Magazine
Rock Mag (N°29)

Pays
France

Date de parution
Mai 2003

Propos recueillis par
Marie-Line Feltz

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
www.rockmag.fr

Couverture
 

Tu as travaillé sur cet album pendant dix-huit mois. Dans quel état d'esprit étais-tu à ce moment là?

MM : Tout le groupe a été très enthousiaste et créatif durant toute l'élaboration de cet album. Après avoir terminé les deux précédents, je me suis rendu compte que les choses avaient mal tournées, que ça avait été destructeur, qu'il y avait eu trop de critiques... Il fallait tourner la page. Et après avoir détruit quelque chose, il a fallut tout reconstruire, et ça a été mon aire de jeux sur cet album. Il n'a en lui-même pas été très long à écrire, mais il y a beaucoup de tiraillements tout le long de sa composition, en partie parce que nous refusions de nous plier aux règles, ou d'écouter la maison de disque. On refusait catégoriquement de leur faire écouter quoi que se soit, alors qu'ils nous harcelaient pour entendre des titres. Quand ils me faisaient trop chier, je m'enregistrais en train de parler à mon chat et je leur disais que ça allait être le single. Ça a été le genre de truc qui leur a foutu les boules et ils ont voulu tout arrêter ou me foutre dans un asile (rires) !

Tu as recréé tout un univers qui touche à plusieurs domaines artistiques pour ce nouvel opus...

MM : C'est vrai. On a fait toutes ces magnifiques photos en collaboration avec Gottfried Helnwein. Il y a eu aussi mes peintures, et les films auxquels j'ai participé ('Party Monster', 'Bowling For Colombine', 'Beat The Devil')... Tout ça à stimulé mon imagination. Mes inspirations ont aussi été le cabaret, le Vaudeville, le Burlesque, Berlin, Paris et tous ces endroits qui ont vu naître tous ces mouvements artistiques d'avant-guerre, où les gens vivaient comme s'il n'y avait pas de lendemain. Et ironiquement, après que l'album soit écrit, à une toute autre époque, les États-Unis se retrouvent dans le même cas de figure. C'est tellement d'actualité. Ça n'a rien à voir avec du patriotisme parce que je ne me vois pas en train de tirer un quelconque profit en disant que je veux aider l'espèce humaine en essayant de la divertir. C'est un démarche très égoïste. Je ne fais qu'apprécier l'univers que j'ai créé, et j'invite les gens à en profiter avec moi. Pourquoi se préoccuper d'une guerre qui ne nous appartient pas et où nous n'avons pas notre mot à dire. J'invite les gens à fuir au même titre que le burlesque ou le Vaudeville l'avaient fait à une autre époque.

Tu dis vouloir, à partir de ce LP, être considéré à part entière et au sens large du terme, et non plus uniquement comme un musicien...

MM : Dans le passé, j'ai toujours donné tout ce que j'avais au public, mais souvent les gens ne pouvaient pas voir ou comprendre ma finalité parce que tout était toujours censuré pour que ça puisse passer à la télé ou pour que ça puisse coller à tel ou tel créneau. Aujourd'hui j'arrive à adopter des attitudes différentes face à l'art et face à mes actions. 'The Golden Age Of Grotesque' invite chacun à s'impliquer. Ce disque ne sera pas une oeuvre d'art complète tant que les gens ne l'auront pas écouté et apprécié. Se sera seulement à partir de ce moment là que ça deviendra de l'art, que les gens en feront parti. Et si on nous censure, comme ça l'a été pour les clichés d'Helnwein qui ne pourront pas être dans la pochette, alors je ferai comme aujourd'hui, je les mettrai dans cette pièce pour que les journalistes les voient, ou je ferai une expo. À partir de maintenant, je ferai ça pour tout. J'avoue que c'est une réaction très puérile ou un comportement de salle gosse, mais c'est aussi ce qu'est ce disque! C'est un peu comme accélérer quand on est supposé ralentir. On a ignoré toutes les règles.

Quelles a été ta ligne directrice quand tu as entamé la composition?

MM : D'être spontané. Quand tu arrives à ce stade, et que tu composes un 5ème album, tu pourrais être tenté de le surproduire ou de trop analyser tout, alors que sur ce disque la plupart des voix sont les premières prises, les premières idées. Le premier titre sur l'album est le premier titre que nous avons écrit, parce que c'était clairement la déclaration de ce qui allait suivre. Sur ce morceau, je dis que j'ai tout fait dans le passé, et que maintenant il ne me reste plus rien à faire à part vous divertir, de parler de choses comme les relations humaines, ou le sexe par exemple, qui sont des choses que tout le monde peu comprendre. Et dans le dernier morceau, je dis que je n'ai pas honte de vous avoir diverti, mais ce que vous venez d'entendre n'est pas juste un show, c'est ma vie.

L'Europe semble avoir beaucoup nourrit 'The Golden Age Of Grotesque'...

MM : Mes goûts et influences ont toujours été tourné vers l'Europe. Les films français ont, par-exemple, toujours été d'une grande inspiration pour moi, et c'est d'autant plus vrai sur cet album. Je viens de voir 'Irreversible' de Gaspar Noé, dont j'ai suivi sa carrière depuis ses débuts. On retrouve un peu ce jeu et cette vibe sur les cliché que j'ai fait avec Helnwein (me montrant les diptyques manichéens géant où Marilyn est déguisé en Mickey Mouse flippant, puis les photos où il porte un uniforme de Nazi, ndlr). Quand on les a faites, ce n'était pas uniquement pour représenter un espèce d'innocense ou le cauchemard typique d'un gamin, mais c'était aussi pour faire transparaître une vision européenne de l'Amérique. Ça me rappelle un peu 'Les Enfant Du Paradis'...

Comment as-tu eu l'idée de ces images?

MM : C'était en effet une des meilleurs définissions qu'on aurait pu trouver pour l'album. C'est en gros ce qu'il reflète. Le fait de collaborer avec Helnwein, a été très important pour moi. Nous avions en quelque sorte la même vision des États-Unis car bien que je sois américain, je ne serai jamais aveuglé par ce qu'on essai de nous faire bouffer ici. J'aurai toujours un regard extérieur sur tout ça. Je resterai un outsider.

Après l'écoute de 'The Golden Age Of Grotesque', il me semble que Marilyn Manson n'a jamais été aussi bon que depuis le départ de Twiggy, es-tu d'accord avec ça?

MM : Je crois que Marilyn Manson en tant que groupe est aujourd'hui à son meilleur niveau ! Je ne sais pas si ça vient du fait que Twiggy ne soit plus là ou pas. Je ne veux rien mettre sur le compte de son départ. Je crois que ça vient plus du fait que je suis aujourd'hui entouré par les bonnes personnes. Tous les gens qui sont autour de moi en ce moment sont au moins aussi enthousiasme que moi-même sur l'avenir du groupe. Je ne peux pas parler à la place de Twiggy, mais son enthousiasme était ailleurs quand on a commencé à travailler sur cet album. C'était mieux pour lui de ne pas essayer d'être ce qu'il n'était pas en continuant avec nous. Et moi je n'ai pas voulu faire de compromis. Je veux que Marilyn Manson ne soit composé que de 5 personnes 100% appliquées dans ce qu'elles font, autrement ça ruinerait tout le travail qui a été fait dans le passé. Je crois que la qualité de 'The Golden Age Of Grotesque' montre bien la complicité qu'il y a aujourd'hui au sein du groupe, et à quel point cet album était important pour nous.

Est-ce que Twiggy a écouter l'album?

MM : En fait non. Il n'a absolument pas contribué à ce disque et n'a rien composé dessus. Ironiquement, ce disque traite beaucoup des relations humaines, avec tout le symbolisme du Berlin d'avant-guerre où tout à commencé avec de bonnes intentions, où tout le monde était créatif et passioné, pour arriver à la fin et à la décadence poussé à l'extrême et à la destruction. Ça arrive aussi en amitié ou en amour, et c'est ce qui est arrivé à Twiggy et à moi. Cet album a prit une tournure très ironique à mes yeux dernièrement; avec la guerre engagé avec les USA et avec les éternelles conflits qu'il y a dans ce groupe et dans ma vie personnelle... Maintenant je vis avec une autre femme (la pin-up SM - burlesque Dita Von Teese), et je passe mon temps avec d'autres amis... Je voulais arriver au point où je pouvais me dire que j'étais arrivé pile à l'endroit où j'avais besoin d'être, sans être controlé par qui que se soit.

Tu avais déjà travaillé avec Tim Skold, ex-membre des allemands de KMFDM...

MM : Oui, sur 'Tainted Love' et il a aussi co-produit mon score pour la BO de 'Resident Evil'.

Qu'est-ce qui t'a donné envie de l'intégrer au groupe?

MM : Quand on a commencé à bosser ensemble, on a instantanément eu envie de créer un groupe. On avait plein d'idées, de projets; comme faire des remixes ou des BO, par exemple. Il a la même excitation que moi, et tout comme moi, il aime passer le plus clair de son temps à faire de la musique et travailler. Ce qui n'est pas forcément le cas de tout le monde. Il y en a qui préfèrent faire la teuf tout le temps, péter les plombs et faire du social dans des soirées... Moi, je ne considère pas ce que je fais comme du travail à proprement dit, et je prends du plaisir à le faire tout le temps. C'est le cauchemar de mes amis et des mes proches d'ailleurs ! Ça passe littéralement avant tout et c'est une part entière de ma personnalité. Tim est exactement pareil que moi sur ce point. Il m'inspire beaucoup. Au début, il n'était pas vraiment censé remplacer Twiggy. Mais il se trouve que quand je me suis rendu compte que la place de Twiggy n'était plus dans son groupe, Tim était en train de bosser avec nous et il est aussi un excellent bassiste... Alors tout m'a paru assez logique !