Magazine
Rock Mag (N°47)

Pays
France

Date de parution
Novembre 2004

Propos recueillis par
Hiver

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
www.rockmag.fr

Couverture
 

Quels sont les souvenirs de cette première tournée aux États-Unis pour le premier album 'Portrait Of An American Family' dans des petits clubs comme le Wisky-A-Go-Go à Hollywood?

MM : Je me souviens de la chaleur étouffante lors de ce concert mais aussi d'un poulet qui courait seul sur scène et qui a fini par essayer de m'attaquer ! Mais j'ai vite réaliser ma grande taille par rapport à cet animal. En ce qui concerne les morceaux sur cette tournée, j'adorais jouer 'Minute Of Decay'. Cette chanson figure sur 'Antichrist Superstar' mais nous la jouions avant sa sortie, c'était bien avant le problème des mp3 qui nous empêche à présent de jouer de nouveaux morceaux avant l'heure. Nous reprenions aussi 'Down In The Park' de Gary Numan sur laquelle je jouais de la guitare, mais 'Minute Of Decay' me faisait pleurer à chaque fois que je l'interprétais. Je ne sais pas si le groupe ou les fans l'ont appréciés autant que moi, mais c'était en tout cas un énorme plaisir presque égoïste.

Passons à 'Antichrist Superstar' et sa réalisation assez douloureuse...

MM : C'est assez étrange pour moi d'évoquer la période d''Antichrist Superstar' sans penser à 'Smells Like Children' car les deux ont presque été faits simultanément. Lorsque nous mixions 'Smells Like Children' nous étions déjà en train de commencer à enregistrer 'Antichrist Superstar'. Nous étions en studio affairés à ce nouvel album et le clip de 'Sweet Dreams (Are Made Of This)' n'arrêtait pas de passer à la télé. Je ne sais pas si ça en est une des causes directes mais ça a indéniablement accentué les tensions déjà existantes entre Trent Reznor et moi. Il est très différent de moi dans le sens où il se sent en compétition avec les autres artistes. Si je devais revenir en arrière et évoquer ce point avec lui, ça me paraîtrait plutôt stupide de se sentir en compétition avec le groupe que tu veux voir briller et grâce auquel tu touches en plus beaucoup d'argent. C'était une période assez sombre et floue. Je me suis retrouvé à enregister mes voix avec uniquement l'ingénieur du son, Sean Beaven, et un des assistants, Chris Vrenna (pour un morceau seulement). C'était très embarrassant car tu t'attends toujours à avoir ton producteur avec toi pour cette partie du travail. Dans un sens, je me transformais en cette chose que je voulais devenir : quelqu'un de plus effrayant mais bien plus sûr de soi.

De ce nouveau personnage, tu t'es ensuite transformé pour l'album 'Mechanical Animals' en cette exagération de rock star...

MM : Pour la promotion de ce disque, je me suis vraiment senti comme faisant partie intégrante de ce personnage, comme si je n'avais pas besoin de répondre aux questions visant cette partie de ma personnalité. Ce n'était pas aussi prétentieux que ça pouvait paraître. Il s'agissait plus de se déguiser qu'autre chose, comme quand tu es gamin. Les gens me disent que telle ou telle chanson sur 'Mechanical Animals' sonne comme David Bowie, mais c'était exactement le but. C'est du copié/collé comme ce que j'ai fait plus tard en épelant des mots dans mes chansons à la manière des Monty Pythons. Tout ceci a été fait pour montrer à tous ce que ce personnage est ce que ma maison de disques et MTV veulent que je sois avant même qu'ils n'aient conscience de ce désir. Mais je savais que ça viendrait et je suis donc devenu cette rock star caricaturale détruisant tout et prenant des tas de drogues pour au finale divertir le public. La seconde moitié du disque est, elle, composée de chansons pas plus ou moins honnêtes - car les autres l'étaient tout autant malgré leur coté sarcastique - mais reflètent plus mon état d'esprit quand j'étais seul chez moi tard le soir. Quand les gens me disent apprécier ce disque tout en cernant ma démarche, ça me rend heureux.

L'album suivant, 'Holy Wood', est lui, en revanche, rempli de tristesse suite aux médias te pointant du doigt après les assassinats de Columbine...

MM : C'était la période la plus sombre de ma carrière. J'étais prêt à abdiquer sachant que je ne pouvais plus faire de musique. À l'époque, je ne pensais pas encore que l'art pouvait me suffire, mais j'ai commencé à le comprendre lorsque j'ai peint la tête des deux meurtriers de Columbine avec l'ultime signe américain de la paix pour accompagner l'essai que j'avais écrit pour le magazine Rolling Stone en 1999. Tout ce que j'ai fait autour de cet album parait bien plus pertinant aujourd'hui. Le 'Guns, God & Government world tour', par-exemple, serait presque un cliché s'il avait lieu aujourd'hui, ça serait trop évident. J'étais un peu trop en avance sur mon temps sur ce coup-là... (rires) Certaines personnes considèrent cet album comme plus mélodique, plus conventionnelles. Ça me rend triste d'écouter ce disque, il est vraiment très sombre.

Pour le dernier album, 'The Golden Age Of Grotesque', tu t'es totalement imprégné de l'imagerie de l'Europe des années 30. Quel est ton regard sur une partie de tes fans qui aiment Marilyn manson pour sa musique agressive uniquement, sans se soucier du message que tu véhicules ou des nombreuses références artistiques que tu utilises?

MM : Ça fait partie de la compréhension de ce que je suis. J'ai réalisé qu'il n'y avait aucun moyen de ne pas comprendre ce que je fais ou qui je suis. La réaction est tout aussi importante que la création. Mon art n'est véritablement achevé qu'une fois que quelqu'un en fait l'expérience et la façon dont il en fait l'expérience n'a pas d'importance. S'il déteste ce que je fais, il fait toujours parti de mon art. Il n'y a que s'il n'est pas exposé à ce que je fais qu'il n'en fait pas partie. Il y a certaines chansons que j'ai écrites et quand je les réécoute je n'aime que le rythme ou les paroles. Pas mal de gens qui ont apprécié mes toiles ou ce que j'ai dit dans 'Bowling For Columbine' se demandent pourquoi je garde mon groupe. Toutes ces choses annexes que je fais ne sont pas compilées dans le cadre de ma musique car elle ne m'est pas suffisante. C'est juste la façon dont fonctionne mon cerveau. Parfois je pense à un clip avant la chanson elle-même. C'est aussi parce que j'aime le cinéma, mes chansons sont à l'opposé d'un film muet. J'essaye de peindre avec ma musique. Le tout sans être indulgent avec moi-même et sans tomber dans l'excès de composer des heures et des heures de musique en barbant les gens.