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Comment as-tu travaillé
sur cet album? Le considères-tu comme une sorte de bande
originale de ton prochain film ou plutôt comme le soundtrack
de ta propre vie?
M.M. : Je pense que c'est la bande originale de ma vie, de manière
très forte. Je n'ai commencé à travailler
sur la musique que depuis le début de l'année car
je n'arrivais à rien jusque-là. Depuis mon mariage,
j'ai commencé à perdre mon identité, à
me détester. Enfin, je ne me détestais pas tant
que cela mais je ne m'aimait plus vraiment en tant que personne,
j'étais perdu, sans plus rien à quoi m'attacher.
Je me rends compte avec le recul que le mariage était une
erreur, cela m'a vidé de ma substance, je perdais goût
à la vie. Quand j'ai commencé à me sentir
humain, je n'en avait plus l'habitude. Je n'arrivais plus à
rien faire, artistiquement parlant... Je n'ai aucun regret quant
à ma relation passée avec Dita, si ce n'est ce mariage...
En fait, j'ai réalisé que je commençais à
culpabiliser sur le fait que je travaillais trop aux dépens
de mon entourage et, donc, de mon mariage. Je suis incapable d'être
créatif uniquement aux heures de bureau, de 9 heures à
17 heures. Du coup, je finissais par culpabiliser sur le fait
d'être artistique au lieu d'être monsieur tout-le-monde.
Il a fallu, après ma séparation que je me retrouve
en tant qu'individu et ma créativité est revenue
au moment où j'ai écrit ma première chanson,
'Just A Car Crash Away', en octobre dernier il me semble. Cette
chanson m'a permis de voir que j'avais toujours quelque chose
à quoi m'identifier et mon envie d'arrêter la musique
s'est alors dissipée. Ce désir de tout arrêter
allait main dans la main avec la cause de ma dépression.
Faire de la musique représente ce que je suis, donc refaire
de la musique, c'était finalement me retrouver en tant
qu'individu. Tu peux entendre tout cela sur ce disque : mon chagrin
d'amour, mais aussi le fait que je sois de nouveau amoureux. On
peut entendre le feu me consumer mais aussi voir que je me relève
de ce brasier.
Cet album est donc vraiment tout chaud, dans
tous les sens tu terme...
M.M. : En effet, oui. La partie chantée a commencé
en octobre, et cela s'est fini début février...
C'est donc très récent. Les premières paroles
sur le disque disent : "6 A.M. Christmas morning...".
C'est parce que j'ai écrit cette chanson ('If I Was
Your Vampire', ndlr), le matin de Noël dernier...
Lorsque Dita est partie?
M.M. : Oui, elle m'a quitté cette nuit-là. Quand
quelque chose arrive dans ma vie, je chante ce fait précis
au moment précis où il a lieu. C'est en tout cas
comme cela que j'ai fonctionné sur cet album.
J'ai interviewé Jodorowsky récemment
et il m'a dit que tu étais quelqu'un d'intelligent et de
raffiné qui se cachait derrière un masque. Penses-tu
avoir été prisonnier de ce masque et n'as-tu pas
l'impression de t'en être libéré sur ce disque?
M.M. : Euh... Je n'en suis pas sûr... À toi de me
dire en l'écoutant. C'est difficile pour moi d'analyser
ça, car c'est encore très frais. Par le passé,
j'ai écrit des chansons sur des choses que j'avais le temps
de contempler, des concepts que je prenais le temps d'étudier.
Sur ce disque, je ne fais que décrire ce que je ressens
de manière assez directe. J'ai essayé de parler
aux gens autour de moi à travers ces chansons. Je pense
que si ce disque n'existait pas, je n'existerais plus aujourd'hui.
J'étais complètement désespéré,
je n'avais plus de raison de vivre avant que ce disque ne sorte
de moi. Ce disque a été mon salut, une véritable
renaissance, car il m'a rappelé qui j'étais et ce
que j'avais à faire. je suis aujourd'hui quelqu'un de neuf,
j'ai rencontré une personne que je considère comme
ma sœur jumelle et qui m'a permis de me retrouver et de déterminer
ce que je devais changer en moi. Il y a des choses en moi qui
doivent mûrir, d'autres qui doivent se normaliser. Et il
me fallait rencontrer quelqu'un qui me ressemble pour pouvoir
voir cela.
'Eat Me, Drink Me' n'a donc rien à
voir avec ton projet de film inspiré par Lewis Carroll?
M.M. : Je travaille encore sur ce film et il est vrai que j'étais
supposé faire les deux en même temps. Mais ce disque
est sorti comme ça et j'ai laissé faire. Du coup,
j'ai remis mon film à plus tard. Je commencerai le tournage
en octobre, a priori. J'ai écris sur Lewis Carroll et son
double, Charles Dodgson, et je me suis inspiré de cette
double personnalité pour créer deux Alice dans mon
récit. Et il s'est avéré que cette histoire
était le miroir de ma propre vie. Je pense qu'inconsciemment,
j'ai écrit sur moi-même. Je ne m'en suis rendu compte
que récemment. Le titre 'Eat Me, Drink Me' fait, du reste,
référence à 'Alice Aux Pays Des Merveilles',
mais aussi au mythe chrétien et à ses origines,
ainsi qu'aux bases du mythe vampirique. Avec également
l'idée que la façon la plus romantique de s'offrir
à quelqu'un est se faire dévorer par celui ou celle-ci.
Le Christ est dévoré, symboliquement, dans la religion
chrétienne. Je me suis moi-même créé
à partir de ce symbole. Ce disque me représente
sous forme humaine, dévoré par mon autre moi plus
sombre et plus concret, mais aussi plus romantique. Vouloir mourir
pour quelqu'un ou mourir avec quelqu'un est la seule façon
d'être romantique, selon moi.
Est-ce que c'est toi qui réaliseras
'Phantasmagoria - The Visions Of Lewis Carroll'?
M.M. : Oui, je joue Lewis Carroll et Lili Cole joue une version
d'Alice, l'autre étant jouée par ma petite amie
Evan Rachel Wood. Je l'ai rencontrée en faisant le casting
pour mon film. Elle a aussi posé pour moi pour une de mes
aquarelles. Et j'ai réalisé récemment un
court-métrage vidéo avec elle pour mon premier single,
'Heart-Shaped Glasses'. Mais il n'y a aucun lien entre ce clip
et 'Phantasmagoria'.
Il y avait des rumeurs comme quoi ce clip
serait réalisé par James Cameron...
M.M. : J'ai en effet travaillé avec lui afin d'utiliser
le nouvel effet 3D créé par ses soins et encore
jamais utilisé... et donc encore jamais vu. Je me suis
servi de sa caméra spéciale pour tourner ce clip.
Tu utiliseras cette caméra pour ton
long-métrage?
M.M. : Non. C'était une expérience unique. La compagnie
qui produit mon film est assez conservatrice et le clip que j'ai
fait avec cette caméra leur a paru trop extrême et
trop pornographique à leur goût. Je ne pense pas
qu'ils me permettront de renouveler l'expérience.
Ce clip pour 'Heart-Shaped Glasses' illustre
précisément les thèmes de la chanson ou est-ce
plus vague?
M.M. : Il illustre les thèmes généraux de
l'album inspirés par 'Lolita', 'Les Prédateurs'
ou 'Bonnie & Clyde'. C'est un genre de 'True Romance', une
histoire romanesque et imprudente où les deux personnages
principaux se consument l'un l'autre. C'est très autobiographique,
c'est pourquoi ma petite amie participe au clip.
Les lunettes en forme de cœur donnant
le titre à cette chanson font référence au
fameuses lunettes de Lolita?
M.M. : Oui. Cette chanson m'a été inspirée
par ma petite amie qui m'a rendu visite un jour avec ces lunettes
lolitesques. C'était un peu une plaisanterie car elle est
bien plus jeune que moi (elle a 19 ans, ndlr) et on rigole
beaucoup. Et j'ai décidé d'en faire une chanson.
Je lui ai réellement dit, comme dans la chanson, "si
tu me brise le cœur, je te casse tes lunettes" (sourire).
Et qu'est devenu 'Living Neon Dreams'?
M.M. : Je ne sais pas ce qu'est devenu ce projet de film. J'ai
le script depuis 6 ans maintenant, mais je n'ai plus aucune nouvelle.
Si ça se trouve, le film est déjà tourné,
je ne sais pas.
Et tes projets de films avec Jodorowsky?
M.M. : Je l'ai vu aujourd'hui, justement. On est très motivés
pour travailler ensemble. Je prendrai le temps pour jouer dans
ses films dès qu'il pourra comencer le tournage.
De quoi avez-vous parlé aujourd'hui?
M.M. : Il m'a demandé ce qui s'était passé
depuis la dernière fois que l'on s'était vus et
pourquoi cela avait tourné mal dans mon mariage. La dernière
fois qu'on s'est vu, il le mettait en scène (sourire)...
On a aussi parlé du vampirisme, de cannibalisme et comment
tout cela est lié à ma propre personnalité.
C'était très intéressant. Il a beaucoup aimé
l'album, car il aime le concept.
Jodorowsky pense que l'on hérite de
toutes les fêlures et de toutes les qualités de nos
aïeux depuis des générations. Tu pensais à
cela quand tu as écrit ton autobiographie?
M.M. : Je crois, oui. Je voulais savoir qui j'étais et
pourquoi j'avais fait ceci ou cela. Je me suis dit que la meilleur
manière de le découvrir était de raconter
d'où je venais et tout ce que j'avais fait jusque-là
et de laisser les gens juger par eux-mêmes. Il était
important pour moi d'écrire là-dessus car j'ai appris
beaucoup sur moi-même, au moins autant que les gens ayant
lu mon livre ont appris sur moi.
Vois-tu des parallèles entre ta personnalité
vraie, Brian Warner, et ce que tu représentes, Marilyn
Manson, et la dualité de Lewis Carroll/Charles Dodgson?
M.M. : Oui, c'est clair. C'est un peu ce que j'exprime sur cet
album. Mais tu sais, tout le monde autour de moi m'appelle Marilyn
Manson. Je suis peut-être le seul à connaître
Brian Warner...
Aujourd'hui, tu as un autre double en la
personne de Tim Skold. Comment avez-vous fonctionné sur
'Eat Me, Drink Me'?
M.M. : Il était en charge de la majeure partie de la musique.
C'était donc une forte collaboration entre lui et moi.
Nous voulions quelque chose de très organique et qui sonne
particulièrement live. Cet album est donc très différent
des précédents, qui étaient plutôt
machines. Mes performances vocales proviennent la plupart du temps
de la toute première prise. et je suppose que cela s'entend.
Je voulais quelque chose de très cru.
Il y a également énormément
de guitares solo, peut-être trop...
M.M. : Mmh-hmm. Euh... Cela est dû au type de disque que
je voulais faire. J'ai beaucoup écouté 'Scary Monsters'
(Bowie, ndlr) ou 'Purple Rain' (Prince, ndlr)...
Parfois, on pense aussi à la BO modernisée
de 'Phantom of The Paradise' de Brian De Palma...
M.M. : Peut-être, oui. C'est marrant que tu me dises ça,
car on m'a demandé si je voulais jouer dans une pièce
inspirée du film qui doit se jouer prochainement à
Broadway. Malheureusement, je ne pense pas avoir le temps d'y
participer.
Quel est le line-up sur ton album, précisément?
Le même que sur le précédent?
M.M. : Pas vraiment. C'est le même batteur, Ginger, et sinon
c'est Tim qui joue de la plupart des autres instruments, dont
les guitares. Pour le live, je suis toujours le bad guy au chant,
Tim à la guitare et à la basse, Rob Holliday qui
a joué notamment dans Prodigy et pour le reste, je n'ai
pas encore tout à fait déterminé qui d'autre
nous accompagnera sur les routes.
Tu as déjà une bonne idée
de la mise en scène de tes concerts, non?
M.M. : Oui. Ce sera bien plus spectaculaire que par le passé,
bien plus dramatique dans le sens théâtrale du terme
et très gothique, je suppose (rires). Je travaille
avec une société de production déjà
responsable de la tournée 'Diamond Dogs' de Bowie. Ce sera
très opératique et très cinématographique.
Le show commencera avec la lune qui se lève et il y aura
pas mal de projections et aussi beaucoup de paillettes.
La lune qui se lève illustre le thème
du vampire qui est présent dans la plupart de tes nouvelles
chansons?
M.M. : Oui.
Tu as d'ailleurs joué dans un film
de vampires...
M.M. : Oui, 'Rise'. Mais je joue un barman, pas un vampire (rires).
Vous jouerez des titres des premiers albums?
M.M. : On jouera pas mal de titres de 'Mechanical Animals', certains
d''Holy Wood'... Mais probablement très peu, voir aucun
des premiers albums ni de 'The Golden Age Of Grotesque'. Je ne
pense pas non plus jouer beaucoup de reprises...
Tu vas tourner avec Slayer aux États-Unis
cet été, à partir du 25 juillet...
M.M. : Oui, et quelques festivals ensemble en Europe, également
en juin. Ca va être très noir ! On va prouver ensemble
que "Satan is alive and well on planet earth" (Satan
est vivant et bien sur la planète terre, en référence
à un ouvrage chéri par le Révérand
et écrit par Hal Lindsey, ndlr).
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