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Quelle a été
votre démarche avec 'The Golden Age Of Grotesque'?
MM : Ma démarche, avec cet album, a été de
créer l'équivalent musical d'un film muet. J'ai
essayé de faire un disque où tu puisses rire, être
contrarié, quelle que soit la langue que tu parles, simplement
à cause du ton et des mélodies... Si tu comprends
les paroles, c'est un peu comme si tu lisais les sous-titres du
film. Il fallait donc que l'imagerie soit très riche. Peut-être
qu'en fin de compte, en tant qu'artiste, je prendrais plus de
plaisir à réaliser un film. Je ne me suis jamais
considéré comme un musicien, même si je joue
de plusieurs instruments : batterie, piano, saxophone, guitare,
et même un peu de synthé et de basse sur ce disque...
Quelle a été l'idée
de départ?
MM : L'idée est venue du postulat suivant : "Tout
a été dit, il n'y a plus rien à ajouter.
On ne peut plus inventer, juste trouver de nouvelles manières
de tout détruire". Je trouvais que ce n'était
pas tout à fait vrai. Les artistes Dada pensaient que pour
être moderne, il fallait utiliser les moyens les plus simples
pour s'exprimer, penser comme un enfant sans aucune règle,
sans personne pour te dire ce que tu dois faire, de quelle couleur
colorier le ciel ou comment faire sonner une chanson. 'The Golden
Age Of Grotesque' est un ère d'expressionnisme, pour moi.
Je voulais que les gens soient en prise direct avec le flot de
ma pensée. Ce disque, c'est vraiment ce que je ressens.
Où en sont vos travaux avec Alejandro
Jodorowski?
MM : Ça fait 6 ans que je le connais, et il m'a lu les
cartes plus d'une fois, à chaque fois, ça a été
terriblement précis. Lui et moi, nous avons comme projet
de travailler sur un film, Abel Caïn, dont il a écrit
le scénario qui est une suite à El Topo. Il l'a
écrit après m'avoir rencontré, et il aimerait
bien que son fils et moi jouions dedans. Malheureusement, les
personnes qui nous font confiance sont rares. Nous ne sommes pas
exactement des modèles de gens qui inspirent confiance.
Marilyn Manson, c'est un produit ou un artiste?
MM : Disons que je suis autant Walt Disney que Mickey Mouse. Les
deux ont leurs vies respectives, mais Marilyn Manson, c'est quelque
chose que j'ai créé comme un moyen d'exprimer qui
je suis vraiment. Il n'y a plus vraiment d'autre chemin à
emprunter, maintenant. J'ai l'obligation, envers moi-même,
de représenter et montrer les deux extrêmes, tout
ça est reflété dans l'image et la musique
de Marilyn Manson.
Ce nouvel album reprend une esthétique ambiguë, celle
du Berlin des années 30.
MM : J'ai trouvé qu'il était intéressant
de mettre côte à côte "contrôle"
et "liberté d'expression", mais sans faire d'amalgame,
comme le ferait un américain de base. Les années
30 sont très évocatrices de ces choses, particulièrement
pour les européens qui ont vécu ça de près.
C'est une référence à l'autorité et
à la rébellion. J'ai choisi Berlin parce que cette
ville me rappelle franchement la tournure qu'ont pris toutes mes
relations dans ma vie. En général, ça commence
bien, et puis ça dégénère, l'autre
essaie de me changer et ça fini mal, un peu comme le Berlin
de cette époque. Je tombe souvent sur des gens qui essaient
de me changer, de me remodeler. Je crois que ça tient d'une
sorte de crainte, face à quelqu'un d'assez libre et de
puissant. C'est le cas dans beaucoup de relations et ça
a été le cas à Berlin. C'est bien plus qu'une
image fétichiste ou sado-maso. En tant qu'américain,
j'aime utiliser ce type d'image européenne, justement parce
que les américains pensent en être très éloigné,
alors que c'est exactement ce qu'ils sont. Plutôt que d'écrire
une chanson sur la paix, ce qui ne servirait à rien, je
préfère écrire une chanson qui mette en scène
une bataille entre tentative de contrôle et liberté
d'expression.
Vous arrivez à vous exprimer librement,
de l'Amérique d'aujourd'hui?
MM : Oui, parce que les barrières sont particulièrement
claires. Du coup, c'est devenu un petit jeu qui consiste à
faire chier le gouvernement, d'abord parce que c'est drôle,
mais aussi pour leur montrer qu'ils ne contrôlent pas la
situation. C'est nécessaire. Je ne comprendrais pas les
conservateurs au gouvernement allemand des années 1930,
ce serait insultant pour ceux qui ont réellement connu
ce que c'était, mais des parallèles peuvent être
tracés.
Vous manipulez les médias ou ce sont
eux qui vous manipulent?
MM : Manipulez les médias, ça peut faire partie
de ton expression artistique. Quand tu allumes la télé,
tu as un méchant différent tous les jours, quel
que soit le sujet : un kidnapping, une tornade, une nouvelle maladie,
une guerre. Il y a toujours un méchant, et j'ai été
ce méchant, je me suis mis dans ce rôle quand j'ai
été attaqué, par exemple sur Columbine. Soit
tu laisses les médias te dépeindre d'une certaine
façon, soit tu les utilise comme une palette pour un autoportrait.
Mais j'ai été journaliste, je sais comment ça
marche des deux cotés. Les interviews, c'est essentiel,
mais je préfère me défendre et m'expliquer
à travers ce que je créé. C'est ça,
mon explication de moi-même, c'est là qu'est la meilleure
réponse : dans ce que je fais.
Quelle est votre relation de travail avec
Tim Skold?
MM : On a commencé à travailler ensemble sur 'Tainted
Love'. On s'est rencontré parce qu'il était dans
KMFDM. On avait tous deux été censurés par
les médias pour violence et entertainment. On a tout les
deux été "victimisés"... Je lui
ai donc demandé de collaborer à l'album, il était
très enthousiaste, au moins autant que moi, bien plus que
Twiggy en tout cas. C'était clair qu'il y aurait du changement,
je voulais que le groupe soit différent. Visiblement, les
autres membres du groupe le voulait aussi. Il a donc rejoint le
groupe ce qui montre simplement à quel point on croyait
à ce disque.
Quelles sont vos références
en matière de cinéma ou de littérature?
MM : Je voulais que toutes mes sources d'inspiration transparaissent
dans le disque. Que non seulement elles peignent un portrait,
mais qu'elles permettent aux gens de découvrir d'autres
chemins. Que ceux qui n'ont pas forcément lu Oscar Wilde
ou Antona Artaud, ou ne connaissent pas Salvador Dali les découvrent.
Son style de vie, certaines de ces actions, de ses discours, son
comportement était drôle et m'a inspiré. Le
marquis de Sade également qui a été persécuté
pour son imagination, aussi bien que son comportement. Les films
qui m'ont marqué sont ceux de Fellini, ainsi que la vie
criminelle d'Archibald De La Cruz de luis Bunuel, un film très
étrange, pervers et fétiche. 'Salo ou les 120 journées
de Sodome' de Pasolini, qui est d'ailleurs tellement tabou et
très difficile à trouver aux États-Unis.
Pour moi, il n'est pas tant choquant qu'il n'était révélateur
de l'esprit humain. Les sons, les textures m'ont inspiré
pour la vidéo de 'mOBSCENE'. Le début et la fin
du disque ont une sonorité très cinématographique.
Musicalement, c'est Iggy Pop, 'The Idiot', David Bowie période
Berlin, ça a toujours été ce que je préfère.
J'écoute beaucoup Cab Calloway, c'est de lui que je tire
beaucoup de mes cadences vocales. On essaie d'insérer l'esprit
et l'énergie de cette musique et aussi celle des années
1970 et du punk, je vois beaucoup de parallèle entre le
slam dancing et le swing. Je suis même allé dans
les dancings à L.A. où des personnes agées
dansent le swing, je les ai regardés faire pour comprendre
la dynamique du truc. C'est le genre d'imagerie que je reprends
dans 'mOBSCENE'. Je suis très fan du film 'Hellzapoppin',
c'était aussi une source d'inspiration, en moins rétro
bien sûr. J'ai vraiment fait un effort très conscient
pour que cet album ne sonne pas comme les précédents.
À quoi pensez-vous avant de vous coucher?
MM : J'ai beaucoup d'imagination, et j'essaie de déconnecter,
bien que je rêve énormément, ce qui est bien,
pas mal de mes idées de travail viennent de choses que
j'ai rêvées.
'Golden Age Of Grotesque', ça fait
GAG. Alors, c'est un gag?
MM : Disons que ce n'était pas fait exprès, mais
ça tombait bien.
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