ce un choix de ta part ou l'influence de
John 5, le guitariste qui est arrivé après l'enregistrement
de 'Mechanical Animals'?
MM : J'ai spécialement décidé que 'Mechanical
Animals' devait être un disque rock mélodique, car
à l'époque où je l'ai enregistré,
beaucoup d'artistes se fourvoyaient dans la violence et la non-mélodie.
Pour Holy Wood, j'ai voulu relever le challenge de faire quelque
chose de heavy, en même temps profond et ironique. Car souvent,
le heavy ne requiert pas de talent mais simplement une pédale
de distortion. Le groupe au complet voulait enregistrer un disque
de heavy. Même les titres qui n'ont pas de guitares sont
lourds... dans leur discours, leur message... Être heavy,
ce n'est pas uniquement utiliser sa guitare.
Comment as-tu écrit?
MM : J'ai passé trois mois tout seul à écrire
mon livre et des idées de paroles pour le disque. Puis
nous nous sommes rassemblés avec le reste du groupe. Ce
qui est étrange, c'est qu'écrire avec John est très
différent d'écrire avec Twiggy. Pourtant 'Holy Wood'
est un véritable travail de groupe, la première
fois sûrement depuis nos débuts. Nous avons ressenti
que nous pouvions enregistrer quelque chose qui n'avait jamais
été fait auparavant.
Es-tu en train de réaliser ce que
tu as toujours voulu devenir?
MM : Dans un sens, oui. Enfant, je voulais devenir un individu
avec sa personnalité, sa propre existance, pas celui que
les autres auraient voulu que je sois. Mais je ne désirais
pas forcément devenir rock-star...
En quoi ta relation avec la commédienne
Rose Mc Gowan t'a-t-elle transformé?
MM : Toutes les relations t'affectent, de toute façon.
Mais ce qui est dommage pour les gens qui m'entourent et qui m'aiment
c'est qu'ils doivent réaliser que c'est mon coeur qui passe
en premier, que je suis vraiment attaché à ma passion
première : être créatif et totalement dédié
à mon art.
En parlant de relations humaines, que penses-tu
du fait de t'être réconcilié avec Trent Reznor?
MM : C'était agréable de se débarrasser de
certaines choses qui appartenaient au passé, mais en fait,
nous ne nous sommes pas parlé depuis que j'ai réalisé
la vidéo de 'Starfuckers Inc'. Nous avons une relation
assez particulière. Je suis content que le passé
soit derrière nous mais le futur m'importe peu. Tout dépend
de lui, pas de moi.
Tu t'es essayé à la réalisation
de clips avec N.I.N., as-tu d'autres projets du même type?
MM : Je vais réaliser les clips de mes propres chansons.
L'expérience avec Trent a été intéressante,
mais à l'avenir, je me consacrerai à ma musique.
Quels sont tes cinéastes préférés?
MM : Hmm... Luis Bunuel, Jodorowski avec lequel je vais monter
un projet l'année prochaine et Cocteau. Ce sont des réalisateurs
un peu "arty", mais ils ont conçu les films que
je préfère.
La culture européenne semble t'intéresser.
Que ressens-tu lorsque tu es en France?
MM : Je me souviens de mon dernier concert en France comme étant
l'un de mes préférés. Je pense que Paris
est une ville dans laquelle je pourrais vivre. Malheureusement,
je n'ai jamais eu l'occasion de passer beaucoup de temps là-bas.
Quel est ton planning?
MM : L'album va sortir fin octobre ou début novembre. Nous
commencerons à tourner aux États-Unis durant la
même période et finirons en Europe fin janvier. Nous
allons proposer un gros show, ce qui ne veut pas dire "beaucoup
de lights et d'explosions" tout le monde refait ça
de nos jours. Le plus important restera la performance, la musique.
Es-tu satisfait du line-up actuel du groupe?
MM : Oui, complètement. John 5 fait vraiment partie de
Marilyn Manson. Dans les autres groupes avec lesquels il a joués,
il n'était considéré que comme un employé.
Ausein de Marilyn Manson, il a été très actif
pour l'écriture. Il a co-composé au minimum la moitié
des titres.
Est-ce que ta vie a changé en emménageant
dans cette étrange ville qu'est Los Angeles, plus spécifiquement
à Hollywood?
MM : C'est fort probable, mais j'ai du mal à considérer
dans quelle mesure. Le fait est que cette ville m'inspire beaucoup.
J'y ressens une sorte d'isolement qui me convient parfaitement
car ça m'aide à écrire. Cet isolement vient
du fait que ma maison est entouré d'arbres et que je ne
vois pas ce qui se passe en dehors de chez moi.
Pour qui vas-tu voter en novembre?
MM : Je ne vote pas, pour moi, tout ça est une mascarade.
Mais si je devais choisir, ce serait pour Bush. Gore et Lieberman
sont très actifs dans leur action de censure culturelle.
La femme de Gore, Tipper, avait lancé le PMRC dans les
années quatre-vingt. Ils sont en train de tenter de réinstaller
ce genre d'organisme de censure.
J'imagine que tu as trouvé l'affaire
Lewinski assez grotesque, non?
MM : Même pas. Ça ne m'a vraiment pas intéressé.
C'était une affaire en or pour les médias et ça
a permis à Clinton de bombarder quelques pays.
Est-ce que tu continues à recevoir
des menaces de mort?
MM : Ça fait plus d'un an et demi que je n'ai pas donné
de concert, mais je pense que ça doit encore passer par
l'esprit de certaines personnes. Je serai déçu de
ne plus en recevoir (sourire) !
Est-ce que ta relation avec les fans est
importante?
MM : J'essaie d'être le plus proche d'eux et mon site web
me le permet un peu. Mais la relation la plus forte que tu puisses
établir, c'est lorsque tu donnes un concert : l'interaction
entre ce que nous faisons sur scène et ceux qui aiment
notre musique et le manifestent. Il n'y a rien comme la scène.
Rien.
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