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Votre nouvel album s'inspire
de l'œuvre de Lewis Caroll 'Alice Aux Pays Des Merveilles',
dont est tiré le nom du disque. Qu'est-ce qui vous a donné
envie d'explorer l'univers de ce conte dans votre musique?
M.M. : A dire vrai, il n'y a guère qu'une partie de l'album
qui tourne autour d'Alice Aux Pays Des Merveilles'. L'idée
d'être consommé par quelqu'un ne date pas d'hier
et est pour moi directement lié au Christ qui, devenu un
symbole, puis une religion, est désormais consommé
par l'ensemble des gens qui vont placer leur foi en cette religion.
Pour moi, c'est le contraire. Je suis un symbole sans définition
humaine et qui avait décidé de devenir humain en
se mariant, en se rangeant. Cet album est donc un symbole, celui
de Marilyn Manson se montrant humain pour la première fois,
celui dans lequel il se dévoile plutôt que d'utiliser
la musique comme une carapace. J'y ai vraiment laissé s'exprimer
ma part d'inconscient plutôt que de la laisser être
dominée par mon esprit et cela a fonctionné d'une
façon que je n'avais jamais expérimenté par
le passé. Je trouve l'idée d'être consommé,
d'être dévoré vivant par un être que
l'on aime, très romantique. C'est un très beau sacrifice.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre film
'Phantasmagoria'?
M.M. : 'Phantasmagoria' va probablement être repoussé
jusqu'au mois d'octobre ou novembre. Pour le moment, je me concentre
sur l'album et sur la tournée. J'ai passé presque
toute l'année dernière à étudier et
à écrire sur Lewis Caroll alors qu'en réalité,
j'écrivais sur moi. J'aurai dû le tourner au moment
où j'ai écrit l'album mais je suis content que les
choses aient tourné de cette manière parce que c'est
ce dont j'avais besoin. 'Phantasmagoria' est un projet intemporel.
Il pourra se faire n'importe quand... Ce qui n'était pas
le cas de cet album. D'ailleurs cet album n'existerait pas sans
'Phantasmagoria'. Cela m'a fait du bien de prendre du recul vis-à-vis
de ce projet, cela va me permettre de l'aborder sous un autre
jour et il devrait n'en être que meilleur. J'étais
dans un état où je n'arrivais plus à rien
faire, complètement perdu, désespéré
et seul. D'une certaine façon, je me suis retrouvé
en opposition avec la vie elle-même. Je ne me plains pas
en disant cela, ce n'est pas mon genre. Mais je refuse de vivre
ça. Sur cet album on m'entend renaître. Une nouvelle
histoire d'amour commence alors qu'une autre s'achève.
Cet album ne raconte rien de directement personnel mais il contient
une vraie part de moi, il m'a aidé à comprendre
qui je suis et ce qui m'est arrivé. J'ai écrit les
paroles le plus spontanément possible. 'If I Was Your Vampire'
dit "6 am, Christmas Morning". Et c'est vraiment
à ce moment là que j'ai écrit ces lignes
et que je les ai chantées. Je crois que tout l'album repose
sur cette façon que j'ai eu de travailler.
La direction musicale de ce nouvel album
est radicalement différente des précédents?
Pourquoi ce choix?
M.M. : L'an dernier, je n'arrivais à rien sur le plan musical.
Mon marriage m'avait emprisonné dans la position de quelqu'un
qui devait changer sa façon d'être pour faire comme
tout le monde. C'est-à-dire être quelqu'un de normal,
de simple, qui va au lit le soir et se réveille le matin.
Le problème, c'est que moi j'aime me coucher quand le soleil
se lève et me lever quand il se couche. C'est un mode de
vie classique pour un vampire... et selon moi, c'est amusant de
vivre ainsi. Mais pour mon marriage, je devais radicalement changer
de vie, je ne devais plus être ce que j'étais. Du
coup, je n'avais plus envie d'être moi, de faire de la musique,
ni même de vivre. C'est un peu l'album de l'Antéchrist
qui devient humain et qui commence à ressentir des sentiments
comme l'amour. Durant cette période, j'écoutais
beaucoup les album 'Diamond Dogs' (David Bowie), 'OK Computer'
(Radiohead) ou 'Purple Rain' (Prince). J'ai essayé d'écrire
un album que je pourrais moi-même avoir envie d'écouter
vu qu'en général, je n'écoute pas ma propre
musique. Ce disque est plus mélodique, plus "guitar
hero". Sur le plan vocal, je n'avais jamais autant voulu
bien chanter sur un album que sur celui-ci, c'est vraiment ce
que je voulais.
Il y a en effet de nombreux solo sur ce disque,
pouvez-vous nous dire qui va vous accompagner en tournée?
M.M. : Absolument, c'est Tim Skold avec qui j'ai fait cet album,
qui a composé toutes les parties de basses et de guitares.
Il a été très présent à mes
cotés l'an dernier et a su composer mieux que personne
des mélodies qui reflètaient exactement ce qui se
passait en moi... même si, en dépit de notre profonde
amitié, je ne lui ai jamais parlé de ce que je traversais.
Ce disque a été pour lui l'occasion de se prouver
ce qu'il valait vraiment en tant que guitariste. Cela ne m'a pas
posé de problème car j'ai toujours su de quoi il
était capable. En ce qui concerne le poste de bassiste,
c'est Rob Holiday, un ancien de The Prodigy qui l'occupera.
Si vous deviez décrire cet album en
trois mots, lesquels seraient-ils?
M.M. : En quatre mots alors... 'Eat Me, Drink Me'? (sourire)
Non, sérieusement... Je lisais des bouquins comme 'Lolita'
et je regardais des films comme 'Bonnie & Clyde' pendant l'écriture
de l'album. Ce sont des œuvres dans lesquels se retrouvent
intimement mêmées la fatalité, la mort et
le romantisme. C'est un peu ce que devrait être l'amour
: tout ou rien. C'est à cette époque qu'une relation
amoureuse s'est terminée pour moi et que j'ai commencé
à concevoir l'amour comme devant être un tout ou
rien. Quelqu'un doit être capable de se jeter devant une
voiture par amour pour vous, et pas seulement parce que vous venez
d'y monter.
Vous venez de le dire, vous ne parlez pas
souvent de vous dans vos albums. Est-ce que vous vous en êtes
volontairement empêché jusque là parce que
cela ne convenait pas au concept des albums?
M.M. : Je sais quand dans le passé, je me suis senti limité
dans ce que je pouvais écrire parce que cela aurait pu
affecter les gens qui m'entouraient. 'Eat Me, Drink Me', est le
disque où je me suis senti le plus libre, où j'ai
pu dire ce que je ressentais. Je pense aussi que ce disque à
pour but de séduire, j'ai voulu l'écrire comme s'il
s'agissait d'une performance live. À chaque fois que je
suis sur scène, je cherche à faire ressentir beaucoup
de choses aux gens autour de moi. Avant, lorsque j'étais
en studio, je ne voulais personne autour de moi et je mettais
tout le monde dehors. Cette fois, même lorsque j'enregistrais
certains morceaux, il y avait des gens avec moi et je leur jouais
les chansons. La majorité des chansons a été
enregistrée alors que j'étais allongé sur
le sol, c'était assez confortable en fait !
Votre musique a changé, qu'en est-il
de votre apparence?
M.M. : Vous faites allusion à la taille de mon pénis?
(rires) Pardon, il fallait que je la sorte celle-là
(sourire). Je pense que cette tournée va être
plus théâtrale que la précédente. J'aimerais
que tout tourne autour de moi en tant que chanteur et vrai performer.
A la minute où j'ai écrit 'If I Was Your Vampire',
j'ai tout de suite su que ça serait la chanson d'ouverture
du show et également la première de l'album. Je
veux juste me sentir à nouveau bien dans la peau de Marilyn
Manson, qu'importe ce qu'il est réellement du moment que
c'est ce que je suis. Je ne sais pas si j'ai bien répondu
à votre question si vous vouliez juste me dire que je suis
beau gosse, je suis d'accord (sourire).
Comment croyez-vous que vos fans réagiront
à l'écoute de ce nouvel album?
M.M. : Je n'aime pas trop le mot fan, c'est très difficile
à définir. Je crois que j'ai voulu amener les gens
avec moi dans cette nouvelle direction. Des gens qui ne m'ont
jamais aimé, qui n'ont jamais écouté ma musique
ou qui se font une certaine idée de moi et découvrent
que j'ai changé. Mon objectif principal a été
de les convaincre de ma sincérité, et de la nouvelle
force qui m'a habité en écrivant ce disque. Ce disque
m'a pour ainsi dire sauvé la vie, s'il n'existait pas je
ne serais pas là.
Est-ce Ginger qui a assuré la batterie
sur ce nouvel album?
M.M. : Absolument. Ce disque est cependant majoritairement le
résultat de l'étroite collaboration entre Tim Skold
et moi, mais également d'une véritable volonté
de ma part de le faire sonner live. Ce qui n'a pas été
l'aspect le plus compliqué, je crois que le plus dur a
été le chant. Jusqu'en octobre dernier, je n'arrivais
à rien du tout. Il a fallu que je chante sur je ne sais
plus quel titre, je crois que c'était 'Just A Car Crash
Away', pour avoir le déclic et que tout sorte d'un seul
coup. Je n'avais jamais connu de débuts aussi pénibles
mais après tout est venu très vite.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur
le premier single du disque?
M.M. : J'ai écrit la chanson pendant que je lisais le 'Lolita'
de Nabokov. C'est durant cette période que je me suis rapprochée
d'Evan Rachel Wood qui est aujourd'hui devenue ma petite amie.
Elle est venue me voir un jour et elle portait des lunettes en
forme de coeurs, exactement comme Lolita. C'est ainsi qu'est né
cette chanson. Je n'ai jamais forcé Evan à porter
ces lunettes comme cela a été dit par certains.
Elles lui ont toujours appartenu. C'est aussi une allusion humouristique
au fait qu'elle soit beaucoup plus jeune que moi et que j'ai été
très attaqué à cause de cela. J'ai réalisé
le clip moi-même, et j'ai utilisé une caméra
stéréoscopique, un procédé emprunté
à James Cameron. Il a été tourné comme
un court-métrage mais n'aurait pas de raison d'être
s'il n'était pas devenu un clip. Il est déjà
assez controversé vu que son contenu est considéré
comme étant pornographique. Il semble que même quand
je m'efforce de ne rien faire d'offensif, cela choque toujours
quelqu'un et ça me convient. J'ai voulu qu'Evan soit dans
le clip mais juste en tant qu'actrice, car je la respecte en tant
que telle. Elle a d'ailleurs été payée pour
sa prestation, mieux qu'aucune actrice avant elle dans toute l'histoire
du vidéo clip.
Quand 'Antichrist Superstar' est sorti, vous
aviez déclaré que votre travail serait une permanente
évolution. Pensez-vous que ce nouvel album soit une manière
de montrer que l'Antéchrist a mûri, qu'il a vécu
aux cotés des humains et ressenti le plus puissant des
sentiments : l'amour, et qui dit ce qu'il ressent?
M.M. : Quelqu'un m'a dit hier que le monde entier avait tenté
de me détruire et que la seule chose qui m'avait vraiment
rendu faible, c'était les femmes. Je crois que c'est inhérent
au mythe du vampire. On ne peut le détruire qu'en lui enfonçant
un pieu en plein coeur. Il en est peut-être de même
pour moi. C'est drôle car ce disque semble me montrer plus
mature aux yeux des gens alors, d'autant qu'arrivé à
ce stade de mon existence, je devais être plus adulte, marié,
avec des enfants... tant de choses qui ne semblent pas me convenir.
Je dois en fait être plus immature aujourd'hui, être
juste moi. On peut peut-être parler d'expérience
dans ce cas. J'ai d'ailleurs peint un tableau intitulé
'L'Expérience est la maitresse des fous'. Mais il est vrai
que je suis quelqu'un de paradoxal. Enfin, si 'Antichrist Superstar'
est un travail évolutif, cet album est définitivement
une part de cette évolution, même si cela demeure
très étrange.
Pouvez-vous donner plus de détails
concernant la tournée à venir?
M.M. : Et bien, Tim Skold sera à la guitare mais il y aura
aussi quelques surprises dans le line up. La première chanson
sera 'If I Was Your vampire' parce qu'elle est incroyablement
forte. Je pense que si je le ressens ainsi, le public fera de
même. Nous jouerons également d'anciens titres. Mais
tout cela n'est pas encore totalement défini... Je vais
faire en sorte que cette tournée soit aussi théâtrale
que celle de 'Mechanical Animals'. On a choisi de jouer avec Slayer
pour la tournée américaine, ce qui est très
inattendu. Quand j'étais gosse, j'avais un livre qui s'appelait
'Satan est en vie et il vit sur terre', et bien je crois que cette
tournée sera une sorte de quête visant à le
localiser. Je souhaite vraiment faire ressortir l'obscurité
qui est en moi.
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