Magazine
Rock Mag (N°12)

Pays
France

Date de parution
Décembre 2001

Propos recueillis par
J.Vermelin

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
www.rockmag.fr

Après nous avoir révélé les secrets de fabrication de son nouvel et 6ème album, 'The Golden Age Of The Grotesque' (sortie prévu pour septembre), Marilyn Manson se confie ce mois-ci sur les raisons qui l'ont poussé à endosser le costume d'ennemi numéro 1 de l'amérique bien-pensante. Il explique également sa passion pour le 7ème art et fait le point sur ses projets avec le réalisateur culte Alexandro Jodorowsky.

Ton discours, très critique envers la société américaine, a-t-il toujours sa place dans l'amérique de l'après 11 septembre?

M.M : J'ai essayé de rester le plus éloigné possible de cedébat. Mais, j'ai quand même l'impression que les médias ont récupéré cet évènement à leur avantage, comme ils le font souvent. Il y a beaucoup de propagande dans la manière dont ces gens retracent les évènements qui se déroulent actuellement dans le monde. Mais rien de tout ça ne transparait sur mon album. Ce disque va surtout montrer comment l'art a atteint un point limite dans ce pays. Les gens pensent que des personnes comme Eminem et moi ne peuvent pas aller plus loin. La censure essaie de s'infiltrer partout. Elle veut adoucir les films et la musique, rendre l'art plus sur. Je vois là un parallèle avec le Berlin des années 30, qui a fini par brûler dans les flammes. Mais c'est mon seul véritable commentaire sur l'Amérique d'aujourd'hui. Ce disque est d'abord une célébration de l'art dangereux et de la décadence. Il va montrer que je n'ai absolument peur de rien musicalement.

Tu as récemment évoqué l'influence du Marquis De Sade et un contenu très sexuel...

M.M : Il y a pas mal de sexualité dans ce disque, car je n'ai pas peur d'exprimer, sur mes relations, passés, présentes et futures. Et parfois, c'est un peu sale...

Les américains n'aiment pas beaucoup parler de sexe, ils sont souvent mal à l'aise...

M.M : Il y a beaucoup de culpabilité en eux, à cause de la religion. J'ai toujours pensé que les gens en Europe avaient une vision de la sexualité très différente. Moi, je suis très timide à ce niveau là. C'est pourquoi je suis aussi flamboyant sur scène, parce que j'ai longtemps gardé beaucoup de choses enfouies en moi. J'ai du créer Marilyn Manson pour faire sortir tout ça!

Ta sexualité est différente maintenant que tu es Marilyn Manson?

M.M : Non, je suis le même. Je ne suis pas le genre de personne qui parle facilement des trucs sexuels, ou qui prononce des injures dans toutes ses conversations. Mais de temps en temps ça explose ! Je suis un peu schizophrène, j'ai une personnalité à plusieurs niveaux.

Je me suis toujours demandé si tu allais abandonner un jour ton personnage, comme David Bowie avec Ziggy Stardust. Pourrais-tu sortir un album sous ton vrai nom, Brian Warner?

M.M : Je n'y ai jamais pensé de cette manière parce que... J'ai l'impression qu'ils sont une seule et même personne. La meilleure comparaison que je puisse faire est celle d'une personne qui se marie et change de nom et de mode de vie du même coup. Ou quand quelqu'un se convertit à une religion et change de nom. Je ne peux pas oublier qui j'étais avant, car c'est une partie de moi. Mais dans tout ce que je fais aujourd'hui, que ce soit jouer dans un film ou exposer mes tableaux, c'est Marilyn Manson qui me représente le mieux. J'ai aussi l'impression que les gens font de plus en plus la distinction entre Marilyn Manson et la musique. Ils arrivent à mettre de côté la musique pour comprendre que je suis d'abord une personne. Je ne me suis jamais considéré comme un musicien, mais comme un artiste.

Tu sembles très positif, très heureux. Est-ce que la vie est belle aujourd'hui pour M.M.?

M.M : Je me sens bien d'abord grâce à mon nouveau disque, parce qu'il est plein de vie, plein d'imagination et qu'il va distraire les gens à plusieurs niveaux. Ce n'est pas un disque joyeux, mais ce n'est pas un disque négatif non plus. C'est le genre de truc que tu auras envie de mettre sur ta platine pour sauter dans tous les sens et botter les couilles de pleins de gens. C'est le genre de disque qui va te donner envie de boire un verre et de baiser un bon coup. C'est le genre de disque que j'aime écouter après un show pour me détendre. Aujourd'hui je me sens tellement libre, contrairement à certaines périodes de ma vie où les gens me controlaient...

Trent Reznor?

M.M : Dans une certaine mesure, j'ai été contrôlé et éloigné de moi-même par Trent, en tout cas au début de ma carrière. Je suivais ses conseils, c'était mon mentor. Et je ne dis pas ça de manière négative. Je pense aussi que dans la relation que j'ai entretenue avec Rose Mc Gowan j'étais également déstabilisé, je n'étais pas la personne dominante dans notre relation. Aujourd'hui je vis une relation très positive et ça se ressent dans ma musique. Je suis bien concentré sur mon art et je n'ai pas peur d'aller aussi loin que possible. Les gens ne seront pas déçu car maintenant, ma vie est tournée vers le divertissement. Je ne peux plus sortir de chez moi sans avoir envie de divertir les gens.

Après avoir critiqué la famille, la religion, la drogue et les armes, tu as envie de faire un truc plus personnel?

M. : C'est plus personnel dans le sens où c'est un disque qui reflète ma personalité de tous les jours. Mes amis proches vont me reconnaître là-dedans. Je ne critique plus vraiment. J'essaie de peindre un tableau fidèle de ma vie, fidèle à l'image décadente et dépravée que je me fais du monde.

J'ai vu le réalisateur Alexandro Jodorowsky à la télé hier soir, et je crois que vous avez des projets ensemble...

M. : C'est très étrange que tu me dises ça aujourd'hui, parce qu'il a appelé chez moi ce matin pendant que je dormais. Ah, Ah! Nous essayons de faire un film depuis maintenant un an. Il a un vieux script, qui est en fait la suite de El Topo. Il l'a réécrit dans une version moderne pour que je puisse jouer dedans. Mon personnage doit s'appeler Abel Caïn. C'est le plus grand script que je n'ai jamais lu. Jodorowsky est mon réalisateur préféré et c'est de loin l'une de mes plus grandes inspirations. J'attends seulement que des gens courageux mettent de l'argent dans la projet pour qu'il puisse se concrétiser. C'est évidemment un grand risque de prendre deux artistes comme lui et moi et de nous faire confiance pour tourner un film responsable parce que la plupart des gens trouvent notre travail très chaotique. Nous somme assez imprévisibles.

Tu tentes de faire des films depuis un moment. Tu voulais tourner une version de 'Holy Wood' avec Johnny Depp...

M. : C'est ce dont j'avais parlé avec Alexandro au départ. On a pas mal discuté et il a fait allusion au script d'Abel Caïn, de manière très humble, alors que c'est moi qui aurait dû l'être ! J'ai lu le script et je lui ai dit que c'était vraiment formidable. A côté du tien, mon script a l'air vraiment stupide! Je veux faire le tien. Rien est encore sûr, mais l'envie est là. Seulement, c'est un film qui se déroule dans un monde imaginaire, et l'imagination coûte malheureusement très cher de nos jours. Tôt ou tard, je réussirais bien à travailler avec lui. S'il y a quelquechose dont je rêve, c'est bien ça.

Tu sembles adorer le cinéma. Il y a quelques années tu as joué dans Lost Highway de David Lynch, et plus récemment, tu as bossé sur la BO de 'Resident Evil'!

M. : Je suis un grand fan de cinéma. Si je me retrouve aujourd'hui dans la peau d'un chanteur, c'est sûrement d'abord lié à ma volonté d'être un performer. Je suis sûr que j'aurais pu devenir acteur, mais c'est un métier beaucoup plus anonyme. Même les plus grands comédiens ne peuvent ressentir la puissance que vous donne le statut de rock star. C'est un mélange entre la magie de la scène et le pouvoir qu'on a sur le public. C'est quelque chose de très profond, proche de l'alchimie, de la spiritualité ou de la religion...Je me suis donc retrouvé chanteur, mais je pense que les films m'inspirent plus que tout, et qu'il pourraient me laisser plus de place pour m'exprimer. Quand tu fais des disques, tu crées juste du son. Et moi j'ai toujours voulu créer des sons qui stimulent l'esprit. Au cinéma, on peut faire les deux à la fois. Pour certains films, je donne juste une chanson, je ne participe pas vraiment. C'est le cas avec Tainted Love et ce n'est pas très fun pour moi. J'ai fait ça pour montrer un peu d'humour, à une époque où tout le monde me semble très malheureux, avec la guerre, etc... Mais avec Resident Evil, c'est autre chose. Créer la BO d'un film est vraiment fantastique, parce que tu essaies de créer une atmosphère en fonction des images. Et c'est comme ça que j'écris un album, je réalise un film invisible dans ma tête.

Tu permets aux auditeurs de faire leur propre film...

M. : C'est aussi le cas, lorsque tu écris un livre. J'ai d'ailleurs publié un texte sur mon site web où je dis que l'art, la reflexion sur l'art n'est pas la propriété des journalsites. L'art appartient à tout le monde...

Tu étais journaliste, il y a quelques années...

M. : C'est la raison pour laquelle je me permets de les critiquer! À un moment j'ai ressenti un certain manque dans l'univers du divertissement. Les réponses que je recevais à mes questions ne me suffisaient pas, je devais passer de l'autre côté, être l'interviewé.

Mais il faut quand même franchir le pas!

M. : Je crois que c'est la différence qui réside entre les gens qui expriment une opinion, et ceux qui la transforment en quelque chose de concret. C'est quelque chose qui faisait partie de la théorie d'Andy Warhol sur les 15 minutes de célébrité. L'internet a permis aux gens de devenir critiques eux-mêmes : tout le monde critique, tout le monde donne son opinion. A l'avenir, j'aimerais instaurer une forme de lynchage artistique. Si tu détèstes le texte de quelqu'un, tu écris un essai pour le dire, comme à lépoque d'Oscar Wilde. Si tu trouves qu'un tableau est mauvais, tu en peins un plus beau. Si tu trouves que quelqu'un est moche, tu montres une photo de toi, etc... Ca encouragerait les gens à développer leur sens artistique. C'est ce que j'ai toujours essayé de faire. Si mes rêves peuvent devenir réalité, peut-être que les votres aussi? Si vous n'essayez pas, c'est que vous êtes peut-être paresseux! Ce que j'ai réussi est moins une affaire de talent que de volonté. Moi, j'ai toujours adopté l'esthétique des dandys, l'idée que ta vie est une forme d'art, plus que tu crées. Donc si tu as une vie pleine d'imagination et de style, alors tes créations n'en sont qu'une conséquence. Parce que c'est toi l'oeuvre d'art!

C'est intéressant que tu dises ça parce que beaucoup de gens perçoivent Marilyn Manson comme un personnage...

M. : Mais je suis toutes sortes de personnages !