Émission
Tout Le Monde En Parle

Chaîne de télévision
France 2

Date de diffusion
Avril 2003

Présentateur
Thierry Ardisson

Retranscription
www.deadstar.net

Capture d'écran
 

Personnalités présentes ce soir là :

- Marilyn Manson
- Thierry Ardisson (dans le rôle du présentateur mal informé)
- Baffy (dans le rôle
du bouffon-qui-fait-jamais-rire)
- maître Capello (dans le rôle du vieux crouton de la Dictée Magique™)
- Jane (chanteuse du groupe Superbus dans le rôle de la groupie)
- Chantal Lobbie (ancienne comique dans 'Les Nuls' et maman de Jane).

Applaudissements... Marilyn Manson arrive sur le plateau de 'Tout Le Monde En Parle'... musique de fond : les ricanements extraits de la chanson 'Thriller' de M.Jackson... Il s'assoit près de la chanteuse du groupe Superbus.


Marilyn Manson : Je m'assois là? Hello ! Bonsoir. Vous parliez de drogues tout à l'heure et je n'étais même pas encore arrivé !

Thierry Ardisson : Bonsoir Marilyn, donc vous vous appelez Marilyn comme Monroe et Manson comme Charles Manson. Ça vous est venu comment cette idée d'accoupler le nom d'un tueur en série sataniste avec le prénom d'une icône glamour de l'Amérique?

M.M. : Et bien je voulais être la meilleure représentation possible de l'Amérique.

T.A. : Votre surnom c'est 'Antéchrist Superstar', j'trouve ça assez bien ! Qu'est ce que vous en pensez maître?

Maître capello : Faut l'prouver !

T.A. : (rires) C'était le nom d'ailleurs d'un de ses albums et Marilyn Manson est une star donc du shock-rock, ce que l'on peut appeler le shock-rock dans la tradition des Stones avec 'Sympathy For The Devil', ensuite il y a eu Black Sabbath avec Ozzy Osbourne, Alice Cooper, les Sex Pistols : "je suis un anarchiste, je suis l'antéchrist" chantait Johnny Rotten. Alors on est très content de vous avoir ce soir parce que vous êtes une star mondiale Marilyn!

M.M. : merci.

T.A. : Votre prochain album s'appelle 'The Golden Age Of Grotesque' et le premier single est déjà sorti et il s'appelle 'mOBSCENE'.

(musique de 'mOBSCENE' et applaudissements)

T.A. : Hey Jane, vous vous rendez-compte quand même, vous êtes ici ce soir à coté de Marilyn Manson hein?!

Jane : (particulièrement excitée) Ah ouais, à c'est clair, c'est incroyable, merci, merci, merci...!!!

Baffy : Juste Thierry, il y a un e-mail qui vient de tomber, beaucoup de gens règlent leurs téléviseurs, tout ça est normal... Les gens qui viennent maintenant...!

T.A. : Peut-être que les gens croient qu'ils regardent deux chaines à la fois, une chaîne où il y aurait maître Capello, une chaîne où il y aurait Marilyn Manson. Pas du tout, c'est la même chaine, c'est France 2... Bien, donc sortie de votre nouvel album et puis l'autre raison de votre présence ici, c'est le succès mondial du documentaire de Michael Moore qui s'appelle 'Bowling For Columbine' qui a donc été évidemment primé un peu partout : aux Césars, aux Oscars qui est consacré aux armes à feu aux USA. Alors Columbine, c'est une université du Michigan où deux élèves avaient ouvert le feu sur des camarades. Et on s'était aperçu après que c'était des fans de vous... On en parlera plus tard, deux raisons de vous avoir ce soir. Mais on va commencer par le début Marilyn Manson, vous êtes né le 5 janvier '69 et votre vrai nom c'est Brian Hugh Warner.

M.M. : c'est exact (sourire en coin).

T.A. : Votre père est un ancien mécanicien d'hélicoptère au Vietnam...

M.M. : Non... Si, si pardon!

T.A. : Mais j'me trompe jamais moi!

M.M. : Mais également, il gérait un magasin de meubles 'Kemart'.

T.A. : Ouais... Et les seuls moments d'intimité de votre père avec vous, c'est quand il vous emmenait au stand de tir pour vous apprendre à tirer, ça c'était un vrai moment d'intimité avec lui. Et puis aussi il vous emmenait aux concerts de Kiss hein?

M.M. : J'avais à peu près 12 ans et mon père avait justement un maquillage Kiss et il m'ammenait aux concerts dans cette tenue. Mon papa était cool, c'est un type bien.

T.A. : Alors ça c'est votre papa, votre mamman c'est l'inverse, elle était très, très possesive, très étouffante. Et quand vous êtes petit, Marilyn Manson, vous passez beaucoup de temps chez vos grand-parents. Et vous découvrez la sexualité dans la cave de votre grand-père! Alors dans la cave du grand-père... Ah ça te plait ça Jane hein? Ah là, là!

Jane : Ah, ah, ah, ah!!!

T.A. : Alors dans la cave du grand-père de Marilyn, il y avait quoi maître Capello?

M.C. : Je m'demande !

T.A. : Il y avait des lingeries féminines, il y avait des godmichets enduis de vaseline...

M.M. : Vaseline en effet...

T.A. : Et puis y avait aussi des photos zoophiles hein?

M.M. : C'est vrai.

T.A. : Drôle de grand-père quand même?

M.M. : Ils avaient un cheval notamment. Voyez-vous, quand j'étais gamin, mon grand-père me paraissait monstrueux mais en grandissant, je me suis rendu compte que ben, j'suis comme lui! Donc il n'est pas si mal que ça. Enfin, disons que je n'aime pas trop les animaux, enfin les films zoophiles, ça j'aime pas trop.

Baffy : Qui n'a pas tiré un cheval dans sa vie?! Faut pas lui jeter la pierre non plus !

T.A. : Alors donc vous allez à l'école à l''Heritage Christian school' hein? Et là évidemment... (encore coupé par Baffy et Capello) Donc vous allez dans cette école où l'on vous inculque des valeurs fondés sur l'antéchrist et sur l'Apocalypse. Alors évidemment tout ça travaille dans votre tête. Vous essayez de vous adapter à l'école et un jour vous leur apporter une photo : c'est des nuages dans le ciel qui représentent un ange... Vous pensez leur faire plaisir?

M.M. : C'était ma grand-mère qui m'avait donné cette image. Ils m'ont dit que c'était un faux. C'était la seule fois où j'essayais de m'intégrer vraiment dans ce milieu et quand on m'a dit que tout ça c'était du bidon et ben j'ai arrêté de croire ou d'essayer de croire à ce qu'on me racontait. Et au lieu de vivre dans la peur, d'avoir des cauchemars et bien j'ai décidé de devenir ce dont j'avais peur justement.

T.A. : Alors là c'est la révolte, dès l'âge de douze ans vous vous révoltez et vous êtes attiré par tout ce qui est interdit. À l'époque vous êtes maigre, couvert de boutons, vous êtes toujours tout seul, enfin vous avez eu une adolescence assez terrible, non?

M.M. : Disons que je me sentais invisible, transparant. C'était pas que j'étais rejeté, j'était vraiment invisible, on ne me voyait pas. Et ce n'est qu'à travers la musique ou l'écriture... Quand j'étais gamin je me suis dit dit que je serai artiste ou écrivain. Je pensais pas que j'allais chanter parce que je savais pas chanter mais bon. Et c'est comme ça que j'ai trouvé ma propre voie, j'ai créé mon monde.

T.A. : Et alors là, en compagnie d'un certain John Crowel et de son grand frère, au lycée, vous commencez à vous intéresser aux sciences occultes, [...] aux doctrines sataniques. C'est l'époque où vous visitez Disneyland sous acide...

M.M. : Cette émission me rappelle cet épisode un peu surréaliste.

T.A. : Et là, vous faites de la scène, donc c'est le scandale évidemment, vous vous masturbez sur scène avec un faux pénis qui éjacule un liquide improbable. Vous jetez des...

Baffy : Qui n'a pas eu recour à un accessoire Thierry?!

T.A. : Vous jetez des poulets vivants en public mais c'est vrai que c'est le public qui les égorge...

[là, il y a une drôle de coupure, on attend une réponse du principal intéressé vu cette déclaration stupide mais l'émission passe directement à 4 extraits musicaux de Marilyn Manson! Voici les quatres extraits : 'Sweet Dreams...', 'The Beautiful People', 'Tainted Love', 'mOBSCENE' et l'extrait du clip].

T.A. : Voilà c'était 'mOBSCENE'. C'est le nouveau single extrait de son sixième album. Alors Marilyn, au sujet de votre 5ème album, sur le précédent vous avez déclaré : "C'est l'histoire d'un innocent qui veut faire partie d'un monde qui ne l'accepte pas, il se bat, il découvre sa révolution et fini par devenir un objet marketing. Aujourd'hui vous êtes devenu un objet marketing?

M.M. : On a essayé de reprendre ce que je fais, de l'exploiter et d'en faire une marchandise.

T.A. : Et puis il y a donc l'affaire 'Columbine', cette université du Michigan où deux fans ouvrent le feu sur leurs camarades et les médias américains vous accusent. Alors vous répondez "On ne peut pas accuser Shakespeare de pousser les gens au suicide parce qu'il a écrit 'Roméo & Juliette'", m'enfin c'est vrai quand même que les gens qui ont tirés sur leurs camarades étaient des fans de Marilyn Manson...

M.M. : En fait, il fallait un coupable. On m'a brandit un peu comme étant cette effigie du coupable et j'ai décidé de ne pas répondre à tout cela parce que je ne voulais pas justement alimenter cette flemme. Les gamins voulaient acquérir une espèce de célébrité malsaine, l'amérique leur a donné ce qu'ils recherchaient et je ne voulais pas y contribuer. On a associé le nom Marilyn Manson à cette horreur et en fait Marilyn Manson est devenu le produit de Columbine. C'était ironique mais c'est quand même assez injuste d'être attaqué par mon propre pays.

T.A. : Vous dites que cette histoire, finalement, permettait d'oublier Monica Lewinsky, on oubliait aussi grâce à ça les bombes balancés sur le Kossovo, et vous dites "c'est moi qu'on accuse de provoquer un comportement violent alors qu'à la même époque, les États-Unis bombardaient la Yougoslavie...

M.M. : Exactement. D'ailleurs on peut en dire autant de ce qui se passe actuellement. On continue à censurer mes mots ou mes images ou ma musique mais en fait il y a une véritable duplicité du gouvernement, et moi mon rôle, c'est de mettre cette démarche au défi. Si l'Amérique représente la démocratie, moi je dois représenter la liberté d'expression. S'il n'y avait pas quelqu'un commme moi, il n'y aurait personne pour remettre en cause les fausses idées, remettre en cause certaines politiques, certaines valeurs ce qui ne veut pas dire que je déteste l'Amérique, je l'accepte pour ce qu'elle est. Mon rôle, c'est d'en faire un pays plus intéressant, plus divertissant en étant beau gosse ! (sourire)

T.A. : D'accord! (rires) Alors, dans le film, quand Michael Moore vous pose la question : "Qu'est ce que vous diriez aux lycéens de Columbine?", vous répondez : "Je les écouterais, ce que personne ne fait !"

M.M. : Oui, c'est quelque chose que je dis depuis le départ, même avant l'incident de Columbine. D'ailleurs ce n'est pas la première fois qu'une telle tragédie se produit. Ce n'est pas moi qui ai inventé la violence et ce n'est pas non plus les gamins de Columbine qui ont inventé la violence. L'humanité a cette tendance, cette tradition de s'auto-détruire et ça c'est quelque chose que j'ai toujours évoqué dans ma musique. Alors c'est quand même assez curieux que l'on me montre du doigt parce que tout ce que je dis, tout ce que je chante, c'est un commentaire sur cette triste réalité.

T.A. : Hey, il est vachement sage hein?

Chantal Lobie : J'trouve !

Baffy : C'est con qu'il ai perdu une lentille, ça se voit un peu !

T.A. : Bien, ben merci beaucoup Marilyn, merci d'avoir été avec nous. Bye, bye ! ...Alors Jane, t'es contente?