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Tu
as travaillé sur cet album pendant dix-huit mois. Dans
quel état d'esprit étais-tu à ce moment là?
MM : Tout le groupe a été très enthousiaste
et créatif durant toute l'élaboration de cet album.
Après avoir terminé les deux précédents,
je me suis rendu compte que les choses avaient mal tournées,
que ça avait été destructeur, qu'il y avait
eu trop de critiques... Il fallait tourner la page. Et après
avoir détruit quelque chose, il a fallut tout reconstruire,
et ça a été mon aire de jeux sur cet album.
Il n'a en lui-même pas été très long
à écrire, mais il y a beaucoup de tiraillements
tout le long de sa composition, en partie parce que nous refusions
de nous plier aux règles, ou d'écouter la maison
de disque. On refusait catégoriquement de leur faire écouter
quoi que se soit, alors qu'ils nous harcelaient pour entendre
des titres. Quand ils me faisaient trop chier, je m'enregistrais
en train de parler à mon chat et je leur disais que ça
allait être le single. Ça a été le
genre de truc qui leur a foutu les boules et ils ont voulu tout
arrêter ou me foutre dans un asile (rires) !
Tu as recréé tout un univers
qui touche à plusieurs domaines artistiques pour ce nouvel
opus...
MM : C'est vrai. On a fait toutes ces magnifiques photos en collaboration
avec Gottfried Helnwein. Il y a eu aussi mes peintures, et les
films auxquels j'ai participé ('Party Monster', 'Bowling
For Colombine', 'Beat The Devil')... Tout ça à
stimulé mon imagination. Mes inspirations ont aussi été
le cabaret, le Vaudeville, le Burlesque, Berlin, Paris et tous
ces endroits qui ont vu naître tous ces mouvements artistiques
d'avant-guerre, où les gens vivaient comme s'il n'y avait
pas de lendemain. Et ironiquement, après que l'album soit
écrit, à une toute autre époque, les États-Unis
se retrouvent dans le même cas de figure. C'est tellement
d'actualité. Ça n'a rien à voir avec du patriotisme
parce que je ne me vois pas en train de tirer un quelconque profit
en disant que je veux aider l'espèce humaine en essayant
de la divertir. C'est un démarche très égoïste.
Je ne fais qu'apprécier l'univers que j'ai créé,
et j'invite les gens à en profiter avec moi. Pourquoi se
préoccuper d'une guerre qui ne nous appartient pas et où
nous n'avons pas notre mot à dire. J'invite les gens à
fuir au même titre que le burlesque ou le Vaudeville l'avaient
fait à une autre époque.
Tu dis vouloir, à partir de ce LP,
être considéré à part entière
et au sens large du terme, et non plus uniquement comme un musicien...
MM : Dans le passé, j'ai toujours donné tout ce
que j'avais au public, mais souvent les gens ne pouvaient pas
voir ou comprendre ma finalité parce que tout était
toujours censuré pour que ça puisse passer à
la télé ou pour que ça puisse coller à
tel ou tel créneau. Aujourd'hui j'arrive à adopter
des attitudes différentes face à l'art et face à
mes actions. 'The Golden Age Of Grotesque' invite chacun à
s'impliquer. Ce disque ne sera pas une oeuvre d'art complète
tant que les gens ne l'auront pas écouté et apprécié.
Se sera seulement à partir de ce moment là que ça
deviendra de l'art, que les gens en feront parti. Et si on nous
censure, comme ça l'a été pour les clichés
d'Helnwein qui ne pourront pas être dans la pochette, alors
je ferai comme aujourd'hui, je les mettrai dans cette pièce
pour que les journalistes les voient, ou je ferai une expo. À
partir de maintenant, je ferai ça pour tout. J'avoue que
c'est une réaction très puérile ou un comportement
de salle gosse, mais c'est aussi ce qu'est ce disque! C'est un
peu comme accélérer quand on est supposé
ralentir. On a ignoré toutes les règles.
Quelles a été ta ligne directrice
quand tu as entamé la composition?
MM : D'être spontané. Quand tu arrives à ce
stade, et que tu composes un 5ème album, tu pourrais être
tenté de le surproduire ou de trop analyser tout, alors
que sur ce disque la plupart des voix sont les premières
prises, les premières idées. Le premier titre sur
l'album est le premier titre que nous avons écrit, parce
que c'était clairement la déclaration de ce qui
allait suivre. Sur ce morceau, je dis que j'ai tout fait dans
le passé, et que maintenant il ne me reste plus rien à
faire à part vous divertir, de parler de choses comme les
relations humaines, ou le sexe par exemple, qui sont des choses
que tout le monde peu comprendre. Et dans le dernier morceau,
je dis que je n'ai pas honte de vous avoir diverti, mais ce que
vous venez d'entendre n'est pas juste un show, c'est ma vie.
L'Europe semble avoir beaucoup nourrit 'The
Golden Age Of Grotesque'...
MM : Mes goûts et influences ont toujours été
tourné vers l'Europe. Les films français ont, par-exemple,
toujours été d'une grande inspiration pour moi,
et c'est d'autant plus vrai sur cet album. Je viens de voir 'Irreversible'
de Gaspar Noé, dont j'ai suivi sa carrière depuis
ses débuts. On retrouve un peu ce jeu et cette vibe sur
les cliché que j'ai fait avec Helnwein (me montrant
les diptyques manichéens géant où Marilyn
est déguisé en Mickey Mouse flippant, puis les photos
où il porte un uniforme de Nazi, ndlr). Quand on les
a faites, ce n'était pas uniquement pour représenter
un espèce d'innocense ou le cauchemard typique d'un gamin,
mais c'était aussi pour faire transparaître une vision
européenne de l'Amérique. Ça me rappelle
un peu 'Les Enfant Du Paradis'...
Comment as-tu eu l'idée de ces images?
MM : C'était en effet une des meilleurs définissions
qu'on aurait pu trouver pour l'album. C'est en gros ce qu'il reflète.
Le fait de collaborer avec Helnwein, a été très
important pour moi. Nous avions en quelque sorte la même
vision des États-Unis car bien que je sois américain,
je ne serai jamais aveuglé par ce qu'on essai de nous faire
bouffer ici. J'aurai toujours un regard extérieur sur tout
ça. Je resterai un outsider.
Après l'écoute de 'The Golden
Age Of Grotesque', il me semble que Marilyn Manson n'a jamais
été aussi bon que depuis le départ de Twiggy,
es-tu d'accord avec ça?
MM : Je crois que Marilyn Manson en tant que groupe est aujourd'hui
à son meilleur niveau ! Je ne sais pas si ça vient
du fait que Twiggy ne soit plus là ou pas. Je ne veux rien
mettre sur le compte de son départ. Je crois que ça
vient plus du fait que je suis aujourd'hui entouré par
les bonnes personnes. Tous les gens qui sont autour de moi en
ce moment sont au moins aussi enthousiasme que moi-même
sur l'avenir du groupe. Je ne peux pas parler à la place
de Twiggy, mais son enthousiasme était ailleurs quand on
a commencé à travailler sur cet album. C'était
mieux pour lui de ne pas essayer d'être ce qu'il n'était
pas en continuant avec nous. Et moi je n'ai pas voulu faire de
compromis. Je veux que Marilyn Manson ne soit composé que
de 5 personnes 100% appliquées dans ce qu'elles font, autrement
ça ruinerait tout le travail qui a été fait
dans le passé. Je crois que la qualité de 'The Golden
Age Of Grotesque' montre bien la complicité qu'il y a aujourd'hui
au sein du groupe, et à quel point cet album était
important pour nous.
Est-ce que Twiggy a écouter l'album?
MM : En fait non. Il n'a absolument pas contribué à
ce disque et n'a rien composé dessus. Ironiquement, ce
disque traite beaucoup des relations humaines, avec tout le symbolisme
du Berlin d'avant-guerre où tout à commencé
avec de bonnes intentions, où tout le monde était
créatif et passioné, pour arriver à la fin
et à la décadence poussé à l'extrême
et à la destruction. Ça arrive aussi en amitié
ou en amour, et c'est ce qui est arrivé à Twiggy
et à moi. Cet album a prit une tournure très ironique
à mes yeux dernièrement; avec la guerre engagé
avec les USA et avec les éternelles conflits qu'il y a
dans ce groupe et dans ma vie personnelle... Maintenant je vis
avec une autre femme (la pin-up SM - burlesque Dita Von Teese),
et je passe mon temps avec d'autres amis... Je voulais arriver
au point où je pouvais me dire que j'étais arrivé
pile à l'endroit où j'avais besoin d'être,
sans être controlé par qui que se soit.
Tu avais déjà travaillé
avec Tim Skold, ex-membre des allemands de KMFDM...
MM : Oui, sur 'Tainted Love' et il a aussi co-produit mon score
pour la BO de 'Resident Evil'.
Qu'est-ce qui t'a donné envie de l'intégrer
au groupe?
MM : Quand on a commencé à bosser ensemble, on a
instantanément eu envie de créer un groupe. On avait
plein d'idées, de projets; comme faire des remixes ou des
BO, par exemple. Il a la même excitation que moi, et tout
comme moi, il aime passer le plus clair de son temps à
faire de la musique et travailler. Ce qui n'est pas forcément
le cas de tout le monde. Il y en a qui préfèrent
faire la teuf tout le temps, péter les plombs et faire
du social dans des soirées... Moi, je ne considère
pas ce que je fais comme du travail à proprement dit, et
je prends du plaisir à le faire tout le temps. C'est le
cauchemar de mes amis et des mes proches d'ailleurs ! Ça
passe littéralement avant tout et c'est une part entière
de ma personnalité. Tim est exactement pareil que moi sur
ce point. Il m'inspire beaucoup. Au début, il n'était
pas vraiment censé remplacer Twiggy. Mais il se trouve
que quand je me suis rendu compte que la place de Twiggy n'était
plus dans son groupe, Tim était en train de bosser avec
nous et il est aussi un excellent bassiste... Alors tout m'a paru
assez logique !
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