Magazine
Rage (N°5 - nouvelle formule)

Pays
France

Date de parution
Mars 2003

Propos recueillis par
?

Retranscription
www.deadstar.net

Couverture
 

Il n'y a pas de problème, Marilyn Manson adore son rôle de clown mystérieux. Ça le fait frissoner de plaisir de savoir que des gens parlent dans son dos, et spéculent au sujet de son prochain look, de sa prochaine phrase choc ou de sa prochaine orientation musicale. Alors que son prochain disque, 'The Golden Age Of Grotesque' semble être destiné à le prouver une fois de plus, Manson est sans aucun doute l'un des esprits les plus brillants opérant dans la sphère métal. Certes, ses perspectives culturelles et ses points d'intérêts historiques peuvent différer grandement de ceux du grand public, mais ça fait parti de la clé de son succès grandissant. Bien sûr, il est incapable de secouer suffisamment les esprits ou de boulverser les choses établies mais il tente toujours d'agir dans ce but, et ce d'une manière à la fois voyante et cérébrale. C'est cette équilibre difficile et délicat qui est au cœur de la polémique Manson et c'est de ça dont nous avons parlé lors d'un récent entretien.

Comment décrirais-tu l'essence de 'The Golden Age Of Grotesque'?

MM : Une grande partie de ce disque traite de mon emprise sur la culture d'aujourd'hui, de la façon dont cet art dangereux est perçu et de la manière dont il joue un rôle au sein même de cette culture. J'aime le confronter à ce qui s'est passé à différentes périodes de l'histoire, et cette fois, il s'agit plus notablement de Berlin du début des années 30. Il y a toujours eu une sorte d'éthique artistique attirée par le sexe, voir dépravée, qui a grandi avec les grandes sociétés, notamment lorsque ces dernières atteignent leur pic artistique. Souvent, c'est quand des contrôles extérieurs commencent à renforcer la règlementation de la censure sur cette même société, et par la même atteignent ses esprits les plus inspirés et imaginatifs. Je pense que c'est ce qui arrive à notre société aujourd'hui, et d'une certaine façon, je me retrouve un peu au milieu de tout ça.

Évidemment, l'album a déjà eu sa dose de critiques de la part de ceux qui sont outragés par ton approche...

MM : Très bien... Tout cela ne fait que prouver ce que j'ai dit au sujet des forces oppressives qui essaient de réduire l'art à néant, ou au moins de le rediriger vers leur propre vision. Nous ne sommes pas là pour suivre des modes, faire l'éloge de la religion ou nous soumettre à des conventions. Chacun est sa propre mode, sa propre religion, sa propre convention. À ceux qui passent leur temps à critiquer l'art, et spécialement mon art, je peux dire que j'ai une réelle compassion pour eux.

Il se passe tellement de choses dans la musique de cet album, quels en seraient les ingrédients clés?

MM : Nous avons tenté de mêler les éléments les plus outrageux du hard rock classique et une vision tordue de ce que pourrais être le punk électronqiue, le tout soupoudré d'une touche de décadence à la Vaudeville des années 30 pour faire bonne mesure. J'ai voulu que ce disque soit très heavy parce que je commençais à en avoir ras le bol du métal de ces dernières années. À chaque fois, cette musique a besoin de se réinventer elle-même. J'espère que mon album participera à cet effort. Je me suis inspiré de beaucoup d'éléments dont je me suis déjà servi et je les ai triturés, tordus et déformés. En faisant ça, certaines qualités se sont mises en valeur tandis que d'autres se sont retrouvées noyées dans le mix.

Il semblerait que tu aies une vision assez négative de la scène musicale d'aujourd'hui...

MM : Je suis le dernier à critiquer les gens, quels qu'ils soient. Il se peut que je n'apprécis pas certaines choses que j'entends aujourd'hui, mais je ne nommerai personne. Ça me placerait dans la même catégorie que ceux dont je viens juste de parler. Que je considère ou non cette musique comme importante ou comme de l'art n'est pas le problème. Les gens utilisent leur musique comme une forme d'expression et s'ils arrivent à atteindre un public avec, je les applaudis. Je sais à quel point ça peut être difficile. Bien-sûr, il y a beaucoup de musique du bas du front sur le marché, mais ça m'est égal, elle atteint son objectif.

Y a t-il de la musique que tu apprécies aujourd'hui?

MM : Oh, il y a énormément de choses que j'aime. Mais ça devient de plus en plus dur à trouver. Généralement, tout ce qui contient une énergie émotionnelle puissante me plait bien. Ça peut être du métal, de la pop ou n'importe quoi. Tant que l'artiste s'éxécute avec un certain dégré de conviction et de réflexion.

Sur ton album, il semblerait que tu te prenne un peu plus au sérieux que sur ton dernier disque 'Holy Wood'...

MM : Peut-être... Mais en réalité, je pensais que mon dernier album était sérieux... Peut-être que sur 'Mechanical Animals' étais-je un peu plus fun. 'Holy Wood' est un album qui contient de la colère. Et, en effet, il est probable que celui-ci est sérieux... Je ne sais pas si tu peux vraiment les catégoriser aussi simplement. Pour chaque album, j'approche la phase d'écriture en me demandant ce que je veux dire et comment je veux le dire. Pour ce disque, j'avais une vision bien définie de ce qu'il devait être, mais la musique est partie dans des directions auxquelles je n'avais même pas songé.

Y a-til un élément important que tu souhaites présenter dans ta musique et qui, à ton sens, a été négligé par le grand public?

MM : Oui, c'est que plus certaines personnes tentent de changer le monde, plus le monde les change elle-même, que se soit des artistes, des politiciens, des leaders religieux, c'est presque toujours la même chose... Ceux qui sont disposés à courir des risques ont souvent à en soufrir. C'est un thème récurant sur nombre de mes albums. C'est également un des thèmes présents sur mon nouveau disque.

Il semblerait que nous soyons au beau milieu d'une époque très conservatrice surtout aux États-Unis : il y a un président et un congrès tous deux républicains. Ça t'inquiète?

MM : J'essai généralement de rester à distance de la politique. Mais ça m'est égal qu'il y ai une attitude dans mon pays, parce que ça me facilite les choses, et ça me permet de faire chier les gens plus facilement. Je ne pense pas qu'il y ai beaucoup de mes fans qui soient proches de partie républicain. Donc s'ils veulent me courir après et attirer l'attention sur moi, je suis pour.

Quand tu jettes un œil sur tes 5 précédents albums, y a-t-il quelquechose que tu souhaiterais changer sur l'un d'entre eux?

MM : Non, je ne changerais rien. Je peux franchement te dire que je suis très content de tout ce qu'il y a sur mes albums. Ils représentent tous quelquechose d'important pour moi et me représente à des moments particuliers de ma vie. Il reste encore beaucoup de questions que j'aimerais traiter mais savoir si je suis satisfait de mes albums n'en fait pas nécessairement parti!