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Après nous avoir révélé
les secrets de fabrication de son nouvel et 6ème album,
'The Golden Age Of The Grotesque' (sortie prévu pour septembre),
Marilyn Manson se confie ce mois-ci sur les raisons qui l'ont
poussé à endosser le costume d'ennemi numéro
1 de l'amérique bien-pensante. Il explique également
sa passion pour le 7ème art et fait le point sur ses projets
avec le réalisateur culte Alexandro Jodorowsky.
Ton discours, très critique envers
la société américaine, a-t-il toujours sa
place dans l'amérique de l'après 11 septembre?
M.M : J'ai essayé de rester le plus éloigné
possible de cedébat. Mais, j'ai quand même l'impression
que les médias ont récupéré cet évènement
à leur avantage, comme ils le font souvent. Il y a beaucoup
de propagande dans la manière dont ces gens retracent les
évènements qui se déroulent actuellement
dans le monde. Mais rien de tout ça ne transparait sur
mon album. Ce disque va surtout montrer comment l'art a atteint
un point limite dans ce pays. Les gens pensent que des personnes
comme Eminem et moi ne peuvent pas aller plus loin. La censure
essaie de s'infiltrer partout. Elle veut adoucir les films et
la musique, rendre l'art plus sur. Je vois là un parallèle
avec le Berlin des années 30, qui a fini par brûler
dans les flammes. Mais c'est mon seul véritable commentaire
sur l'Amérique d'aujourd'hui. Ce disque est d'abord une
célébration de l'art dangereux et de la décadence.
Il va montrer que je n'ai absolument peur de rien musicalement.
Tu as récemment évoqué
l'influence du Marquis De Sade et un contenu très sexuel...
M.M : Il y a pas mal de sexualité dans ce disque, car je
n'ai pas peur d'exprimer, sur mes relations, passés, présentes
et futures. Et parfois, c'est un peu sale...
Les américains n'aiment pas beaucoup
parler de sexe, ils sont souvent mal à l'aise...
M.M : Il y a beaucoup de culpabilité en eux, à cause
de la religion. J'ai toujours pensé que les gens en Europe
avaient une vision de la sexualité très différente.
Moi, je suis très timide à ce niveau là.
C'est pourquoi je suis aussi flamboyant sur scène, parce
que j'ai longtemps gardé beaucoup de choses enfouies en
moi. J'ai du créer Marilyn Manson pour faire sortir tout
ça!
Ta sexualité est différente
maintenant que tu es Marilyn Manson?
M.M : Non, je suis le même. Je ne suis pas le genre de personne
qui parle facilement des trucs sexuels, ou qui prononce des injures
dans toutes ses conversations. Mais de temps en temps ça
explose ! Je suis un peu schizophrène, j'ai une personnalité
à plusieurs niveaux.
Je me suis toujours demandé si tu
allais abandonner un jour ton personnage, comme David Bowie avec
Ziggy Stardust. Pourrais-tu sortir un album sous ton vrai nom,
Brian Warner?
M.M : Je n'y ai jamais pensé de cette manière parce
que... J'ai l'impression qu'ils sont une seule et même personne.
La meilleure comparaison que je puisse faire est celle d'une personne
qui se marie et change de nom et de mode de vie du même
coup. Ou quand quelqu'un se convertit à une religion et
change de nom. Je ne peux pas oublier qui j'étais avant,
car c'est une partie de moi. Mais dans tout ce que je fais aujourd'hui,
que ce soit jouer dans un film ou exposer mes tableaux, c'est
Marilyn Manson qui me représente le mieux. J'ai aussi l'impression
que les gens font de plus en plus la distinction entre Marilyn
Manson et la musique. Ils arrivent à mettre de côté
la musique pour comprendre que je suis d'abord une personne. Je
ne me suis jamais considéré comme un musicien, mais
comme un artiste.
Tu sembles très positif, très
heureux. Est-ce que la vie est belle aujourd'hui pour M.M.?
M.M : Je me sens bien d'abord grâce à mon nouveau
disque, parce qu'il est plein de vie, plein d'imagination et qu'il
va distraire les gens à plusieurs niveaux. Ce n'est pas
un disque joyeux, mais ce n'est pas un disque négatif non
plus. C'est le genre de truc que tu auras envie de mettre sur
ta platine pour sauter dans tous les sens et botter les couilles
de pleins de gens. C'est le genre de disque qui va te donner envie
de boire un verre et de baiser un bon coup. C'est le genre de
disque que j'aime écouter après un show pour me
détendre. Aujourd'hui je me sens tellement libre, contrairement
à certaines périodes de ma vie où les gens
me controlaient...
Trent Reznor?
M.M : Dans une certaine mesure, j'ai été contrôlé
et éloigné de moi-même par Trent, en tout
cas au début de ma carrière. Je suivais ses conseils,
c'était mon mentor. Et je ne dis pas ça de manière
négative. Je pense aussi que dans la relation que j'ai
entretenue avec Rose Mc Gowan j'étais également
déstabilisé, je n'étais pas la personne dominante
dans notre relation. Aujourd'hui je vis une relation très
positive et ça se ressent dans ma musique. Je suis bien
concentré sur mon art et je n'ai pas peur d'aller aussi
loin que possible. Les gens ne seront pas déçu car
maintenant, ma vie est tournée vers le divertissement.
Je ne peux plus sortir de chez moi sans avoir envie de divertir
les gens.
Après avoir critiqué la famille,
la religion, la drogue et les armes, tu as envie de faire un truc
plus personnel?
M. : C'est plus personnel dans le sens où c'est un disque
qui reflète ma personalité de tous les jours. Mes
amis proches vont me reconnaître là-dedans. Je ne
critique plus vraiment. J'essaie de peindre un tableau fidèle
de ma vie, fidèle à l'image décadente et
dépravée que je me fais du monde.
J'ai vu le réalisateur Alexandro Jodorowsky
à la télé hier soir, et je crois que vous
avez des projets ensemble...
M. : C'est très étrange que tu me dises ça
aujourd'hui, parce qu'il a appelé chez moi ce matin pendant
que je dormais. Ah, Ah! Nous essayons de faire un film depuis
maintenant un an. Il a un vieux script, qui est en fait la suite
de El Topo. Il l'a réécrit dans une version moderne
pour que je puisse jouer dedans. Mon personnage doit s'appeler
Abel Caïn. C'est le plus grand script que je n'ai jamais
lu. Jodorowsky est mon réalisateur préféré
et c'est de loin l'une de mes plus grandes inspirations. J'attends
seulement que des gens courageux mettent de l'argent dans la projet
pour qu'il puisse se concrétiser. C'est évidemment
un grand risque de prendre deux artistes comme lui et moi et de
nous faire confiance pour tourner un film responsable parce que
la plupart des gens trouvent notre travail très chaotique.
Nous somme assez imprévisibles.
Tu tentes de faire des films depuis un moment.
Tu voulais tourner une version de 'Holy Wood' avec Johnny Depp...
M. : C'est ce dont j'avais parlé avec Alexandro au départ.
On a pas mal discuté et il a fait allusion au script d'Abel
Caïn, de manière très humble, alors que c'est
moi qui aurait dû l'être ! J'ai lu le script et je
lui ai dit que c'était vraiment formidable. A côté
du tien, mon script a l'air vraiment stupide! Je veux faire le
tien. Rien est encore sûr, mais l'envie est là. Seulement,
c'est un film qui se déroule dans un monde imaginaire,
et l'imagination coûte malheureusement très cher
de nos jours. Tôt ou tard, je réussirais bien à
travailler avec lui. S'il y a quelquechose dont je rêve,
c'est bien ça.
Tu sembles adorer le cinéma. Il y
a quelques années tu as joué dans Lost Highway de
David Lynch, et plus récemment, tu as bossé sur
la BO de 'Resident Evil'!
M. : Je suis un grand fan de cinéma. Si je me retrouve
aujourd'hui dans la peau d'un chanteur, c'est sûrement d'abord
lié à ma volonté d'être un performer.
Je suis sûr que j'aurais pu devenir acteur, mais c'est un
métier beaucoup plus anonyme. Même les plus grands
comédiens ne peuvent ressentir la puissance que vous donne
le statut de rock star. C'est un mélange entre la magie
de la scène et le pouvoir qu'on a sur le public. C'est
quelque chose de très profond, proche de l'alchimie, de
la spiritualité ou de la religion...Je me suis donc retrouvé
chanteur, mais je pense que les films m'inspirent plus que tout,
et qu'il pourraient me laisser plus de place pour m'exprimer.
Quand tu fais des disques, tu crées juste du son. Et moi
j'ai toujours voulu créer des sons qui stimulent l'esprit.
Au cinéma, on peut faire les deux à la fois. Pour
certains films, je donne juste une chanson, je ne participe pas
vraiment. C'est le cas avec Tainted Love et ce n'est pas très
fun pour moi. J'ai fait ça pour montrer un peu d'humour,
à une époque où tout le monde me semble très
malheureux, avec la guerre, etc... Mais avec Resident Evil, c'est
autre chose. Créer la BO d'un film est vraiment fantastique,
parce que tu essaies de créer une atmosphère en
fonction des images. Et c'est comme ça que j'écris
un album, je réalise un film invisible dans ma tête.
Tu permets aux auditeurs de faire leur propre
film...
M. : C'est aussi le cas, lorsque tu écris un livre. J'ai
d'ailleurs publié un texte sur mon site web où je
dis que l'art, la reflexion sur l'art n'est pas la propriété
des journalsites. L'art appartient à tout le monde...
Tu étais journaliste, il y a quelques
années...
M. : C'est la raison pour laquelle je me permets de les critiquer!
À un moment j'ai ressenti un certain manque dans l'univers
du divertissement. Les réponses que je recevais à
mes questions ne me suffisaient pas, je devais passer de l'autre
côté, être l'interviewé.
Mais il faut quand même franchir le
pas!
M. : Je crois que c'est la différence qui réside
entre les gens qui expriment une opinion, et ceux qui la transforment
en quelque chose de concret. C'est quelque chose qui faisait partie
de la théorie d'Andy Warhol sur les 15 minutes de célébrité.
L'internet a permis aux gens de devenir critiques eux-mêmes
: tout le monde critique, tout le monde donne son opinion. A l'avenir,
j'aimerais instaurer une forme de lynchage artistique. Si tu détèstes
le texte de quelqu'un, tu écris un essai pour le dire,
comme à lépoque d'Oscar Wilde. Si tu trouves qu'un
tableau est mauvais, tu en peins un plus beau. Si tu trouves que
quelqu'un est moche, tu montres une photo de toi, etc... Ca encouragerait
les gens à développer leur sens artistique. C'est
ce que j'ai toujours essayé de faire. Si mes rêves
peuvent devenir réalité, peut-être que les
votres aussi? Si vous n'essayez pas, c'est que vous êtes
peut-être paresseux! Ce que j'ai réussi est moins
une affaire de talent que de volonté. Moi, j'ai toujours
adopté l'esthétique des dandys, l'idée que
ta vie est une forme d'art, plus que tu crées. Donc si
tu as une vie pleine d'imagination et de style, alors tes créations
n'en sont qu'une conséquence. Parce que c'est toi l'oeuvre
d'art!
C'est intéressant que tu dises ça
parce que beaucoup de gens perçoivent Marilyn Manson comme
un personnage...
M. : Mais je suis toutes sortes de personnages !
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