Magazine
Rock & Folk (N°430)

Pays
France

Date de parution
Juin 2003

Propos recueillis par
Coralie Trinh Thi

Retranscription
www.deadstar.net

Couverture
 

Qu'aimeriez-vous dire de votre nouvel album?

MM : C'est plus qu'un album. 'The Golden Age Of Grotesque' est un âge, un âge d'expressionnisme : mettre des idées en musique ou, si cela ne fonctionne pas, dans la peinture ou la photographie. Il n'est plus question de défendre et expliquer les choses que je crée, mais de me défendre et de m'expliquer moi-même par les choses que je créé. Ce disque est très inspiré par l'expressionnisme de Berlin des années 30. Créer un art dangereux, considéré dégénéré ou dégénératif pour certaines personnes. Un art qui fait sentir qu'il n'y aura pas de lendemain, parce qu'il ne devrait pas y en avoir... pas celui qu'ils ont commencer à créer, avec le visage de la peur, en ces temps de guerre... Ainsi, ce CD et cette tournée veulent accomplir ce que le cabaret peut faire : emmener l'esprit des gens hors du monde. Parce qu'on ne peut pas contrôler la guerre, on ne peut pas contrôler le monde, mais on peut contrôler son propre monde, par son imagination... Je peux le faire.

Pouvez-vous parler de Twiggy? Pourquoi a-t-il quitté le groupe et que cela a-t-il changé votre son?

MM : Il était beaucoup moins enthousiaste que nous sur cet album... Ironiquement, ce disque parle de relationnel, et mon amitié avec lui a pris fin par ce disque. Enfin... nous sommes encore amis, mais notre collaboration est terminée. Il était amoureux d'une fille, et il a pensé qu'il était obligé de choisir entre le groupe et la fille... Je ne pense pas que sa vie amoureuse... Tsss, je pense qu'il a été poussé à ne plus faire de musique... Ou plus dans Marilyn Manson... Enfin, je ne sais pas, je n'y étais pas - je veux dire, dans sa vie amoureuse - mais je ne l'ai pas poussé à faire un choix, il l'a fait pour lui seul. Tim Skold produisait le disque avec moi, il était aussi enthousiaste et impliqué que moi. On a travaillé sept jours par semaine pendant un an... Il est devenu mon collaborateur.

Dita Von Teese est considérée comme une moderne Betty Page, la diva du burlesque... A-t-elle été très importante dans l'imagerie de l'album?

MM : Elle aimerait probablement penser cela, mais... C'est ce qui m'a attiré chez elle, mon amour pour cette époque, et pour ceux qui vivent de la même manière que moi. Elle s'habille ainsi parce que cela la fait se sentir bien avec elle-même, pas pour les autres, c'est la manière dont elle s'habille toujours... Comme moi... Tu sais, quand les gens disent : "Êtes-vous normaux chez vous? Mettez-vous des jeans ou ce genre de choses?" Elle est une influence dans le sens où nous aimons tous les deux certaines choses des années 30. Elle m'a aussi exposé à beaucoup d'arts et de cultures que je ne connaissais pas.

L'album parait plus passionné, plus sexy que les précédents. Est-ce du à son influence?

MM : Probablement. Avoir quelqu'un comme elle autour de soi en permanence fait davantage penser à la chose (rires)... L'album parle de relation, du passé et du présent, autant de petites amies que d'amis, et aussi d'art et de commerce, de chaos et d'ordre... Il y a un lien avec Berlin et ce qui s'est passé. Toute relation nait de bonnes intentions et devient de plus en plus intense et on finit par prendre peur parce qu'on ne peut pas contrôler, on est trop attaché et trop terrorisé à l'idée de le perdre, alors on le détruit... Cette ville a été détruite, comme la plupart des relations. Être dans une meilleure relation amoureuse m'offre une perspective sur le passé. J'ai essayé de faire un album où les gens pourraient capter ma personnalité plus qu'auparavant, et si cela fait apparaître plus de sarcasme, ou plus de sexe... C'est moi. Maintenant, écoutez seulement une musique...

Il y a moins d'imagerie religieuse et ésotérique dans cet album. Pensez-vous avoir achevé un cycle avec 'Holy Wood'? Gardez-vous de l'intérêt pour la spiritualité dans votre vie personnelle?

MM : Politique et religion sont des sujets que je traite dans mes trois derniers albums... 'Holy Wood' était particulièrement révolté contre ça, et la manière dont les deux jouent ensemble et son finalement une seule chose... Cette bataille s'est achevée, pour le monde si ce n'est pour moi, avec 'Bowling For Columbine' de Michael Moore, où les gens ont entendu ce que j'avais à dire. Il semble que la lutte ne soit pas finie mais, au moins, tout le monde a compris exactement ce dont il s'agissait. Je me suis reconstruit avec 'The Golden Age Of Grotesque'. J'ai du me réinventer, pour continuer à être créatif. Plutôt que la trentaine, j'ai décidé d'avoir dix ans, parce que Marilyn Manson a dix ans. Je pense et je me comporte comme si j'avais dix ans sur cet album, et les enfants ne savent rien de la religion. Cela ne m'est pas apparu sur le coup, que la religion était dans le sexe, la musique et tout le reste. J'ai ignoré les règles de tout ce que les autres font en musique, j'ai ignoré mes propres règles aussi, et nous avons écrit des chansons complètement différentes... Je suis parti d'idées ou d'images, pour les transformer en musique. Je me suis réveillé et j'ai dit : "je veux le son d'un piano en feu, et celui d'une file de filles chantant Oscar Wilde, et celui de la promenade d'un éléphant...". Les images ont inspiré le morceau, c'était facile de créer le clip que tu as vu hier soir, parce que je connaissais déjà les images.

Vous inventez des mots, comme les enfants le font...

MM : C'est comme en peinture, si on n'a pas la bonne couleur, on en mélange deux ensemble... La nuit où j'ai commencé, il y avait beaucoup de courants de conscience en même temps. Cet album est probablement l'un des seuls modernes, contemporains, populaires, et imbibés d'absinthe du 21è siècle...

D'absinthe?

MM : Depuis, sept ans, je suis un buveur d'absinthe, c'est pour cela que je bois du Pastis quand je viens ici... L'absinthe crée des rêves incroyablement vivants. Sous absinthe, je dis : "créons ce piano qui brûle", et nous commencons à jouer... et quelqu'un va sortir un piano, mais je dis : "c'est un piano, ce n'est pas un piano qui brûle". Peut-être que ce sera une guitare qui sonnera comme un piano qui brûle pour moi. Je les guiderai dans la direction où, finalement, ils entendront ce que je vois dans ma tête. Nous continuons jusqu'à ce que l'image éclate dans leur cerveau, et cela devient un morceau... Il s'agissait de s'ouvrir l'esprit, et quelquefois on doit relaxer les muscles de son cerveau, boire de l'absinthe ou expérimenter des drogues, comme une voie ludique vers le génie de l'enfance...

Parlons d'images. Vous avez rencontré Gaspar Noé, vous aimez son travail?

MM : 'Seul Contre Tous' est un de mes films préférés. Il y a d'ailleurs un texte sur mon dernier album, qui fait référence aux gens comme à des vers... J'avais vu 'Seul Contre Tous' un an auparavant, une seule fois, mais les dialogues du film se sont accrochés dans ma tête et mon subconscient, pour ressortir plus tard dans mes textes. Je ne me suis pas rendu compte que je m'en étais inspiré avant de revoir ce film. J'ai rencontré Gaspar en Californie quand j'ai vu 'Irréversible', et nous avons parlé de faire quelque chose ensemble.

Vous avez un projet commun?

MM : Nous aimerions, oui... Nous avons parlé de faire un clip classé X.

Vous parlez aussi de porno dans 'Slutgarden', vous portez beaucoup d'intérêt au genre?

MM : Dans 'Slutgarden', je parle de la fille avec qui j'étais, puis de comment j'ai voulu être avec Dita. Je fais référence aux films porno, mais c'est pour généraliser... C'est l'histoire d'un garçon qui rencontre une fille, il l'aime puis ne l'aime plus, il voit une autre fille dans les magazines porno, et il veut l'aimer, elle...

Jolie histoire pour garçon...

MM : Mais celle-là est devenue vraie (rires).

Revenons au porno...

MM : J'ai une longue histoire avec la pornographie parce que quand j'étais enfant, mon grand-père était un pervers et gardait ces très étranges magazines salaces dans la cave, et... Je n'apprécie pas ouvertement les films porno mais, de temps en temps, j'en regarde un, comme un plaisir coupable... Je suis plutôt timide, je préfère les photographies, et j'aime celles qui sont plus traditionnelles, celles que Dita fait, le genre pin-up, elles m'excitent davantage.

Les films esthétiques d'Andrew Blake peut-être?

MM :Oui, j'aime ces films... Mais ce qui laisse l'imagination libre est généralement plus excitant pour moi, parce que j'ai une imagination très vive.

Alors, pourquoi un clip porno?

MM : Eh bien, c'est quelque chose que je n'ai jamais fait, une part de moi que je n'ai jamais montrée.

Vous serez acteur dedans, ou vous travaillerez avec des acteurs porno?


MM : Non, il n'y aura pas d'acteur. Je veux du réaliste, je veux du réel.

Oui, mais vous exposerez-vous vous-même?

MM : Non... probablement pas. J'aime conserver un peu de mystère (un mec hurle dans la rue 'Marilyn!'...)

Où en est votre projet avec Alejandro Jodorowsky?

MM : Nous essayons depuis un moment de faire 'Abel Cain', la suite de 'El Topo'... Avec son fils Adam dans le rôle de mon frère. Mais c'est très difficile de convaincre les majors de financer ce projet...

De qui ont-ils eu le plus peur? De Jodorowsky ou de vous?

MM : De la combinaison (rires).

Votre relation avec la fan attitude semble paradoxale, parce que vous parlez de liberté individuelle et d'évolution... Et en même temps vous semblez beaucoup respecter vos fans au contraire d'Eminem...

MM : Ce ne serait pas juste pour moi, de juger les fans, si je pense qu'ils m'adulent, ou essaient de me ressembler, parce que cela pourrait ne pas être leur intention. Ce pourrait être leur façon de s'exprimer et leur personnalité. A l'adolescence, quand on grandit, on s'identifie à quelquechose, on peut d'abord imiter, mais ce n'est que le commencement, une évolution vers ce qu'on va devenir, et cela pourrait être la porte d'accès à soi-même, devenir plus vaste et meilleur, plus humain.

Prenez-vous du plaisir à être idolâtré?

MM : J'y prends un certain plaisir, oui, mais il y a plusieurs niveaux. J'ai choisi d'être un artiste, d'être un chanteur, parce que c'est le meilleur moyen d'être relié aux autres... C'est très difficile pour moi, d'être entouré de gens. Je suis proche d'eux uniquement parce que je sais que cela les rend heureux. Et qu'ils me soutiennent et soient fans est un genre de remerciement, de retour... Mais c'est contre ma nature d'être connecté avec des gens, spécialement les fans, parce que je pense que la meilleure chose que je puisse leur dire ou leur donner, c'est ce que je crée.

Vos fans se disputent à propos de vos poupées, certains disent que c'est de l'art, d'autres se disent déçus parce que c'est trop commercial et que cette fois vous êtes fini. Certains disent que c'est une forme d'art de se vendre de cette manière, à un autre niveau...

MM : C'est une combinaison de tout cela. Je dis depuis le début que je me vends moi-même, c'est mieux que de ne pas être vendu du tout. Mais cela ne veut pas dire que ce qu'on fait n'est pas sincère, cela ne veut pas dire que cela ne vient pas d'une sensibilité artistique. Aussi loin que faire des poupées puisse avoir un sens, c'est l'ironie ultime, le niveau ultime, final de soi qui devient une sorte d'icône permanente, et c'est aussi un signe de mauvais sort, parcequ'il y a tant de poupées de stars déchues, Vanilla Ice, MC Hammer, les Spice Girls... On me demande de faire des poupées depuis sept ou huit ans. Je travaille avec des japonais, parcequ'ils m'ont offert un modèle vraiment magnifique, que j'ai trouvé très artistique. Mais j'ai accepté pour une raison beaucoup plus étrange : ils autorisaient mes poupées à avoir des armes. J'ai pensé que c'était un point vraiment fort sur ma position d'artiste par rapport aux enfants, c'était une sorte de blague intérieure très sarcastique...

Aimeriez-vous ajouter quelque chose?

MM : Il y a tant de choses dont nous pourrions parler mais... nous pourrons toujours en parler plus tard.