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La démarche artistique de Marilyn Manson
est si claire dans sa tête qu'il prêche plus qu'il
ne répond réellement aux questions. Préoccupé
par ce que vont penser les gens de ses actes de la vie quotidienne
autant que de ses créations artistiques, la star est élégamment
habillé de noir et blanc lors de son récent passage
promotionnel à Paris manque un peu de spontanéité,
même s'il faut lui reconnaître un impressionant charisme
face aux journalistes. Entre apparente timidité et arrogance
contrôlée, il livre aux "D-siders" les
informations bienvenues sur son nouvel album, 'The Golden Age
Of Grotesque' dans l'obscurité d'une suite de la place
Vendôme, l'interview se déroulant rideaux tirés
pour mieux perpétuer le mythe et aider à l'écoute
de la bonne parole.
'The Golden Age Of Grotesque' semble plus
ironique que jamais...
MM : Je pense qu'il est très sarcastique et bien plus proche
de ma véritable personnalité qu'auparavant. Les
européens semblent voir l'ironie qui se dégage de
mon travail, mais ce n'est pas le cas aux États-Unis. Cet
album est plus évident en ce sens pour les américains
et en même temps il est bien moins centré sur la
culture américaine que les précédents. Je
cherchais auparavant à exprimer violemment qui je suis
alors que cet album marque une étape supérieur,
celle qui vient après la bataille orchestrée sur
mes précédents disques. Mon uvre est là
pour dire : "Voici ce que je représente, voici
mon concept, voici mon Disneyland". Et si une partie
de mon boulot est de changer l'opinion des gens concernant la
religion ou la politique, il est aujourd'hui plus que temps de
s'y mettre même si j'en ai dejà beaucoup dit. Cela
semble d'ailleurs ironique et bizarre pour moi de répondre,
par-exemple, à des questions concernant la guerre. J'ai
déjà dit tellement de choses à ce propos
ou à propos de choses similaires, tel que la violence ou
l'autodestruction... En ce qui me concerne, être aujourd'hui
un patriote américain, sachant que je n'ai jamais supporté
aucun gouvernement américain, c'est être un artiste
et se battre pour la liberté d'expression.
As-tu voté contre Bush?
MM : Non, je ne vote pas car les politiciens ne m'inspirent aucune
confiance, ils sont bien trop prévisibles à mon
goût et on ne peut les prendre au sérieux. Devoir
choisir entre deux partis, c'est devoir choisir entre deux maux,
celui qui est le "moins pire". Il est sur qu'un parti
conservateur me fait bien plus peur, il me semble bien plus dangereux.
Mais du coup et paradoxalement, je préfererais presque
le parti républicain qui pose des limites précises
à ne pas franchir, avec une censure très forte car
ce genre de gouvernement ne peut que m'inspirer dans mon travail
et me donner une raison d'exister tel que je suis. L'Amérique
a besoin de moi comme j'ai besoin d'eux et d'un type comme Bush...
Marilyn Manson est donc un pur produit américain...
MM : Si Marilyn Manson existe, c'est parce que le monde n'est
pas exactement comme je voudrais qu'il soit.
Il semble en tout cas, que tu aies voulu
montrer avec 'The Golden Age Of Grotesque' que tu es aussi très
marqué par la culture européenne...
MM : Oui. L'humanité a toujours eu un rôle étrange
dans sa propre évolution, balançant entre la domination
et la soumission, entre le chaos et l'ordre. Ce sont des thèmes
très présents dans le nouvel album. Et si l'Europe
y est aussi très présente, c'est parcqu'elle symbolise
bien les deux extrêmes de l'humanité. J'évoque
Berlin en particulier à cause de tous les symboles que
cette ville représente : c'est le lieu de naissance de
l'expressionisme, l'endroit où l'art dangereux à
peut-être été le plus fécond, peut-être
même la ville où les gens se comportent le plus comme
s'ils étaient sur qu'il n'y aura pas de lendemain, ce qui
me correspond complètement. J'ai toujours été
de manière autodestructrice et nihiliste, mais j'insiste
aujourd'hui sur le coté décadent, sur une certaine
célébration du désespoir et je pense que
le moment est approprié pour amener au goût du jour
l'esprit du Vaudeville et du cabaret. C'est le meilleur moyen
de s'évader d'un monde que tu ne peux contrôler.
Je veux inviter les gens dans un monde qui vaille la peine qu'on
le défende.
Pour en revenir à Berlin, c'est aussi la république
de Weimar le berceau du Nazisme. N'as-tu jamais peur d'être
mal interprété?
MM : Peur, non. Conscient de cela, oui. Je pense que le tabou
concernant l'imagerie fasciste s'accorde très bien avec
les éléments évidents de ma personnalité
expressionniste et individualiste. Il faut être idiot pour
penser que je soutien le fascisme, mais dans le même temps,
le danger de cette imagerie est ce qui rend ce nouvel album aussi
excitant que le vol à l'étalage, la conduite en
excès de vitesse ou la consomation de drogues. Je souhaite
que les gens aient ce genre d'émotion à l'écoute
de mes albums et qu'il ressente une impression de danger. Mais
il n'y a pas que Berlin qui ait inspiré la thématique
de 'The Golden Age Of Grotesque', il faut aussi citer Oscar Wilde
ou le Marquis De Sade, des artistes malheureusement persécutés
dans la vie de tous les jours simplement à cause de leur
imagination ou imaginaire. Leur style de vie est le fait qu'ils
aient mis autant d'eux-mêmes dans leur art m'ont toujours
fascinés.
Tu mets aussi pas mal de toi et de ta vie
dans tes paroles mais toujours avec ironie. Je pense en particulier
à 'Ka-Boom Ka-Boom' ou '(s)AINT'...
MM : Beaucoup de gens vont se dire qu'une chanson comme '(s)AINT'
est dirigé très lié à ma vie ce qui
n'est pas faux. Mais il ressort de cette chanson que je ne parle
pas tant de mes relations que de moi-même. Cela s'est fait
inconsciemment, mais il est clair que l'ont peut considérer
cette chanson sous divers perspectives. En fait, je parle surtout
de moi, sur cet album. Ce n'est pas spécialement voulu
mais c'est le cas.
As-tu l'impression de te découvrir
album après album?
MM : Le but est en tout cas d'être le plus personnel possible,
de montrer ce que j'ai dans la tête. J'aime l'idée
que c'est mon subconscient qui me dicte ce qu'il faut que je fasse
de ma musique. C'est lui qui me dit d'être très ouvert
mais aussi très imprudent, d'être "rock".
Sur 'This Is The New Shit', je dis que tout a été
dit, qu'il n'y a rien à ajouter et je le pensais sincèrement
au moment où je l'ai écrit. Je dis ce que me dicte
mon inconscient sur le moment et parfois j'obtiens des réponses
de mes propres réponses. Avec l'album 'Holy Wood', j'étais
arrivé à la fin d'une histoire, à un point
où on se dit : "Où cela va-t-il me mener? Puis-je
être encore créatif?" Pour aller de l'avant,
j'ai décidé de regresser, de me comporter ou de
penser comme un enfant et d'abandonner les règles que je
m'étais imposées tout comme à mon groupe.
J'ai cherché à me couper des attentes du public.
Je voulais ce nouvel album le plus ouvert possible avec une quantité
de détails, beaucoup d'électronique, mais tout en
gardant un aspect live. Peu de prises, notamment au niveau du
chant pour garder un effet spontané. Je ne voulais pas
de producteur conventionnel ni même d'un flood qui te dis
"Tu peux faire mieux, recommence". Une prise et on y
touche plus. Tout l'intérêt de faire un nouvel album
est de se surprendre soi-même. 'The Golden Age Of Grotesque'
marque une nouvelle ère pour le groupe. J'ai découvert
que si je ne suis pas autorisé à mettre certaines
choses dans ma musique, si je ne peux pas même certaines
images dans mes albums parce que je risque d'être censuré,
je les place alors autrement par l'intermédiaire de mon
site internet ou dans mes performances aux autres installations.
Je veux que les gens se rendent compte que tout n'est pas dit
dans mes disques, que pour comprendre ce que je fais, il faut
aller au delà de ce simple support. L'auditeur a donc son
rôle à jouer. 'The Golden Age Of Grotesque' est tellement
ouvert que les gens doivent aller plus loin que la simple écoute
pour bien le comprendre et en avoir une vision complète.
Te considères-tu comme un artiste
ou comme une rockstar?
MM : J'ai peur de me prétendre artiste avec un grand A
car cela peut paraître prétentieux. Mais je ne voudrais
pas non plus qu'on ne me considère que comme un artiste
de variété car le coté artistique est dans
ce cas peut reconnu. Je pense que je suis la bonne personne pour
combiner l'art et le divertissement et je pense pouvoir montrer
que tout le divertissement peut être un art. Tout comme
le style de vie lui-même peut être un art, je pense
notamment à l'esthétique du Dandy. Je ne cherche
pas forcément à rendre l'art accessible aux gens
mais plutôt à leur permettre d'atteindre la célébrité
et qu'il se rendent compte que la vie et leur monde ne sont rien
moins que du cinéma.
Il semble que le documentaire 'Bowling For
Columbine' de Michael Moore où tu fais une instructive
apparition ait changé la manière dont certaines
personnes t'appréhendaient...
MM : On me regarde effectivement différemment. En tout
cas, cela ouvre la porte à une meilleure expérimentation
et compréhension de mes disques. C'est parfait pour le
'Golden Age Of Grotesque'.
Quel sera l'importance du "grotesque"
dans tes prochains shows?
MM : Je veux retrouver l'esprit du cirque, du freakshow, tout
en montrant que ce que considère certaines personnes comme
étrange et anormal correspond à la norme dans le
monde que j'ai créé. Je veux aller aussi loin que
mon imagination peut m'emmener pour mon propre amusement autant
que pour celui des autres. Cela peut être sombre, sarcastique
mais toujours divertissant.
Qu'a apporté Tim Skold (ex-KMFDM)
à Marilyn Manson selon toi?
MM : Notre collaboration a commencé au moment de l'enregistrement
de la reprise de Soft Cell, 'Tainted Love'. Nous étions
devenu amis lorsque KMFDM et Marilyn Manson s'étaient retrouvés
impliqués dans la fameuse fusillade (Littletown Colorado)
dont nous n'étions évidemment pas coupables. Je
voulais qu'il travaille aussi sur l'album. Il s'est occupé
de la production et de la programmation. Son enthousiasme a été
une très grande source d'inspiration. Twiggy, mon ancien
fidèle collaborateur, avait perdu de cet enthousiasme pour
le groupe. Au lieu de perdre un ami pour un album, j'ai préféré
m'allouer les services d'un autre ami, Tim. Il me fallait quelqu'un
qui s'investisse d'un point de vu créatif dans le groupe.
'The Golden Age Of Grotesque' n'était-il
pas prévu pour l'année dernière?
MM : Il s'agit juste de réaliser le bon truc au bon moment.
Je voulais le paufiner au maximum car je voulais que cet album
soit un chef d'oeuvre.
Peux-tu nous dire sur la chanson 'Para-Noir'
que tu interprètes avec ta copine Dita Von Teese...
MM : C'est une sorte d'expérience que j'ai mené,
une sorte d'audition. J'ai demandé à différentes
femmes d'exprimer leurs sentiments les plus sombres en expliquant
pourquoi elles ont voulu avoir une relation sexuelle avec quelqu'un,
quelqu'un en général pas moi en particulier. J'ai
organisé cette chanson comme un metteur en scène
et j'ai expliqué à ces femmes que je voulais qu'elles
commencent leurs phrases par : "I want to fuck you because..."
et qu'elles dient ensuite tout ce qui leur passe par la tête.
J'ai gardé les résultats les plus intéressants.
Parfois une même phrase est constituée d'un montage
de propos de différentes femmes. Il est toujours très
intéressant de donner l'opportunité à quelqu'un
de dire des choses qu'elle ne dirait pas normalement.
Et 'Slutgarden'?
MM : J'ai conçu cette chanson comme d'un compte dégoutant
à l'adresse des femmes. Je pense qu'elles ont souvent des
réactions malicieuses face à la musique. J'ai fait
écouté ce morceau à ma girlfriend au début
de sa composition. Elle a tout de suite pensé que je reglais
dans cette chanson des problèmes que j'avais eu avec ma
précédente petite amie. Cela parle plus généralement
du fait de remplacer d'ancien soucies par de nouveaux. Mais on
peut considérer ce titre comme une chanson d'amour sous
l'angle de ma vision malade et dépravée. Il y a
beaucoup de choses de ce type sur l'album. Et j'aime tester mes
chansons sur les femmes et les enfants. Leurs réactions
sont toujours instructives. Je solicite leurs oreilles mais je
ne demande jamais leur opinion car toutes les opinions sont différentes.
Je me considère comme un chef cuisinier, je ne veux pas
recevoir d'ordre des gens que je sers mais je veux créer
quelque chose pour eux.
Où en est ton projet de film avec
Jodorowski, 'The Sons Of El Topo'?
MM : J'ai profité de ma venu à Paris pour en parler
avec lui. Mais il n'y a encore rien de concret. On cherche des
finances. J'ai aussi parlé avec Gaspard Noé d'un
projet de film porno. Il voudrait en tout cas qu'il voudrait que
je joue dans un de ses films. Sinon, j'ai un projet de film avec
Gottfried Helnwein. J'espère aussi pouvoir mettre en scène
mon propre film, peut-être cet été. Il n'y
a rien encore de vraiment élaboré car j'espère
pouvoir me surprendre moi-meme. Je voudrais le faire sans conseils
particuliers ni finances extérieurs. Je ne veux pas devoir
me limiter sur le plan de la durée ou du contenu, je veux
juste me faire plaisir. Il n'y aura pratiquement pas de musique
non plus.
Et quand est-il de la musique de 'Massacre
À La Tronçonneuse 3'?
MM : Le tournage a été regardé. Ce projet
est pour le moment au point mort. Mais j'ai d'autres projets,
comme celui de refaire la musique du fameux 'Cabinet du Dr Caligari'.
Ce sera instrumental et bien plus délicat que d'habitude
car je ne crois pas qu'un musique rock'n'roll soir appropriée.
La seule liberté que je m'octroie pour cette BO concerne
l'instrumentation qui sera inhabituelle pour ce genre de film.
Qu'est-ce que l'on peut te souhaiter aujourd'hui?
MM : De continuer à prendre du bon temps et à pouvoir
jouer sur scène mes créations. Si je passe autant
de temps en studio, c'est dans la perspective de pouvoir jouer
mes nouveaux morceaux sur scène. C'est la scène
qui me motive.
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