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Pouvez-vous nous éclairer
sur cette facette méconnue de Marilyn Manson, l'artiste
peintre?
MM : La peinture fait partie intégrante de ma vie depuis
de nombreuses années, mais je ne m'y consacre sérieusement
que depuis 1998. Je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup
de sentiments enfouis au fond de moi impossibles à exprimer
par le biais de mes textes. Au départ, mes toiles étaient
avant tout un exutoire, puis des gens s'y sont interessés,
à ma grande surprise. J'ai tenu à présenter
mes tableaux à Paris car de nombreux artistes français
sont à la base de mon inspiration.
Quelles sont vos influences artistiques?
MM : Les surréalistes et les expressionnistes m'ont fortement
marqué. Sinon, je suis un inconditionnel d'Antonin Artaud
et Jean Cocteau. Je pense d'ailleurs venir m'installer pendant
quelques temps à Paris, à fin d'avoir, pour ma musique
et mes toiles, une autre source d'inspiration, différente
de l'univers oppressant des États-Unis.
Serge Gainsbourg, un jour, a dit que la chanson
était un art mineur, contrairement à la peinture.
Qu'en pensez-vous?
MM : Selon moi, il n'y a pas de hiérarchie dans l'art.
On pense à tort que les musiciens ne sont que des "entertainer".
Il n'est pas nécessaire d'être reclu dans une chambre
sombre, le pinceau entre les doigts, pour être un artiste.
Bien évidemment, l'émotion que je ressens face à
une toile n'est pas la même que celle que me procure l'enregistrement
d'une chanson, mais je ne porte aucun jugement de valeur.
Adolescent, vous avez créé,
à l'école, un magazine satirique, 'Stupid', qui
vous a attribué les foudres des professeurs. Cela a-t-il
été votre première approche du dessin?
MM : Ce n'était pas la première fois que je dessinais
mais, en revanche, pour la première fois, j'avais un public
et je laissais vagabonder mon imagination pour faire rire autrui.
J'y ai acquis une confiance précieuse en mon travail.
Considérez-vous la constante transformation
de votre image de Brian Warner à Marilyn Manson comme une
forme d'art?
MM : Effectivement. J'aime cette modification quasi constante
de mon apparence, en fonction de mes humeurs. C'est une transcription
de mon état d'esprit à un moment donné. Le
rock avait connu cela avant moi et nous n'avons fait que reprendre
ce que le théâtre avait créé bien avant
la musique.
J'aimerais que vous nous parliez de la toile
'Did I Introduce You to my Other Personnality?' assez révélatrice.
MM : J'ai réalisé cette toile lorsque j'étais
avec mon ancienne compagne. J'étais sédui par l'image
que j'avais d'elle. Au fil du temps, je me suis rendu compte que
l'idée que je me faisais était totalement tronquée,
par l'amour sans doute. Les gens sont loin d'être comme
on les aperçoit au premier abord. Cette toile retranscrit
notre coté quelque peu schizophrène.
Beaucoup vous considère comme un provocateur
extrême. Où se situe selon vous la frontière
entre l'art et la mauvais goût?
MM : Tout cela n'est qu'une question de point de vue. En musique
ou en peinture, une personne peut voir de l'art là où
une autre ne constate que du mauvais goût. La frontière
n'existe pas, tout comme la normalité. Ce n'est qu'une
question de sensibilité, bien souvent lié à
la morale.
Vous n'avez jamais caché votre penchant
pour les substances prohibées. Font-elles partie de votre
élan créatif?
MM : Non. Pour peindre, j'ai besoin de calme et de réflexion.
Je me met devant mon chevalet, en pleine nuit, ou au petit matin.
Les artifices prohibés ne servent qu'à me plonger
dans un sommeil empli de rêves qui sont bien souvent une
source d'inspiration majeure.
Vos autoportraits sont-ils plus proche de
votre vraie personnalité que le Marilyn Manson grimé
que l'on peut voir sur scène?
MM : Il est clair que, sur la toile, je ne mens pas. Mon apparence
physique et vestimentaire est inévitablement un moyen de
me protéger du monde extérieur. Cela permet de préserver
mon jardin secret. Un "déguisement" offre la
possibilité de cacher les plaies et de ne livrer de soit
que ce que l'on désire, pas plus!
Vos peintures revêtent, de prime abord,
un aspect très enfantin, preque léger. Plus on les
regarde, plus on est frappé par leur coté oppressant.
Aimez-vous cette dualité?
MM : C'est effectivement ma seconde nature, de penser ou de montrer
une chose et son contraire. Il n'y a pas de vie sans mort ou de
beauté sans atrocité. Mes peintures en sont le reflet
et permettent de faire fonctionner l'intellect. Du moins je l'espère.
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