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À propos de l'album
'Antichrist Superstar'...
MM : 'Antichrist Superstar' était une introduction à
mes autres albums plus que les précédents. C'est
le début de quelque chose d'unique. Je ne pense pas que
qui que ce soit autour de moi, ni même mes musiciens, n'a
vraiment compris le sens de ce disque. C'était une fenêtre
ouverte sur la vie qui permettait d'apprendre sur soi, de grandir,
de se surpasser. Je sentais que je pouvais atteindre quelque chose
de grand, ça pouvait signifier devenir une rock-star, ou
juste devenir quelqu'un. Personne ne croyait vraiment en moi à
l'époque. Et ça, je ne l'oublierai jamais.
Écrire ce disque fut comme créer quelque chose de
vivant. Il se créait presque sans moi. La musique et moi
n'étions devenus qu'un : je n'écrivais pas sur ma
vie, c'est ma vie qui s'écrivait devant moi. J'ai souvent
expliqué qu'il y avait une notion d'apocalypse sur l'album
mais ça a été mal compris. Pour moi, cette
apocalyspe est un mal nécessaire, quelque chose de très
positif au final. C'est comme passer le cap de la puberté
ou perdre sa virginité, c'est une étape constructive.
Et je pense que tous les adolescents comprennent ça, c'est
pourquoi beaucoup se reconnaissent dans ma musique. Un journaliste
m'a dit que tous mes fans étaient des clones et qu'ils
se contentaient de me copier en tout. Je pense que c'est une observation
très vague et paresseuse. Il faut savoir dépasser
les apparences. Ils sont tous différents et très
indépendants. Je reste persuadé que j'ai les fans
les plus tolérants et ouverts d'esprit qui soient, et qu'ils
possèdent une très forte personnalité.
À propos de la déception des
fans à l'écoute de 'Mechanical Animals'...
MM : J'ai appris à accepter d'être incompris. Je
pense que la façon dont je vieillis est abstraite, et ça
se traduit forcément dans ce que je créé.
C'est la seule façon valable d'évoluer. À
l'époque, les gens ont dit que je ne choquait plus, comme
si c'était une fin en soi. Mais je me moque de ne pas choquer,
je ne l'ai jamais souhaité. En tout cas pas dans le sens
où ces gens là l'entendent. D'après moi,
ce qui choque ou interpelle est forcément bon puisque ça
fait réfléchir. Certains de mes détracteurs
ne m'aiment pas parce qu'ils n'apprécient pas mon style
musical. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que, moi-même,
je ne suis pas un fan de metal. J'écoute toute autre chose.
Une chanson heavy peut aussi bien être inspirée par
les Beatles que par un groupe soft. Ce n'est pas forcément
le son qui inspire mais ça peut être les paroles,
la texture des morceaux ou leur impact. C'est pour ça que
je considère 'Holy Wood' comme notre équivalent
au 'White Album' des Beatles. Pas pour le son, mais au niveau
de la structure de la musique, c'est le plus expérimental.
La différence entre 'Antichrist' et
'Mechanical'...
MM : La différence entre ces deux albums est un peu difficile
à comprendre. Même si cela parait difficile à
concevoir y compris pour moi. J'ai composé 'Antichrist'
dans la froideur. Ce que j'avais à cette époque
en moi me poussait à agir en perpétuel état
d'aggressivité. C'est un disque qui allait contre tout.
À l'inverse 'Mechanical' est un album pour lequel je me
trouvais dans une situation de besoin. Je voulais ressentir et
exprimer ce que je ressentais à l'extrême. C'était
la première fois que je parvenais à parler d'amour,
même si c'était d'une manière peu conventionnelle.
C'est un disque plus organique et plus mélodique. 'Antichrist'
est radical, son but n'était pas de véhiculer des
sensations mais plutôt de vider ce qui m'empêchait
d'avancer dans la vie. Je dirais que l'un m'a vidé alors
que l'autre m'a rempli.
Il ne faut pas oublier que pendant le dernier mois de l'enregistrement
d''Antichrist Superstar', Trent Reznor est parti sans prévenir.
J'ai enregistré mes voix seul avec Dave Olgivie. Il y avait
beaucoup de tension avec le groupe parce que je passais pour le
mister no-fun. Je ne pensais qu'à travailler et mes musiciens
avaient du mal à le comprendre. Je ne fais rien en dilettante,
ma vie est basée sur mon art. Trent a même essayé
de les monter contre moi. Au délà de l'impact musical,
l'album a aussi servi à montrer aux autres, qu'ils le veuillent
ou non, que j'étais le leader et que les choses se faisaient
à mon idée. Ça a vraiment été
très dur. Au bout d'un moment, je travaillais sans aucun
sentiment, j'avançais. Mon seul but était de boucler
cet album tel que je le voulais. J'y ai perdu un ami. Je ne comprends
pas le comportement de Trent. Il s'isole d'une manière
trop extrême. Personnellement j'aime me mettre à
l'écart mais je n'aime pas être seul. Lui se coupe
complètement du monde. Beaucoup pensent que je lui dois
tout le succès d'Antichrist'... C'est vrai que je lui doit
beaucoup au niveau du lancement de ma carrière, mais cet
album, je l'ai sorti de moi. Nous ne nous sommes toujours pas
réellement réconciliés. Je l'ai appelé
quand 'The Fragile' est sorti pour lui dire que sa chanson 'Starfuckers
Inc' m'avait fait rire. Je savais qu'elle s'adressait directement
à moi, même s'il avait du mal à l'admettre.
Je lui ai également proposé d'en réaliser
le clip, gratuitement. Mais depuis qu'on a vaguement rejoué
ensemble à un concert, je n'ai plus aucune nouvelle. Sauf
ce que je lis dans la presse. Mais je ne veux pas vraiment dire
du mal de lui car je ne lui reproche finalement rien, si ce n'est
le manque de nouvelles chansons de sa part. Personne n'a besoin
d'autant d'années pour faire un album. 'The Fragile' ne
nécessitait pas cinq ans d'écritures.
À propos de la chanson 'Born Again'...
MM : Ceux qui ont compris le message de cette chanson ne sont
pas ceux à qui elle s'adresse. D'ailleurs, la chanson ne
s'adresse pas vraiment aux fans, mais plutôt à tous
ceux qui nous ont lâchés parce qu'ils n'ont pas été
capables d'accepter notre évolution. Avec 'Born Again',
je m'adresse également aux critiques. Je ne supporte pas
que l'on tente de me mettre dans une case, encore moins dans celle
de la musique que je pratique puisque ce n'est pas du tout celle
que j'écoute. J'aime des musiciens qui me sont diamètralement
opposés, comme Tom Waits, Davis Bowie ou les Beatles. Maintenant
qu'on en parle, je pense que je ne m'étais pas rendu compte
à quel point le rejet de 'Mechanical Animals' m'a affecté.
'Antichrist Superstar' et 'Mechanical Animals'...
MM : Même si les thèmes et la façon dont je
les aborde musicalement n'ont rien à voir, ces deux albums
ont plus ou moins la même fonction dans ma carrière.
Ce sont des points de départ. Le fait que j'ai mûri
en fait des créations totalement différentes mais
elles agissent un peu de la même façon sur moi. Beaucoup
n'ont pas compris 'The Golden Age Of Grotesque', de la même
façon que 'Mechanical Animals' les avait choqué.
Ils ont l'impression que j'ai trop changé, que je m'éloigne
de ce qu'ils attendaient de moi. Mais ça me plait, parce
que je ne souhaite pas coller à ce que l'on attend de moi.
J'ai mûri, ma culture a évolué, et celle de
mes fans avec moi.
'Lest We Forget'...
MM : Le choix de faire un best of ne vient pas d'un contrat avec
ma maison de disques, bien que je pense qu'ils soient ravis que
ça se fasse. C'est mon souhait. Ça peut paraître
surprenant, mais je pense qu'au point où en est notre carrière,
c'est légitime. Je souhaitais que le public connaisse le
groupe sous toutes ses formes. Certains nous ont connus avec 'Sweet
Dreams', d'autre avec 'Rock Is Dead' quand le premier 'Matrix'
est sorti, ou plus récemment en visionnant 'Bowling For
Columbine'. Je voulais montrer notre évolution musicale,
prouver à ceux qui en doute que nous avons exploré
plusieurs univers musicaux. Marilyn Manson est en prerpétuelle
mutation. Le changement est le centre de mon art, qu'il s'agisse
de musique, de peinture ou de quoi que se soit d'autre.
Ça a été difficile de choisir les morceaux,
j'aurais aimé en mettre plus, mais la place manquait. 'The
Love Song', par-exemple, je tenais à l'intégrer
car j'aime l'idée du sticker "Love Your God"
que l'on voit sur tous les picks-up des américains moyens.
'Long Hard Road Out Of Hell' est juste apparu sur la bande originale
de 'Spawn' et pourtant, c'est un morceaux qui s'inscrit parfaitement
dans notre évolution.
À propos de la reprise 'Personal Jesus'
de Depeche Mode...
MM : Il y a un an, j'ai considéré l'idée
d'arrêter la musique. Il n'y avait plus de réel intérêt
à en faire vu la façon dont les choses se déroulaient,
mais j'ai changé d'avis pendant l'enregistrement de 'Personal
Jesus'. Ça m'a finalement donné envie de continuer.
Le clip de '(s)AINT' exprime très bien mon sentiment de
l'époque. Je l'ai réalisé avec Asia Argento
à l'époque où j'étais banni aux États-Unis
à cause du contenu pseudo pornographique de mon art. C'est
une vidéo très sombre, le but était de me
montrer sous un angle que personne n'avait jamais vu. J'avais
envie d'être seul, et parfois tu as beau être entouré,
tu es toujours seul. J'étais vraiment dans une période
très sombre, désespérée. Les gens
autour de moi tentaient de me diriger vers autre chose. Ils me
disaient de vivre ma vie différemment. J'ai pris les choses
en main, j'ai déménagé, et le groupe fonctionnait
mieux. Tout est rentré dans l'ordre. Quoi qu'il en soit,
le clip de '(s)AINT' a été censuré, ma maison
de disque a refusé de le sortir, mais comme c'est moi qui
ai payé pour la réalisation, j'ai décidé
de l'inclure quand même sur ce best of. Ça m'a aussi
renforcé dans l'idée que plus rien ne doit être
détruit ou mal utilisé. Il y a parfois des règles,
mais si elle m'empêchent de mettre quelque chose dans une
chanson ou un clip, je le mettrai dans un tableau.
Je voulais un morceau qui corresponde avec ce que l'on a fait
ces dix dernières années et qui soit en phase avec
ce que nous créons en ce moment. C'est le genre de chanson
qui prend une connotation différente avec chaque album.
On nous avait déjà demandé d'en faire une
version en 1997 pour un tribute à Depeche Mode, mais ça
me semblait trop évident puisqu'on venait de sortir 'Antichrist
Superstar'. Personne n'aurait compris l'ironie de voir cette chanson
jouée par Marilyn Manson à ce moment là.
Alors que maintenant, je pense que c'est possible. Les paroles
sont assez universelles et correspondent parfaitement à
mon opinion sur le pseudo sentiment religieux des américains
dès qu'ils ont un problème. Leur rapport à
Dieu, à Bush, au sexe, à la drogue... Ça
me donne une vision très apocalyptique de ce que le clip
va être.
Jésus a été la première célébrité
et le premier objet marketing fut un crucifix. Tout ça
se lie parfaitement. C'est aussi une façon de parler de
l'hypocrisie de ceux qui affirment que plus tu es une rockstar
importante, plus tu es marginal. Bien au contraire.
Le clip 'Personal Jesus'...
MM : Dans ce clip, je ne voulais pas essayer de faire peur ou
quoi que ce soit de ce genre. Je voulais juste être moi.
Au départ, j'avais pensé pousser le satyre en me
déguisant en Georges Bush, mais, au final, j'ai décidé
de me montrer de la manière la plus charismatique, c'est-à-dire
comme une rockstar.
L'avenir du groupe...
MM : Quand nous avons enregistré 'Personal Jesus', nous
avons composé neuf nouvelles chansons, ce qui me semble
être un bon départ. Le nouvel album sera très
axé guitare, ce qui est assez ironique puisque nous n'avons
plus de guitariste. Je pense que c'est dû au fait que nous
n'étions pas limité à une certaine forme
de guitare. Nous avons toujours eu des guitaristes qui n'étaient
pas ouverts au jeu des autres. Nous allons avoir un guitariste
avec nous sur scène pour quelques concerts aux States,
mais je ne peux pas dire qui c'est car je ne sais pas encore s'il
sera permanent ou remplaçant. J'ai fait un peu de gratte
sur 'Personal Jesus' car il n'y avait pas grand chose à
jouer, mais il m'est impossible d'en jouer live. C'est vraiment
autre chose, j'ai beaucoup de respect pour les guitaristes qui
sont aussi de bons performers.
Compte-t-il donner une suite à son
autobiographie 'The Long Hard Road Out Of Hell'?
MM : J'ai beaucoup écrit ces six derniers mois. Je ne vais
pas dire ce que je veux faire précisément parce
qu'à chaque fois, il y a un problème, mais oui,
je compte sortir des écrits. Ce ne sera probablement pas
une autobiographie, mais plutôt des écrits variés.
Je n'ai pas l'arrogance de dire que je suis la plus belle œuvre
d'art que j'ai réalisée, mais Marilyn Manson est
quelque chose d'encore plus énorme que je ne parviens pas
à comprendre moi-même. Car elle ne concerne pas que
moi, elle englobe également la façon dont les gens
y réagissent, et là, elle prend des proportions
qui peuvent me dépasser. Ce qu'est devenu Marilyn Manson
est inéspéré. Aux États-Unis, il est
très prétentieux de se dire artiste. C'est presque
honteux. Je pense pourtant en être un.
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