Magazine
Start Up (N°82)

Pays
France

Date de parution
Mai 2003

Propos recueillis par
Eva Vavoum

Retranscription
www.deadstar.net

Couverture


Quelle a été votre démarche avec 'The Golden Age Of Grotesque'?

MM : Ma démarche, avec cet album, a été de créer l'équivalent musical d'un film muet. J'ai essayé de faire un disque où tu puisses rire, être contrarié, quelle que soit la langue que tu parles, simplement à cause du ton et des mélodies... Si tu comprends les paroles, c'est un peu comme si tu lisais les sous-titres du film. Il fallait donc que l'imagerie soit très riche. Peut-être qu'en fin de compte, en tant qu'artiste, je prendrais plus de plaisir à réaliser un film. Je ne me suis jamais considéré comme un musicien, même si je joue de plusieurs instruments : batterie, piano, saxophone, guitare, et même un peu de synthé et de basse sur ce disque...

Quelle a été l'idée de départ?

MM : L'idée est venue du postulat suivant : "Tout a été dit, il n'y a plus rien à ajouter. On ne peut plus inventer, juste trouver de nouvelles manières de tout détruire". Je trouvais que ce n'était pas tout à fait vrai. Les artistes Dada pensaient que pour être moderne, il fallait utiliser les moyens les plus simples pour s'exprimer, penser comme un enfant sans aucune règle, sans personne pour te dire ce que tu dois faire, de quelle couleur colorier le ciel ou comment faire sonner une chanson. 'The Golden Age Of Grotesque' est un ère d'expressionnisme, pour moi. Je voulais que les gens soient en prise direct avec le flot de ma pensée. Ce disque, c'est vraiment ce que je ressens.

Où en sont vos travaux avec Alejandro Jodorowski?

MM : Ça fait 6 ans que je le connais, et il m'a lu les cartes plus d'une fois, à chaque fois, ça a été terriblement précis. Lui et moi, nous avons comme projet de travailler sur un film, Abel Caïn, dont il a écrit le scénario qui est une suite à El Topo. Il l'a écrit après m'avoir rencontré, et il aimerait bien que son fils et moi jouions dedans. Malheureusement, les personnes qui nous font confiance sont rares. Nous ne sommes pas exactement des modèles de gens qui inspirent confiance.

Marilyn Manson, c'est un produit ou un artiste?

MM : Disons que je suis autant Walt Disney que Mickey Mouse. Les deux ont leurs vies respectives, mais Marilyn Manson, c'est quelque chose que j'ai créé comme un moyen d'exprimer qui je suis vraiment. Il n'y a plus vraiment d'autre chemin à emprunter, maintenant. J'ai l'obligation, envers moi-même, de représenter et montrer les deux extrêmes, tout ça est reflété dans l'image et la musique de Marilyn Manson.

Ce nouvel album reprend une esthétique ambiguë, celle du Berlin des années 30.


MM : J'ai trouvé qu'il était intéressant de mettre côte à côte "contrôle" et "liberté d'expression", mais sans faire d'amalgame, comme le ferait un américain de base. Les années 30 sont très évocatrices de ces choses, particulièrement pour les européens qui ont vécu ça de près. C'est une référence à l'autorité et à la rébellion. J'ai choisi Berlin parce que cette ville me rappelle franchement la tournure qu'ont pris toutes mes relations dans ma vie. En général, ça commence bien, et puis ça dégénère, l'autre essaie de me changer et ça fini mal, un peu comme le Berlin de cette époque. Je tombe souvent sur des gens qui essaient de me changer, de me remodeler. Je crois que ça tient d'une sorte de crainte, face à quelqu'un d'assez libre et de puissant. C'est le cas dans beaucoup de relations et ça a été le cas à Berlin. C'est bien plus qu'une image fétichiste ou sado-maso. En tant qu'américain, j'aime utiliser ce type d'image européenne, justement parce que les américains pensent en être très éloigné, alors que c'est exactement ce qu'ils sont. Plutôt que d'écrire une chanson sur la paix, ce qui ne servirait à rien, je préfère écrire une chanson qui mette en scène une bataille entre tentative de contrôle et liberté d'expression.

Vous arrivez à vous exprimer librement, de l'Amérique d'aujourd'hui?

MM : Oui, parce que les barrières sont particulièrement claires. Du coup, c'est devenu un petit jeu qui consiste à faire chier le gouvernement, d'abord parce que c'est drôle, mais aussi pour leur montrer qu'ils ne contrôlent pas la situation. C'est nécessaire. Je ne comprendrais pas les conservateurs au gouvernement allemand des années 1930, ce serait insultant pour ceux qui ont réellement connu ce que c'était, mais des parallèles peuvent être tracés.

Vous manipulez les médias ou ce sont eux qui vous manipulent?

MM : Manipulez les médias, ça peut faire partie de ton expression artistique. Quand tu allumes la télé, tu as un méchant différent tous les jours, quel que soit le sujet : un kidnapping, une tornade, une nouvelle maladie, une guerre. Il y a toujours un méchant, et j'ai été ce méchant, je me suis mis dans ce rôle quand j'ai été attaqué, par exemple sur Columbine. Soit tu laisses les médias te dépeindre d'une certaine façon, soit tu les utilise comme une palette pour un autoportrait. Mais j'ai été journaliste, je sais comment ça marche des deux cotés. Les interviews, c'est essentiel, mais je préfère me défendre et m'expliquer à travers ce que je créé. C'est ça, mon explication de moi-même, c'est là qu'est la meilleure réponse : dans ce que je fais.

Quelle est votre relation de travail avec Tim Skold?

MM : On a commencé à travailler ensemble sur 'Tainted Love'. On s'est rencontré parce qu'il était dans KMFDM. On avait tous deux été censurés par les médias pour violence et entertainment. On a tout les deux été "victimisés"... Je lui ai donc demandé de collaborer à l'album, il était très enthousiaste, au moins autant que moi, bien plus que Twiggy en tout cas. C'était clair qu'il y aurait du changement, je voulais que le groupe soit différent. Visiblement, les autres membres du groupe le voulait aussi. Il a donc rejoint le groupe ce qui montre simplement à quel point on croyait à ce disque.

Quelles sont vos références en matière de cinéma ou de littérature?

MM : Je voulais que toutes mes sources d'inspiration transparaissent dans le disque. Que non seulement elles peignent un portrait, mais qu'elles permettent aux gens de découvrir d'autres chemins. Que ceux qui n'ont pas forcément lu Oscar Wilde ou Antona Artaud, ou ne connaissent pas Salvador Dali les découvrent. Son style de vie, certaines de ces actions, de ses discours, son comportement était drôle et m'a inspiré. Le marquis de Sade également qui a été persécuté pour son imagination, aussi bien que son comportement. Les films qui m'ont marqué sont ceux de Fellini, ainsi que la vie criminelle d'Archibald De La Cruz de luis Bunuel, un film très étrange, pervers et fétiche. 'Salo ou les 120 journées de Sodome' de Pasolini, qui est d'ailleurs tellement tabou et très difficile à trouver aux États-Unis. Pour moi, il n'est pas tant choquant qu'il n'était révélateur de l'esprit humain. Les sons, les textures m'ont inspiré pour la vidéo de 'mOBSCENE'. Le début et la fin du disque ont une sonorité très cinématographique. Musicalement, c'est Iggy Pop, 'The Idiot', David Bowie période Berlin, ça a toujours été ce que je préfère. J'écoute beaucoup Cab Calloway, c'est de lui que je tire beaucoup de mes cadences vocales. On essaie d'insérer l'esprit et l'énergie de cette musique et aussi celle des années 1970 et du punk, je vois beaucoup de parallèle entre le slam dancing et le swing. Je suis même allé dans les dancings à L.A. où des personnes agées dansent le swing, je les ai regardés faire pour comprendre la dynamique du truc. C'est le genre d'imagerie que je reprends dans 'mOBSCENE'. Je suis très fan du film 'Hellzapoppin', c'était aussi une source d'inspiration, en moins rétro bien sûr. J'ai vraiment fait un effort très conscient pour que cet album ne sonne pas comme les précédents.

À quoi pensez-vous avant de vous coucher?

MM : J'ai beaucoup d'imagination, et j'essaie de déconnecter, bien que je rêve énormément, ce qui est bien, pas mal de mes idées de travail viennent de choses que j'ai rêvées.

'Golden Age Of Grotesque', ça fait GAG. Alors, c'est un gag?

MM : Disons que ce n'était pas fait exprès, mais ça tombait bien.