Magazine
Paris Match

Pays
France

Date de parution
Décembre 2004

Propos recueillis par
Nicolas Valiadis

Retranscription
www.deadstar.net

Pouvez-vous nous éclairer sur cette facette méconnue de Marilyn Manson, l'artiste peintre?

MM : La peinture fait partie intégrante de ma vie depuis de nombreuses années, mais je ne m'y consacre sérieusement que depuis 1998. Je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de sentiments enfouis au fond de moi impossibles à exprimer par le biais de mes textes. Au départ, mes toiles étaient avant tout un exutoire, puis des gens s'y sont interessés, à ma grande surprise. J'ai tenu à présenter mes tableaux à Paris car de nombreux artistes français sont à la base de mon inspiration.

Quelles sont vos influences artistiques?

MM : Les surréalistes et les expressionnistes m'ont fortement marqué. Sinon, je suis un inconditionnel d'Antonin Artaud et Jean Cocteau. Je pense d'ailleurs venir m'installer pendant quelques temps à Paris, à fin d'avoir, pour ma musique et mes toiles, une autre source d'inspiration, différente de l'univers oppressant des États-Unis.

Serge Gainsbourg, un jour, a dit que la chanson était un art mineur, contrairement à la peinture. Qu'en pensez-vous?

MM : Selon moi, il n'y a pas de hiérarchie dans l'art. On pense à tort que les musiciens ne sont que des "entertainer". Il n'est pas nécessaire d'être reclu dans une chambre sombre, le pinceau entre les doigts, pour être un artiste. Bien évidemment, l'émotion que je ressens face à une toile n'est pas la même que celle que me procure l'enregistrement d'une chanson, mais je ne porte aucun jugement de valeur.

Adolescent, vous avez créé, à l'école, un magazine satirique, 'Stupid', qui vous a attribué les foudres des professeurs. Cela a-t-il été votre première approche du dessin?

MM : Ce n'était pas la première fois que je dessinais mais, en revanche, pour la première fois, j'avais un public et je laissais vagabonder mon imagination pour faire rire autrui. J'y ai acquis une confiance précieuse en mon travail.

Considérez-vous la constante transformation de votre image de Brian Warner à Marilyn Manson comme une forme d'art?

MM : Effectivement. J'aime cette modification quasi constante de mon apparence, en fonction de mes humeurs. C'est une transcription de mon état d'esprit à un moment donné. Le rock avait connu cela avant moi et nous n'avons fait que reprendre ce que le théâtre avait créé bien avant la musique.

J'aimerais que vous nous parliez de la toile 'Did I Introduce You to my Other Personnality?' assez révélatrice.

MM : J'ai réalisé cette toile lorsque j'étais avec mon ancienne compagne. J'étais sédui par l'image que j'avais d'elle. Au fil du temps, je me suis rendu compte que l'idée que je me faisais était totalement tronquée, par l'amour sans doute. Les gens sont loin d'être comme on les aperçoit au premier abord. Cette toile retranscrit notre coté quelque peu schizophrène.

Beaucoup vous considère comme un provocateur extrême. Où se situe selon vous la frontière entre l'art et la mauvais goût?

MM : Tout cela n'est qu'une question de point de vue. En musique ou en peinture, une personne peut voir de l'art là où une autre ne constate que du mauvais goût. La frontière n'existe pas, tout comme la normalité. Ce n'est qu'une question de sensibilité, bien souvent lié à la morale.

Vous n'avez jamais caché votre penchant pour les substances prohibées. Font-elles partie de votre élan créatif?

MM : Non. Pour peindre, j'ai besoin de calme et de réflexion. Je me met devant mon chevalet, en pleine nuit, ou au petit matin. Les artifices prohibés ne servent qu'à me plonger dans un sommeil empli de rêves qui sont bien souvent une source d'inspiration majeure.

Vos autoportraits sont-ils plus proche de votre vraie personnalité que le Marilyn Manson grimé que l'on peut voir sur scène?

MM : Il est clair que, sur la toile, je ne mens pas. Mon apparence physique et vestimentaire est inévitablement un moyen de me protéger du monde extérieur. Cela permet de préserver mon jardin secret. Un "déguisement" offre la possibilité de cacher les plaies et de ne livrer de soit que ce que l'on désire, pas plus!

Vos peintures revêtent, de prime abord, un aspect très enfantin, preque léger. Plus on les regarde, plus on est frappé par leur coté oppressant. Aimez-vous cette dualité?

MM : C'est effectivement ma seconde nature, de penser ou de montrer une chose et son contraire. Il n'y a pas de vie sans mort ou de beauté sans atrocité. Mes peintures en sont le reflet et permettent de faire fonctionner l'intellect. Du moins je l'espère.