Magazine
Elegy (N°48)

Pays
France

Date de parution
Juin 2007

Propos recueillis par
Yannick Blay

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
www.elegy.fr

Couverture

Comment as-tu travaillé sur cet album? Le considères-tu comme une sorte de bande originale de ton prochain film ou plutôt comme le soundtrack de ta propre vie?

M.M. : Je pense que c'est la bande originale de ma vie, de manière très forte. Je n'ai commencé à travailler sur la musique que depuis le début de l'année car je n'arrivais à rien jusque-là. Depuis mon mariage, j'ai commencé à perdre mon identité, à me détester. Enfin, je ne me détestais pas tant que cela mais je ne m'aimait plus vraiment en tant que personne, j'étais perdu, sans plus rien à quoi m'attacher. Je me rends compte avec le recul que le mariage était une erreur, cela m'a vidé de ma substance, je perdais goût à la vie. Quand j'ai commencé à me sentir humain, je n'en avait plus l'habitude. Je n'arrivais plus à rien faire, artistiquement parlant... Je n'ai aucun regret quant à ma relation passée avec Dita, si ce n'est ce mariage... En fait, j'ai réalisé que je commençais à culpabiliser sur le fait que je travaillais trop aux dépens de mon entourage et, donc, de mon mariage. Je suis incapable d'être créatif uniquement aux heures de bureau, de 9 heures à 17 heures. Du coup, je finissais par culpabiliser sur le fait d'être artistique au lieu d'être monsieur tout-le-monde. Il a fallu, après ma séparation que je me retrouve en tant qu'individu et ma créativité est revenue au moment où j'ai écrit ma première chanson, 'Just A Car Crash Away', en octobre dernier il me semble. Cette chanson m'a permis de voir que j'avais toujours quelque chose à quoi m'identifier et mon envie d'arrêter la musique s'est alors dissipée. Ce désir de tout arrêter allait main dans la main avec la cause de ma dépression. Faire de la musique représente ce que je suis, donc refaire de la musique, c'était finalement me retrouver en tant qu'individu. Tu peux entendre tout cela sur ce disque : mon chagrin d'amour, mais aussi le fait que je sois de nouveau amoureux. On peut entendre le feu me consumer mais aussi voir que je me relève de ce brasier.

Cet album est donc vraiment tout chaud, dans tous les sens tu terme...

M.M. : En effet, oui. La partie chantée a commencé en octobre, et cela s'est fini début février... C'est donc très récent. Les premières paroles sur le disque disent : "6 A.M. Christmas morning...". C'est parce que j'ai écrit cette chanson ('If I Was Your Vampire', ndlr), le matin de Noël dernier...

Lorsque Dita est partie?

M.M. : Oui, elle m'a quitté cette nuit-là. Quand quelque chose arrive dans ma vie, je chante ce fait précis au moment précis où il a lieu. C'est en tout cas comme cela que j'ai fonctionné sur cet album.

J'ai interviewé Jodorowsky récemment et il m'a dit que tu étais quelqu'un d'intelligent et de raffiné qui se cachait derrière un masque. Penses-tu avoir été prisonnier de ce masque et n'as-tu pas l'impression de t'en être libéré sur ce disque?

M.M. : Euh... Je n'en suis pas sûr... À toi de me dire en l'écoutant. C'est difficile pour moi d'analyser ça, car c'est encore très frais. Par le passé, j'ai écrit des chansons sur des choses que j'avais le temps de contempler, des concepts que je prenais le temps d'étudier. Sur ce disque, je ne fais que décrire ce que je ressens de manière assez directe. J'ai essayé de parler aux gens autour de moi à travers ces chansons. Je pense que si ce disque n'existait pas, je n'existerais plus aujourd'hui. J'étais complètement désespéré, je n'avais plus de raison de vivre avant que ce disque ne sorte de moi. Ce disque a été mon salut, une véritable renaissance, car il m'a rappelé qui j'étais et ce que j'avais à faire. je suis aujourd'hui quelqu'un de neuf, j'ai rencontré une personne que je considère comme ma sœur jumelle et qui m'a permis de me retrouver et de déterminer ce que je devais changer en moi. Il y a des choses en moi qui doivent mûrir, d'autres qui doivent se normaliser. Et il me fallait rencontrer quelqu'un qui me ressemble pour pouvoir voir cela.

'Eat Me, Drink Me' n'a donc rien à voir avec ton projet de film inspiré par Lewis Carroll?

M.M. : Je travaille encore sur ce film et il est vrai que j'étais supposé faire les deux en même temps. Mais ce disque est sorti comme ça et j'ai laissé faire. Du coup, j'ai remis mon film à plus tard. Je commencerai le tournage en octobre, a priori. J'ai écris sur Lewis Carroll et son double, Charles Dodgson, et je me suis inspiré de cette double personnalité pour créer deux Alice dans mon récit. Et il s'est avéré que cette histoire était le miroir de ma propre vie. Je pense qu'inconsciemment, j'ai écrit sur moi-même. Je ne m'en suis rendu compte que récemment. Le titre 'Eat Me, Drink Me' fait, du reste, référence à 'Alice Aux Pays Des Merveilles', mais aussi au mythe chrétien et à ses origines, ainsi qu'aux bases du mythe vampirique. Avec également l'idée que la façon la plus romantique de s'offrir à quelqu'un est se faire dévorer par celui ou celle-ci. Le Christ est dévoré, symboliquement, dans la religion chrétienne. Je me suis moi-même créé à partir de ce symbole. Ce disque me représente sous forme humaine, dévoré par mon autre moi plus sombre et plus concret, mais aussi plus romantique. Vouloir mourir pour quelqu'un ou mourir avec quelqu'un est la seule façon d'être romantique, selon moi.

Est-ce que c'est toi qui réaliseras 'Phantasmagoria - The Visions Of Lewis Carroll'?

M.M. : Oui, je joue Lewis Carroll et Lili Cole joue une version d'Alice, l'autre étant jouée par ma petite amie Evan Rachel Wood. Je l'ai rencontrée en faisant le casting pour mon film. Elle a aussi posé pour moi pour une de mes aquarelles. Et j'ai réalisé récemment un court-métrage vidéo avec elle pour mon premier single, 'Heart-Shaped Glasses'. Mais il n'y a aucun lien entre ce clip et 'Phantasmagoria'.

Il y avait des rumeurs comme quoi ce clip serait réalisé par James Cameron...

M.M. : J'ai en effet travaillé avec lui afin d'utiliser le nouvel effet 3D créé par ses soins et encore jamais utilisé... et donc encore jamais vu. Je me suis servi de sa caméra spéciale pour tourner ce clip.

Tu utiliseras cette caméra pour ton long-métrage?

M.M. : Non. C'était une expérience unique. La compagnie qui produit mon film est assez conservatrice et le clip que j'ai fait avec cette caméra leur a paru trop extrême et trop pornographique à leur goût. Je ne pense pas qu'ils me permettront de renouveler l'expérience.

Ce clip pour 'Heart-Shaped Glasses' illustre précisément les thèmes de la chanson ou est-ce plus vague?

M.M. : Il illustre les thèmes généraux de l'album inspirés par 'Lolita', 'Les Prédateurs' ou 'Bonnie & Clyde'. C'est un genre de 'True Romance', une histoire romanesque et imprudente où les deux personnages principaux se consument l'un l'autre. C'est très autobiographique, c'est pourquoi ma petite amie participe au clip.

Les lunettes en forme de cœur donnant le titre à cette chanson font référence au fameuses lunettes de Lolita?

M.M. : Oui. Cette chanson m'a été inspirée par ma petite amie qui m'a rendu visite un jour avec ces lunettes lolitesques. C'était un peu une plaisanterie car elle est bien plus jeune que moi (elle a 19 ans, ndlr) et on rigole beaucoup. Et j'ai décidé d'en faire une chanson. Je lui ai réellement dit, comme dans la chanson, "si tu me brise le cœur, je te casse tes lunettes" (sourire).

Et qu'est devenu 'Living Neon Dreams'?

M.M. : Je ne sais pas ce qu'est devenu ce projet de film. J'ai le script depuis 6 ans maintenant, mais je n'ai plus aucune nouvelle. Si ça se trouve, le film est déjà tourné, je ne sais pas.

Et tes projets de films avec Jodorowsky?

M.M. : Je l'ai vu aujourd'hui, justement. On est très motivés pour travailler ensemble. Je prendrai le temps pour jouer dans ses films dès qu'il pourra comencer le tournage.

De quoi avez-vous parlé aujourd'hui?

M.M. : Il m'a demandé ce qui s'était passé depuis la dernière fois que l'on s'était vus et pourquoi cela avait tourné mal dans mon mariage. La dernière fois qu'on s'est vu, il le mettait en scène (sourire)... On a aussi parlé du vampirisme, de cannibalisme et comment tout cela est lié à ma propre personnalité. C'était très intéressant. Il a beaucoup aimé l'album, car il aime le concept.

Jodorowsky pense que l'on hérite de toutes les fêlures et de toutes les qualités de nos aïeux depuis des générations. Tu pensais à cela quand tu as écrit ton autobiographie?

M.M. : Je crois, oui. Je voulais savoir qui j'étais et pourquoi j'avais fait ceci ou cela. Je me suis dit que la meilleur manière de le découvrir était de raconter d'où je venais et tout ce que j'avais fait jusque-là et de laisser les gens juger par eux-mêmes. Il était important pour moi d'écrire là-dessus car j'ai appris beaucoup sur moi-même, au moins autant que les gens ayant lu mon livre ont appris sur moi.

Vois-tu des parallèles entre ta personnalité vraie, Brian Warner, et ce que tu représentes, Marilyn Manson, et la dualité de Lewis Carroll/Charles Dodgson?

M.M. : Oui, c'est clair. C'est un peu ce que j'exprime sur cet album. Mais tu sais, tout le monde autour de moi m'appelle Marilyn Manson. Je suis peut-être le seul à connaître Brian Warner...

Aujourd'hui, tu as un autre double en la personne de Tim Skold. Comment avez-vous fonctionné sur 'Eat Me, Drink Me'?

M.M. : Il était en charge de la majeure partie de la musique. C'était donc une forte collaboration entre lui et moi. Nous voulions quelque chose de très organique et qui sonne particulièrement live. Cet album est donc très différent des précédents, qui étaient plutôt machines. Mes performances vocales proviennent la plupart du temps de la toute première prise. et je suppose que cela s'entend. Je voulais quelque chose de très cru.

Il y a également énormément de guitares solo, peut-être trop...

M.M. : Mmh-hmm. Euh... Cela est dû au type de disque que je voulais faire. J'ai beaucoup écouté 'Scary Monsters' (Bowie, ndlr) ou 'Purple Rain' (Prince, ndlr)...

Parfois, on pense aussi à la BO modernisée de 'Phantom of The Paradise' de Brian De Palma...

M.M. : Peut-être, oui. C'est marrant que tu me dises ça, car on m'a demandé si je voulais jouer dans une pièce inspirée du film qui doit se jouer prochainement à Broadway. Malheureusement, je ne pense pas avoir le temps d'y participer.

Quel est le line-up sur ton album, précisément? Le même que sur le précédent?

M.M. : Pas vraiment. C'est le même batteur, Ginger, et sinon c'est Tim qui joue de la plupart des autres instruments, dont les guitares. Pour le live, je suis toujours le bad guy au chant, Tim à la guitare et à la basse, Rob Holliday qui a joué notamment dans Prodigy et pour le reste, je n'ai pas encore tout à fait déterminé qui d'autre nous accompagnera sur les routes.

Tu as déjà une bonne idée de la mise en scène de tes concerts, non?

M.M. : Oui. Ce sera bien plus spectaculaire que par le passé, bien plus dramatique dans le sens théâtrale du terme et très gothique, je suppose (rires). Je travaille avec une société de production déjà responsable de la tournée 'Diamond Dogs' de Bowie. Ce sera très opératique et très cinématographique. Le show commencera avec la lune qui se lève et il y aura pas mal de projections et aussi beaucoup de paillettes.

La lune qui se lève illustre le thème du vampire qui est présent dans la plupart de tes nouvelles chansons?

M.M. : Oui.

Tu as d'ailleurs joué dans un film de vampires...

M.M. : Oui, 'Rise'. Mais je joue un barman, pas un vampire (rires).

Vous jouerez des titres des premiers albums?

M.M. : On jouera pas mal de titres de 'Mechanical Animals', certains d''Holy Wood'... Mais probablement très peu, voir aucun des premiers albums ni de 'The Golden Age Of Grotesque'. Je ne pense pas non plus jouer beaucoup de reprises...

Tu vas tourner avec Slayer aux États-Unis cet été, à partir du 25 juillet...

M.M. : Oui, et quelques festivals ensemble en Europe, également en juin. Ca va être très noir ! On va prouver ensemble que "Satan is alive and well on planet earth" (Satan est vivant et bien sur la planète terre, en référence à un ouvrage chéri par le Révérand et écrit par Hal Lindsey, ndlr).