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Comment ça va, Satan?
MM : Hum. Ce nouveau disque, 'Holy Wood', est en fait le début
d'une trilogie terminée, avec le premier album. J'ai raconté mon
histoire à reculons.
Pouvez-vous la résumer à l'intention de nos
lecteurs les plus distraits?
MM : C'est un truc authobiographique. En fait, l'histoire de quelqu'un
qui cherche à s'intégrer dans un monde qui le refuse. Un monde
tenu par la morale. Mais aussi un monde où la révolution
est devenue un produit comme les autres, une chose à vendre. On
pourrait croire que les moralistes détestent cette révolution
mais, tant qu'ils peuvent la vendre, non. Le seul moyen de combattre
cela, c'est l'autodestruction. Et là, on est dans 'Antichrist
Superstar'. Le cercle est bouclé. C'est également le thème d'un
livre de fiction dont le héros s'appelle Adam (il renifle
violemment).
Dans tout l'album, une thématique revient
en leitmotiv : l'évolution, singe, homme, flingue.
MM : Oui, une critique de la société américaine. Cette idée que
l'humain serait intelligent. Pour moi, l'homme est beaucoup moins
évolué que l'animal. L'homme a ce désir inné de s'autodétruire.
C'est la question que pose le disque. Allons-nous enfin évoluer?
N'est-il pas un peu trop tard pour poser
une si grande question?
MM : Il n'est jamais trop tard. Beaucoup de gens naissent chaque
jour. Il y a trop de façon de se détruire.
La drogue entre autres...
MM : Tout dépend quelle drogue vous prenez. Certaines peuvent
vous aider à vous détruire, si vous ne raffolez pas de vous. Ce
qui fut un peu mon cas, je l'avoue. Vous savez, on peut se détruire
mentalement aussi. On peut détruire ses vieilles notions mentales
également.
Peut-on dire que vous êtes le prototype du
chrétien déçu? Du type qui se dit que le monde est trop triste,
qu'il manque d'animation et qui, du coup, décide d'endosser les
oripeaux de l'Antéchrist...
MM : Ça peut être une façon de présenter les choses. Beaucoup
de gens ont mal interprété le message du Christ. Lui-même est
devenu un phénomène commercial. Pensait-il finir sur les murs
de toute la chrétienté, placardé en effigie? il s'est sacrifié.
C'est son histoire que je raconte sur ce disque, à ma façon. Je
n'ignore rien de la Bible, je la réecris.
Alexandro Jodorovski rêve de faire de vous
un acteur. Il vous a écrit un scénario : "Les Enfants d'El
Topo".
MM (soudainement animé) : Je l'ai lu d'une traite. Je
l'adore. Dites-lui que je veux faire ce film. C'est un être humain
que j'adore.
Quand on lui parle de vous, il dit "Oui,
il essaie d'être le monstre qu'ils adorent détester". Êtes-vous
d'accord avec cette interprétation?
MM : D'une certaine façon, oui. Je suis de ces lecteurs qui préfèrent
les personnages des méchants dans les livres de contes. Les héros
sont d'un ennui total. Et on ne pourra absolument pas les égaler.
Alors que les vilains...
Si Bush est élu, vous faîtes quoi? Vous partez
vous réfugier au Mexique?
MM : Je ne suis d'aucun parti, je ne vote pas, et je préfère encore
Bush aux deux autres débiles. Au moins, on peut le haïr totalement.
Gore et l'autre taré sont dangereux. Ils ont dans leur projet
une guerre totale contre l'industrie du spectacle. C'est évident
: il n'y a plus de baudruche, ni communiste, ni nazie. Il faut
trouver un méchant pour exciter les populations. Ce sera un entertainer.
Voilà un combat qui devrait vous ravir...
MM : Non. Ils ont le pouvoir de me détruire totalement. Ils sont
le gouvernement américain, je ne suis qu'un chanteur de rock.
Depuis la mort du grand prêtre de l'Eglise
de Satan, Anton La Vey, on manque d'informations. Peut-on savoir
si vous en êtes le nouveau Grand Prêtre?
MM : J'ai énormément appris de La Vey. Je crois que je serais
toujours passionné par l'histoire des religions et cette église
de Satan est un élément fondamental du combat que nous allons
mener. La Vey était fantastique mais je n'ai jamais fait partie
de son église. Ni d'aucune autre.
Vous étiez à l'enterrement de La Vey, avec
Trent Reznor. Qui a repris la tête de l'Eglise de Satan? Est-ce
sa fille Zeena?
MM : Je n'en sais absolument rien. Je suis incapable de vous répondre...
Des rumeurs fabuleuses circulent sur Internet à votre sujet. Notre
préférée de la semaine : vous auriez mangé de la chair humaine
pour prêter allégeance au Mal Absolu...
MM : (rire diabolique) Je n'ai pas encore essayé. Mais
si tu veux rester pour mon déjeuner (il renifle).
On vous prête l'intention d'ouvrir un Disneyland
de la perversion...
MM : (sourire) Hé, Hé... Admettez que ce serait sympa...
Et maintenant la grande question : Satan,
l'avez-vous rencontré, vous qui en décrivez l'apparition lors
de spectacles dantesques?
MM : (long silence) Eh bien parfois, on sent une présence
dans la pièce. Une force fantomatique, oui. D'habitude les gens
posent leur question différemment. Ils me demandent si je crois
au surnaturel. En fait, je crois que rien n'est naturel. Il existe
des forces et certains humains sont nés avec un pouvoir (désignant
la table du salon). Que quelqu' un imagine un bidule pareil et
le produise en série me semble relever de la magie. La seule chose
réelle est le talent.
Rock & Folk dédie une large portion de son numéro de novembre
à l'Ange du bizarre. Et la rédaction rêve de votre opinion sur
divers titres dédiés au Malin.
MM : Humf... Essayons.
Pourriez-vous reprendre du Black Sabbath?
MM : Oui, parce que j'aime bien leurs disques. Cela dit, tout
le monde s'attend à ce que j'en reprenne et je n'aime pas faire
ce que tout le monde attend de moi. Je préfèrerais reprendre une
cantique catholique.
En tête de liste, 'Helter Skelter', la fameuse
chanson des Beatles qui aurait inspiré Charles Manson?
MM : On la joue souvent sur scène. C'est une très belle chanson
mais si je devais reprendre un titre des Beatles, j'opterai pour
'Happiness Is A Warm Gun'.
Et 'Highway To Hell' de AC/DC?
MM : Pfff...Ils m'ont interdit, par avocat interposé, de reprendre
ce morceau. Ils jugent ma réputation néfaste. Donc j'ai fait ce
titre pour la BO du film de Kiss, "Detroit Rock City".
Que les AC/DC aillent se faire foutre!
Le 'Mister Crowley' de Ozzie Osbourne?
MM : Je n'aime pas ce morceau. J'ai lu Crowley, c'est un penseur
capital. L'hommage d'Ozzie n'est pas probant.
'Sympathy For The Devil' des Rolling Stones?
MM : Jamais je ne reprendrai ce titre pour une raison forte et
unique : la version des Stones est parfaite, intouchable. On ne
l'améliorera jamais. Ce serait pur blasphème que d'oser y toucher.
Jimmy Page avait écrit une B.O. pour le film
'Invocation Of My Demon Brother'...
MM : Je connais Kenneth Anger, je l'ai rencontré. Il me demande
sans cesse de faire une BO pour lui. Franchement il faut que je
voie les images.
Robert Johnson, 'Me And The Devil Blues'?
MM : Pour la première fois de votre liste je serai tenté par la
reprise. Ce titre-là, oui. C'est intéressant, il y a quelque chose
pour moi.
Et Jim Morrisson, le shaman des Doors?
MM : Bonne option. Je viens d'ailleurs de faire 'Five to one'
pour un tribute aux Doors. Puis j'ai entendu le reste de l'album
et j'ai préféré annuler ma participation. À mon avis, Morrison
serait fou furieux contre ce projet. Les blaireaux de Creed ont
fait une reprise de 'The End' sur laquelle le chanteur n'ose pas
chanter la phrase ultime...
"Mother I want to fuck you..."
MM : Absolument. J'ai honte pour les ex-Doors de laisser commettre
ça et j'ai claqué la porte sur le projet entier. C'est nul. Jim
Morrison est l'un des seuls êtres que je respecte.
Reprendriez-vous un titre de Venom?
MM : Oui, mais de façon ironique, en version unplugged (petit
rire). Venom...on écoutait ça au lycée.
Tout à fait récemment, vous êtes allé chanter
avec Trent Reznor...
MM : Vous savez...Trent dit partout qu'il voudrait retravailler
avec moi, me produire à nouveau. Or il vient de passer 5 ans sur
son propre disque, délai un peu long, non? Je ne suis plus en
guerre avec lui. Je viens même de réaliser son nouveau clip. En
fait, je n'ai plus rien à apprendre de Trent. Je lui ai pris tout
ce que je voulais savoir. Aujourd'hui, c'est de moi que beaucoup
pourraient apprendre.
Êtes-vous parfois effrayé vous-même
de ce que vous avez démarré, de ce que vous représentez?
MM : Non. C'est mon problème, je fais avec. Et puis vivre sans
la peur de mourir n'aurait aucun intérêt.
Et si un blaireau vous flinguait dans la
rue?
MM : On verra à ce moment-là.
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