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Pour
commencer, comment doit-on t'appeler?
MM
: Généralement, tout le monde m'appelle Manson.
Même mon père le fait aujourd'hui. Mais Herr Doktor
me convient également.
Personne n'emploie jamais le prénom
Marilyn?
MM : Je me fiche un peu de la façon dont on m'appelle,
même si Marilyn est rarement utilisé. Les gens semblent
croire que je vais m'énerver s'ils m'appellent par mon
nom de naissance (Brian Warner ndr). Ça ne me
dérange pas, c'est juste que ça n'a aucune signification
particulière. Si mes amis, mon groupe et la fille avec
qui je vis ne m'appellent pas comme ça, je ne vois pas
pourquoi quelqu'un d'autre le ferait. Ça ne signifie pas
que je suis une personne différente, mais un nom indique
où tu en es dans la vie - si tu es docteur, on t'appelle
docteur X ou Y, si tu es le président, on t'appelle connard
la plupart du temps (rires). Marilyn Manson a toujours
été le meilleur moyen de décrire tous les
aspects de ma personnalité.
En tant que Marilyn
Manson, as-tu l'impression d'avoir à assurer tout le temps?
MM : Je n'ai pas à assurer, j'aime assurer. C'est toute
l'idée développée par le dandyisme : comme
Oscar Wilde, ma vie est mon art.
Suis-tu une psychanalyse?
MM : Non, parce que je veux pouvoir continuer à divertir
et tout envisager d'un point de vue artistique. Toute mon imagination
est exposée aux autres dans le but de la partager. Et j'ai
la chance d'avoir à la fois un public qui me détèste
et un autre qui m'aime. C'est une position idéale pour
moi.
Qui sont tes voisins ici?
MM : Honnêtement, je n'en sais rien. Un matin, j'ai trouvé
sur le pas de ma porte une lettre d'eux me demandant de signer
une pétition parce qu'un méchant propriétaire
terrien avait augmenté leur loyer. La missive était
adressé à Brian, entre parenthèse Marilyn
Manson, ce qui m'a fait sourire. Ils se plaignaient des prix exorbitants
et comme ils avaient mal orthographiés "exorbitant",
j'ai corrigé la faute et leur ai envoyé la lettre.
C'est le seul genre de relations que j'entretiens avec mes voisins.
Je me présèrve. Il n'y a que comme ça que
je peux vivre à Hollywood. Je ne suis pas quelqu'un qui
apprécie vraiment le contact des autres ou même l'idée
de faire partie d'une communauté quelconque. J'habite dans
un coin mystérieux et retiré. Lorsque je sors, j'aime
bien en faire un spectacle, pour prendre le contre-pied de tous
ceux qui essaient d'être sérieux et de se donner
un genre en se mettant sur leur 31.
Mais toi aussi, tu soignes ton apparence!
MM : C'est vrai, mais je ne le fais pour personne d'autre que
moi-même. Et parce que les célébrités
sont vraiment ennuyeuses!
C'est surprenant que tu vives à Los
Angeles...
MM : C'est purement ironique. Cette ville me fascinait plus jeune.
Apparemment, tu t'intéresses au mouvement
Dada...
MM : Quand tu as tout fait, crée des choses et puisé
ton inspiration partout, tu as le choix entre devenir insensible,
mourir ou te réinventer. Ce que le dadaïsme m'a apporté,
c'est de me sentir âgé d'une dizaine d'années
plutôt que d'une trentaine. La plupart des gens passent
leur vie d'adulte à essayer d'oublier leur enfance. Je
passe la mienne à essayer de me la rappeler et de la revivre.
C'est le cœur de la liberté. Les enfants disent et
font des choses qu'ils ne sont pas censés dire et faire.
Sur mes trois derniers albums, je me suis battu pour mes opinions.
'The Golden Age Of Grotesque' est un pas en avant, un disque qui
montre qui je suis.
Les trois derniers constituent une trilogie,
un cycle...
MM : J'ai utilisé beaucoup de mes peurs pour créer
'Antichrist Superstar', qui était un album grandiloquent
et qui aurait presque pu paraître arrogant s'il n'avait
pas été si nihiliste. C'était un constat
sur la position que je voulais occuper, alors que j'en étais
encore loin à l'époque. Je me décrivais dans
une situation de gloire, de fortune et de décadence qui
ne s'était pas encore produite. Quelque part, c'était
une prophétie que j'avais réalisé moi-même.
Quand j'ai fini ce disque, j'ai compris que je devais à
la fois finir de raconter l'histoire et la vivre. Je me suis donc
attelé à 'Mechanical Animals' en imaginant ce que
les gens attendaient de moi. C'est pour cette raison que j'ai
crée un autre personnage, la caricature d'une rock-star.
Omëga...
MM : Exact, le prototype même de la star du rock. Je me
rendais compte de ce que le monde voulait faire de moi : réutiliser
la vérité crue et horrible d'Antichrist Superstar'
et l'emballer plus joliment pour mieux la vendre. J'ai donc enrobé
'Mechanical Animals' avec soin, mais avec tellement de sarcasme
que le disque est devenu presque plus effrayant que son prédécesseur.
Avec cet album, j'anticipais la déception des gens de ne
pas avoir répondu à leurs attentes, et 'Mechanical
Animals' a été un énorme succès pour
moi, parce que je m'intéresse davantage à la réaction
du public qu'aux chiffres de vente. Je ne suis pas une marchandise.
Je ne suis pas fait pour entrer en compétition avec Madonna
ou Britney Spears. Je serai là jusqu'à ce que je
décide du contraire, ce qui n'est pas encore près
d'arriver, à moins de me surprendre dans un mauvais jour.
Après 'Mechanical Animals', j'avais besoin de finir l'histoire
que j'avais commencée sur 'A.S.'. Je devais retourner au
début et comprendre pourquoi j'avais entrepris tout cela.
Mais, à cause de la tuerie de Columbine, j'étais
dans une situation critique. Non seulement des gens menaçaient
ma vie mais aussi ma carrière.
Qui en particulier?
MM : J'ai reçu d'innombrables menaces de mort. L'attention
des médias était telle que j'étais maintenant
tenu responsable de tout et n'importe quoi. Avec la guerre en
Irak, l'Amérique a enfin trouvé un nouveau méchant.
Les États-Unis aiment sélectionner une cible et
la pourchasser. Je me suis présenté comme le méchant
avec 'Antichrist Superstar'. Je n'ai pas choisi ce titre par hasard
en pensant que ça n'offenserait personne. Je voulais être
un méchant parce que les méchants sont toujours
plus attrayants et ont les plus belles femmes pendues à
leur cou. J'adore ces personnages depuis ma plus tendre enfance.
Mais Columbine n'était pas un combat que je pouvais mener.
Comment pouvais-je me défendre? Je n'étais coupable
de rien, si ce n'est être moi-même. Ces deux lycéens
n'étaient pas des fans de Marilyn Manson et même
s'ils l'avaient été, ça n'aurait rien changé.
Je ne pouvais rien dire. Tous les médias voulaient que
je leur parle, simplement pour entretenir le cycle de peur et
de consommation que j'ai toujours évoqué. Alors
pourquoi rentrer dans leur jeu? Pourquoi devais-je dire en public
combien ce qu'avais fait ces deux gamins était atroce?
Personne ne les a jamais écoutés, ils voulaient
être célèbres et y sont arrivés grâce
aux médias qui perpétuent cette cruelle ironie.
Il n'y a eu aucun débat, et j'étais la seule personne
qui était facile de désigner comme responsable.
Je devenais même plus dangereux que les deux meurtriers.
Les radios, les tourneurs et tous ceux qui travaillent dans l'industrie
musicale m'ont tourné le dos et claqué la porte
au nez. Je me suis enfermé 3 mois dans mon grenier sans
parler à personne. C'était une période très
sombre qui pouvait être la fin d'une histoire ou le début
d'une autre. Finalement le soutien des fans m'a décidé
à canaliser tout cela dans un album ayant trait au sujet
: 'Holy Wood (In The Shadow Of The Valley Of Death)'. C'était
un disque très beau et ténébreux, un achèvement
nécessaire.
Peux-tu nous parler de ton interêt
pour la taxidermie?
MM : Je suis certain que les gens pensent que ma maison est très
gothique. Je collectionne beaucoup de choses médicales
ainsi que les animaux empaillés. J'imagine que cela est
du au fait que je passais beaucoup de temps à l'hopital
plus jeune et que comme tous mes animaux domestiques mourraient,
il a fallu que je trouve un moyen d'y faire face. Mais ce que
je collectionne le plus, ce sont des livres. Tous ceux-là,
sont à Dita, mais j'ai une bibliothèque entière
au sous-sol. C'est ma faiblesse. Je suis un glouton de l'information.
Qu'elle soit juste ou erronée. J'aime entendre ce que les
gens ont à dire.
Je n'aime pas trop l'agneau là-bas...
MM : En fait, c'est un manteau. C'est un living-room traditionnel
pour ce genre de maison. La mienne a été construite
en 1929 et appartenait à Mary Astor (actrice américaine
ayant connu son heure de gloire au début des années
40 avec le Faucon Maltais de John Huston- ndr). À
l'époque, les gens avaient souvent une pièce qui
servait à exposer leurs trophées. Personellement,
je ne chasse pas, sauf ceux qui s'introduisent sur ma propriété
(sourire).
Tu es entouré d'animaux!
MM : J'en ai trois. Je vis avec cinq filles : Dita, deux teckels
Eva et Great, et ma chatte Lilly. Ça fait quatre. J'adore
les animaux. J'aime les regarder. Je ne m'adresse jamais à
Lilly comme si elle n'était pas une personne. Je lui parle
toujours comme si elle me comprenait et je crois que ça
marche. C'est la même chose en ce qui concerne les enfants.
Je préfère l'honnêteté à la
morale. Il vaut mieux dire à un gosse "ne touche pas
le four parce que tu vas te brûler la main" que "fais
ce que je te dis, ne touche pas le four". Les enfants ne
sont pas stupides. Je pense même qu'ils sont plus intelligents
que la plupart des adultes parce qu'ils voient les choses telles
qu'elles sont, sans aucune contrainte morale. Il ne s'agit pas
d'innocence, ce n'est pas le terme, mais d'honnêteté.
Les gens ont souvent l'impression qu'ils
doivent protéger les enfants de l'extérieur...
MM : Peter Pan est une de mes histoires préférées.
Qui ne parle pas de vivre éternellement, mais de vivre,
comme lui, le plus longtemps possible. Dans le clip de 'mOBSCENE',
j'ai intégré une petite vignette surréaliste
où l'un des personnages est une petite fille couverte de
bandages. Ça symbolise l'idée du "ne t'en mèle
pas" avec laquelle beaucoup de parents américains
élèvent leurs enfants. La petite a fait une scène
où elle transportait ma tête dans un chapeau haut
de forme. Ce n'était pas gore, des gouttes de soie rouge
avaient été utilisés à la place du
sang. Quand sa scène a été finie, elle est
venue me dire au revoir avec sa mère. Elle portait encore
ses bandages parce qu'elle ne voulait pas enlever son costume.
Un peu comme moi, en fait... Sa maman insistait pour partir, mais
la fillette trépignait sur place en criant : "Non,
je veux rester avec Manson, je veux rester avec Manson!".
Je lui ai offert le moule de ma tête pour qu'elle puisse
se balader avec.
Tu es en train de boire de l'absinthe. Tu
ne mets pas de sucre dedans?
MM : Non, c'est pour les touristes. Tu fais ça les première
fois mais après en avoir consommé pendant six ans,
tu t'en passes.
C'est donc juste avec un peu d'eau pour toi?
MM : Oui à la française. C'est amusant que les français
soient si impopulaires à l'heure actuelle aux États-Unis.
J'aime la France parce que c'est un pays qui nous a offert de
la bonne nourriture, de bons alcools et qui me considère
comme un artiste, ce qui ne gâche rien au plaisir (rires).
Il semble que tu sois mieux accueilli en
Europe qu'aux États-Unis...
MM : Pas nécessairement. L'appréciation varie, et
chacun aime chez moi des aspects plus ou moins différents.
L'amérique s'attarde sur mon côté choquant
et me limite souvent à ça, ce que je ne trouve pas
insultant par ailleurs. Les Européens ont une meilleure
compréhension de mon travail. Contrairement à l'Amérique,
l'Europe comprend l'ironie, mais elle est parfois si cynique qu'elle
a du mal à apprécier les choses les plus simples
parce qu'elle se rend compte de la stupidité de la plupart
des américains. Les américains sont idiots, et je
suis sensé pour m'en apercevoir. Ce n'est pas le cas de
la majorité de mes concitoyens.
Tu es fils unique. Aurais-tu aimé
avoir des frères ou des sœurs?
MM : Je suis très heureux d'avoir été un
enfant unique, car cela a contribué à développer
mon imagination. Il fallait bien que je compense ma solitude.
Au lieu de devenir un tueur en série, j'ai créé
un groupe qui montrerait comment l'Amérique fabrique des
tueurs en série. La réponse à la question
est donc non.
Penses-tu que l'intelligence que tu mets
dans ton travail est parfois sapée par le fait que tu frottes
tes parties génitales sur la tête d'un agent de sécurité?
MM : Non, il faut toujours garder un juste milieu (sourire). Il
ne faut jamais se prendre trop au sérieux, même les
gens doivent savoir que, quand je fais de l'humour, je prends
quand même ce que je fais sérieusement. Je me tuerais
pour faire ce que je fais, je ne pourrais pas vivre sans. C'est
ce que je suis. Rien d'autre ne m'intéresse. Je suis pire
qu'un bourreau de travail.
Pourtant, beaucoup de choses semblent te
passionner...
MM : Je me suis créé mon propre univers et c'est
ce qui me rend heureux. Ce que j'essaie de faire, c'est de le
partager avec les autres. Chacun aimera un aspect et en détestera
un autre, et c'est très bien comme ça. Je fonctionne
pareil. Je peux aimer ou détester les choses les plus improbables.
Les gens imaginent sans doute que j'écoute du metal tout
le temps. Je méprise le metal.
Vraiment? Même Dio?
MM : Peut-on vraiment considérer ça comme du metal
(rires)?
Qu'écoutais-tu tout à l'heure?
MM : Des enregistrements de Salvador Dali et Billie Holiday.
Et en règle générale?
MM : Généralement, je travaille, donc je n'ai vraiment
pas le temps d'écouter quoi que ce soit. J'aime les films
plus que tout. Féllini a fait un court métrage intitulé
'Toby Dammit' avec Terence Stamp, qui s'inspire d'une histoire
d'Edgar Allan Poe 'Ne pariez jamais votre tête au diable'.
C'est l'une des choses les plus fascinantes que j'ai jamais vues.
Tu te passionnes pour ce genre de divertissements
intellectuels, et pourtant tu as écrit une chanson pour
'Not Another Teen Movie'...
MM : C'est vrai. J'ai fait 'Tainted Love' mais je n'ai pas à
m'excuser ou à défendre les décisions que
je prends. J'adore travailler pour le cinéma, que ce soit
en tournant dans des films ou en participant à des bandes
originales. Quand on m'a demandé de faire une chanson pour
'Not Another Teens Movie', j'ai visionné une première
version du film, et j'ai ri de manière très grasse,
un peu en me tapant le poing sur la cuisse. Je n'avais aucun appréhension
à participer à quelque chose d'aussi éloigné
de mon univers. Les producteurs voulaient utiliser 'Sweet Dreams'
mais j'ai refusé. 'Tainted Love' est un morceau que j'ai
toujours apprécié et je voulais voir si je pouvais
en tirer quelque chose de plus sale et bizarre que la version
originale. Je sais que ma participation à ce film a quelque
chose d'étrange mais c'est au final davantage un équilibre
qui me définit qu'une pure contradiction.
Quel personnage jouais-tu à l'époque
de 'Donjons & Dragons'?
MM : J'étais le maître de jeu, mais c'était
une position assez inconfortable. Tous ceux qui étaient
maître de jeu ne le faisaient pas assez bien à mon
goût, ils ne rendaient pas les choses assez effrayantes
et stimulantes, ce qui m'empêchait d'apprécier mon
rôle de personnage. Mais quand j'ai pris leur place, je
ne pouvais plus apprécier le jeu parce que le fait de tout
superviser m'empêchait d'être imaginatif. Je n'avais
plus l'échappatoire de jouer un rôle et j'étais
également frustré d'être la figure autoritaire
qui devait tout contrôler. Ça a probablement contribué
à mon envie de former un groupe. J'avais l'impression qu'il
n'y avait pas assez de Marilyn Manson dans la musique ou le monde,
c'est pourquoi je l'ai créé, simplement pour combler
le vide que je ressentais. Je n'ai pas l'impression d'avoir le
même contrôle que 'Donjons & Dragons'. La peur
et l'exaltation de lâcher le volant quand tu roules très
vite, que tu voles dans un magasin, ou que tu fais exploser un
préservatif alors que tu sodomises une prostituée,
c'est ce que j'essaie de retranscrire dans mon travail, et c'est
plus vrai aujourd'hui que jamais. Je crois que la joie intense
que me procure la transgression sera toujours une source d'inspiration
intarissable. Quelque chose qui ne me lassera jamais. C'est toujours
excitant de savoir que tu agis mal : que tu fasses une blague
au téléphone, que tu mentes ou que tu mettes une
moustache pour aller braquer la superette du coin.
Il y a des degrés quand même...
MM : Disons que ça ressemble davantage à se masturber
dans la maison de tes parents. C'est la peur d'être attrapé
qui est le plus jouissif.
Juste une parenthèse. C'est déroutant
cette lentille de contact blanche que tu portes...
MM : C'est fait pour. C'est le manque d'équilibre.
Tu as vraiment besoin de lentilles?
MM : Pas du tout. Tout ce que je fais et porte relève de
la cosmétologie. Donc, dans un sens, je suis la définition
même de l'artifice. Je suis tellement faux que j'en deviens
vrai. Je m'habille et j'agis ainsi parce que c'est ce qui me plaît.
Petit, j'étais toujours déçu qu'Halloween
ne dure qu'une journée.
Quel est ton meilleur souvenir d'interview
à l'époque où tu étais journaliste?
MM : Une des raisons qui m'ont poussé à devenir
qui je suis aujourd'hui, c'est que tous ceux que j'interviewais
n'apportaient jamais les réponses qui m'intéressaient.
J'ai donc décidé de répondre aux questions
plutôt que de les poser. Celui dont j'ai sans doute le plus
appris a été Malcolm McLaren. Pas qu'il ait dit
quoi que ce soit d'intelligent, mais c'était juste intéressant
d'écouter les conneries qui sortaient de sa bouche et qu'il
prétendait avoir créées. Je lui ai posé
innocemment beaucoup de questions que je trouve impertinantes
aujourd'hui, en particulier sur Vivienne Westwood et John Lydon.
Ça l'avait vraiment énervé et ça m'avait
beaucoup amusé.
Et le pire souvenir?
MM : L'interview des Red Hot Chili Peppers a été
assez désastreuse. J'avais encore innocemment posé
beaucoup de questions gênantes. Je ne m'en rappelle pas
la teneur, mais je dois avoir la cassette quelque part. Ce serait
amusant de la réécouter maintenant. En tout cas,
ils avaient été très grossiers envers moi.
Le plus ironique dans l'histoire, c'est que Flea a acheté
un de mes tableaux pour 30 000 $.
N'y a-t-il pas quelque chose de vaguement
ridicule à ce qu'une rockstar millionnaire donne 30 000
$ à un autre millionnaire?
MM : Millionnaire en devenir...
Riche du moins...
MM : Mais souvent poursuivi en justice. Le prix de mes tableaux
reflétait mon attachement à eux. Le moins cher coûtait
1000 $, ce qui est environ le prix du cadre tout seul. Je voulais
m'en débarasser parce qu'il représentait une fille
que je n'aime plus.
Qui ça?
MM : Mon ex-petite amie (Rose McGowan- ndr). Alors je l'ai mis
au plus bas prix. C'est amusant.
Quelle était la toile la plus chère?
MM : Celle que j'aimais le plus et que personne ne s'est proposé
d'acheter était à 55000 $, un chiffre que j'ai choisi
au hasard. C'est un tableau dont la moitié des gens pense
qu'il représente Charlie Chaplin, l'autre moitié
Hitler. Il mesure deux mètres de hauteur et a demandé
beaucoup de travail. Comme je voulais le garder chez moi, je l'ai
estimé à un prix inabordable.
Que trouves-tu beau?
MM : J'ai toujours adoré les icônes de mon enfance,
les photos de pin-up comme Marilyn Monroe et Betty Page. Je n'ai
pas de goûts discriminatoires en ce qui concerne les femmes,
alors que les gens présument souvent que les rockstars
ne sortent qu'avec des manequins ou des actrices.
Quelle est ton émission préférée?
MM : Il y en a une nouvelle, sur le modèle de 'Star Academy',
qui concerne la beauté. Des hommes et des femmes déambulent
en maillot de bains, et les gens critiquent chaque partie de leur
corps. Avec ce programme dont je ne me rappelle plus le nom ('Are
You Hot?' - ndr), je crois que l'amérique a touché
le fond et ça me surprend de voir qu'il y a des volontaires
pour se laisser humilier de la sorte. C'est à la fois sordide
et fascinant.
Que penses-tu des rock-stars actuelles?
MM : Je n'aime pas l'idée que la star du rap ait détrôné
celle du rock. Ce n'est pas parce que les rappeurs portent des
vêtements très chers qu'ils sont charismatiques ou
peuvent prétendre à quelque longévité
qui soit. Je ne considère personne autour de moi comme
un contemporain ou une source de compétition. Je ne me
suis jamais considéré comme un musicien.
Comme quoi te considères-tu alors?
MM : Marilyn Manson avant toute chose. Je ne pense pas qu'il y
ait quelqu'un d'autre comme moi. Certains ont repris quelques-uns
de mes éléments mais je les utilise mieux que quiconque
et c'est la raison pour laquelle je suis là.
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