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Pays
France

Date de parution
Mai 2003

Propos recueillis par
Frédéric Lecomte

Retranscription
www.deadstar.net

Comment avez-vous envisagé 'The Golden Age Of Grotesque'?

MM : Pour moi, ce fut un défi. Non pas de faire un nouvel album cassant les règles établies, mais de casser mes propres règles pour faire un disque qui me donne envie de croire que le rock'n'roll est toujours une forme d'expression utile. Je considère 'The Golden Age Of Grotesque' comme un manifeste marquant le début d'une nouvelle ère. Ce titre est une sorte de gag appelant à réfléchir.

Qu'est ce qui caractérise ce nouveau défi?

MM : Il fut inspiré, au niveau de la créativité personnelle, par le fait d'avoir atteint la fin d'une histoire. J'ai réalisé qu'on pouvait créer autre chose et imaginer de nouvelles formes de destruction, à l'image des dadaïstes découvrant que pour être modernistes, il fallait explorer l'aspect symboliste de l'expression personnelle. L'âge d'or du grotesque est censé être un âge expressionniste. Ce disque exprime davantage ce que je ressens que la façon dont je le ressens.

Comment décririez-vous la personnalité de Brian Warner par rapport à celle de Marilyn Manson?

MM : Le rôle de Marilyn Manson est justement de décrire la personnalité de Brian Warner. L'association de Marilyn et de Manson exprime parfaitement ce que je ressens au plus profond de moi. Selon les moments de la journée, je me sens davantage Marilyn ou Manson. Cela dit, je ne veux ruiner aucune personnalité, juste faire partager ma démence.

Que pensez-vous de l'Amérique?

MM : Si l'Amérique est en guerre, ce n'est pas une situation sur laquelle je peux influencer en écrivant un chanson pacifiste. Ma façon d'être un américain patriote est de ne jamais avoir été daccord avec les gouvernements successifs et de ne jamais avoir soutenu aucun président. Je suis artistiquement patriote, car si l'Amérique représente la démocratie, je suis là pour symboliser la liberté d'expression et mener un combat pour la pousser à son paroxysme.

Ce combat est-il plus intéressant à mener sous l'administration Bush que sous celle de Clinton?

MM : C'est plus motivant dans la mesure où le gouvernement Bush est particulièrement restricitif, ce qui fait que le combat devient une rebellion. C'est un jeu d'enfant consistant à agir pour les faire chier. Ça me semble indispensable et utile pour le pays. Par conséquent, je préfère vivre sous un gouvernement conservateur que démocrate. Quand je vois qu'à la télé, on compare Saddam Hussein à Hitler, je me dis que l'histoire est décidément écrite par les vainqueurs et que celui qui endosse le rôle du méchant dépend de celui qui écrit l'histoire.

Vous avez souvent évoqué la manipulation médiatique. Pouvez-vous donner un exemple de Marilyn Manson manipulateur?

MM : D'abord, il faudrait que tu enlèves ton pantalon (rires). Les médias peuvent faire partie d'une expression artistique. Chaque fois qu'il y a une guerre, un cyclone ou une épidémie, les médias sont en campagne et désignent le vilain responsable. Je serai toujours celui-là. On m'a beaucoup attaqué et dénigré. On peut laisser les médias dresser votre portrait, ou les manipuler pour le façonner soi-même. Le fait d'avoir été journaliste musical me permet de connaitre les deux camps. Je n'aime pas à m'exprimer et à me justifier en donnant des interviews. Je préfère le faire à travers ma création.

Quelles sont vos principales influences en termes de musique et d'image?

MM : L'album fait énormément référence à des films et à des livres. J'ai fait en sorte que mon inspiration soit un sang abreuvant les sillons du nouvel album. Je suis influencé par des auteurs tels Oscar Wilde et Antonin Artaud, par le style de vie ésotérique et Salsador Dali, par le marquis de Sade qu'on n'a cessé de persécuter, par de nombreux films signés Fellini, Bunuel et par 'Salo où les 120 journées de Sodome' de Pasolini. Un film tabou, interdit, et pratiquement impossible à se procurer aux États-Unis alors que je ne le trouve pas particulièrement choquant, mais très révélateur. Les sons, la texture, l'atmosphère et les couleurs de 'Salo' ont non seulement inspiré la réalisation de mes clips mais constituent le paysage que j'ai souhaité dessiner au fil de 'The Golden Age Of Grotesque'. Le premier et le dernier morceau de l'album révèlent des thèmes musicaux très cinématographiques. Par ailleurs, Aleister Crowley m'a toujours beaucoup plus influencé. Je l'ai exploré au maximum. On le retrouve notamment dans 'Quicksand' de Bowie et Iggy Pop dont les albums 'Low', 'Heroes' et 'The Idiot' ont exercé une influence considérable sur mon écriture.

Pensez-vous que la musique soit encore le meilleur moyen de toucher les gens et de faire partager vos idées?

MM : Oui car c'est un vecteur de communication universel. Créer des émotions avec des mélodies, notamment en composant des musiques de film, fut une expérience très bénéfique dans le processus de création de 'The Golden Age Of Grotesque'.

Qu'est-ce qui peut encore vous choquer?

MM : L'electricité! (rires). Certaines choses que je vois peuvent me choquer, au même titre qu'elles choquent le commun des mortels. Meurtres, viols... Je pense que, compte tenu de notre culture, quand quelque chose est choquant et boulverse la sensitivité, c'est finalement bénéfique. Le monde n'est ni violent, ni plus choquant qu'auparavant, il est juste plus télévisé.