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On t'a vu discuter avec
Gaspard Noé pour la soirée de lancement de ton album.
Que se disent Marilyn Manson et Gaspard Noé quand ils se
voient?
MM : En fait, je l'avais rencontré à Los Angeles
: il m'avait invité à l'avant-première d''Irréversible'.
Nous ne nous connaissions pas à l'époque mais j'étais
un grand fan de 'Seul Contre Tous', tout comme d''Irréversible'
maintenant. Nous avions un peu discuté et je l'ai revu
en venant ici à Paris. Nous parlons simplement des différentes
choses que nous avons en commun. Il m'a fait faire un tour de
Paris la nuit, et en a profité pour me montrer où
les travestis travaillaient...
Au Bois de Boulogne...
MM : Oui. On a aussi parlé de politique, de drogue, de
musique aussi... On a même évoqué la possibilité
de travailler sur un projet ensemble.
Quel type de projet?
MM : Je ne sais pas encore... J'adorerais jouer dans un de ses
films. Mais il a surtout été question de réaliser
un clip X pour mon prochain single. Bien sûr, le genre de
clip non diffusable à la télévision.
Il avait déjà réalisé
un court-métrage porno, il a quelques années. Tu
as aussi rencontré Jean-Paul Gaultier, hier soir...
MM : C'est aussi devenu un de mes amis. Il aime bien me donner
des vêtements! J'aime beaucoup son travail sur la mode et
il est aussi fan de ce que je fais. Il s'est inspiré de
moi pour certains de ses défilés.
Le dernier? Avec les poupées de bébés
sous le podium?
MM : Non, je n'ai pas vu celui-ci. C'était celui où
tous les mannequins avaient de longs cheveux noirs. En fait, nous
admirons chacun le travail de l'autre. Un peu plus tard dans la
journée, on doit se voir pour aller ensemble à l'hôtel
d'Alsace, où Oscar Wild est mort. Comme il connait ma passion
pour Oscar Wilde, il tenait à m'y emmener.
Justement, sur ton dernier single, 'mOBSCENE',
dans les notes des paroles, les churs féminins sont
supposés chanter 'in the spirit of Oscar Wilde'.
MM : Beaucoup de chansons et en particulier celle-ci viennent
d'images ou de rêves que j'ai eus et qui résultent
probablement d'un mélange unique d'absinthe, de films et
de livres. Donc, étant un lecteur de O. Wilde, regardant
beaucoup de films de Fellini et de Busby Berkeley, j'ai décidé
un jour que je voulais un refrain avec des filles dansant dans
le plus pur style de Busby Berkeley qui entonneraient cet hymne
à la O. Wilde. J'y ai ajouté l'idée d'un
éléphant dont la lourde marche viendrait battre
la mesure. J'ai essayé de transformer cette vision en musique,
comme pour de nombreux titres sur le disque. Quand j'ai réalisé
le clip 'mOBSCENE', c'était facile d'imaginer à
quoi il allait ressembler vu que j'avais déjà eu
ces idées avant d'écrire la chanson. Les autres
uvres qui ont nourri mon inspiration sur cet album vont
des films du Bunuel ou de Pasolini aux livres d'Antonin Artaud
ou ceux du Marquis de Sade. Le fait que 'Salo ou les 120 journées
de Sodome' soit introuvable et quasi-interdit aux États-Unis
m'avait attiré...
Tu as également des plans avec Alejandro
Jodorowski...
MM : Malheureusement nous n'avons pas encore eu la chance de travailler
ensemble, même si ça fait environ six ans que je
le connais. Il m'a tiré les cartes plusieurs fois et ça
s'est toujours révélé étonnamment
juste! Nous avons un projet de film qui s'appelle, 'Abelcain',
qu'il a écrit et qui est la suite de 'El Topo'. Après
m'avoir encontré, il a réactualisé le scénario
de façon à ce que son fils et moi jouions deux frères.
Nous adorerions faire ce film, le problème est de trouver
quelqu'un qui nous fasse confiance en pretant son argent, car
nous ne sommes pas, disons-le, les personnes les plus fiables
qui soient...
Brian Warner - ton vrai nom - rêvait
de devenir une star. As-tu entièrement réalisé
ce fantasme? Est-ce qu'en vieillissant, tu ne t'en éloignes
pas un peu?
MM : En art, passé un certain degré de créativité,
on se rapproche d'une sorte de fin de l'histoire, où il
n'y aurait plus rien à créer et tout à détruire.
Quand tout a été dit ou fait, il faut revenir au
commencement. C'est une question que je rapproche du mouvement
Dada qui a compris que les voies d'expression primitives sont
les seules qui permettent d'avancer vers la modernité.
Mais c'est très dur d'avoir tout ce savoir, toute cette
expérience, et pourtant penser ou agir comme si vous n'aviez
pas tout ce vécu. D'une certaine manière, j'ai réussi
à la faire, j'ai été capable de me réinventer,
c'est ce que j'essaye de montrer dans ce disque. 'The Golden Age
Of Grotesque' est autant une nouvelle naissance pour moi qu'un
manifeste.
D'accord mais vieillir te fait peur?
MM : Après tout ce que je viens de te dire... Aujourd'hui,
j'ai l'impression que Marilyn Manson n'a que dix ans, en aucun
cas une trentaine d'années (rires).
Tu dois être fier de ton nouveau logo
(évoquant une croix gammée)...
MM : C'est une image très forte que les gens identifient
avec l'imagerie fasciste. Son but est avant tout d'évoquer
une certaine période, de lutte entre l'ordre et le chaos,
la liberté et le contrôle. J'aime associer les extrêmes
pour obtenir quelquechose qui me soit propre, de très expressif,
de décadent.
Tu vas garder ce nouveau logo longtemps?
Ca va être dur d'aller plus loin dans la provocation...
MM : Je ne sais pas vraiment. Personnellement, je ne le trouve
pas très choquant... J'ai toujours eu des logos très
évocateurs. Les gens ont été très
choqués par le 'shock logo', c'est pour cela que je l'ai
choisi pour 'Antichrist Superstar'. Mon nouveau logo correspond
vraiment bien à mon état actuel ainsi qu'à
une certaine époque. Mais il n'est pas pour autant prisonnier
des années 30, il reste moderne dans sa forme. Il combine
cette esthétique art-déco avec une forme de fétichisme
militaire que j'affectionne particulièrement. J'ai voulu
lui enlever la connotation politique du fascisme pour n'en garder
qu'une image fétichiste...
Il y a une évolution très marquée
des paroles sur ton nouvel album. Tu inventes de nouveaux mots,
tu les mélanges, tu multiplies les onomatopées...
Même ton chant intègre des formes rythmiques inédites
chez toi...
MM : Recréer et enfreindre les règles afin d'arriver
à créer quelque chose de nouveau. Tout a été
dit comme je l'annonce au début de mon album. Un nouveau
langage, des nouveaux rythmes et surtout des modèles de
chant inédits m'ont permis de répondre à
ce dilemme. Il était question pour moi de se laisser aller,
d'être presque imprudent. A chaque album, je veux casser
les règles que le monde de la musique a établies.
Mais comme j'ai déjà écrit plusieurs albums,
il fallait que je me libère de mes propres règles.
Et tout cela, de la façon la plus naturelle possible. Je
voulais faire de la musique comme si j'en avais jamais fait. Si
je peins un tableau, parfois, je n'ai pas assez de couleurs et
je dois en mélanger pour en faire des nouvelles, c'est
ce que j'ai fait ici, avec des mots. Avec ce type d'écriture,
je montre exactement aux gens ce qui se passe dans ma tête,
c'est beaucoup plus profond... Par le passé, je me suis
appliqué à façonner l'opinion, les idées
et l'image que les gens avaient de moi. Cet album est beaucoup
plus ouvert sur ma conscience. Il possède un côté
très brut, presque cru, parce que j'ai souvent conservé
les premières prises de studio au niveau des voix. Une
chanson comme 'Para-Noir' est conçue comme une expérimentation
où j'auditionnais des filles en leur proposant de dire
ce qu'elles désiraient : je voulais entendre leur face
la plus sombre, ce qu'elles ressentaient vraiment. Je leur disais
qu'elles pouvaient imaginer qu'elles parlent à moi ou à
quelqu'un d'autre et que leur seule contrainte était de
commencer par "I fuck you because...". Les meilleures
et les plus intéressantes performances sont sur l'album,
mais j'avais un tel choix que parfois, chaque phrase est composée
de mots de filles différentes.
Comment les as-tu choisies?
MM : J'ai pris des strip-teaseuses, des prostituées, des
filles rangées, mais qui voulaient participer à
cet exercice, même des filles qui ne me connaissaient pas.
Je ne leur disais pas que le résultat final serait une
chanson, je les voulais le plus naturel possible.
C'est toi qui les a selectionnées
et dirigées?
MM : Oui. Je contrôlais tout. Ça a pris la forme
d'un casting. D'ailleurs, ça m'a été directement
inspiré par 'Audition', le film de Takeshi Miike.
Tu te plains souvent d'être manipulé
par les médias. Mais tu les manipulent aussi bien évidemment
en retour. Peux-tu me donner un exemple où tu as joué
avec les médias?
MM : Oui, mais enlève d'abord ton pantalon ! (rire
maléfique). Pardon ! En fait... Les médias
font partie intégrante de mon expression artistique. Quand
tu allumes la télé, tu verras : "Here is the
bad guy !", et à chaque fois le "méchant"
sera différent suivant la situation, que ce soit une tornade,
une maladie, une guerre... Et j'ai été un de ces
"méchants". J'ai été accusé
de la tuerie de Columbine. Tu peux laisser les médias te
décrire à leur sauce ou bien les utiliser comme
une composante de ta palette dans la peinture de ton propre portrait.
Ce n'est pas tant la presse écrite que la télévision,
qui me dérange... D'autant plus que j'étais journaliste
et j'ai donc la chance d'avoir cette double perspective.
Ton statut de gourou t'effraie-t-il toujours?
Tu déclarais avoir peur d'être perçu ainsi
par tes fans...
MM : Je veux juste les inspirer, qu'ils me considèrent
plus comme un metteur en scène et que nous fassions un
magnifique film ensemble, un film sans doute sans limite, sans
règles. Il faut considérer le monde entier comme
une scène de concert et le réinventer complètement.
C'est bien connu, avec la télévision et internet
tout le monde regarde quelque chose, nous sommes tous voyeurs.
Nos vies sont des films, il faut juste choisir si nous voulons
en faire un film ennuyeux ou excitant. Et 'The Golden Age Of Grotesque'
a l'ambition de les tirer vers un niveau supérieur.
Chacune de tes copines semble t'inspirer pour tes albums. C'est
assez frappant sur le dernier... Comment Dita Von Teese t'a-t-elle
influencé?
MM : Elle est très attachée à l'esthétique
des années 30 et 40, c'est ce qui m'a attiré chez
elle, car je suis très fétichiste de cette période.
Nous nous ressemblons beaucoup, nos approches sont très
semblables... Son implication est totale, elle vit pour ce qu'elle
fait, elle réalise ses propres vêtements, conçoit
elle-même ses performances, elle travaille autant que moi.
Tous les deux, nous sommes littéralement marriés
à notre travail. Ce n'est généralement pas
facile de vivre avec quelqu'un pour qui le travail est une priorité,
mais comme nous sommes exactement sur la même longueur d'onde,
il n'y a aucun problème. Le fait de vivre avec bonheur
ma relation amoureuse m'aide à regarder mes précédentes
histoires et à en parler en termes d'ordre et de chaos.
Ces problèmes relationnels trouvent justement leur écho
dans l'histoire de Berlin à la fin des années 30.
Le symbolisme de Berlin parcourt mon album : des débuts
avec une sorte de tension créative qui est devenue extrême
jusqu'à ce que quelqu'un décide de tout arrêter
parce qu'il en avait peur.
Dita va-t-elle travailler avec toi sur tes
prochains concerts?
MM : Je ne pense pas. Elle n'aime pas trop s'immiscer dans mon
travail. Bien sur, elle apparait dans mon dernier clip, mais c'était
la personne idéale pour ça. Dans quelques jours,
à Berlin et à Londres se tiendront les soirées
Grotesk Burlesk, ce sera en partie une installation, en partie
un happening, une performance, une fête. Des surs
théatre de Berlin et je chanterai, accompagné au
piano, des titres de mon répertoire... Dita a prévu
une nouvelle performance, où elle revisite la peinture
sous absinthe de Van Gogh, qui renvoie au triste buveur d'absinthe
que j'incarne pendant mon spectacle. On a aussi prévu des
scènes sexuelles entre deux Mickey Mouse, un blanc et un
noir... C'est un environnement idéal pour elle, toute son
inspiration vient de là ! Mais pour la tournée de
marilyn Manson, elle sera beaucoup plus en retrait. J'ai déjà
fait une liste de tous les performers que je désirerais
inviter sur scène : j'aimerais vraiment pouvoir découper
une femme en deux ! Le sens de cet acte est très fort,
le dédoublement de soi... Et puis, c'est un tour de magie
qui m'a toujours fasciné.
À quoi pense Marilyn Manson avant
d'aller se coucher?
MM : Ça dépend s'il est seul ou non...
Et si tu n'es pas seul?
MM : Si je suis accompagné, je ne pense pas beaucoup...
(esquisse d'un sourire)
Alors, si tu es seul...
MM : Mon imagination m'emmène toujours trop loin, je dois
la faire taire parfois. Car même quand je rêve, je
suis dans un tout autre monde, mais tout aussi fatigant que la
réalité. C'est une grande source d'inspiration pour
moi : mes meilleures idées viennent de mes rêves...
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