Magazine
Rock Mag

Pays
France

Date de parution
Mai 2007

Propos recueillis par
Thomas Frouche

Retranscription
www.deadstar.net

Adresse url
www.rockmag.fr

Couverture

Dans son dernier numéro, Rock Mag a été le premier média au monde à publier une pré-écoute de 7 titres de 'Eat Me, Drink Me'. On a pu lire, sur la quasi-totalité des sites et forums, la transcription de notre article, y compris sur la référence Mansonusa.com... Ce qui m'a surpris, c'est les textes très personnels. Pour la première fois, j'ai l'impression qu'il y a plus de Brian Warner que de Marilyn Manson...

M.M. : C'est difficile de dire s'il y a une différence entre Brian Warner et Marilyn Manson. Je trouve qu'au contraire, il y a plus de Marilyn Manson dans cet album que dans n'importe lequel de mes autres disques. Tu sais, j'avais commencé à perdre mon identité l'année dernière. C'est sûrement l'une des raisons pour lesquelles j'avais d'ailleurs arrêté de faire de la musique, je me disais qu'être Marilyn Manson n'était pas une bonne chose, essentiellement à cause de ma relation amoureuse de l'époque. J'étais convaincu que j'étais censé être plus mature et responsable, tout ce qui va avec la vie d'homme marié mais qui finalement ne semblait pas me convenir. Du coup, mettre de moi-même dans cet album m'a aidé à me sentir de nouveau moi-même. Je ne sais pas comment on peut appeller ça, mais je dirais que cet album est la vraie représentation de ce que je suis en tant que personne.

Dans tes précédents disques, tu t'es toujours caché derrière des personnages sans faiblesses. C'était difficile pour toi de révéler ta fragilité sur 'Eat Me, Drink Me'?

M.M. : Je dois avouer que ce fut dur de s'y mettre. J'ai quand même essayé pendant un an d'écrire des chansons, alors que rien ne sortait. Mais une fois que j'ai commencé à écrire ces morceaux, en novembre dernier, tout est venu très vite. L'album était terminé en janvier-février. Si j'avais su avant que j'étais capable de faire ça, je l'aurais sans doute fait pour chacun de mes albums. Mais d'un autre côté, je suis content d'avoir attendu, parce que ça rend ce disque plus spécial encore.

Il est spécial car il parle essentiellement d'amour. Pour comprendre la portée de ces nouveaux textes, est-ce que tu peux me dire s'ils ont été écrits après ta rupture avec Dita Von Teese?

M.M. : Pendant et après. Cet album a été écrit comme s'il s'agissait de mon journal intime. D'ailleurs, ça commence dès la première chanson où je dis : "6 am, Christmas morning" (6 heures du mat', matin de Noël) et c'est vraiment à ce moment-là qu'elle a été écrite. Il y a à la fois un côté conte et mon histoire personnelle dans cet album, ce que je n'ai jamais fait jusqu'à maintenant dans mes chansons.

Dans le titre 'They Said That Hell's Not Hot', tu dis : "I killed myself in small amounts / In each relationship it's not about love / it's just another funeral / It's just another girl left in tears (Je me suis tué à petit feu / Dans chaque relation amoureuse il ne s'agit pas d'amour / C'est juste un autre enterrement / C'est juste une fille de plus laissé en larmes)". Penses-tu que l'Antéchrist ne peut pas aimer?

M.M. : Je ne sais pas. Cet album a une part de tragédie et une part de romance. Le fait d'avoir trouvé une fille qui soit aussi tragique que moi m'a fait comprendre qu'aussi malheureux que je fus en raison de la mort de mon marriage, au moins je n'étais pas mort en tant que personne. Cet album parle de la découverte de l'amour, mais aussi du fait de tuer cet amour en même temps.

Sur 'If I Was Your Vampire', tu parles de cannibalisme d'une façon très romantique. Penses-tu qu'une relation amoureuse est quelque chose qui dévore les gens?

M.M. : Oui. Et à l'époque de l'écriture, je n'avais jamais autant voulu être dévoré, plutôt que de dévorer quelqu'un d'autre. Le meilleur moyen de décrire ce que je ressentais était donc de le faire à travers l'album. En général, j'écris des chansons qui sont davantage des concepts que des descriptions de mes sentiments, alors que cette fois-ci, mes textes racontent vraiment ce que je ressens.

Sur 'Just A Car Crash Away', tu dis : "Love is a fire that burns down everything (L'amour est un feu qui brûle tout)". As-tu été consomé par l'amour?

M.M. : Je l'ai été et je le suis encore, mais la situation est différente maintenant. Je suis amoureux d'une fille en ce moment. C'est donc complètement différent. J'étais dans un état d'esprit où je voulais tout laisser tomber, et ce n'est que lorsque j'ai rencontré quelqu'un d'autre qui voulait mourir avec moi, littéralement je pense, que je n'en ai plus eu envie. Je me suis dit que j'avais trouvé quelqu'un qui pouvait aller en enfer avec moi (rires).

Dans 'Heart-Shaped Glasses', tu parles d'une fille aux yeux bleus. Est-ce cette fille dont tu es amoureux maintenant?

M.M. : Oui.

Tu peux nous confirmer qui c'est?

M.M. : Evan Rachel Wood. C'est ma girlfriend maintenant. Elle est plus jeune que moi. Le titre 'Heart-Shaped Glasses' est une blague entre elle et moi sur Lolita, un livre qui a eu une grande influence sur cet album. Son auteur est Vladimir Nabokov, également auteur de "l'Invitation Au Supplice', une œuvre majeure qui m'a beaucoup inspiré.

Le fait de choisir 'Heart-Shaped Glasses' comme single était-il un moyen pour toi de dire publiquement à cette personne que tu l'aimes?

M.M. : Pas forcément. Honnêtement, j'ai eu beaucoup de mal à choisir quel titre serait le single. Perso, j'aurais préféré 'Putting Holes In Happiness', mais je ne suis pas déçu parce que, finalement, n'importe quel titre du disque m'aurait plus en tant que single. Généralement, mes chansons romantiques sont violentes et sombres, mais je pense que 'Heart-Shaped Glasses' est trompeuse dans le sens où elle sonne très pop avec des paroles qui sont tout sauf joyeuses.

Tu as récemment travaillé avec James Cameron sur le clip de ce premier single. J'ai entendu dire qu'il y avait beaucoup de filles nues dans cette vidéo...

M.M. : Eh bien (sourire)... Il y avait une grosse polémique sur le plateau, parce que ça a été considéré comme à la limite de la pornographie. Il y a effectivement beaucoup de filles nues, mais le but n'était que de créer une ambiance. J'ai essayé de le rendre très cinématographique avec le thème du cœur qui est présent du début à la fin. Il y a une scène qui se déroule dans une pièce en forme d'artère, ça me fait penser à la veine cave du cœur. Je ne peux pas te raconter le reste car je n'ai pas encore vu le résultat final, mais ce sera sans doute très impressionant car nous avons utilisé la technologie 3D que James Cameron a inventé. Mais en réalité, il n'était présent qu'une journée sur les 4 jours de tournage.

Pourquoi avoir choisi James Cameron? Est-ce parce qu'il a produit un documentaire controversé sur le tombeau de Jésus?

M.M. : Disons que c'était une coïncidence positive, mais la raison principale est qu'il est l'inventeur de cette nouvelle technologie 3D.

J'ai vu que vous alliez travailler ensemble sur un film, c'est vrai?

M.M. : Non. Il y a eu beaucoup de rumeurs parce que j'ai envie de faire un film basé sur 'Eat Me, Drink Me' La chanson 'If I Was Your Vampire' m'a même inspiré un scénario. Le jour où j'ai composé ce morceau, j'ai également mis sur papier une idée de film.

Tu peux m'en parler?

M.M. : Tout s'est mélangé, on y retrouve d'ailleurs Evan Rachel Wood. C'est sur l'amour entre elle et moi, tout comme la chanson. C'est très orienté 'Bonnie & Clyde' et 'True Romance'. Je conduis une voiture près d'une falaise en feu et il pleut du sang (sourire)...

Ce n'est pas la première fois que tes album t'inspire pour un film. A l'époque de 'Holy Wood', tu avais annoncé que tu allais en faire un long métrage. Qu'est devenu ce projet?

M.M. : Malheureusement, je n'ai jamais pu le mener à bien car le scénario était trop violent et que je n'ai pas pu le faire comme je le voulais. C'est essentiellement basé sur le thème des kids, des armes et de la violence, en réponse au massacre de Columbine. Je ne pense pas que ça se fasse un jour car je devrais le faire d'une façon différente. Cette idée de film sur 'Eat Me, Drink Me' est très autobiographique, c'est presque moi en train de jouer mon propre rôle. Je pense que ça va se faire très bientôt...

Autobiographique du point de vue de Marilyn Manson ou Brian Warner?

M.M. : Je n'ai jamais considéré les choses sous cet angle. Tu sais, personne autour de moi ne m'appelle Brian Warner, alors je me vois essentiellement en tant que Marilyn Manson.

En ce qui concerne ton activité cinématographique, il y aussi 'Phantasmagoria'. Où en est le projet?

M.M. : Je devais commencer le tournage au moment de la composition de l'album, mais comme 'Eat Me, Drink Me' était presque fini, on a décidé d'attendre la fin de la tournée avant de commencer à filmer. Ça se fera en France, très probablement en octobre.

Pour en revenir à 'Eat Me, Drink Me', j'ai ressenti une grosse influence de Tim Skold. Quel a été son rôle?

M.M. : Plus grand que le mien en ce qui concerne la musique, ça c'est clair. Il a joué les guitares, la basse et le clavier.

Est-ce qu'on peut dire qu'il est devenu le numéro 2 de Marilyn Manson?

M.M. : Oui, clairement.

J'ai l'impression qu'il y a un lien particulier entre vous. Comment décrirais-tu ta relation avec lui, comparé à ses prédécesseurs : Zim Zum, Twiggy et John 5?

M.M. : Je pense que c'est le seul à avoir été assez longtemps avec moi pour me comprendre suffisamment et pour parvenir à composer une musique qui mette en valeur les paroles que j'ai écrites, ainsi que mes performances vocales. Il a d'ailleurs coproduit l'album avec moi. C'est lui qui, un jour, lorsque je lui ai raconté ce qui se passait dans ma vie, m'a dit : "Pourquoi tu n'en parlerais pas dans tes chansons?" Pour cet album je suis allé jusqu'à m'allonger sur le sol pour chanter. Ça s'est fait de façon très naturelle. Nous sommes allé dans la maison où j'ai emménagé à la fin de l'année dernière. Je m'étais enfermé dans une pièce à l'étage, je restais couché par terre et c'est comme ça que j'ai enregistré le chant. Pas mal de titres qui sont sur l'album sont issus des premières prises.

La fait de chanter couché sur le sol explique sans doute le désespoir qu'on ressent sur le disque (silence)... Ça t'a aidé de faire cet album?

M.M. : Oui, c'est d'ailleurs la seule chose qui m'ai vraiment aidé. Tu peux carrément entendre le changement qui se produit en moi dans cet album. Les chansons sont presque dans l'ordre où elles ont été chantées. J'ai commencé avec 'If I Was Your Vampire' et je l'ai terminé par 'Eat Me, Drink Me'.

Parlons de l'artwork. à quoi ressemblera la pochette?

M.M. : La pochette est une photo de moi posant dans une pièce de ma maison. D'ailleurs je vends cette maison pour aller vivre ailleurs, car le passé y est trop présent. Les murs sont recouvers de sang, c'est très dur à décrire, c'est une photo très sombre. C'est très personnel, comme ce disque. À l'intérieur de la pochette, on trouve des documents et des papiers personnels, des photos de mon bloc-notes où j'ai écrit les paroles. On voit le processus création et les premiers jets rayés et remplacés par de nouvelles paroles. Je trouve que ça représente bien la façon dont l'album a été composé.

En juin, tu seras en France pour une tournée. Comment vas-tu interpréter ces chansons très personnelles sur scène?

M.M. : Je pense que cette tournée sera beaucoup plus glam rock et gothique, ça rappellera peut-être la tournée de Mechanical Animals. Ce sera très théâtral, j'ai d'ailleurs embauché le directeur artistique qui s'était occupé de la tournée Diamond Dogs de David Bowie. Pas mal des albums que j'écoutais pendant que je composais cet album étaient des trucs comme Purple Rain de Prince et Scary Monsters de Bowie. Je voulais me concentrer sur le côté rockstar, être un chanteur. Je pense que pour cette tournée, je n'aurai jamais autant insisté sur la performance scénique...