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Qu'aimeriez-vous dire de
votre nouvel album?
MM : C'est plus qu'un album. 'The Golden Age Of Grotesque' est
un âge, un âge d'expressionnisme : mettre des idées
en musique ou, si cela ne fonctionne pas, dans la peinture ou
la photographie. Il n'est plus question de défendre et
expliquer les choses que je crée, mais de me défendre
et de m'expliquer moi-même par les choses que je créé.
Ce disque est très inspiré par l'expressionnisme
de Berlin des années 30. Créer un art dangereux,
considéré dégénéré ou
dégénératif pour certaines personnes. Un
art qui fait sentir qu'il n'y aura pas de lendemain, parce qu'il
ne devrait pas y en avoir... pas celui qu'ils ont commencer à
créer, avec le visage de la peur, en ces temps de guerre...
Ainsi, ce CD et cette tournée veulent accomplir ce que
le cabaret peut faire : emmener l'esprit des gens hors du monde.
Parce qu'on ne peut pas contrôler la guerre, on ne peut
pas contrôler le monde, mais on peut contrôler son
propre monde, par son imagination... Je peux le faire.
Pouvez-vous parler de Twiggy? Pourquoi a-t-il
quitté le groupe et que cela a-t-il changé votre
son?
MM : Il était beaucoup moins enthousiaste que nous sur
cet album... Ironiquement, ce disque parle de relationnel, et
mon amitié avec lui a pris fin par ce disque. Enfin...
nous sommes encore amis, mais notre collaboration est terminée.
Il était amoureux d'une fille, et il a pensé qu'il
était obligé de choisir entre le groupe et la fille...
Je ne pense pas que sa vie amoureuse... Tsss, je pense qu'il a
été poussé à ne plus faire de musique...
Ou plus dans Marilyn Manson... Enfin, je ne sais pas, je n'y étais
pas - je veux dire, dans sa vie amoureuse - mais je ne l'ai pas
poussé à faire un choix, il l'a fait pour lui seul.
Tim Skold produisait le disque avec moi, il était aussi
enthousiaste et impliqué que moi. On a travaillé
sept jours par semaine pendant un an... Il est devenu mon collaborateur.
Dita Von Teese est considérée
comme une moderne Betty Page, la diva du burlesque... A-t-elle
été très importante dans l'imagerie de l'album?
MM : Elle aimerait probablement penser cela, mais... C'est ce
qui m'a attiré chez elle, mon amour pour cette époque,
et pour ceux qui vivent de la même manière que moi.
Elle s'habille ainsi parce que cela la fait se sentir bien avec
elle-même, pas pour les autres, c'est la manière
dont elle s'habille toujours... Comme moi... Tu sais, quand les
gens disent : "Êtes-vous normaux chez vous? Mettez-vous
des jeans ou ce genre de choses?" Elle est une influence
dans le sens où nous aimons tous les deux certaines choses
des années 30. Elle m'a aussi exposé à beaucoup
d'arts et de cultures que je ne connaissais pas.
L'album parait plus passionné, plus
sexy que les précédents. Est-ce du à son
influence?
MM : Probablement. Avoir quelqu'un comme elle autour de soi en
permanence fait davantage penser à la chose (rires)...
L'album parle de relation, du passé et du présent,
autant de petites amies que d'amis, et aussi d'art et de commerce,
de chaos et d'ordre... Il y a un lien avec Berlin et ce qui s'est
passé. Toute relation nait de bonnes intentions et devient
de plus en plus intense et on finit par prendre peur parce qu'on
ne peut pas contrôler, on est trop attaché et trop
terrorisé à l'idée de le perdre, alors on
le détruit... Cette ville a été détruite,
comme la plupart des relations. Être dans une meilleure
relation amoureuse m'offre une perspective sur le passé.
J'ai essayé de faire un album où les gens pourraient
capter ma personnalité plus qu'auparavant, et si cela fait
apparaître plus de sarcasme, ou plus de sexe... C'est moi.
Maintenant, écoutez seulement une musique...
Il y a moins d'imagerie religieuse et ésotérique
dans cet album. Pensez-vous avoir achevé un cycle avec
'Holy Wood'? Gardez-vous de l'intérêt pour la spiritualité
dans votre vie personnelle?
MM : Politique et religion sont des sujets que je traite dans
mes trois derniers albums... 'Holy Wood' était particulièrement
révolté contre ça, et la manière dont
les deux jouent ensemble et son finalement une seule chose...
Cette bataille s'est achevée, pour le monde si ce n'est
pour moi, avec 'Bowling For Columbine' de Michael Moore, où
les gens ont entendu ce que j'avais à dire. Il semble que
la lutte ne soit pas finie mais, au moins, tout le monde a compris
exactement ce dont il s'agissait. Je me suis reconstruit avec
'The Golden Age Of Grotesque'. J'ai du me réinventer, pour
continuer à être créatif. Plutôt que
la trentaine, j'ai décidé d'avoir dix ans, parce
que Marilyn Manson a dix ans. Je pense et je me comporte comme
si j'avais dix ans sur cet album, et les enfants ne savent rien
de la religion. Cela ne m'est pas apparu sur le coup, que la religion
était dans le sexe, la musique et tout le reste. J'ai ignoré
les règles de tout ce que les autres font en musique, j'ai
ignoré mes propres règles aussi, et nous avons écrit
des chansons complètement différentes... Je suis
parti d'idées ou d'images, pour les transformer en musique.
Je me suis réveillé et j'ai dit : "je veux
le son d'un piano en feu, et celui d'une file de filles chantant
Oscar Wilde, et celui de la promenade d'un éléphant...".
Les images ont inspiré le morceau, c'était facile
de créer le clip que tu as vu hier soir, parce que je connaissais
déjà les images.
Vous inventez des mots, comme les enfants
le font...
MM : C'est comme en peinture, si on n'a pas la bonne couleur,
on en mélange deux ensemble... La nuit où j'ai commencé,
il y avait beaucoup de courants de conscience en même temps.
Cet album est probablement l'un des seuls modernes, contemporains,
populaires, et imbibés d'absinthe du 21è siècle...
D'absinthe?
MM : Depuis, sept ans, je suis un buveur d'absinthe, c'est pour
cela que je bois du Pastis quand je viens ici... L'absinthe crée
des rêves incroyablement vivants. Sous absinthe, je dis
: "créons ce piano qui brûle", et nous
commencons à jouer... et quelqu'un va sortir un piano,
mais je dis : "c'est un piano, ce n'est pas un piano qui
brûle". Peut-être que ce sera une guitare qui
sonnera comme un piano qui brûle pour moi. Je les guiderai
dans la direction où, finalement, ils entendront ce que
je vois dans ma tête. Nous continuons jusqu'à ce
que l'image éclate dans leur cerveau, et cela devient un
morceau... Il s'agissait de s'ouvrir l'esprit, et quelquefois
on doit relaxer les muscles de son cerveau, boire de l'absinthe
ou expérimenter des drogues, comme une voie ludique vers
le génie de l'enfance...
Parlons d'images. Vous avez rencontré
Gaspar Noé, vous aimez son travail?
MM : 'Seul Contre Tous' est un de mes films préférés.
Il y a d'ailleurs un texte sur mon dernier album, qui fait référence
aux gens comme à des vers... J'avais vu 'Seul Contre Tous'
un an auparavant, une seule fois, mais les dialogues du film se
sont accrochés dans ma tête et mon subconscient,
pour ressortir plus tard dans mes textes. Je ne me suis pas rendu
compte que je m'en étais inspiré avant de revoir
ce film. J'ai rencontré Gaspar en Californie quand j'ai
vu 'Irréversible', et nous avons parlé de faire
quelque chose ensemble.
Vous avez un projet commun?
MM : Nous aimerions, oui... Nous avons parlé de faire un
clip classé X.
Vous parlez aussi de porno dans 'Slutgarden',
vous portez beaucoup d'intérêt au genre?
MM : Dans 'Slutgarden', je parle de la fille avec qui j'étais,
puis de comment j'ai voulu être avec Dita. Je fais référence
aux films porno, mais c'est pour généraliser...
C'est l'histoire d'un garçon qui rencontre une fille, il
l'aime puis ne l'aime plus, il voit une autre fille dans les magazines
porno, et il veut l'aimer, elle...
Jolie histoire pour garçon...
MM : Mais celle-là est devenue vraie (rires).
Revenons au porno...
MM : J'ai une longue histoire avec la pornographie parce que quand
j'étais enfant, mon grand-père était un pervers
et gardait ces très étranges magazines salaces dans
la cave, et... Je n'apprécie pas ouvertement les films
porno mais, de temps en temps, j'en regarde un, comme un plaisir
coupable... Je suis plutôt timide, je préfère
les photographies, et j'aime celles qui sont plus traditionnelles,
celles que Dita fait, le genre pin-up, elles m'excitent davantage.
Les films esthétiques d'Andrew Blake
peut-être?
MM :Oui, j'aime ces films... Mais ce qui laisse l'imagination
libre est généralement plus excitant pour moi, parce
que j'ai une imagination très vive.
Alors, pourquoi un clip porno?
MM : Eh bien, c'est quelque chose que je n'ai jamais fait, une
part de moi que je n'ai jamais montrée.
Vous serez acteur dedans, ou vous travaillerez avec des acteurs
porno?
MM : Non, il n'y aura pas d'acteur. Je veux du réaliste,
je veux du réel.
Oui, mais vous exposerez-vous vous-même?
MM : Non... probablement pas. J'aime conserver un peu de mystère
(un mec hurle dans la rue 'Marilyn!'...)
Où en est votre projet avec Alejandro Jodorowsky?
MM : Nous essayons depuis un moment de faire 'Abel Cain', la suite
de 'El Topo'... Avec son fils Adam dans le rôle de mon frère.
Mais c'est très difficile de convaincre les majors de financer
ce projet...
De qui ont-ils eu le plus peur? De Jodorowsky
ou de vous?
MM : De la combinaison (rires).
Votre relation avec la fan attitude semble
paradoxale, parce que vous parlez de liberté individuelle
et d'évolution... Et en même temps vous semblez beaucoup
respecter vos fans au contraire d'Eminem...
MM : Ce ne serait pas juste pour moi, de juger les fans, si je
pense qu'ils m'adulent, ou essaient de me ressembler, parce que
cela pourrait ne pas être leur intention. Ce pourrait être
leur façon de s'exprimer et leur personnalité. A
l'adolescence, quand on grandit, on s'identifie à quelquechose,
on peut d'abord imiter, mais ce n'est que le commencement, une
évolution vers ce qu'on va devenir, et cela pourrait être
la porte d'accès à soi-même, devenir plus
vaste et meilleur, plus humain.
Prenez-vous du plaisir à être
idolâtré?
MM : J'y prends un certain plaisir, oui, mais il y a plusieurs
niveaux. J'ai choisi d'être un artiste, d'être un
chanteur, parce que c'est le meilleur moyen d'être relié
aux autres... C'est très difficile pour moi, d'être
entouré de gens. Je suis proche d'eux uniquement parce
que je sais que cela les rend heureux. Et qu'ils me soutiennent
et soient fans est un genre de remerciement, de retour... Mais
c'est contre ma nature d'être connecté avec des gens,
spécialement les fans, parce que je pense que la meilleure
chose que je puisse leur dire ou leur donner, c'est ce que je
crée.
Vos fans se disputent à propos de
vos poupées, certains disent que c'est de l'art, d'autres
se disent déçus parce que c'est trop commercial
et que cette fois vous êtes fini. Certains disent que c'est
une forme d'art de se vendre de cette manière, à
un autre niveau...
MM : C'est une combinaison de tout cela. Je dis depuis le début
que je me vends moi-même, c'est mieux que de ne pas être
vendu du tout. Mais cela ne veut pas dire que ce qu'on fait n'est
pas sincère, cela ne veut pas dire que cela ne vient pas
d'une sensibilité artistique. Aussi loin que faire des
poupées puisse avoir un sens, c'est l'ironie ultime, le
niveau ultime, final de soi qui devient une sorte d'icône
permanente, et c'est aussi un signe de mauvais sort, parcequ'il
y a tant de poupées de stars déchues, Vanilla Ice,
MC Hammer, les Spice Girls... On me demande de faire des poupées
depuis sept ou huit ans. Je travaille avec des japonais, parcequ'ils
m'ont offert un modèle vraiment magnifique, que j'ai trouvé
très artistique. Mais j'ai accepté pour une raison
beaucoup plus étrange : ils autorisaient mes poupées
à avoir des armes. J'ai pensé que c'était
un point vraiment fort sur ma position d'artiste par rapport aux
enfants, c'était une sorte de blague intérieure
très sarcastique...
Aimeriez-vous ajouter quelque chose?
MM : Il y a tant de choses dont nous pourrions parler mais...
nous pourrons toujours en parler plus tard.
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