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Comment
as-tu rencontré Marilyn Manson?
Tim Skold : Je vis à Los Angeles depuis quelques années
et il se trouve que nous avions tous deux des connaissances communes.
Petit à petit, nous avons sympathisé et commencé à passer du temps
ensemble. Avant qu'elle ne devienne professionnelle, notre relation
était donc déjà amicale. Je me rappelle avoir vu quelques très
mauvais films avec lui il y a environ trois ans, mais je ne lui
en ai pas tenu rigueur (rires).
Comment jugeais-tu Marilyn Manson en tant
que groupe avant de l'intégrer?
TS : Je me souviens d'un jour lointain où je suppliais mes proches
de m'accompagner à un de ses concerts au Whiskey A Go-go, sur
Sunset boulevard, et personne n'avait accepté. J'adorais 'Get
Your Gunn', alors je suis allé voir ce type qui avait écrit "pédé"
au rouge à lèvres sur son ventre. C'était un très bon concert.
J'ai toujours aimé ce groupe, la façon dont il évoluait et changeait
perpétuellement. Et j'ai toujours trouvé que Marilyn Manson était
un bon chanteur. Que ses détracteurs se taisent et qu'ils écoutent,
bon sang (rires) !
Avant d'être embauché comme producteur sur
'The Golden Age Of Grotesque', tu avais collaboré avec Manson
sur la reprise de 'Tainted Love' et la bande originale de 'Resident
Evil'...
TS : Chronologiquement, ce n'est pas tout à fait ce qui s'est
passé. En fait, après la reprise de 'Tainted Love', il voulait
que je continue à travailler avec lui. Je lui ai demandé sur quoi,
il m'a dit "le nouveau disque" et j'ai dit d'accord (rires).
Nous nous sommes donc attelés à 'The Golden Age Of Grotesque'
jusqu'à ce qu'on nous propose d'écrire la BO de 'Resident Evil'.
Nous avons jugé que cela pouvait être une bonne distraction et
avons du coup arrêté de travailler sur le disque un moment pour
nous en occuper.
Où en était l'écriture de l'album quand tu
fus choisi en tant que producteur? les chansons étaient-elles
déjà finalisées, en as-tu écrit toi-même?
TS : La façon de travailler de ce groupe est assez simple : il
enregistre en même temps qu'il écrit et il écrit en même temps
qu'il enregistre (rires). C'est un foutoir sans nom mais
ça fonctionne très bien de cette manière. J'ai été employé comme
producteur et en tant que tel, mon travail consiste à aider le
groupe à écrire ses chansons. Mais pas à les écrire à sa place,
ni avec lui. Mon boulot, c'est de faire en sorte que les musiciens
écrivent de bons morceaux et bien sûr puisque c'est d'art dont
il s'agit de les faire souffrir. Il n'y a pas d'art sans souffrance
et je me suis particulièrement bien investi dans ma mission sur
ce plan là (rires).
À part faire souffrir le groupe, y
avait t-il d'autres idées spécifiques que tu voulais mettre en
application sur 'The Golden Age Of Grotesque', que ce soit au
niveau du son ou de la structure des morceaux?
TS : Oui, plusieurs. Il y avait un enthousiasme et un très bon
état d'esprit dans le groupe et je voulais avant tout rendre compte
de cette énergie sur le disque. En ce qui concerne la structure
des chansons, j'ai grandi au son d'ABBA, donc j'aime les mélodies
et les chansons bonnes et courtes, même si je sais également apprécier
certains morceaux longs et chiants (rires). Quoi qu'il
en soit, je voulais saisir la faculté des musiciens à écrire des
choses mélodiques et efficaces. C'est amusant que les adjectifs
"bon" et "accrocheur", qui sont souvent réservés à la pop, soient
connotés comme quelque chose de gnan-gnan. Je crois que je voulais
aussi démontrer avec 'The Golden Age Of Grotesque' que ce n'est
pas toujours le cas.
Les albums précédents de Marilyn Manson ont
toujours été très produits, alors que le son de 'The Golden Age
Of Grotesque' est plus dense et plus compact. Est-ce qu'un de
tes souhaits était de simplifier l'album à tous les niveaux?
TS : C'est effectivement ce que je me suis efforcé de faire. J'ai
travaillé auparavant sur des disques qui étaient surproduits.
Et quand je les réécoute, je me dis qu'on aurait pu en faire trois
au lieu d'un bourré d'éléments différents! C'est une erreur fréquente
que l'on commet quand on a trop de moyens technologiques à sa
disposition. Il faut vraiment se forcer à faire moins de choses
en quantité et plus en qualité. J'ai donc veillé à ce que 'The
Golden Age Of Grotesque' soit une gratification immédiate. On
aurait tout aussi bien pu faire un énorme gâteau avec tous les
ingrédients possibles et imaginables, mais c'est souvent écoeurant.
Là, je pense que nous avons trouvé le juste milieu.
Marilyn Manson a co-produit avec toi la plupart
des chansons de l'album. Ça n'a pas été trop difficile
de vous départager les tâches?
TS : Ça a été à la fois simple et difficile. Nous étions
d'accord sur la direction que les chansons devaient prendre :
il suffisait de suivre celle du morceau-titre, 'The Golden Age
Of Grotesque'. Le fait que nous ayons cette carte routière entre
les mains a facilité les choses mais ce fut difficile de faire
emprunter le même chemin aux autres morceaux. Cette collaboration
fut donc intéressante mais pas de tout repos !
Étais-tu personnellement intéressé
par le côté burlesque et grotesque de l'album?
TS : Cela fait effectivement partie des nombreuses choses que
nous trouvons divertissantes. Je crois d'ailleurs que la première
photo où j'apparais avec Marilyn Manson a été prise par un paparazzi
à un show burlesque. Nous avons une appréciation similaire de
l'art et du divertissement. Et quand, dans un spectacle, nous
ne savons pas faire la différence entre les deux, il y a toujours
Pogo, notre claviériste, pour nous faire remarquer que ça doit
être de l'art parce qu'il ne s'amuse pas (rires) !
Marilyn Manson s'est entouré de collaborateurs
européens pour réaliser 'The Golden Age Of Grotesque', principalement
toi et Gottfried Helnwein. Trouves-tu que cela se ressent sur
l'album?
TS : Oui, c'est indéniable. Marilyn Manson est un artiste complet
et un visionnaire. Il possède cette faculté remarquable à s'entourer
des bonnes personnes selon ce qu'il a en tête, pour que le résultat
soit conforme à ses attentes. Et effectivement, le disque est
différent grâce à cette attention particulière portée à la culture
européenne.
Tu évolues dans le milieu industriel depuis
pas mal d'années, considères-tu qu'intégrer un groupe aussi populaire
que Marilyn Manson est un coup de chance bienvenu?
TS : Je vis pour l'art, pas pour mon compte en banque (rires)
! J'ai commencé en tant que producteur pour cet album et, quelque
temps après, Marilyn Manson a été contraint de dire au revoir
à Twiggy et m'a demandé de le remplacer. J'ai commencé ma carrière
en tant que bassiste et j'adore toujours autant mon instrument
parce qu'il est à la fois très musical et très physique. J'aime
faire ce qui me plaît, et la basse en fait plus que tout partie.
J'imagine que je devrais être plus carriériste, produire plus
de disques et crier partout que je suis une rock-star mais ça
ne m'intéresse vraiment pas (rires) ! En ce moment, je
ne fais rien d'autre que de la basse pour Marilyn Manson et ça
me convient parfaitement.
Ce qui veut donc dire que KMFDM et Skold,
ton projet solo, sont enterrés?
TS : Oui, je ne fais qu'une chose à la fois. J'ai toujours fonctionné
comme ça d'ailleurs, parce que je préfère me focaliser sur un
seul projet plutôt que m'éparpiller un peu partout. Je veux faire
de mon mieux dans Marilyn Manson et je fournirai tous les efforts
nécessaires pour y arriver.
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