Magazine
Hard N Heavy (N°98)

Pays
France

Date de parution
Décembre 2003

Propos recueillis par
Sophie Hervier

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
myspace.com/hnheavy

Couverture
 

Pour commencer, comment doit-on t'appeler?

MM : Généralement, tout le monde m'appelle Manson. Même mon père le fait aujourd'hui. Mais Herr Doktor me convient également.

Personne n'emploie jamais le prénom Marilyn?


MM : Je me fiche un peu de la façon dont on m'appelle, même si Marilyn est rarement utilisé. Les gens semblent croire que je vais m'énerver s'ils m'appellent par mon nom de naissance (Brian Warner ndr). Ça ne me dérange pas, c'est juste que ça n'a aucune signification particulière. Si mes amis, mon groupe et la fille avec qui je vis ne m'appellent pas comme ça, je ne vois pas pourquoi quelqu'un d'autre le ferait. Ça ne signifie pas que je suis une personne différente, mais un nom indique où tu en es dans la vie - si tu es docteur, on t'appelle docteur X ou Y, si tu es le président, on t'appelle connard la plupart du temps (rires). Marilyn Manson a toujours été le meilleur moyen de décrire tous les aspects de ma personnalité.

En tant que Marilyn Manson, as-tu l'impression d'avoir à assurer tout le temps?

MM : Je n'ai pas à assurer, j'aime assurer. C'est toute l'idée développée par le dandyisme : comme Oscar Wilde, ma vie est mon art.

Suis-tu une psychanalyse?

MM : Non, parce que je veux pouvoir continuer à divertir et tout envisager d'un point de vue artistique. Toute mon imagination est exposée aux autres dans le but de la partager. Et j'ai la chance d'avoir à la fois un public qui me détèste et un autre qui m'aime. C'est une position idéale pour moi.

Qui sont tes voisins ici?

MM : Honnêtement, je n'en sais rien. Un matin, j'ai trouvé sur le pas de ma porte une lettre d'eux me demandant de signer une pétition parce qu'un méchant propriétaire terrien avait augmenté leur loyer. La missive était adressé à Brian, entre parenthèse Marilyn Manson, ce qui m'a fait sourire. Ils se plaignaient des prix exorbitants et comme ils avaient mal orthographiés "exorbitant", j'ai corrigé la faute et leur ai envoyé la lettre. C'est le seul genre de relations que j'entretiens avec mes voisins. Je me présèrve. Il n'y a que comme ça que je peux vivre à Hollywood. Je ne suis pas quelqu'un qui apprécie vraiment le contact des autres ou même l'idée de faire partie d'une communauté quelconque. J'habite dans un coin mystérieux et retiré. Lorsque je sors, j'aime bien en faire un spectacle, pour prendre le contre-pied de tous ceux qui essaient d'être sérieux et de se donner un genre en se mettant sur leur 31.

Mais toi aussi, tu soignes ton apparence!

MM : C'est vrai, mais je ne le fais pour personne d'autre que moi-même. Et parce que les célébrités sont vraiment ennuyeuses!

C'est surprenant que tu vives à Los Angeles...

MM : C'est purement ironique. Cette ville me fascinait plus jeune.

Apparemment, tu t'intéresses au mouvement Dada...

MM : Quand tu as tout fait, crée des choses et puisé ton inspiration partout, tu as le choix entre devenir insensible, mourir ou te réinventer. Ce que le dadaïsme m'a apporté, c'est de me sentir âgé d'une dizaine d'années plutôt que d'une trentaine. La plupart des gens passent leur vie d'adulte à essayer d'oublier leur enfance. Je passe la mienne à essayer de me la rappeler et de la revivre. C'est le cœur de la liberté. Les enfants disent et font des choses qu'ils ne sont pas censés dire et faire. Sur mes trois derniers albums, je me suis battu pour mes opinions. 'The Golden Age Of Grotesque' est un pas en avant, un disque qui montre qui je suis.

Les trois derniers constituent une trilogie, un cycle...

MM : J'ai utilisé beaucoup de mes peurs pour créer 'Antichrist Superstar', qui était un album grandiloquent et qui aurait presque pu paraître arrogant s'il n'avait pas été si nihiliste. C'était un constat sur la position que je voulais occuper, alors que j'en étais encore loin à l'époque. Je me décrivais dans une situation de gloire, de fortune et de décadence qui ne s'était pas encore produite. Quelque part, c'était une prophétie que j'avais réalisé moi-même. Quand j'ai fini ce disque, j'ai compris que je devais à la fois finir de raconter l'histoire et la vivre. Je me suis donc attelé à 'Mechanical Animals' en imaginant ce que les gens attendaient de moi. C'est pour cette raison que j'ai crée un autre personnage, la caricature d'une rock-star.

Omëga...

MM : Exact, le prototype même de la star du rock. Je me rendais compte de ce que le monde voulait faire de moi : réutiliser la vérité crue et horrible d'Antichrist Superstar' et l'emballer plus joliment pour mieux la vendre. J'ai donc enrobé 'Mechanical Animals' avec soin, mais avec tellement de sarcasme que le disque est devenu presque plus effrayant que son prédécesseur. Avec cet album, j'anticipais la déception des gens de ne pas avoir répondu à leurs attentes, et 'Mechanical Animals' a été un énorme succès pour moi, parce que je m'intéresse davantage à la réaction du public qu'aux chiffres de vente. Je ne suis pas une marchandise. Je ne suis pas fait pour entrer en compétition avec Madonna ou Britney Spears. Je serai là jusqu'à ce que je décide du contraire, ce qui n'est pas encore près d'arriver, à moins de me surprendre dans un mauvais jour. Après 'Mechanical Animals', j'avais besoin de finir l'histoire que j'avais commencée sur 'A.S.'. Je devais retourner au début et comprendre pourquoi j'avais entrepris tout cela. Mais, à cause de la tuerie de Columbine, j'étais dans une situation critique. Non seulement des gens menaçaient ma vie mais aussi ma carrière.

Qui en particulier?

MM : J'ai reçu d'innombrables menaces de mort. L'attention des médias était telle que j'étais maintenant tenu responsable de tout et n'importe quoi. Avec la guerre en Irak, l'Amérique a enfin trouvé un nouveau méchant. Les États-Unis aiment sélectionner une cible et la pourchasser. Je me suis présenté comme le méchant avec 'Antichrist Superstar'. Je n'ai pas choisi ce titre par hasard en pensant que ça n'offenserait personne. Je voulais être un méchant parce que les méchants sont toujours plus attrayants et ont les plus belles femmes pendues à leur cou. J'adore ces personnages depuis ma plus tendre enfance. Mais Columbine n'était pas un combat que je pouvais mener. Comment pouvais-je me défendre? Je n'étais coupable de rien, si ce n'est être moi-même. Ces deux lycéens n'étaient pas des fans de Marilyn Manson et même s'ils l'avaient été, ça n'aurait rien changé. Je ne pouvais rien dire. Tous les médias voulaient que je leur parle, simplement pour entretenir le cycle de peur et de consommation que j'ai toujours évoqué. Alors pourquoi rentrer dans leur jeu? Pourquoi devais-je dire en public combien ce qu'avais fait ces deux gamins était atroce? Personne ne les a jamais écoutés, ils voulaient être célèbres et y sont arrivés grâce aux médias qui perpétuent cette cruelle ironie. Il n'y a eu aucun débat, et j'étais la seule personne qui était facile de désigner comme responsable. Je devenais même plus dangereux que les deux meurtriers. Les radios, les tourneurs et tous ceux qui travaillent dans l'industrie musicale m'ont tourné le dos et claqué la porte au nez. Je me suis enfermé 3 mois dans mon grenier sans parler à personne. C'était une période très sombre qui pouvait être la fin d'une histoire ou le début d'une autre. Finalement le soutien des fans m'a décidé à canaliser tout cela dans un album ayant trait au sujet : 'Holy Wood (In The Shadow Of The Valley Of Death)'. C'était un disque très beau et ténébreux, un achèvement nécessaire.

Peux-tu nous parler de ton interêt pour la taxidermie?

MM : Je suis certain que les gens pensent que ma maison est très gothique. Je collectionne beaucoup de choses médicales ainsi que les animaux empaillés. J'imagine que cela est du au fait que je passais beaucoup de temps à l'hopital plus jeune et que comme tous mes animaux domestiques mourraient, il a fallu que je trouve un moyen d'y faire face. Mais ce que je collectionne le plus, ce sont des livres. Tous ceux-là, sont à Dita, mais j'ai une bibliothèque entière au sous-sol. C'est ma faiblesse. Je suis un glouton de l'information. Qu'elle soit juste ou erronée. J'aime entendre ce que les gens ont à dire.

Je n'aime pas trop l'agneau là-bas...

MM : En fait, c'est un manteau. C'est un living-room traditionnel pour ce genre de maison. La mienne a été construite en 1929 et appartenait à Mary Astor (actrice américaine ayant connu son heure de gloire au début des années 40 avec le Faucon Maltais de John Huston- ndr). À l'époque, les gens avaient souvent une pièce qui servait à exposer leurs trophées. Personellement, je ne chasse pas, sauf ceux qui s'introduisent sur ma propriété (sourire).

Tu es entouré d'animaux!

MM : J'en ai trois. Je vis avec cinq filles : Dita, deux teckels Eva et Great, et ma chatte Lilly. Ça fait quatre. J'adore les animaux. J'aime les regarder. Je ne m'adresse jamais à Lilly comme si elle n'était pas une personne. Je lui parle toujours comme si elle me comprenait et je crois que ça marche. C'est la même chose en ce qui concerne les enfants. Je préfère l'honnêteté à la morale. Il vaut mieux dire à un gosse "ne touche pas le four parce que tu vas te brûler la main" que "fais ce que je te dis, ne touche pas le four". Les enfants ne sont pas stupides. Je pense même qu'ils sont plus intelligents que la plupart des adultes parce qu'ils voient les choses telles qu'elles sont, sans aucune contrainte morale. Il ne s'agit pas d'innocence, ce n'est pas le terme, mais d'honnêteté.

Les gens ont souvent l'impression qu'ils doivent protéger les enfants de l'extérieur...

MM : Peter Pan est une de mes histoires préférées. Qui ne parle pas de vivre éternellement, mais de vivre, comme lui, le plus longtemps possible. Dans le clip de 'mOBSCENE', j'ai intégré une petite vignette surréaliste où l'un des personnages est une petite fille couverte de bandages. Ça symbolise l'idée du "ne t'en mèle pas" avec laquelle beaucoup de parents américains élèvent leurs enfants. La petite a fait une scène où elle transportait ma tête dans un chapeau haut de forme. Ce n'était pas gore, des gouttes de soie rouge avaient été utilisés à la place du sang. Quand sa scène a été finie, elle est venue me dire au revoir avec sa mère. Elle portait encore ses bandages parce qu'elle ne voulait pas enlever son costume. Un peu comme moi, en fait... Sa maman insistait pour partir, mais la fillette trépignait sur place en criant : "Non, je veux rester avec Manson, je veux rester avec Manson!". Je lui ai offert le moule de ma tête pour qu'elle puisse se balader avec.

Tu es en train de boire de l'absinthe. Tu ne mets pas de sucre dedans?

MM : Non, c'est pour les touristes. Tu fais ça les première fois mais après en avoir consommé pendant six ans, tu t'en passes.

C'est donc juste avec un peu d'eau pour toi?

MM : Oui à la française. C'est amusant que les français soient si impopulaires à l'heure actuelle aux États-Unis. J'aime la France parce que c'est un pays qui nous a offert de la bonne nourriture, de bons alcools et qui me considère comme un artiste, ce qui ne gâche rien au plaisir (rires).

Il semble que tu sois mieux accueilli en Europe qu'aux États-Unis...

MM : Pas nécessairement. L'appréciation varie, et chacun aime chez moi des aspects plus ou moins différents. L'amérique s'attarde sur mon côté choquant et me limite souvent à ça, ce que je ne trouve pas insultant par ailleurs. Les Européens ont une meilleure compréhension de mon travail. Contrairement à l'Amérique, l'Europe comprend l'ironie, mais elle est parfois si cynique qu'elle a du mal à apprécier les choses les plus simples parce qu'elle se rend compte de la stupidité de la plupart des américains. Les américains sont idiots, et je suis sensé pour m'en apercevoir. Ce n'est pas le cas de la majorité de mes concitoyens.

Tu es fils unique. Aurais-tu aimé avoir des frères ou des sœurs?


MM : Je suis très heureux d'avoir été un enfant unique, car cela a contribué à développer mon imagination. Il fallait bien que je compense ma solitude. Au lieu de devenir un tueur en série, j'ai créé un groupe qui montrerait comment l'Amérique fabrique des tueurs en série. La réponse à la question est donc non.

Penses-tu que l'intelligence que tu mets dans ton travail est parfois sapée par le fait que tu frottes tes parties génitales sur la tête d'un agent de sécurité?

MM : Non, il faut toujours garder un juste milieu (sourire). Il ne faut jamais se prendre trop au sérieux, même les gens doivent savoir que, quand je fais de l'humour, je prends quand même ce que je fais sérieusement. Je me tuerais pour faire ce que je fais, je ne pourrais pas vivre sans. C'est ce que je suis. Rien d'autre ne m'intéresse. Je suis pire qu'un bourreau de travail.

Pourtant, beaucoup de choses semblent te passionner...

MM : Je me suis créé mon propre univers et c'est ce qui me rend heureux. Ce que j'essaie de faire, c'est de le partager avec les autres. Chacun aimera un aspect et en détestera un autre, et c'est très bien comme ça. Je fonctionne pareil. Je peux aimer ou détester les choses les plus improbables. Les gens imaginent sans doute que j'écoute du metal tout le temps. Je méprise le metal.

Vraiment? Même Dio?

MM : Peut-on vraiment considérer ça comme du metal (rires)?

Qu'écoutais-tu tout à l'heure?

MM : Des enregistrements de Salvador Dali et Billie Holiday.

Et en règle générale?

MM : Généralement, je travaille, donc je n'ai vraiment pas le temps d'écouter quoi que ce soit. J'aime les films plus que tout. Féllini a fait un court métrage intitulé 'Toby Dammit' avec Terence Stamp, qui s'inspire d'une histoire d'Edgar Allan Poe 'Ne pariez jamais votre tête au diable'. C'est l'une des choses les plus fascinantes que j'ai jamais vues.

Tu te passionnes pour ce genre de divertissements intellectuels, et pourtant tu as écrit une chanson pour 'Not Another Teen Movie'...

MM : C'est vrai. J'ai fait 'Tainted Love' mais je n'ai pas à m'excuser ou à défendre les décisions que je prends. J'adore travailler pour le cinéma, que ce soit en tournant dans des films ou en participant à des bandes originales. Quand on m'a demandé de faire une chanson pour 'Not Another Teens Movie', j'ai visionné une première version du film, et j'ai ri de manière très grasse, un peu en me tapant le poing sur la cuisse. Je n'avais aucun appréhension à participer à quelque chose d'aussi éloigné de mon univers. Les producteurs voulaient utiliser 'Sweet Dreams' mais j'ai refusé. 'Tainted Love' est un morceau que j'ai toujours apprécié et je voulais voir si je pouvais en tirer quelque chose de plus sale et bizarre que la version originale. Je sais que ma participation à ce film a quelque chose d'étrange mais c'est au final davantage un équilibre qui me définit qu'une pure contradiction.

Quel personnage jouais-tu à l'époque de 'Donjons & Dragons'?

MM : J'étais le maître de jeu, mais c'était une position assez inconfortable. Tous ceux qui étaient maître de jeu ne le faisaient pas assez bien à mon goût, ils ne rendaient pas les choses assez effrayantes et stimulantes, ce qui m'empêchait d'apprécier mon rôle de personnage. Mais quand j'ai pris leur place, je ne pouvais plus apprécier le jeu parce que le fait de tout superviser m'empêchait d'être imaginatif. Je n'avais plus l'échappatoire de jouer un rôle et j'étais également frustré d'être la figure autoritaire qui devait tout contrôler. Ça a probablement contribué à mon envie de former un groupe. J'avais l'impression qu'il n'y avait pas assez de Marilyn Manson dans la musique ou le monde, c'est pourquoi je l'ai créé, simplement pour combler le vide que je ressentais. Je n'ai pas l'impression d'avoir le même contrôle que 'Donjons & Dragons'. La peur et l'exaltation de lâcher le volant quand tu roules très vite, que tu voles dans un magasin, ou que tu fais exploser un préservatif alors que tu sodomises une prostituée, c'est ce que j'essaie de retranscrire dans mon travail, et c'est plus vrai aujourd'hui que jamais. Je crois que la joie intense que me procure la transgression sera toujours une source d'inspiration intarissable. Quelque chose qui ne me lassera jamais. C'est toujours excitant de savoir que tu agis mal : que tu fasses une blague au téléphone, que tu mentes ou que tu mettes une moustache pour aller braquer la superette du coin.

Il y a des degrés quand même...

MM : Disons que ça ressemble davantage à se masturber dans la maison de tes parents. C'est la peur d'être attrapé qui est le plus jouissif.

Juste une parenthèse. C'est déroutant cette lentille de contact blanche que tu portes...

MM : C'est fait pour. C'est le manque d'équilibre.

Tu as vraiment besoin de lentilles?

MM : Pas du tout. Tout ce que je fais et porte relève de la cosmétologie. Donc, dans un sens, je suis la définition même de l'artifice. Je suis tellement faux que j'en deviens vrai. Je m'habille et j'agis ainsi parce que c'est ce qui me plaît. Petit, j'étais toujours déçu qu'Halloween ne dure qu'une journée.

Quel est ton meilleur souvenir d'interview à l'époque où tu étais journaliste?

MM : Une des raisons qui m'ont poussé à devenir qui je suis aujourd'hui, c'est que tous ceux que j'interviewais n'apportaient jamais les réponses qui m'intéressaient. J'ai donc décidé de répondre aux questions plutôt que de les poser. Celui dont j'ai sans doute le plus appris a été Malcolm McLaren. Pas qu'il ait dit quoi que ce soit d'intelligent, mais c'était juste intéressant d'écouter les conneries qui sortaient de sa bouche et qu'il prétendait avoir créées. Je lui ai posé innocemment beaucoup de questions que je trouve impertinantes aujourd'hui, en particulier sur Vivienne Westwood et John Lydon. Ça l'avait vraiment énervé et ça m'avait beaucoup amusé.

Et le pire souvenir?

MM : L'interview des Red Hot Chili Peppers a été assez désastreuse. J'avais encore innocemment posé beaucoup de questions gênantes. Je ne m'en rappelle pas la teneur, mais je dois avoir la cassette quelque part. Ce serait amusant de la réécouter maintenant. En tout cas, ils avaient été très grossiers envers moi. Le plus ironique dans l'histoire, c'est que Flea a acheté un de mes tableaux pour 30 000 $.

N'y a-t-il pas quelque chose de vaguement ridicule à ce qu'une rockstar millionnaire donne 30 000 $ à un autre millionnaire?

MM : Millionnaire en devenir...

Riche du moins...

MM : Mais souvent poursuivi en justice. Le prix de mes tableaux reflétait mon attachement à eux. Le moins cher coûtait 1000 $, ce qui est environ le prix du cadre tout seul. Je voulais m'en débarasser parce qu'il représentait une fille que je n'aime plus.

Qui ça?

MM : Mon ex-petite amie (Rose McGowan- ndr). Alors je l'ai mis au plus bas prix. C'est amusant.

Quelle était la toile la plus chère?

MM : Celle que j'aimais le plus et que personne ne s'est proposé d'acheter était à 55000 $, un chiffre que j'ai choisi au hasard. C'est un tableau dont la moitié des gens pense qu'il représente Charlie Chaplin, l'autre moitié Hitler. Il mesure deux mètres de hauteur et a demandé beaucoup de travail. Comme je voulais le garder chez moi, je l'ai estimé à un prix inabordable.

Que trouves-tu beau?

MM : J'ai toujours adoré les icônes de mon enfance, les photos de pin-up comme Marilyn Monroe et Betty Page. Je n'ai pas de goûts discriminatoires en ce qui concerne les femmes, alors que les gens présument souvent que les rockstars ne sortent qu'avec des manequins ou des actrices.

Quelle est ton émission préférée?

MM : Il y en a une nouvelle, sur le modèle de 'Star Academy', qui concerne la beauté. Des hommes et des femmes déambulent en maillot de bains, et les gens critiquent chaque partie de leur corps. Avec ce programme dont je ne me rappelle plus le nom ('Are You Hot?' - ndr), je crois que l'amérique a touché le fond et ça me surprend de voir qu'il y a des volontaires pour se laisser humilier de la sorte. C'est à la fois sordide et fascinant.

Que penses-tu des rock-stars actuelles?


MM : Je n'aime pas l'idée que la star du rap ait détrôné celle du rock. Ce n'est pas parce que les rappeurs portent des vêtements très chers qu'ils sont charismatiques ou peuvent prétendre à quelque longévité qui soit. Je ne considère personne autour de moi comme un contemporain ou une source de compétition. Je ne me suis jamais considéré comme un musicien.

Comme quoi te considères-tu alors?

MM : Marilyn Manson avant toute chose. Je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un d'autre comme moi. Certains ont repris quelques-uns de mes éléments mais je les utilise mieux que quiconque et c'est la raison pour laquelle je suis là.