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Beaucoup de fans pensaient
que tu ne ferais plus jamais d'album. Quelle cause a déclenché
l'envie de mettre de côté le cinéma pour se
consacrer à un nouvel album?
M.M. : La cause principale était la nécessité
de rester en vie et sain d'esprit. J'étais heureux de faire
un film et de me dévouer à cet art mais à
présent, en regardant en arrière, je réalise
que la plupart des raisons qui me poussaient à arrêter
la musique étaient liées au fait que je n'étais
pas heureux de qui j'étais devenu. Et, malheureusement,
cela avait beaucoup à voir avec le fait d'être marié
et d'être dans une relation amoureuse qui se terminait.
J'étais perdu dans mes sentiments comme si tout ce que
je faisais ne me correspondait pas. Tout d'un coup, j'étais
quelqu'un d'autre qui était censé grandir, chose
qu'aujourd'hui, je ne suis plus supposé faire. Heureusement,
après avoir essayé pendant un an, j'ai créé
une chanson en novembre dernier. Je me suis remis à chanter
et j'ai réalisé que c'est ce que j'aimais faire.
Alors, j'ai mis entre parenthèse mon film, 'Phantasmagoria',
pour faire cet album. Mais je le reprendrai plus tard. Soudaienement,
j'ai eu ces tas d'idées qui ont germé dans mon esprit
et je suis redevenu créatif. Je me suis rappelé
que faire de la musique était ce que je voulais le plus
faire dans ma vie.
Nous venons de quitter 'l'âge d'or
du grotesque', comment qualifierais-tu la nouvelle ère
dans laquelle nous entrons avec 'Eat Me, Drink Me'?
M.M. : Je ne suis pas sûr qu'il s'agit d'une nouvelle ère...
Pour moi, cet album symbolise le regard différent que je
porte sur la romance, la tragédie, comme si tout était
marche ou crève. Je me suis plus ou moins identifié
à des films ou livres comme 'Bonnie & Clyde', 'Lolita',
'True Romance', tout ce qui pouvait symboliser le fait qu'une
personne est prête ou veut mourir pour une autre alors qu'elle
n'a certainement aucune raison de le faire car elle croit au bonheur
et à la romance. Alors, j'ai juste rassemblé tous
ces éléments dans la perspective de faire un album
qui a pour concept étrange ma vie. J'écrivais des
chansons sur un sujet qui venait de m'arriver le jour même
et je les chantais la nuit. Le lendemain, tout était terminé.
Je n'avais jamais écrit de la sorte auparavant. C'est vraiment
une façon très différente de composer.
Ce disque est arrivé assez vite puisque
tu as commencé à l'écrire à Halloween.
As-tu eu le temps d'aller aussi loin dans le concept que pour
tes albums précédents, tant au niveau de l'artwork
que des paroles?
M.M. : Les paroles se sont assemblées pendant la période
d'Halloween mais, avant ça, j'avais des bouts de textes
que je garde bien au chaud dans mes carnets. Je dois en avoir
une vingtaine sur lesquels je couche mes idées et dans
lesquels je pioche lorsque j'ai commencé à bosser
sur l'album, notamment à Halloween, je les ai étalés
tout autour de moi, c'est vraiment le chaos. En fait, je m'allonge
sur le sol avec un microphone que je branche sur un ampli. Tu
sais, c'est vraiment rudimentaire. Quand je chante, je garde parfois
la première prise même si je la retravaille par la
suite. Mais je voulais laisser aller les choses car la liberté
dans une interprétation est très importante. Cela
ne veut pas dire que les autres albums étaient plus produits
mais il s'agit d'une approche différente. A ce moment-là,
j'ai pensé que ma propre vie pourrait être le concept
de l'album. Par le passé, j'écrivais d'après
une idée et celle-ci devenait ce que j'étais alors
que cette fois-ci c'est presque opposé. La vie m'a apporté
différente situations et j'ai écrit sur ça.
J'étais dans une position où j'étais capable
de contrôler la fin du scénario. Et la finalité,
c'est un peu là où j'en suis actuellement. Heureusement,
c'est terminé car si ce n'était pas le cas, je serai
mort... Je veux dire au niveau des paroles.
L'année dernière, tu as été
pris dans le tourbillon de la dépression. Comment est-il
possible d'être aussi intelligent que toi et se faire avoir
par l'un de ces clichés du rock'n'roll?
M.M. : Tu touches un point essentiel très complexe. Quand
tu es suffisamment intelligent pour savoir pourquoi tu es dépressif,
tu le deviens encore plus. Parce que la grande raison de la dépression
c'est que tu te sens honteux. Tu as honte parce que tu sais que
tu ne devrais pas te sentir comme ça mais tu ne peux pas
changer ce sentiment et ça complique encore plus les choses.
Il m'était impossible d'expliquer ça à quelqu'un.
C'est pourquoi j'ai trouvé le moyen de le décrire
dans mes chansons. Je pense que les gens qui me connaissent et
qui n'ont pas su me comprendre pendant toute cette période
y parviendront un peu mieux.
Et t'arrive-t-il de concevoir l'art sans
souffrance?
M.M. : Non... Non. Je ne pense pas que ce soit nécessaire
mais, pour ma part, ce n'était pas un choix de me servir
de cette souffrance pour faire de l'art.
On dit de toi que tu es individualiste mais
ce nouveau disque est très axé sur les guitares.
Pourquoi as-tu laissé plus d'espace d'expression à
tes musiciens?
M.M. : Je pensais que ça m'aiderait pour ce que je souhaitais
chanter. Ça m'inspire vraiment d'écouter de la musique
très émotionnelle et tu sais les guitares lourdes
n'auraient pas pu aller aussi loin. Les guitares mélodiques
et les solos que tu retrouves tout au long de l'album étaient
importants pour faire sortir ça de moi et pour aller dans
la voie que je m'étais fixée. Je pense que la musique
avait besoin d'être en accord avec ma façon de composer.
Bien évidemment, il y a eu une collaboration étroite
entre moi et Tim Skold qui a fait toutes les guitares.
Quels aspects de ta personnalité as-tu
découvert avec cet album?
M.M. : Mon besoin de faire ce que je voulais en tant que chanteur
et de m'affirmer comme tel. Il y a une approche différente
lorsque je suis en studio et sur scène car lors d'un concert,
tu te produis pour des personnes et, en ce sens, il y a une meilleure
séduction. Je n'avais jamais procédé comme
cela. Je voulais que mes chansons parlent aux gens qui me sont
proches dans ma vie personnelle et non pas aux gens qui ne me
connaissaient pas car je voulais parler avec mon cœur. Mais
j'ai enregistré cet album de la même façon
que je perçois le live, avec les mêmes attentes,
car je voulais qu'il existe une séduction et non pas qu'une
exposition de colère spécifique que je n'avais jamais
abordée et ça a plutôt bien fonctionné
pour moi.
Tu parles de séduction, quelle chanson
de ton dernier album choisirais-tu pour séduire une femme?
M.M. : Je pense que toutes sont faites pour séduire (rires).
La première que j'ai écrite avec cette intention
à l'esprit était 'Evidence' donc je choisirais celle-ci
en priorité. Mais je pense qu'en général
l'album a été conçu pour être quelque
chose qui interpelle les gens car ils ne m'ont jamais entendu
comme ça auparavant et je voulais vraiment me prouver des
choses en tant que chanteur et compositeur.
En ce sens, voulais-tu prouver quelque chose
aux gens qui pensent que tu ne chantes pas bien lorsque tu es
sur scène car tu as eu pas mal de critiques à ce
sujet?
M.M. : Je ne sais pas vraiment. Je n'y ai jamais vraiment pensé
car, pour moi, la raison principale c'est que je voulais bien
chanter pour faire quelque chose qui m'exciterait et m'impressionnerait
vraiment, que ce soit que pour une personne ou pour des millions.
Penses-tu que cet album est une sorte d'adieu
à la musique? Penses-tu avoir tout dit?
M.M. : Non, au contraire, cet album m'a fait ressentir comme si
c'était un nouveau départ. Il y a quelques années
j'ai effectivement pensé quitter la musique mais concevoir
cet album m'a fait réaliser que la musique était
la chose la plus importante pour moi.
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