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Comment avez-vous envisagé
'The Golden Age Of Grotesque'?
MM : Pour moi, ce fut un défi. Non pas de faire un nouvel
album cassant les règles établies, mais de casser
mes propres règles pour faire un disque qui me donne envie
de croire que le rock'n'roll est toujours une forme d'expression
utile. Je considère 'The Golden Age Of Grotesque' comme
un manifeste marquant le début d'une nouvelle ère.
Ce titre est une sorte de gag appelant à réfléchir.
Qu'est ce qui caractérise ce nouveau
défi?
MM : Il fut inspiré, au niveau de la créativité
personnelle, par le fait d'avoir atteint la fin d'une histoire.
J'ai réalisé qu'on pouvait créer autre chose
et imaginer de nouvelles formes de destruction, à l'image
des dadaïstes découvrant que pour être modernistes,
il fallait explorer l'aspect symboliste de l'expression personnelle.
L'âge d'or du grotesque est censé être un âge
expressionniste. Ce disque exprime davantage ce que je ressens
que la façon dont je le ressens.
Comment décririez-vous la personnalité
de Brian Warner par rapport à celle de Marilyn Manson?
MM : Le rôle de Marilyn Manson est justement de décrire
la personnalité de Brian Warner. L'association de Marilyn
et de Manson exprime parfaitement ce que je ressens au plus profond
de moi. Selon les moments de la journée, je me sens davantage
Marilyn ou Manson. Cela dit, je ne veux ruiner aucune personnalité,
juste faire partager ma démence.
Que pensez-vous de l'Amérique?
MM : Si l'Amérique est en guerre, ce n'est pas une situation
sur laquelle je peux influencer en écrivant un chanson
pacifiste. Ma façon d'être un américain patriote
est de ne jamais avoir été daccord avec les gouvernements
successifs et de ne jamais avoir soutenu aucun président.
Je suis artistiquement patriote, car si l'Amérique représente
la démocratie, je suis là pour symboliser la liberté
d'expression et mener un combat pour la pousser à son paroxysme.
Ce combat est-il plus intéressant
à mener sous l'administration Bush que sous celle de Clinton?
MM : C'est plus motivant dans la mesure où le gouvernement
Bush est particulièrement restricitif, ce qui fait que
le combat devient une rebellion. C'est un jeu d'enfant consistant
à agir pour les faire chier. Ça me semble indispensable
et utile pour le pays. Par conséquent, je préfère
vivre sous un gouvernement conservateur que démocrate.
Quand je vois qu'à la télé, on compare Saddam
Hussein à Hitler, je me dis que l'histoire est décidément
écrite par les vainqueurs et que celui qui endosse le rôle
du méchant dépend de celui qui écrit l'histoire.
Vous avez souvent évoqué la
manipulation médiatique. Pouvez-vous donner un exemple
de Marilyn Manson manipulateur?
MM : D'abord, il faudrait que tu enlèves ton pantalon (rires).
Les médias peuvent faire partie d'une expression artistique.
Chaque fois qu'il y a une guerre, un cyclone ou une épidémie,
les médias sont en campagne et désignent le vilain
responsable. Je serai toujours celui-là. On m'a beaucoup
attaqué et dénigré. On peut laisser les médias
dresser votre portrait, ou les manipuler pour le façonner
soi-même. Le fait d'avoir été journaliste
musical me permet de connaitre les deux camps. Je n'aime pas à
m'exprimer et à me justifier en donnant des interviews.
Je préfère le faire à travers ma création.
Quelles sont vos principales influences en
termes de musique et d'image?
MM : L'album fait énormément référence
à des films et à des livres. J'ai fait en sorte
que mon inspiration soit un sang abreuvant les sillons du nouvel
album. Je suis influencé par des auteurs tels Oscar Wilde
et Antonin Artaud, par le style de vie ésotérique
et Salsador Dali, par le marquis de Sade qu'on n'a cessé
de persécuter, par de nombreux films signés Fellini,
Bunuel et par 'Salo où les 120 journées de Sodome'
de Pasolini. Un film tabou, interdit, et pratiquement impossible
à se procurer aux États-Unis alors que je ne le
trouve pas particulièrement choquant, mais très
révélateur. Les sons, la texture, l'atmosphère
et les couleurs de 'Salo' ont non seulement inspiré la
réalisation de mes clips mais constituent le paysage que
j'ai souhaité dessiner au fil de 'The Golden Age Of Grotesque'.
Le premier et le dernier morceau de l'album révèlent
des thèmes musicaux très cinématographiques.
Par ailleurs, Aleister Crowley m'a toujours beaucoup plus influencé.
Je l'ai exploré au maximum. On le retrouve notamment dans
'Quicksand' de Bowie et Iggy Pop dont les albums 'Low', 'Heroes'
et 'The Idiot' ont exercé une influence considérable
sur mon écriture.
Pensez-vous que la musique soit encore le
meilleur moyen de toucher les gens et de faire partager vos idées?
MM : Oui car c'est un vecteur de communication universel. Créer
des émotions avec des mélodies, notamment en composant
des musiques de film, fut une expérience très bénéfique
dans le processus de création de 'The Golden Age Of Grotesque'.
Qu'est-ce qui peut encore vous choquer?
MM : L'electricité! (rires). Certaines choses que je vois
peuvent me choquer, au même titre qu'elles choquent le commun
des mortels. Meurtres, viols... Je pense que, compte tenu de notre
culture, quand quelque chose est choquant et boulverse la sensitivité,
c'est finalement bénéfique. Le monde n'est ni violent,
ni plus choquant qu'auparavant, il est juste plus télévisé.
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