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Pour votre nouvel album,
vous vous êtes inspiré de l'univers des années
30. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cette période?
MM : C'est précisément à cette époque
qu'en Amérique la mode est devenue une marchandise marketing.
Les États-Unis combattaient le fascisme, mais en même
temps, ils devenaient des monstres en essayant inconsciemment
de persuader les gens d'acheter des vêtements, des produits
américains... Il y a toujours eu une part d'ombre derrière
nos actions. Au-delà de cela, j'aime cette période
parce qu'il y avait un besoin, une excitation vitale. Les gens
voulaient ressembler aux acteurs qu'ils voyaient dans les films
et vivre comme eux. Les années 30 à Berlin ou à
Paris ont été une décennie particulièrement
créative... Parce que les gens vivaient au bord du gouffre.
Ils sentaient la guerre arriver et faisaient tout ce qui leur
passait par la tête. Ils savaient qu'il n'y aurait pas de
lendemain, alors ils ne bridaient pas leur imagination. Souvent,
les hommes ont peur de s'exprimer pleinement : ils censurent ce
qu'ils considèrent comme mauvais, leur immoralité,
leur coté vicieux... Or, il ne faut pas avoir honte, car
ces choses-là font partie de soi, on ne peut pas les contrôler.
Pour moi, le Berlin des années 30 est un sale gamin, plutôt
innocent, qui en grandissant est devenu un monstre. Finalement,
c'est comme les relations humaines, il arrive toujours un moment
où l'on ne contrôle plus rien, un moment qui mène
à la destruction. Les gens aiment le chaos, car le chaos
est excitant. J'ai utilisé cette énergie comme inspiration
symbolique sans pour autant que mon album sonne "années
30". Je voulais juste capter l'esprit et m'inspirer des gens
qui ont changé la manière de faire du spectacle,
comme Bertolt Brecht.
Cet album a-t-il été construit
selon ce principe, hors de tout contrôle?
MM : Je l'ai fait comme un enfant - exactement comme je le voulais.
Je ne me suis rien imposé. Ainsi, lorsque mon manager et
ma maison de disques m'ont pressé pour écouter les
bandes, je me suis enregistré en train de parler à
mon chat Lily. Je leur ai tout envoyé en leur disant que
c'était le single, ils ont rigolé deux secondes,
puis m'ont dit : "Allez, maintenant fais-nous écouter
les vraies bandes." Je leur ai répondu d'aller se
faire foutre. Pour l'artwork, ça a été exactement
la même chose. Je n'ai laissé personne entraver mon
imagination. Je n'ai jamais honte de ce que je fais.
À vous entendre, on a parfois l'impression
que les États-Unis sont carrément une dictature...
MM : La plupart des gens le pensent, mais ils ont peur de le dire.
Les américains ont toujours été très
patriotiques et ça n'a fait qu'empirer depuis l'attaque
de New York. Je sens parfois que nous sommes au bord de la terreur.
Lorsque l'on t'abjure constamment de te repentir de tes péchés,
lorsque l'on veut t'obliger à dire que tu crois en Dieu
sinon tu iras en enfer... le fascisme n'est jamais vraiment mort,
il a été recréé à travers le
capitalisme. J'aime être américain mais il faut être
conscient de ce que tu vois et reconnaître les choses pour
ce qu'elles sont. On dit que les fascistes sont stupides, que
leur patriotisme mène à la violence. Mais ceux qui
suivent la mode sont identiques : ils prennent les choses qu'on
leur vend pour argent comptant, sans se poser de questions. Les
américains ont réussi à convaincre le reste
du monde qu'ils deviendront des individus à part entière
en achetant les choses qu'ils produisent, en leur faisant écouter
la musique qu'ils font. Je dénonce cette situation depuis
dix ans. Je n'ai cependant pas voulu faire un album avec plein
de protest songs : je me vois assez mal m'acheter une
guitare folk et chanter des trucs de hippies ou refaire Woodstock.
Je suis un entertainer. Je me suis donc vraiment concentré
sur mon univers, sur cette créativité artistique
du grotesque, du vaudeville et du cabaret. Comme mon art, ces
spectacles étaient conçus pour s'échapper
du qotidien. Les gens riaient et cela leur permettait de mieux
s'endormir la nuit.
Vous jouez beaucoup avec les symboles nazis.
Quel est le sens de cette provocation?
MM : Le fascisme ou n'importe quel "isme" à pour
objet d'enfermer et de contrôler les esprits. Mon but est
justement le contraire : j'essaie d'ouvrir le cœur du public
en le provocant constamment. J'aime jouer avec ces symboles et
piéger les gens de manière à les faire douter
de leurs propres croyances. Si quelqu'un s'inquiète, pense
que je peux abimer ces valeurs religieuses ou ruiner l'éducation
qu'il donne à ses enfants, je pense qu'il ferait mieux
de remettre en question ses valeurs, car je ne suis qu'un homme.
Je ne suis pas si puissant. J'utilise, certe, une imagerie ou
des éléments qui rappellent aux gens le nazisme,
mais il ne faut pas oublier que j'y juxtapose des images de décadence.
Justement, 'The Golden Age Of Grotesque' parle de ça :
du chaos organisé. Cela m'amuse plutôt d'entendre
des gens me dire : "Tu ne peux pas utiliser cela parce que
ça rappelle le fascisme." J'adore leur répondre
: "Ne crois-tu justement pas être fasciste en m'interdisant
d'utiliser ces symboles?" Cette action est, d'une certaine
manière, politique puisque je pointe du doigt leurs faiblesses...
Nos dirigeants font un travail dont nous ne voyons jamais les
bénéfices. Pour moi, il ne sont pas plus réels
que des personnages de dessins animés.
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