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Dans son dernier numéro,
Rock Mag a été le premier média au monde
à publier une pré-écoute de 7 titres de 'Eat
Me, Drink Me'. On a pu lire, sur la quasi-totalité des
sites et forums, la transcription de notre article, y compris
sur la référence Mansonusa.com... Ce qui m'a surpris,
c'est les textes très personnels. Pour la première
fois, j'ai l'impression qu'il y a plus de Brian Warner que de
Marilyn Manson...
M.M. : C'est difficile de dire s'il y a une différence
entre Brian Warner et Marilyn Manson. Je trouve qu'au contraire,
il y a plus de Marilyn Manson dans cet album que dans n'importe
lequel de mes autres disques. Tu sais, j'avais commencé
à perdre mon identité l'année dernière.
C'est sûrement l'une des raisons pour lesquelles j'avais
d'ailleurs arrêté de faire de la musique, je me disais
qu'être Marilyn Manson n'était pas une bonne chose,
essentiellement à cause de ma relation amoureuse de l'époque.
J'étais convaincu que j'étais censé être
plus mature et responsable, tout ce qui va avec la vie d'homme
marié mais qui finalement ne semblait pas me convenir.
Du coup, mettre de moi-même dans cet album m'a aidé
à me sentir de nouveau moi-même. Je ne sais pas comment
on peut appeller ça, mais je dirais que cet album est la
vraie représentation de ce que je suis en tant que personne.
Dans tes précédents disques,
tu t'es toujours caché derrière des personnages
sans faiblesses. C'était difficile pour toi de révéler
ta fragilité sur 'Eat Me, Drink Me'?
M.M. : Je dois avouer que ce fut dur de s'y mettre. J'ai
quand même essayé pendant un an d'écrire des
chansons, alors que rien ne sortait. Mais une fois que j'ai commencé
à écrire ces morceaux, en novembre dernier, tout
est venu très vite. L'album était terminé
en janvier-février. Si j'avais su avant que j'étais
capable de faire ça, je l'aurais sans doute fait pour chacun
de mes albums. Mais d'un autre côté, je suis content
d'avoir attendu, parce que ça rend ce disque plus spécial
encore.
Il est spécial car il parle essentiellement
d'amour. Pour comprendre la portée de ces nouveaux textes,
est-ce que tu peux me dire s'ils ont été écrits
après ta rupture avec Dita Von Teese?
M.M. : Pendant et après. Cet album a été
écrit comme s'il s'agissait de mon journal intime. D'ailleurs,
ça commence dès la première chanson où
je dis : "6 am, Christmas morning" (6 heures du
mat', matin de Noël) et c'est vraiment à ce moment-là
qu'elle a été écrite. Il y a à la
fois un côté conte et mon histoire personnelle dans
cet album, ce que je n'ai jamais fait jusqu'à maintenant
dans mes chansons.
Dans le titre 'They Said That Hell's Not
Hot', tu dis : "I killed myself in small amounts / In
each relationship it's not about love / it's just another funeral
/ It's just another girl left in tears (Je me suis tué
à petit feu / Dans chaque relation amoureuse il ne s'agit
pas d'amour / C'est juste un autre enterrement / C'est juste une
fille de plus laissé en larmes)". Penses-tu que
l'Antéchrist ne peut pas aimer?
M.M. : Je ne sais pas. Cet album a une part de tragédie
et une part de romance. Le fait d'avoir trouvé une fille
qui soit aussi tragique que moi m'a fait comprendre qu'aussi malheureux
que je fus en raison de la mort de mon marriage, au moins je n'étais
pas mort en tant que personne. Cet album parle de la découverte
de l'amour, mais aussi du fait de tuer cet amour en même
temps.
Sur 'If I Was Your Vampire', tu parles de
cannibalisme d'une façon très romantique. Penses-tu
qu'une relation amoureuse est quelque chose qui dévore
les gens?
M.M. : Oui. Et à l'époque de l'écriture,
je n'avais jamais autant voulu être dévoré,
plutôt que de dévorer quelqu'un d'autre. Le meilleur
moyen de décrire ce que je ressentais était donc
de le faire à travers l'album. En général,
j'écris des chansons qui sont davantage des concepts que
des descriptions de mes sentiments, alors que cette fois-ci, mes
textes racontent vraiment ce que je ressens.
Sur 'Just A Car Crash Away', tu dis : "Love
is a fire that burns down everything (L'amour est un feu qui brûle
tout)". As-tu été consomé par l'amour?
M.M. : Je l'ai été et je le suis encore, mais la
situation est différente maintenant. Je suis amoureux d'une
fille en ce moment. C'est donc complètement différent.
J'étais dans un état d'esprit où je voulais
tout laisser tomber, et ce n'est que lorsque j'ai rencontré
quelqu'un d'autre qui voulait mourir avec moi, littéralement
je pense, que je n'en ai plus eu envie. Je me suis dit que j'avais
trouvé quelqu'un qui pouvait aller en enfer avec moi (rires).
Dans 'Heart-Shaped Glasses', tu parles d'une
fille aux yeux bleus. Est-ce cette fille dont tu es amoureux maintenant?
M.M. : Oui.
Tu peux nous confirmer qui c'est?
M.M. : Evan Rachel Wood. C'est ma girlfriend maintenant. Elle
est plus jeune que moi. Le titre 'Heart-Shaped Glasses' est une
blague entre elle et moi sur Lolita, un livre qui a eu une grande
influence sur cet album. Son auteur est Vladimir Nabokov, également
auteur de "l'Invitation Au Supplice', une œuvre majeure
qui m'a beaucoup inspiré.
Le fait de choisir 'Heart-Shaped Glasses'
comme single était-il un moyen pour toi de dire publiquement
à cette personne que tu l'aimes?
M.M. : Pas forcément. Honnêtement, j'ai eu beaucoup
de mal à choisir quel titre serait le single. Perso, j'aurais
préféré 'Putting Holes In Happiness', mais
je ne suis pas déçu parce que, finalement, n'importe
quel titre du disque m'aurait plus en tant que single. Généralement,
mes chansons romantiques sont violentes et sombres, mais je pense
que 'Heart-Shaped Glasses' est trompeuse dans le sens où
elle sonne très pop avec des paroles qui sont tout sauf
joyeuses.
Tu as récemment travaillé avec
James Cameron sur le clip de ce premier single. J'ai entendu dire
qu'il y avait beaucoup de filles nues dans cette vidéo...
M.M. : Eh bien (sourire)... Il y avait une grosse polémique
sur le plateau, parce que ça a été considéré
comme à la limite de la pornographie. Il y a effectivement
beaucoup de filles nues, mais le but n'était que de créer
une ambiance. J'ai essayé de le rendre très cinématographique
avec le thème du cœur qui est présent du début
à la fin. Il y a une scène qui se déroule
dans une pièce en forme d'artère, ça me fait
penser à la veine cave du cœur. Je ne peux pas te
raconter le reste car je n'ai pas encore vu le résultat
final, mais ce sera sans doute très impressionant car nous
avons utilisé la technologie 3D que James Cameron a inventé.
Mais en réalité, il n'était présent
qu'une journée sur les 4 jours de tournage.
Pourquoi avoir choisi James Cameron? Est-ce
parce qu'il a produit un documentaire controversé sur le
tombeau de Jésus?
M.M. : Disons que c'était une coïncidence positive,
mais la raison principale est qu'il est l'inventeur de cette nouvelle
technologie 3D.
J'ai vu que vous alliez travailler ensemble
sur un film, c'est vrai?
M.M. : Non. Il y a eu beaucoup de rumeurs parce que j'ai envie
de faire un film basé sur 'Eat Me, Drink Me' La chanson
'If I Was Your Vampire' m'a même inspiré un scénario.
Le jour où j'ai composé ce morceau, j'ai également
mis sur papier une idée de film.
Tu peux m'en parler?
M.M. : Tout s'est mélangé, on y retrouve d'ailleurs
Evan Rachel Wood. C'est sur l'amour entre elle et moi, tout comme
la chanson. C'est très orienté 'Bonnie & Clyde'
et 'True Romance'. Je conduis une voiture près d'une falaise
en feu et il pleut du sang (sourire)...
Ce n'est pas la première fois que
tes album t'inspire pour un film. A l'époque de 'Holy Wood',
tu avais annoncé que tu allais en faire un long métrage.
Qu'est devenu ce projet?
M.M. : Malheureusement, je n'ai jamais pu le mener à bien
car le scénario était trop violent et que je n'ai
pas pu le faire comme je le voulais. C'est essentiellement basé
sur le thème des kids, des armes et de la violence, en
réponse au massacre de Columbine. Je ne pense pas que ça
se fasse un jour car je devrais le faire d'une façon différente.
Cette idée de film sur 'Eat Me, Drink Me' est très
autobiographique, c'est presque moi en train de jouer mon propre
rôle. Je pense que ça va se faire très bientôt...
Autobiographique du point de vue de Marilyn
Manson ou Brian Warner?
M.M. : Je n'ai jamais considéré les choses sous
cet angle. Tu sais, personne autour de moi ne m'appelle Brian
Warner, alors je me vois essentiellement en tant que Marilyn Manson.
En ce qui concerne ton activité cinématographique,
il y aussi 'Phantasmagoria'. Où en est le projet?
M.M. : Je devais commencer le tournage au moment de la composition
de l'album, mais comme 'Eat Me, Drink Me' était presque
fini, on a décidé d'attendre la fin de la tournée
avant de commencer à filmer. Ça se fera en France,
très probablement en octobre.
Pour en revenir à 'Eat Me, Drink Me',
j'ai ressenti une grosse influence de Tim Skold. Quel a été
son rôle?
M.M. : Plus grand que le mien en ce qui concerne la musique, ça
c'est clair. Il a joué les guitares, la basse et le clavier.
Est-ce qu'on peut dire qu'il est devenu le
numéro 2 de Marilyn Manson?
M.M. : Oui, clairement.
J'ai l'impression qu'il y a un lien particulier
entre vous. Comment décrirais-tu ta relation avec lui,
comparé à ses prédécesseurs : Zim
Zum, Twiggy et John 5?
M.M. : Je pense que c'est le seul à avoir été
assez longtemps avec moi pour me comprendre suffisamment et pour
parvenir à composer une musique qui mette en valeur les
paroles que j'ai écrites, ainsi que mes performances vocales.
Il a d'ailleurs coproduit l'album avec moi. C'est lui qui, un
jour, lorsque je lui ai raconté ce qui se passait dans
ma vie, m'a dit : "Pourquoi tu n'en parlerais pas dans tes
chansons?" Pour cet album je suis allé jusqu'à
m'allonger sur le sol pour chanter. Ça s'est fait de façon
très naturelle. Nous sommes allé dans la maison
où j'ai emménagé à la fin de l'année
dernière. Je m'étais enfermé dans une pièce
à l'étage, je restais couché par terre et
c'est comme ça que j'ai enregistré le chant. Pas
mal de titres qui sont sur l'album sont issus des premières
prises.
La fait de chanter couché sur le sol
explique sans doute le désespoir qu'on ressent sur le disque
(silence)... Ça t'a aidé de faire cet album?
M.M. : Oui, c'est d'ailleurs la seule chose qui m'ai vraiment
aidé. Tu peux carrément entendre le changement qui
se produit en moi dans cet album. Les chansons sont presque dans
l'ordre où elles ont été chantées.
J'ai commencé avec 'If I Was Your Vampire' et je l'ai terminé
par 'Eat Me, Drink Me'.
Parlons de l'artwork. à quoi ressemblera
la pochette?
M.M. : La pochette est une photo de moi posant dans une pièce
de ma maison. D'ailleurs je vends cette maison pour aller vivre
ailleurs, car le passé y est trop présent. Les murs
sont recouvers de sang, c'est très dur à décrire,
c'est une photo très sombre. C'est très personnel,
comme ce disque. À l'intérieur de la pochette, on
trouve des documents et des papiers personnels, des photos de
mon bloc-notes où j'ai écrit les paroles. On voit
le processus création et les premiers jets rayés
et remplacés par de nouvelles paroles. Je trouve que ça
représente bien la façon dont l'album a été
composé.
En juin, tu seras en France pour une tournée.
Comment vas-tu interpréter ces chansons très personnelles
sur scène?
M.M. : Je pense que cette tournée sera beaucoup plus glam
rock et gothique, ça rappellera peut-être la tournée
de Mechanical Animals. Ce sera très théâtral,
j'ai d'ailleurs embauché le directeur artistique qui s'était
occupé de la tournée Diamond Dogs de David Bowie.
Pas mal des albums que j'écoutais pendant que je composais
cet album étaient des trucs comme Purple Rain de Prince
et Scary Monsters de Bowie. Je voulais me concentrer sur le côté
rockstar, être un chanteur. Je pense que pour cette tournée,
je n'aurai jamais autant insisté sur la performance scénique...
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