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À quelques heures
du show, comment te sens-tu?
Ginger Fish : Plutôt bien. Je ne devrais pas dire cela pour
les lecteurs de Rimshot, mais jouer en concert, c'est un peu la
routine pour moi, dans le sens où je n'ai plus aucune appréhension.
J'ai fait des concerts de rock toute ma vie. Il m'est arrivé
tellement de choses sur scène, que je suis rôdé.
Je me suis même blessé un nombre de fois hallucinant.
Comme lorsque tu t'es cassé la clavicule
il y a deux ans?
GF : Ah oui cette fois là! Il faut dire qu'à la
fin du show, Manson détruit généralement
ma batterie. C'est une cérémonie à laquelle
il tient. Une fois, il s'est un peu trop excité et la barrière
de sécurité a cédé. Du coup, je suis
tombé de la scène, une chute de plusieurs mètres.
Je me suis cassé la clavicule, et direction les urgences.
Cela dit, j'aurais pu me faire cela mille fois en moto ou en skateboard,
alors!
Tu es un vrai casse-cou!
GF : Oui j'aime faire tout ce qui est dangereux à vrai
dire. J'ai deux motos de cross en tournée, ainsi que quelques
obstacles que je peux installer dès que je m'ennuie. Je
prends une moto, et je vais me ballader. Elles sont rangées
dans un gros flight dans le bus. J'ai aussi mes skateboards. Je
fais également de la musique (il se lève et sort
son Mac Powerbook). Je compose aussi des trucs avec le logiciel
Reason que je trouve passionnant. Je fais tout pour ne jamais
m'ennuyer en tournée. Cela m'évite de faire des
bêtises.
Étais-tu prédisposé
à devenir musicien?
GF : Oui, je suis le fils d'un chanteur et d'une danseuse. Je
suis né dans un environnement musical, et aussi loin que
je me souvienne, j'ai toujours tapé sur tout ce qui tombait
sous la main. Aussi, très tôt, mes parents m'ont
offert un kit. Dans la vie, la plupart des gens sont carrièristes.
Ils veulent être avocats, ingénieurs, pilotes, où
je ne sais quoi. Tout gamin, je savais que je deviendrais musicien
de rock. J'ai pourtant essayé de me lancer dans les études,
mais rien à faire! La musique revenait toujours au galop.
Comment as-tu rejoint le crew de Manson?
GF : J'ai eu un appel de leur tour manager en '95, un peu avant
l'enregistrement de 'Smells Like Children'. Il m'a expliqué
que Marilyn Manson voulait se séparer de son batteur, et
il souhaitait que je rencontre le groupe. Il m'a envoyé
un billet d'avion pour Cincinnati, et j'ai passé une nuit
avec eux dans le bus. Ils m'ont adopté sans même
que nous ayons joué ensemble. Tu sais, le bouche à
oreille est important dans le music-business. Tu joues avec untel
et untel et tu forges ta réputation. Les gars du groupe
avaient eu un bon feedback me concernant : "Ce mec joue grave,
c'est ce genre de batteur que nous voulons". Le road manager
m'avait déjà vu jouer et me gardait dans un coin
de sa tête.
Tu étais fan de Marilyn Manson?
GF : J'aimais le groupe. Ils sont de Floride, tout comme moi.
J'allais les voir lorsqu'ils étaient encore un groupe local.
Je trouvais leurs shows délirants. Je ne pensais pas qu'un
jour, j'en ferais partie.
Parle-nous de ton employeur et de ta relation
avec lui.
GF : Manson est un homme bon et surtout très intelligent.
Je suis fier de travailler avec lui. Notre relation m'est chère.
Je le vois un peu comme une figure paternelle. Il sait que je
pars en vrille à la moindre occasion alors il me protège.
D'un point de vue artistique, il sait ce qu'il veut mais lorsqu'il
a tort, il a l'intelligence de l'admettre et de se remettre en
question.
As-tu lu son livre?
GF : Bien entendu. Lorsqu'il l'écrivait, il me demandait
mon avis à chaque nouveau paragraphe. Cet ouvrage relate
parfaitement la vie du groupe lors de la tournée avec Nine
Inch Nails.
Est-ce que les passages
te concernant relatent la vérité?
GF : Les passages où il écrit que je passais mon
temps à m'éclater avec des filles, alors que nous
étions censés bosser sur 'Antichrist Superstar'?
Bien entendu, tout est vrai! Tu sais, les filles, ça a
toujours été facile pour moi. Il y en a toujours
dans mon entourage. Certaines personnes peuvent être choquées,
mais prendre du bon temps est important pour moi. J'aime la vie,
je suis un fêtard. La débauche me colle à
la peau, c'est comme ça!
Et les passages explicites par rapport à
la cocaïne?
GF : Nous avions un vrai problème avec
la drogue, je ne le nie pas. Manson aborde le sujet avec beaucoup
d'honnêteté dans son livre. Il ne faut pas être
choqué par cela. Le plus important, c'est que nous ayons
réussi à faire un grand disque.
Quels sont les batteurs qui t'ont marqué?
GF : Pour être honnête je n'ai jamais vraiment fait
attention à ce que jouaient les batteurs. J'écoutais
beaucoup de disques, et pour moi, la musique, c'est avant tout
une question de plaisir. Je ne suis pas dans le trip ou j'aborde
la batterie sérieusement comme s'il s'agissait de faire
des études. Autrefois, j'aimais faire passer les disques
de Black Sabbath ou de Led Zeppelin. Aujourd'hui, je fais la fête
avec eux. Encore plus surréaliste : ce sont eux qui viennent
me trouver, parce qu'ils ont entendu parler de moi et sont fans
de mon groupe.
Il faut dire que tu possèdes un style
bien reconnaissable.
GF : Je ne sais pas. Mon style est assez punk-rock, mais je sais
frapper avec beaucoup de précision. Je suis très
loin d'un type comme Neil Peart, qui est un maître de technicité.
Dans un groupe comme Marilyn Manson, le feeling vient de l'énergie,
et c'est moi qui la donne, en frappant très fort.
Peu de batteurs de rock parviennent à
jouer d'une façon aussi vivante et spontanée que
toi. Quelles sont, selon toi, les clefs pour y parvenir?
GF : À un certain stade de son évolution, un batteur
acquiert une précision maximum. Cela peut être très
chiant finalement. C'est à ce moment qu'il faut apprendre
à gérer cette précision, pour ne pas être
"tight" tout le temps. Il ne faut pas hésiter
à moins travailler pour obtenir ce "relâchement",
car c'est de lui que viennent l'émotion et le feeling.
Tu veux dire que tu as trouvé ton
groove en devenant feignant?
GF : Un peu (rires). Mon style s'est aussi façonné
à cause de mes accidents. Quand je me suis blessé
au bras droit, j'avais du mal à le lever en l'air. Du coup,
j'ai placé mon charley de l'autre côté. Ensuite,
je me suis blessé à l'autre bras, ce qui m'a obligé
à jouer en décroisant, avec le charley au centre
de ma configuration. Après ma fracture de la clavicule
gauche, je ne pouvais plus lever le bras du tout, et il fallait
que je termine la tournée. De ce fait, j'ai développé
une souplesse incroyable avec mon poignet, et j'ai appris à
faire mes roulements sur les toms avec un seul bras. Cela m'a
d'ailleurs valu l'admiration de Matt Sorum (Guns N' Roses). En
studio, mon approche est différente. Je dispose chaque
élément de façon à jouer en faisant
le minimum d'efforts. À vrai dire, je monte un kit précis
pour chaque chanson, en choisissant soigneusement la caisse claire
et les cymbales. En live, je suis obligé d'avoir une machine
de guerre, un vrai tank! C'est tellement ridicule (rires)! Personnellement,
je préférerais jouer sur une petite batterie.
Ta gestuelle est phénoménale.
Y penses-tu consciemment lorsque tu joues?
GF : Là encore, c'est trop drôle! Mes mouvements
amples ne sont en fait que des exercices de stretching pour soulager
mes muscles et mes nerfs. Le hasard veut que cela produise un
bel effet visuel, et c'est tant mieux, puisque je me dois de faire
le show en plus de jouer.
Comment trouves-tu l'équilibre entre
la musique et l'Entertainment?
GF : Cet équilibre est déjà induit par le
groupe lui-même. Si les gars du public ne sont pas dans
un bon trip, il faut que je fasse le fou, que je donne tout. Alors,
je monte carrément sur ma batterie. J'ai une pédale
spéciale qui me permet de jouer ma grosse caisse debout.
J'aime péter les plombs pour ne pas m'ennuyer. Je vois
tellement de groupes qui ne se donnent pas sur scène. Ils
m'ennuient tellement. Réveillez-vous les gars! C'est du
rock'n'roll!
Et le rock doit rester urgent.
GF : Exactement! Je me dis toujours avant de monter sur scène,
que je vais peut-être mourir le lendemain matin, et que
ce concert peut bien être le dernier. C'est la philosophie
de Marilyn Manson. Certaines personnes qui sont là ce soir
ont vu le groupe il y a six ans. Notre devoir, c'est qu'ils repartent
avec un bon souvenir du show, qu'ils aient la banane.
Peux-tu me décrire ton kit?
GF : Vu que je suis ambidextre, c'est un peu le bordel. Je suis
sponsorisé par Premier, Zildjian, Aquarian, Pro Mark, DW
et Gibraltar. La première grosse caisse est une 20"
surélevée, et disposée comme un tom. C'est
elle qui est équipée d'une pédale lattérale
pour jouer debout. La batte frappe la peau du dessous, et je peux
la jouer au dessus avec les baguettes. L'autre grosse caisse est
une 20" montée dans une immense grosse caisse de 43"
grâce à une extension de pédale DW. Un tom
basse de 16". À gauche, j'ai un charley. En dessous,
j'ai un autre tom basse de 15". De l'autre côté,
il y a encore un tom basse de 14". Cette configuration facilite
les roulements. Au centre, j'ai une caisse claire de 14"x7".
À ma droite, il y a un charley fermé de 12",
et un charley ouvert de même dimension. Cela me permet de
jouer en double grosse caisse, tout en faisant des frioritures
de charley.J'ai une petite caisse claire de 10"x 4,5"
que j'utilise pour certains breaks. À gauche, il y a une
piccolo 13"x 3,5" Carbon Fiber Rocketshell pour disposer
d'un son différent. Pour les cymbales, il y a deux crashes
Zildjian Z de 19", une autre crash de 20". Pour finir,
il y a l'électronique : une MPC 4000 Akai, un module D
Drum3, une table Mackie 16 pistes, et une configuration Tascam
pour déclencher mes boucles. J'ai même un vibreur
sous mon siège pour ressentir les infra-basses. C'est une
installation compliquée. Manson la fout en l'air tous les
soirs, ce qui met une pression infernale à mon drum-tech.
Le pauvre!
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