Magazine
Hard N Heavy (N°92)

Pays
France

Date de parution
Avril/Mai 2003

Propos recueillis par
Sophie Hervier

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
myspace.com/hnheavy

Couverture
 

Comment as-tu rencontré Marilyn Manson?

Tim Skold : Je vis à Los Angeles depuis quelques années et il se trouve que nous avions tous deux des connaissances communes. Petit à petit, nous avons sympathisé et commencé à passer du temps ensemble. Avant qu'elle ne devienne professionnelle, notre relation était donc déjà amicale. Je me rappelle avoir vu quelques très mauvais films avec lui il y a environ trois ans, mais je ne lui en ai pas tenu rigueur (rires).

Comment jugeais-tu Marilyn Manson en tant que groupe avant de l'intégrer?

TS : Je me souviens d'un jour lointain où je suppliais mes proches de m'accompagner à un de ses concerts au Whiskey A Go-go, sur Sunset boulevard, et personne n'avait accepté. J'adorais 'Get Your Gunn', alors je suis allé voir ce type qui avait écrit "pédé" au rouge à lèvres sur son ventre. C'était un très bon concert. J'ai toujours aimé ce groupe, la façon dont il évoluait et changeait perpétuellement. Et j'ai toujours trouvé que Marilyn Manson était un bon chanteur. Que ses détracteurs se taisent et qu'ils écoutent, bon sang (rires) !

Avant d'être embauché comme producteur sur 'The Golden Age Of Grotesque', tu avais collaboré avec Manson sur la reprise de 'Tainted Love' et la bande originale de 'Resident Evil'...

TS : Chronologiquement, ce n'est pas tout à fait ce qui s'est passé. En fait, après la reprise de 'Tainted Love', il voulait que je continue à travailler avec lui. Je lui ai demandé sur quoi, il m'a dit "le nouveau disque" et j'ai dit d'accord (rires). Nous nous sommes donc attelés à 'The Golden Age Of Grotesque' jusqu'à ce qu'on nous propose d'écrire la BO de 'Resident Evil'. Nous avons jugé que cela pouvait être une bonne distraction et avons du coup arrêté de travailler sur le disque un moment pour nous en occuper.

Où en était l'écriture de l'album quand tu fus choisi en tant que producteur? les chansons étaient-elles déjà finalisées, en as-tu écrit toi-même?

TS : La façon de travailler de ce groupe est assez simple : il enregistre en même temps qu'il écrit et il écrit en même temps qu'il enregistre (rires). C'est un foutoir sans nom mais ça fonctionne très bien de cette manière. J'ai été employé comme producteur et en tant que tel, mon travail consiste à aider le groupe à écrire ses chansons. Mais pas à les écrire à sa place, ni avec lui. Mon boulot, c'est de faire en sorte que les musiciens écrivent de bons morceaux et bien sûr puisque c'est d'art dont il s'agit de les faire souffrir. Il n'y a pas d'art sans souffrance et je me suis particulièrement bien investi dans ma mission sur ce plan là (rires).

À part faire souffrir le groupe, y avait t-il d'autres idées spécifiques que tu voulais mettre en application sur 'The Golden Age Of Grotesque', que ce soit au niveau du son ou de la structure des morceaux?

TS : Oui, plusieurs. Il y avait un enthousiasme et un très bon état d'esprit dans le groupe et je voulais avant tout rendre compte de cette énergie sur le disque. En ce qui concerne la structure des chansons, j'ai grandi au son d'ABBA, donc j'aime les mélodies et les chansons bonnes et courtes, même si je sais également apprécier certains morceaux longs et chiants (rires). Quoi qu'il en soit, je voulais saisir la faculté des musiciens à écrire des choses mélodiques et efficaces. C'est amusant que les adjectifs "bon" et "accrocheur", qui sont souvent réservés à la pop, soient connotés comme quelque chose de gnan-gnan. Je crois que je voulais aussi démontrer avec 'The Golden Age Of Grotesque' que ce n'est pas toujours le cas.

Les albums précédents de Marilyn Manson ont toujours été très produits, alors que le son de 'The Golden Age Of Grotesque' est plus dense et plus compact. Est-ce qu'un de tes souhaits était de simplifier l'album à tous les niveaux?

TS : C'est effectivement ce que je me suis efforcé de faire. J'ai travaillé auparavant sur des disques qui étaient surproduits. Et quand je les réécoute, je me dis qu'on aurait pu en faire trois au lieu d'un bourré d'éléments différents! C'est une erreur fréquente que l'on commet quand on a trop de moyens technologiques à sa disposition. Il faut vraiment se forcer à faire moins de choses en quantité et plus en qualité. J'ai donc veillé à ce que 'The Golden Age Of Grotesque' soit une gratification immédiate. On aurait tout aussi bien pu faire un énorme gâteau avec tous les ingrédients possibles et imaginables, mais c'est souvent écoeurant. Là, je pense que nous avons trouvé le juste milieu.

Marilyn Manson a co-produit avec toi la plupart des chansons de l'album. Ça n'a pas été trop difficile de vous départager les tâches?

TS : Ça a été à la fois simple et difficile. Nous étions d'accord sur la direction que les chansons devaient prendre : il suffisait de suivre celle du morceau-titre, 'The Golden Age Of Grotesque'. Le fait que nous ayons cette carte routière entre les mains a facilité les choses mais ce fut difficile de faire emprunter le même chemin aux autres morceaux. Cette collaboration fut donc intéressante mais pas de tout repos !

Étais-tu personnellement intéressé par le côté burlesque et grotesque de l'album?

TS : Cela fait effectivement partie des nombreuses choses que nous trouvons divertissantes. Je crois d'ailleurs que la première photo où j'apparais avec Marilyn Manson a été prise par un paparazzi à un show burlesque. Nous avons une appréciation similaire de l'art et du divertissement. Et quand, dans un spectacle, nous ne savons pas faire la différence entre les deux, il y a toujours Pogo, notre claviériste, pour nous faire remarquer que ça doit être de l'art parce qu'il ne s'amuse pas (rires) !

Marilyn Manson s'est entouré de collaborateurs européens pour réaliser 'The Golden Age Of Grotesque', principalement toi et Gottfried Helnwein. Trouves-tu que cela se ressent sur l'album?

TS : Oui, c'est indéniable. Marilyn Manson est un artiste complet et un visionnaire. Il possède cette faculté remarquable à s'entourer des bonnes personnes selon ce qu'il a en tête, pour que le résultat soit conforme à ses attentes. Et effectivement, le disque est différent grâce à cette attention particulière portée à la culture européenne.

Tu évolues dans le milieu industriel depuis pas mal d'années, considères-tu qu'intégrer un groupe aussi populaire que Marilyn Manson est un coup de chance bienvenu?

TS : Je vis pour l'art, pas pour mon compte en banque (rires) ! J'ai commencé en tant que producteur pour cet album et, quelque temps après, Marilyn Manson a été contraint de dire au revoir à Twiggy et m'a demandé de le remplacer. J'ai commencé ma carrière en tant que bassiste et j'adore toujours autant mon instrument parce qu'il est à la fois très musical et très physique. J'aime faire ce qui me plaît, et la basse en fait plus que tout partie. J'imagine que je devrais être plus carriériste, produire plus de disques et crier partout que je suis une rock-star mais ça ne m'intéresse vraiment pas (rires) ! En ce moment, je ne fais rien d'autre que de la basse pour Marilyn Manson et ça me convient parfaitement.

Ce qui veut donc dire que KMFDM et Skold, ton projet solo, sont enterrés?

TS : Oui, je ne fais qu'une chose à la fois. J'ai toujours fonctionné comme ça d'ailleurs, parce que je préfère me focaliser sur un seul projet plutôt que m'éparpiller un peu partout. Je veux faire de mon mieux dans Marilyn Manson et je fournirai tous les efforts nécessaires pour y arriver.