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Quels sont les souvenirs
de cette première tournée aux États-Unis
pour le premier album 'Portrait Of An American Family' dans des
petits clubs comme le Wisky-A-Go-Go à Hollywood?
MM : Je me souviens de la chaleur étouffante lors de ce
concert mais aussi d'un poulet qui courait seul sur scène
et qui a fini par essayer de m'attaquer ! Mais j'ai vite réaliser
ma grande taille par rapport à cet animal. En ce qui concerne
les morceaux sur cette tournée, j'adorais jouer 'Minute
Of Decay'. Cette chanson figure sur 'Antichrist Superstar' mais
nous la jouions avant sa sortie, c'était bien avant le
problème des mp3 qui nous empêche à présent
de jouer de nouveaux morceaux avant l'heure. Nous reprenions aussi
'Down In The Park' de Gary Numan sur laquelle je jouais de la
guitare, mais 'Minute Of Decay' me faisait pleurer à chaque
fois que je l'interprétais. Je ne sais pas si le groupe
ou les fans l'ont appréciés autant que moi, mais
c'était en tout cas un énorme plaisir presque égoïste.
Passons à 'Antichrist Superstar' et
sa réalisation assez douloureuse...
MM : C'est assez étrange pour moi d'évoquer la période
d''Antichrist Superstar' sans penser à 'Smells Like Children'
car les deux ont presque été faits simultanément.
Lorsque nous mixions 'Smells Like Children' nous étions
déjà en train de commencer à enregistrer
'Antichrist Superstar'. Nous étions en studio affairés
à ce nouvel album et le clip de 'Sweet Dreams (Are Made
Of This)' n'arrêtait pas de passer à la télé.
Je ne sais pas si ça en est une des causes directes mais
ça a indéniablement accentué les tensions
déjà existantes entre Trent Reznor et moi. Il est
très différent de moi dans le sens où il
se sent en compétition avec les autres artistes. Si je
devais revenir en arrière et évoquer ce point avec
lui, ça me paraîtrait plutôt stupide de se
sentir en compétition avec le groupe que tu veux voir briller
et grâce auquel tu touches en plus beaucoup d'argent. C'était
une période assez sombre et floue. Je me suis retrouvé
à enregister mes voix avec uniquement l'ingénieur
du son, Sean Beaven, et un des assistants, Chris Vrenna (pour
un morceau seulement). C'était très embarrassant
car tu t'attends toujours à avoir ton producteur avec toi
pour cette partie du travail. Dans un sens, je me transformais
en cette chose que je voulais devenir : quelqu'un de plus effrayant
mais bien plus sûr de soi.
De ce nouveau personnage, tu t'es ensuite
transformé pour l'album 'Mechanical Animals' en cette exagération
de rock star...
MM : Pour la promotion de ce disque, je me suis vraiment senti
comme faisant partie intégrante de ce personnage, comme
si je n'avais pas besoin de répondre aux questions visant
cette partie de ma personnalité. Ce n'était pas
aussi prétentieux que ça pouvait paraître.
Il s'agissait plus de se déguiser qu'autre chose, comme
quand tu es gamin. Les gens me disent que telle ou telle chanson
sur 'Mechanical Animals' sonne comme David Bowie, mais c'était
exactement le but. C'est du copié/collé comme ce
que j'ai fait plus tard en épelant des mots dans mes chansons
à la manière des Monty Pythons. Tout ceci a été
fait pour montrer à tous ce que ce personnage est ce que
ma maison de disques et MTV veulent que je sois avant même
qu'ils n'aient conscience de ce désir. Mais je savais que
ça viendrait et je suis donc devenu cette rock star caricaturale
détruisant tout et prenant des tas de drogues pour au finale
divertir le public. La seconde moitié du disque est, elle,
composée de chansons pas plus ou moins honnêtes -
car les autres l'étaient tout autant malgré leur
coté sarcastique - mais reflètent plus mon état
d'esprit quand j'étais seul chez moi tard le soir. Quand
les gens me disent apprécier ce disque tout en cernant
ma démarche, ça me rend heureux.
L'album suivant, 'Holy Wood', est lui, en
revanche, rempli de tristesse suite aux médias te pointant
du doigt après les assassinats de Columbine...
MM : C'était la période la plus sombre de ma carrière.
J'étais prêt à abdiquer sachant que je ne
pouvais plus faire de musique. À l'époque, je ne
pensais pas encore que l'art pouvait me suffire, mais j'ai commencé
à le comprendre lorsque j'ai peint la tête des deux
meurtriers de Columbine avec l'ultime signe américain de
la paix pour accompagner l'essai que j'avais écrit pour
le magazine Rolling Stone en 1999. Tout ce que j'ai fait autour
de cet album parait bien plus pertinant aujourd'hui. Le 'Guns,
God & Government world tour', par-exemple, serait presque
un cliché s'il avait lieu aujourd'hui, ça serait
trop évident. J'étais un peu trop en avance sur
mon temps sur ce coup-là... (rires) Certaines personnes
considèrent cet album comme plus mélodique, plus
conventionnelles. Ça me rend triste d'écouter ce
disque, il est vraiment très sombre.
Pour le dernier album, 'The Golden Age Of
Grotesque', tu t'es totalement imprégné de l'imagerie
de l'Europe des années 30. Quel est ton regard sur une
partie de tes fans qui aiment Marilyn manson pour sa musique agressive
uniquement, sans se soucier du message que tu véhicules
ou des nombreuses références artistiques que tu
utilises?
MM : Ça fait partie de la compréhension de ce que
je suis. J'ai réalisé qu'il n'y avait aucun moyen
de ne pas comprendre ce que je fais ou qui je suis. La réaction
est tout aussi importante que la création. Mon art n'est
véritablement achevé qu'une fois que quelqu'un en
fait l'expérience et la façon dont il en fait l'expérience
n'a pas d'importance. S'il déteste ce que je fais, il fait
toujours parti de mon art. Il n'y a que s'il n'est pas exposé
à ce que je fais qu'il n'en fait pas partie. Il y a certaines
chansons que j'ai écrites et quand je les réécoute
je n'aime que le rythme ou les paroles. Pas mal de gens qui ont
apprécié mes toiles ou ce que j'ai dit dans 'Bowling
For Columbine' se demandent pourquoi je garde mon groupe. Toutes
ces choses annexes que je fais ne sont pas compilées dans
le cadre de ma musique car elle ne m'est pas suffisante. C'est
juste la façon dont fonctionne mon cerveau. Parfois je
pense à un clip avant la chanson elle-même. C'est
aussi parce que j'aime le cinéma, mes chansons sont à
l'opposé d'un film muet. J'essaye de peindre avec ma musique.
Le tout sans être indulgent avec moi-même et sans
tomber dans l'excès de composer des heures et des heures
de musique en barbant les gens.
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