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The Golden Age Of Grotesque'
marque-t-il l'ouverture d'une ère nouvelle pour toi?
MM : Oui, tout à fait. En
organisant avant la sortie de l'album une exposition également
baptisée 'The Golden Age Of Grotesque', j'ai tenté
d'abolir la définition et les cloisons qui existent entre
représentation, musique et art. Si j'ai choisi ce nom,
c'est en hommage à une période des années
30 particulièrement audacieuse et créative. C'est
à cette époque que l'expressionnisme a vu le jour
quand certains artistes ont décidé de peindre non
pas ce qu'ils voyaient mais ce qu'ils imaginaient et ressentaient.
Ce genre d'art a été qualifié de dégénéré
et il s'est passé beaucoup de choses avant et après
la seconde guerre mondiale. D'une certaine façon, nous
nous retrouvons aujourd'hui dans un contexte similaire puisque
quand j'ai commencé la composition de l'album, je ne m'attendais
absolument pas à ce que les États-Unis soient en
guerre avec l'Irak. Mais l'histoire se répète et
du coup, certaines chansons prennent un sens différent
pour les américains et sans doute aussi pour les gens du
monde entier. Je voulais que l'album ramène le désir
de laisser parler son imagination et de ne laisser personne -
surtout pas soi-même - la contrôler ou la censurer.
La période actuelle est très semblable à
la république de Weimar, car au départ, les intentions
de ces grands artistes allemands étaient bonnes, mais le
mouvement est devenu décadent et il s'est détruit.
Il a été censuré et a cessé d'exister.
Mais on peut toujours se relever de ses cendres et prendre un
nouveau départ. 'The Golden Age Of Grotesque' marque l'ouverture
d'un nouveau chapitre suite au tryptique qui s'est terminé
avec 'Holy Wood'.
On est surpris que tu aies abandonné
la religion et la politique qui étaient depuis plusieurs
années tes chevaux de bataille et deux des principales
sources d'inspiration de tes lyrics...
MM : En travaillant sur ce nouveau
disque, je me suis aperçu que j'avais fait le tour de la
question et que je n'avais plus grand chose à ajouter.
D'où l'attrait pour moi de toutes ces différentes
formes de divertissement que sont le vaudeville, le burlesque
et le cabaret qui ont vu le jour pendant la seconde guerre mondiale
et qui étaient une échappatoire. Arrivé à
ce point de ma carrière, je réalise que divertir
les gens, c'est être également un artiste. Je veux
prouver que le divertissement est la plus grande forme d'art qui
soit. Je n'essaye pas d'être un héros et de sauver
le monde , mais comme nous ne vivons pas une époque très
heureuse, pendant la durée de mon album, on peut s'échapper
dans ce monde et, si l'on y accroche, laisser son imagination
s'en servir comme point de départ.
As-tu voté?
MM : Non, les gens ont mal interprété
mes propos : j'ai dit que si je devais voter, je voterais pour
Bush uniquement parce que les Démocrates sont très
sournois, qu'ils se présentent sous un certain jour mais
font finalement souvent comme les Républicains, qui, eux,
font ce qu'ils disent. Je prends les dessins animés plus
au sérieux que la politique américaine, c'est tout
dire... On peut changer les choses mais pas nécessairement
en votant. Je n'ai jamais participé à la campagne
"Rock The Vote" où nous allons assister à
de grands actes de patriotisme et voir l'arrivée de chansons
genre 'Born In The USA'. C'est une façon de motiver les
gens mais c'est aussi une forme de propagande que je refuse. Je
crois que je peux aider les gens en parlant de ce que je veux
ou en portant des oreilles de Mickey, peu importe. Je le fais
d'une façon qui attire leur attention et je les fais réfléchir.
Comment s'est passé ta collaboration
avec l'artiste Gottfried Helnwein qui a réalisé
la pochette de l'album?
MM : Nous continuons à travailler
ensemble sur plusieurs projets différents. J'ai écrit
la musique de 'Resident Evil' avec Tim Skold qui est devenu mon
bassiste et qui a produit 'TGAOG'. Quand nous nous sommes rendus
à la première du film, nous avons choisi de suivre
la grande tradition viennoise et nous avons fait le spectacle
pour nous moquer des stars hollywoodiennes "normales".
Alors je me suis peint intégralement en noir et j'ai peint
sur Tim une espèce de grosse blessure en hommage à
Gunther Bruce, un artiste viennois qui a été arrêté
parce qu'il était justement apparu en public comme ça.
Dans la foule, il y avait un jeune garçon qui tenait un
livre et criait mon nom et c'était le fils d'Helnwein.
J'ai ouvert le livre et je suis tombé sur une photo de
Gunther Bruce. Si ce n'était pas un signe... Alors je l'ai
contacté et nous avons commencé à travailler
ensemble. Vous verrez au fil du temps le résultat de nos
différentes collaborations, une des premières étant
notre scène parce que j'avais particulièrement aimé
celle qu'il avait créée pour Macbeth que l'on voit
sur son site internet. À l'époque, je n'avais pas
encore composé de nouvelles chansons mais j'avais déjà
imaginé la scène et je savais que je voulais une
chanson qui donne l'impression qu'un piano brûlait, que
j'avais besoin d'un éléphant noir et qu'un autre
morceau nécessiterait des sœurs siamoises que j'aurais
moi-même reliées l'une à l'autre. Il a donc
fallu que mon groupe croie en ce que certains considèreraient
comme de la folie et concrétiser tout ça. Le processus
de création de cet album a été génial
même si j'ai perdu mon ami Twiggy. Nous sommes restés
amis mais son enthousiasme n'était pas le même que
le notre, ce qui signifiait que le résultat s'en ressentait.
Alors je l'ai laissé suivre sa route car j'ai pensé
qu'il serait plus heureux ainsi et c'est très bien comme
ça. Je suis tout à fait heureux du résultat.
Même si tu demeures la tête pensante
et le maître absolu du groupe, le départ de Twiggy
a quand même soulevé pas mal de questions...
MM : Je sais qu'au départ,
les gens se demandaient si le groupe serait le même. La
réponse est évidemment : non. Je ne veux pas qu'il
soit le même. Marilyn Manson est en perpétuelle évolution.
Je change de goûts et de look dès que j'en ai fait
le tour et je pense que cela tombe bien puisque les gens ont un
temps d'attention relativement court. Je pourrais me contenter
de répéter une formule que je sais gagnante mais
ça ne m'intéresse pas, je trouve beaucoup plus excitant
d'expérimenter de nouvelles choses. Faire ce nouvel album,
c'était comme voler dans un magasin ou se masturber dans
les toilettes de sa grand-mère - choisissez la métaphore
qui vous convient le mieux. Quand on fait quelque chose d'interdit,
il y a toujours une espèce de libération et c'est
ce qui s'est passé avec cet album parce que moi non plus,
je ne disais à personne ce que nous faisions. Pendant la
composition des chansons, je n'ai rien dit au groupe. En tant
que producteur, j'étais tout ce qu'il y a de moins conventionnel
dans ma façon de procéder. Pour 'Para-Noir', j'ai
fait appel à plusieurs femme d'âge, de couleur, et
de corpulence différents. Elles n'ont pas entendu une seule
note mais je leur ai dit qu'elles pouvaient dire tout ce qui leur
passait par la tête, la seule obligation étant de
commencer par "j'ai baisé avec toi parce que..."
Je leur ai demandé de faire une liste de choses qui leur
donneraient envie de coucher avec quelqu'un, moi ou n'importe
qui d'autre, et j'ai obtenu des réactions très intéressantes.
Si je leur avais dit qu'elles chantaient sur une chanson, elles
auraient probablement réagi de façon tout à
fait différente et elles n'auraient pas été
aussi franches. Certaines filles ont refusés de dire "baiser"
mais elles ne voyaient pas d'objection au fait de se déshabiller
et c'était aussi une position morale étrange. J'ai
expérimenté pas mal de choses dont certaines étaient
de l'art, d'autres pas.
'Para-Noir' est l'une des rares chansons
du groupe avec un solo. Pourquoi ce choix?
MM : John, mon guitariste, est très talentueux. Il n'a
jamais pris de drogue ou bu d'alcool de sa vie, alors j'ai essayé
de trouver un moyen de lui faire jouer le genre de solo de guitare
qui correspondait à la chanson et qui exprimait l'émotion
adéquate. J'ai donc dû chercher quelle était
sa faiblesse, ce qui le faisait souffrir et ce qui le touchait.
Et j'ai trouvé : John est un obsédé sexuel.
Certains pensent que je plaisante quand je dis ça, mais
John fait l'amour avec au moins quatre femmes différentes
par jour et pour moi, c'est un obsédé sexuel. Alors
je lui ai mis un bandeau sur les yeux et je lui ai demandé
de réfléchir à quoi il pensait dans ces moments-là
parce que je ne comprends pas. Je veux dire, je comprends pourquoi
on a envie de baiser mais avec quatres femmes différentes
par jour, ça m'échappe... Alors je lui ai donné
des guitares qui n'étaient pas les siennes, qui n'étaient
pas accordées et il a enregistré son solo les yeux
bandés. Je l'ai fait jouer comme s'il couchait avec ces
femmes anonymes et, avec les filles qui parlent, c'est une association
très ironique.
Te sens-tu incompris?
MM : J'espère que je suis incompris! Si tout le monde a
une façon différente de te percevoir, ce que tu
fais gagne en profondeur. En même temps, je ne veux pas
que tout ce que je dis soit mal interprété mais
je pense qu'il ne faudrait jamais s'excuser ou s'expliquer parce
qu'il ne dépend que de la personne en face de toi d'aimer
ou pas ce que tu fais.
Tu étais ami avec Tim Skold avant
de travailler avec lui?
MM : Oui, il n'y a rien de sexuel entre nous (rires)! Nous avons
fait connaissance parce qu'il sortait avec une amie de la femme
avec qui je vivais juste après le drame de Columbine (Rose
Mc Gowan). C'était assez normal que nous nous rencontrions
puisqu'il était alors dans KMFDM et que nos deux groupes
ont été cités comme étant responsables
du massacre. Nous avons donc discuté et comme j'aimais
ses programmations et ses rythmes, je lui ai demandé de
collaborer avec moi sur 'Tainted Love'. Tout s'est bien passé,
alors nous avons décidé d'enregistrer l'album ensemble.
C'est là que l'on m'a demandé d'écrire la
musique de 'Resident Evil' et j'ai décidé de le
faire comme un projet extérieur, sans le groupe. Tim en
a été le co-producteur et il a joué de la
guitare et des trucs que j'ai écrits et sur lesquels nous
avons travaillé ensemble. Nous avons le même enthousiasme,
la même approche musicale et nous sommes avant tout des
fans dans l'âme. Nous détestons tous deux l'uniformité
de ce que l'on voit toute la journée sur MTV et la façon
dont les maisons de disques considèrent que la musique
devrait être composée. Nous voulons que ce que nous
enregistrons influence les gens. Tim est suédois, ce qui
signifie qu'il a une interprétation différente de
la culture américaine. Même chose pour Gottfried.
Aussi étrange que cela puisse paraître, je travaille
très bien avec des non-américains parce que j'ai
un point de vue objectif sur les USA et que je ne me laisse pas
aveugler par le patriotisme. Je n'ai pas peur de voir aussi bien
les bons que les mauvais côtés de mon pays, et nous
avons beaucoup de goûts en commun, des films à la
pornographie - même si Tim aime beaucoup plus la pornographie
que moi. Pendant l'enregistrement, il m'est souvent arrivé
d'avoir une bande-son de cul dans les écouteurs, c'était
puéril et très amusant.
Tu parlais de musiciens et d'artistes qui
ont été interdits par les nazis et tu as toi-même
été victime d'attaques de toutes parts, aussi bien
de la droite que de la gauche de ton pays, comme le vis-tu ?
MM : C'est parfait, énerver autant de gens que possible
est le credo de Marilyn Manson depuis les débuts. Je crois
que mis à part les gens qui t'aiment et te soutiennent,
c'est la seule façon de créer quelque chose de fort
et si cet album touche d'une quelconque façon les gens
qui l'écoutent, alors j'aurais atteint mon objectif. Provoquer
la discussion et les questions, voilà exactement ce que
nous voulons, sans quoi, il n'y a qu'à regarder des émissions
de télé-réalité et c'est terrible
d'en arriver là parce que c'est le degré zéro
de la créativité.
Il était question que tu passes au
cinéma avec une adaptation d'Holy Wood' sur grand écran...
MM : C'est toujours dans l'ère du temps mais jusqu'à
présent, faute de moyens suffisants, la pré-production
était en stand by. La peinture me permet d'exprimer des
choses que je n'arrive pas à exprimer dans la musique et
le cinéma sera certainement mon plus grand moyen d'expression
car il me permettra d'incorporer toutes ces formes d'art à
la fois. Même si j'aime tourner des clips, cela n'a rien
à voir avec un film car on est limité par la façon
dont les gens vont les regarder et il faut se conformer à
un certains standart, ce qui est très hypocrite. Le mot
"mort" a été censuré du single
'The Nobodies' mais quand tu regardes 'The Real World Las Vegas'
sur MTV, on voit tout le temps des gens qui baisent. Voilà
pourquoi j'ai inclu au premier pressage de l'album un DVD qui
n'est pas à proprement parlé un film mais une succession
d'images tirées de l'enregistrement. Il ne s'agit pas d'un
documentaire mais d'aperçus visuels de ce qui se passait
dans ma tête pendant sa conception.
Le regard des gens sur toi a pas mal changé
depuis ton apparition dans le documentaire 'Bowling For Columbine'.
Es-tu satisfait de cette évolution des mentalités
à ton égard?
MM : Disons que je suis heureux de la façon dont le public
a réagi à mes propos. L'interview que j'avais donné
à Michael Moore (le réalisateur) pour parler de
la fusillade de Littleton durait plus de deux heures mais au final,
il n'en a consever que la partie centrale, ce qui change quelque
peu le sens de mes propos. Je ne soutiens pas nécessairement
le film car je ne suis pas d'accord avec tout et j'ai horreur
d'être impliqué dans la politique à se point.
Je crois que la fin aurait pu être bien meilleure, car accuser
Charlton Heston d'être responsable de ce qui s'est passé,
c'est comme m'accuser moi. Je crois que si je n'avais pas été
suffisamment intelligent pour répondre aux questions de
Moore, il m'aurait laissé me ridiculier et m'enterrer moi
aussi. Si il s'est associé à quelqu'un comme moi,
c'est parce qu'il est très libéral, que je partage
certaines de ces idées, et qu'il m'arrive de porter des
vêtements féminins.
Donc, tu penses que les gens ne te comprennent
pas mieux?
MM : Ce documentaire a eu un effet très positif mais je
pense que si je n'y avait pas participé et que je le vois,
il ne m'aurait pas donné à réfléchir.
J'aurais voulu en apprendre davantage sur Columbine, j'aurais
voulu voir les parents d'Harrison. Je trouve très étrange
de ne jamais les avoir vu, parce que si il y a bien des personnes
à interroger pour essayer de comprendre l'attitude de leurs
enfants, ce sont les parents et on n'a jamais entendu parlé
d'eux. C'est vraiment très bizarre... C'est d'après
moi une des lacunes du film.
Tu as dit que ton âge d'or arrive,
ce qui te permettra de prouver à ceux qui te sous-estimaient
qu'ils ont eu tort. Tu te sens vraiment sous-estimé?
MM : Qu'est-ce que tu as l'air dramatique quand tu dis ça
(rires)! J'entendais par là que je veux que les gens changent
d'avis sur moi. Je veux leur montrer que je suis très versatile
et s'ils n'aiment qu'une seule chose chez moi, faire en sorte
qu'ils apprécient aussi le reste. Je veux que mes fans
évoluent en même temps que moi mais aussi rallier
de nouveaux fans à ma cause et donner envie à des
gens qui ne m'auraient pas écouté jusque là
de me découvrir. Pour ce faire, je n'ai pas enregistré
un album pop, mais je crois que justement, sans essayer, je suis
arrivé à faire un album plus accessible car je n'avais
aucune pression et aucune influence extèrieure n'a perturbé
son processus. Je suis comme tout le monde et il m'arrive parfois
d'aimer des choses différentes. Je ne déteste pas
Kylie Minogue de temps en temps...
En tant qu'artiste, quelle est ta plus grande
crainte?
MM : J'ai toujours dit que ce serait perdre ma créativité
mais je n'en ai plus peur à présent, je crois que
mes sources d'inspiration ne se tariront jamais. Je me suis vraiment
libéré sur cet album.
Penses-tu que le monde a plus que jamais
besoin de toi?
MM : Le monde peut continuer à tourner avec ou sans moi.
Mais je crois que, sans parler de la guerre, l'époque est
propice à l'art. Je n'ai pas eu besoin de passer dix-huit
mois sur cet album. Aujourd'hui, le moment est venu pour moi de
rappeler aux gens qui sont les patrons : moi et Mickey.
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