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'Eat Me, Drink Me' apparaît
nettement plus intime que tes précédents albums,
comme si tu avais cette fois-ci tenté de t'interpréter
toi-même après avoir interprété différents
personnages...
M.M. : Oui, c'est tout à fait vrai. C'est quelque chose
qui s'est un peu imposé à moi, même si j'ai
décidé d'aller plus loin en ce sens. Depuis quatre
ou cinq ans j'avais décidé de renoncer une fois
pour toutes à la musique mais je ne savais pas vraiment
pourquoi. Ce n'était pas simplement parce que j'avais décidé
de consacrer toute mon énergie à la peinture et
au cinéma, mais également parce que je commençais
à réaliser que la personne que j'étais était
vraiment quelqu'un que je ne tenais pas réellement à
rencontrer. Mon marriage m'avait placé dans une situation
étrange, où on s'attendait à ce que je devienne
quelqu'un que je n'étais pas, et j'ai commencé à
réaliser que cela m'avait très sérieusement
endommagé, d'un point de vue mental. J'ai été
dans un sale état pendant plus d'un an et et je n'arrivais
à faire aucune des choses dans lesquelles je suis normalement
assez bon. Il ne se passe habituellement pas un jour sans que
je me consacre à quelque chose d'artistique, et là,
il s'est passé un an ! J'en étais arrivé
à m'imaginer mourir, très sérieusement. Pour
moi, il n'y avait vraiment aucun avenir en vue. Et c'est finalement
le fait de me remettre à écrire une chanson pour
un femme, puis une autre, qui m'a remis sur pieds. Donc cet album
a bel et bien un concept, comme tous les autres, et ce concept
est ma propre personne et la façon dont j'ai trouvé
un certains salut en tant qu'être humain damné et
méprisable. Je me suis beaucoup inspiré d''Alice
Au Pays Des Merveilles' et de Lolita', mais aussi des films comme
'Bonnie & Clyde', 'Badlands'... Toutes ces romances tragiques
et très shakespeariennes, qui étaient à l'opposé
de ce qu'était mon mariage, assez heureux dans un sens,
si ce n'est que ma vision de l'union romantique était décalée
par rapport à la réalité. Pour moi lorsque
deux personnes sont amoureuses, tout doit être noir ou blanc,
c'est tout ou rien, nous deux contre le reste du monde... et ce
n'est hélas pas comme cela que fonctionnait mon mariage.
Ce n'est d'ailleurs pas tant sa faute que la mienne parce que
je n'ai pas su expliquer comment je ressentais les choses en imaginant
que tout le monde savait implicitement que j'étais comme
ça, que tout le monde savait que ma personnalité
n'était pas un rôle, que j'étais simplement
moi-même... J'en étais certainement arrivé
au stade où je ne voulais plus être moi-même,
puisque personne n'était capable de me comprendre mais
je ne pouvais pas vraiment réagir car c'est difficile de
se rendre compte que tout s'écroule lorsque tu te débat
dans les décombres. J'ai donc commencé à
chercher de plus souvent refuge dans l'alcool. Pour oublier qui
j'étais et qui on me forçait à être.
Aujourd'hui, avec le recul, je suis capable de voir à quel
moment les choses ont commencé à mal aller, et j'accepte
la pleine responsabilité de notre échec puisque
j'étais incapable de prendre le contrôle de ma vie.
C'est l'écriture de l'album qui t'a
redonné ce contrôle?
M.M. : Oui, à tous points de vue, cet album a vraiment
changé ma vie. Pas à travers une épiphanie
où j'aurais vu la lumière, j'aurais arrêté
de boire et je serais soudain devenu responsable, mais plutôt
parce qu'il m'a redonné envie de vivre. Lorsque tu veux
mourir, tout ce qui t'entoure te semble désespéré.
La seule chose qui peut te sauver et te faire ouvrir les yeux
est le fait que quelqu'un te dise : "Je mourrais avec toi"...
Malheureusement, la personne n'était pas ma femme, mais
l'actrice Evan Rachel Wood, une amie avec qui ma relation a évolué
jusqu'à ce que je décris dans l'album. Lorsque j'étais
au plus bas et réellement au bord du suicide, elle m'a
tendu un couteau et m'a demandé de la tuer avant de m'ouvrir
les veines... J'ai été tellement touché par
son geste de sacrifice, elle est prête à mourir alors
qu'elle n'a que dix-neuf ans, que j'ai réappris à
vivre. Quelques heures plus tard, je me remettais à écrire,
mais mon mariage était dès lors réellement
condamné... malheureusement pour mon épouse, mais
heureusement pour moi en tant qu'être humain et qu'artiste
(rires).
Le titre de l'album fait une nouvelle fois
référence à Lewis Caroll, après 'Phantasmagoria',
ton projet de film concernant l'auteur anglais. Penses-tu que
l'album prend sa source lui aussi dans l'existance complexe de
Caroll?
M.M. : Pour résumer, je pense que l'album traite du fait
que j'étais en train de devenir le personnage à
propos duquel j'avais l'habitude d'écrire. Je crois qu'il
y a un parallélisme très fort entre le diptyque
Lewis Caroll / Charles Manson / Brian Warner. Nous avons tous
deux notre Mister Hyde, qui désire devenir immortel. Non
pas jeune à jamais, comme Peter Pan, mais immortel à
l'image du Dracula de Stoker. J'aborde le thème du vampirisme
et de l'immortalité dans 'If I Was Your Vampire'. Je ne
veux pas redevenir plus jeune que ce que je suis actuellement,
mais dans le même temps, je ne veux pas me cesser de me
rappeler que je suis aujourd'hui exactement dans le même
état d'esprit que lorsque j'ai créé mon double
Marilyn Manson. Et c'est selon moi le plus proche que nous puissions
jamais être de l'immortalité. Etre si heureux d'être
ce que tu es, complètement grisé par tes passions
au point que tu en oublies le reste, que le monde peut disparaître,
c'est ça l'immortalité pour moi, et j'avais perdu
tout ça au fil des ans. Je n'ai commencé à
retrouver cet état d'esprit qu'en enregistrant cet album,
et le processus de reconquête de moi-même et de mon
alter-ego n'est pas encore terminé.
Penses-tu que tu peux désormais être
tout simplement un artiste au lieu d'être la "critique
sociale' vivante que tu incarnais auparavant?
M.M. : Oui. J'étais devenu si désenchanté
envers le monde que j'avais perdu de vue que ma principale activité
artistique était d'en tirer la substance d'une œuvre
qui le rendait meilleur. J'étais amer et je ne savais plus
que critiquer, plus réellement créer. Je pense qu''Eat
Me, Drink Me' est ma plus grande réussite artistique à
ce jour, dans tous les domaines confondus. Beaucoup de gens m'ont
dit qu'il sonnait brut, mais pour moi, cette sécheresse
vient du fait que j'ai choisi de présenter les choses de
façon très dépouillée, de ne pas me
cacher. Et s'il peut apparaître moin travaillé, ce
que je t'assure qu'il n'est pas, je pense sincèrement qu'il
s'agit de mon meilleur travail. Je sais que tout le monde dit
ça lorsqu'il publie un nouvel album, car nous progressons
toujours, mais je suis très objectif en affirmant cela,
tout simplement parce que dans l'écriture des textes comme
dans le champs à proprement parler, je montre ce dont je
suis capable, sans me souvier de production. Je suis très
fier d'avoir réussi à composer des morceaux qui
pourront toucher le public différemment, sans pour autant
avoir à changer mon style ou à devenir plus commercial
et je pense que davantage de gens se reconnaîtront dans
cet album, tout simplement parce que je l'ai écrit pour
ceux qui m'entouraient, pour leur faire comprendre ce que je traversais...
cela donne forcément un album plus accessible et plus humain
que lorsque j'aborde des concepts plus abstraits.
Où en es-tu, en parrallèle,
du tournage de ton film 'Phantasmagoria'?
M.M. : Lorsque le disque s'est imposé à moi, de
manière totalement inattendue, j'ai soudainement dû
réévaluer mes propriétés et trouver
un nouveau créneau pour le tournage de 'Phantasmagoria'
qui aurait dû se faire pendant que j'enregistrais l'album.
Je tournerai probablement à l'automne, après la
tournée, et principalement à Paris comme prévu.
Je crois que le film va grandement bénéficier du
délai supplémentaire qui lui a été
accordé. D'une part parce que je vais beaucoup mieux, et
d'autre part parce que cela m'a permis de considérer les
choses sous un autre jour, de prendre un peu de recul par rapport
au personnage, dont je n'avais pas réalisé à
quel point il me ressemblait. En définitive, je pense que
cette ressemblance va beaucoup servir le personnage, l'interprétation
que je pourrais en faire et le film dans son ensemble.
Tu as également annoncé que
tu allais réaliser un film d'horreur basé sur 'Eat
Me, Drink Me'...
M.M. : J'ai écrit le premier titre de l'album 'If I Was
Your vampire', qui est un peu mon hommage à Bauhaus, le
jour de Noël, et peu après, dans la foulée,
j'ai écrit une histoire qui serait parfaite pour un film.
Il aurait déjà du être tourné, j'ai
tenté d'en tirer une version courte qui pourrait donner
naissance au premier clip de l'album, mais comme les idées
en étaient très extrêmes et bizarres, le label
a commencé à paniquer, et je n'ai pas pu le faire
comme je l'aurait voulu. Mais il se peut que je le réalise
tout de même avant 'Phantasmagoria' car c'est quelque chose
qui est si proche de moi que je ne peux pas le laisser de coté.
Le film représente la réalité telle qu'elle
serait si on me laissait peindre tout ce que j'imagine, en permanence.
Et il se trouve que j'ai maintenant la possibilité de le
faire... Je m'en approche déjà, dans le clip de
mon nouveau single 'Heart-Shaped Glasses', que j'ai réalisé
en 3D avec une technologie inventée par James Cameron.
Tourner cette vidée a été une vraie bataille
contre ma maison de disques, qui la trouvait trop pornographique,
sans compter le fait qu'ils trouvaient que je payais trop ma nouvelle
compagne, Evan Rachel Wodd, qui joue dans la vidéo avec
moi. Je pense, à leur décharge, que personne n'a
été aussi bien payé qu'elle pour figurer
dans un clip de toute l'histoire de la musique (rires). Mais je
savais que personne d'autre qu'Evan ne pourrait le faire, ou le
voudrait. Je me moque que l'on exploite ma vie privée,
mais il me semblait aberrant de payer Evan moins que ce qu'elle
méritait en tant que très bonne actrice sous prétexte
que nous vivons ensemble. Au final, et au delà des polémiques,
je pense que nous avons fait une bonne vidéo. C'est très
inspiré par 'Bonnie & Clyde' une fois encore, par mon
nouveau point de vue sur l'amour qui ne peut être que totalement
désintéressé et porté par l'esprit
de sacrifice. Lorsque deux personnes veulent se sacrifier l'une
à l'autre, elles n'ont rien à perdre. La personne
qui me dit : "Je ferais n'importe quoi pour toi" peut
être sûre que je ne lui demanderais jamais de rien
faire.
C'est donc encore très autobiographique?
M.M. : Oui, comme tout ce qui sera lié, d'une manière
ou d'une autre, à l'album. C'est ma vie et mes histoires
d'amour... celle qui s'est achevée, et celle qui commence,
une histoire aussi déjantée et tragique que possible.
Une chose est sûre, c'est que rien ne sera jamais calme
dans ma vie (rires). Mais je prévois tout de même
de grandes choses dans le domaine artistique, et j'espère
que nous seront heureux... En tous les cas, je n'essaierai plus
jamais d'être quelqu'un que je ne suis pas.
Tu es aujourd'hui actif, dans le domaine
artistique, en tant que musicien, peintre et cinéaste.
Vois-tu tous ces champs d'expression comme interconnectés?
M.M. : Ils sont tous connectés, mais la plupart de mes
autres activités sont nées d'un désir d'échapper
à ce que j'étais, à ce que je représentais
musicalement, et ce n'est que maintenant, alors que j'ai retrouvé
mon amour de la musique, que toutes ces formes d'expression peuvent
aller de pair, sans chercher à prendre le dessus l'une
sur l'autre. J'ai le sentiment que je suis aussi passioné
et cohérent en tant que peintre qu'en tant que musicien,
mais je sais qu'avant tout, les gens s'identifient à moi
et me suivent parce que je suis musicien. J'ai une certain responsabilité
envers eux, en tant que Marilyn Manson, et je me dois de tenir
mon rôle de chanteur, et pas uniquement me concentrer d'être
peintre ou cinéaste. Grâce à ce disque, je
pense néanmoins que tous les élements se mettent
en place.
Tes concerts ont toujours été
une autre forme d'art, parfois plus proche du théâtre
que du simple show rock dans la démesure. 'Eat Me, Drink
Me' étant plus dépouillé, cela va-t-il se
ressentir également sur ton approche scénique?
M.M. : Non, ce sera plus démentiel encore (rires). J'ai
travaillé dans cette optique avec une des boîtes
de production que je préfère, qui a réalisé
la tournée 'Diamond Dogs' pour David Bowie et un tas d'autres
concerts d'envergure, et mon nouveau show, très théâtral,
sans doute plus qu'avant puisque nous pouvons intercaler des passages
joués entre les morceaux... On y passe du concert rock
à l'opéra, au théâtre ou au cinéma
sans cesse, et ce n'est absolument pas dépouillé.
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