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'Eat Me, Drink Me' parle
essentiellement d'amour et d'une peur féroce de vieillir...
M.M. : J'ai toujours eu le syndrome de Peter Pan. Je ne redoute
pas vraiment de mourir ou de vieillir, mais plutôt de grandir
et de devoir prendre mes responsabilités, ce qui reviendrait
à nier qui je suis vraiment. Cet album a surtout un rapport
à l'immortalité, pas dans le sens où on ne
meurt jamais, mais dans celui de saisir un moment qui touche à
la perfection et ainsi lui créer un espace où il
restera toujours intact.
Cette fuite de l'état adulte est un
point que tu as en commun avec Lewis Caroll. Ton album est-il
lié à ton film sur lui, 'Phantasmagoria : The Visions
Of Lewis Caroll'?
M.M. : Comme moi, en quittant la peau de Brian Warner pour devenir
Marilyn Manson, il s'était créé un alter
ego pour effacer Charles Dodgson. Mais je ne relierais pas les
deux, mon film et mon album sont des œuvres vraiment différentes,
même si pendant l'écriture du dernier, j'avais le
premier dans la tête constamment. Ce qui peut m'avoir inconsciemment
inspiré chez lui pour l'écriture de 'Eat Me, Drink
Me', c'est la lecture de ses carnets intimes. C'est la première
fois, depuis le début de ma carrière, que j'écris
véritablement ce que je ressens et ce que je vis. Pour
le moment, le tournage du film est en suspens, je ne pouvais pas
travailler sur les deux projets en même temps.
Pourquoi t'être autant mis à
nu dans ce disque?
M.M. : Pour me retrouver. Depuis plusieurs années, je perdais
contact avec moi-même, malheureusement à cause de
Dita. Quand j'ai sorti 'The Golden Age Of Grotesque', je perdais
doucement goût à ce que je faisais, parce que, pour
elle, faire de la musique était comme une trahison. C'était
du temps que je ne passais pas avec elle. Je pense que Dita aimait
l'idée qu'elle se faisait de moi, mais pas qui je suis
réellement. Elle n'a jamais compris que mon travail, ma
musique, ma peinture ou mon film sont vitaux pour moi. C'est ce
qui fait que je me sens en vie. Elle me faisait tellement culpabiliser
de passer du temps dessus que quand je m'y mettais je me sentais
coupable en permanence et je n'étais plus créatif.
Je n'y arrivais plus. Mon marriage était en train de me
détruire, il m'obligeait à grandir, à devenir
reponsable, plus normal, et c'est quelque chose que je ne peux
pas faire. J'ai essayé parce que je suis toujours extrême
dans tout ce que je fais et je voulais que ça se passe
bien. Donc, j'étais vraiment prêt à abandonner
la musique.
Mais elle a fini par te rattraper...
M.M. : Je ne voulais pas vraiment lui échapper de toute
façon, je me mentais à moi-même. C'est aussi
pour ça que je me suis beaucoup concentré sur d'autres
formes artistiques comme la peinture ou mon film. Je tournais
le dos à la musique, parce que je ne m'aimais plus comme
chanteur, ça blessait trop ma femme. J'avais l'impression
d'être égoïste. En fait, ce n'était pas
la musique que je fuyais, mais moi-même. Je faisais une
croix sur tout ce que j'étais parce que c'était
devenu quelque chose de trop négatif. Aujourd'hui, je suis
vraiment dans l'optique inverse, ce disque me réconcilie
avec la musique et surtout avec le chant. Je pense que tous ceux
qui l'écouteront entendront que j'ai énormément
travaillé le chant, les tonalités. Ce sera d'autant
plus flagrand en live. Le but était aussi de faire une
musique spontanée avec un ressenti immédiat. Jusqu'à
présent, j'ai toujours eu tendance à faire des disques
tortueux et compliqués, non seulement parce que je suis
quelqu'un de compliqué mais aussi parce que ça me
permettait de choisir à qui je m'adressais. Aujourd'hui,
j'ai envie de parler à tout le monde, de partager. Ce disque
est une sorte d'engagement avec le reste du monde : je baisse
la garde et qui m'aime me suive. Mon rapport avec l'industrie
de la musique a, lui aussi, beaucoup changé. Au début,
tout le monde priait pour que je me calme et que l'album suivant
soit moins dérangeant, moins grinçant. Et c'était
toujours pire que le précédent. Je ne fais pas de
la musique pour faire plaisir à ma maison de disques, donc
j'ai tendance à ne surtout pas donner ce qu'on me demande.
Nous sommes arrivés au système inverse : tout le
monde s'est habitué à mes coups d'éclats
et à être choqué à chaque disque, c'est
donc avec beaucoup de plaisir que je leur donne tout l'inverse.
Peux-tu nous parler plus précisément
de la composition de 'Eat Me, Drink Me'?
M.M. : C'est Tim Skold qui a composé toutes les parties
guitare, et il l'a tellement bien fait que c'était un challenge
pour moi d'être au niveau avec ma voix. La musique existait
depuis au moins un an, mais les parties de chant ont mis beaucoup
de temps à exister. J'avais beau essayer encore et encore,
ça ne venait pas, je ne pouvais pas écrire une ligne.
Le seul moyen de me débloquer fut de quitter ma maison
et de me concentrer sur ce qui se passait dans ma vie pour en
faire une première chanson, 'Just A Car Crash Away'. Je
l'ai fait écouter à des amis et c'est en voyant
leurs réactions que je me suis à nouveau motivé,
j'ai vu qu'ils percevaient l'humanité et l'honnêteté
que j'avais mises dans mes paroles. Et surtout qu'ils m'acceptaient
comme ça, sans artifice, ce qui n'est pas évident
vu le poids de mon personnage. J'ai écrit cet album comme
j'aurais écris un journal intime, ce que je n'ai, par ailleur
jamais fait pour des raisons qui m'échappent. C'est Tim
qui m'a conseillé de le faire. Dans 'If I Was Your Vampire',
quand je dis "6.am, Christmas morning", ce
n'est pas une image, je ne m'étais pas encore couché,
c'était le matin de Noël et j'étais à
ce tournant étrange et excitant de ma vie. Tout ce que
je pouvais faire, c'était d'écrire des chansons,
et de faire en sorte qu'elles reflètent vraiment ma vie
à ce moment-là. J'avais besoin que les gens sachent
ce que j'avais en moi, c'est ça aussi l'art : montrer ses
tripes. Je me rends compte que c'est assez difficile pour moi
de parler de ce disque parce que j'ai fini de l'écrire
il y a très peu de temps, j'ai très peu de recul.
C'est la première fois depuis 'Mechanical
Animals' que tu montres ta sensibilité !
M.M. : Je voulais que les gens voient que je suis fragile, ça
ne me fait plus peur. Mon personnage, Marilyn Manson, est le fruit
de deux icônes, Marilyn Monroe et Charles Manson que le
monde ne connait plus que part leur nom, personne ne sait vraiment
qui ils sont et ça ne les intéresse pas. Je suis
devenu une icône à mon tour, mais je veux rester
un être humain, et surtout ne pas être réduit
à une image. Car c'est exactement ce qui a brisé
mon marriage. A présent, je veux montrer mon côté
humain. Beaucoup de journalistes pensent que je redeviens Brian
Warner, mais c'est une grosse erreur. Je suis Marilyn Manson,
mais un Marilyn Manson humain. J'ai ça en commun avec le
reste du monde qui pense que je n'ai aucun sentiment.
C'est assez drôle de se dire que, alors
que le monde entier essaie de te détruire depuis plus de
dix ans, la seule personne à y parvenir soit une femme
!
M.M. : En effet, les femmes sont mon talon d'Achille. L'Amérique
a eu beau essayer par tous les moyens de m'anéantir, elle
n'y est pas parvenue, parce que le plus dangereux pour moi, c'est
que j'ai envie de me tuer. Je suis le seul à pouvoir le
faire et j'en étais arrivé là avec mon mariage.
Si j'étais vraiment un vampire, ce n'est pas un pieu qu'il
faudrait m'enfoncer dans le cœur pour me tuer, mais une femme,
Je leur donne tout le crédit et le pouvoir possible et
je n'ai aucune honte à les mettre en avant. Quand j'aime,
je me donne entièrement. C'est le sens premier du titre
'Eat Me, Drink Me'. Le plus beau sacrifice que tu puisses faire
par amour c'est de te laisser consommer par l'autre, de se faire
dévorer autant au sens propre que figuré. C'est
mon vrai fantasme.
Et c'est également une femme qui t'a
permis de te reconstruire puisque tu as retrouvé l'âme
sœur en la personne d'Evan Rachel Wood...
M.M. : Oui. Dans 'Eat Me, Drink Me', on peut sentir les deux phases
par lesquelles je suis passé. D'abords la rupture avec
Dita et la tristesse qui s'est ensuivie, puis le fait que je retombe
amoureux et ma reconstruction. Quand j'ai recontré Evan,
c'est comme si j'avais trouvé ma jumelle. C'est une des
raisons qui m'ont poussé à me sortir de mon mariage
et de cet état de culpabilité dans lequel je pourrissais.
En me voyant en elle, j'ai vu ce que j'étais en train de
perdre, le moi qui disaparaissait. On est très semblables,
elle comprend ce que je vis et mon besoin organique de créer,
d'être un artiste. Je ne suis pas quelqu'un de facile à
vivre, je me couche quand le soleil se lève, je suis imprévisible
et surtout prêt à tout pour mon travail. Il faut
que je sois avec une personne qui comprenne tout ça. Notre
relation est très différente de celle que j'avais
avec Dita. J'étais pris au piège de l'amour, j'ai
voulu lui prouver mon attachement en l'épousant et je me
suis trompé. Le plus important, au final, c'est d'être
heureux et amoureux, et que ce soit siffisamment fort pour ne
pas avoir besoin de le prouver en l'officialisant. J'avais une
relation amoureuse très saine et solide avant de me marier.
La presse people fait d'ailleurs ses choux
gras de cette nouvelle liaison. Toi qui contrôle de près
ton image depuis toujours, tu ne fais rien pour empêcher
ça?
M.M. : Je peux toujours contrôler les choses, mais je me
fous sincèrement de ce que disent les gens. Ce n'est pas
moi qui ai décidé de faire de mon divorce un évènement
public. Avant de commencer la promo de 'Eat Me, Drink Me', je
n'ai fait aucune déclaration à ce propos. Ce sont
les journalistes qui veulent que j'en parle, et si je ne m'exprime
pas, ils inventeront. Donc je préfère dire la vérité,
même si, au fond, ça ne regarde ni la presse, ni
même mes fans. Il y a plein d'aberrations qui se dient sur
moi. Par exemple que Lindsay Lohan est ma meilleure amie, mais
ça ne m'intéresse même pas, je n'ai pas à
me justifier. D'autant plus que tout le monde a toujours dit n'importe
quoi sur moi et que je ne suis pas certain que ce soit beaucoup
plus grave de me faire passer pour un crétin d'Hollywood
que pour le responsable d'une tuerie d'adolescent. En revanche,
ce qui me dérange, c'est que je commençais à
avoir l'impression de faire partie de ces gens qui sont célèbres
juste pour l'être, sans aucun travail artistiques derrière,
ce que je refuse catégoriquement. J'ai écrit une
chanson là-dessus, 'Red Carpet Grave'. La célébrité
peut vite t'enterrer.
À force de vouloir être naturel
et humain, tu ne vas plus du tout être l'ennemi public n°1.
Ca ne va pas temanquer un peu de ne plus être vu comme le
diable du rock?
M.M. : Nous vivons dans un monde où il n'y a plus aucun
interêt à s'attaquer à qui que ce soit car
tout le monde est une victime. Tout est très politique
et sans issue. Donc, l'acte le plus puissant de rebellion que
je puisse accomplir, le plus étonnant en tous cas, c'est
de faire un album qui vient de l'intérieur et qui parle
de la condition humaine. Personne ne s'attend que je fasse ça,
et je n'ai pas envie pour le moment d'être celui qui se
lève pour tous les autres. Les gens seront choqués
de m'entendre parler de quelque chose qu'ils comprennent et partagent,
beaucoup plus que si je ressors mon discours antireligieux, comme
ces dernières années. J'aime l'idée qu'ils
soient troublés de découvrir que je suis comme eux,
ou plutôt qu'eux sont comme moi alors que, jusqu'à
présent, j'étais leur pire cauchemar. Cela dit,
même si je me tourne vers des thèmes plus humains
et universels, je reste Marilyn manson. Donc il ne faut pas s'étonner
que je puisse relier l'amour, le vampirisme et le cannibalisme.
Ce ne sont pas des images mais la façon dont je vis, c'est
ma vision du romantisme et de l'amour. Si je pouvais choisir ma
mort, je voudrais être dévoré par la personne
que j'aime.
À quoi peut-on s'attendre sur la prochaine
tournée?
M.M. : Il est clair qu'avec le nombre d'années que j'ai
passé sur scène et ma tournée de singles
pour 'Lest We Forget' il y a certains titres dont j'aimerais me
débarrasser parce que je m'en suis lassé. Je sais
que mon public a envie de les entendre, donc je pense que je me
contenterai de supprimer 'Sweet Dreams' de mon set. Quand je vais
à un concert, ce qui arrive très rarement, je n'aime
pas que le groupe ne joue que son dernier album. Cela-dit, je
vais, malgré tout, laisser une grande place à 'Eat
Me, Drink Me', car ce disque m'a presque sauvé la vie.
S'il n'existait pas, je n'existerais plus non plus. Lorsque j'ai
écrit 'If I Was Your vampire', j'ai immédiatement
su qu'elle ouvrirait le concert, elle est très puissante.
Musicalement, je souhaite retrouver l'ambiance rock'nroll et glamour
de la tournée 'Mechanical Animals'. Je vais donc mettre
de coté 'The Golden Age Of grotesque' et me concentrer
sur des vieux titres. Aux Etats-Unis, nous allons tourner avec
Slayer, car je pense qu'il est grand temps de ramener le coté
sombre du rock. Même si musicalement et visuellement nous
sommes très différent, je pense que notre but est
le même : comme Justin Timberlake qui voulait 'Bring The
Sexy Back', nous allons "bring the devil back". Ce sera
très dark et théâtral.
Ton premier clip pour cet album, 'Heart-Shaped
Glasses' promet d'être très cru...
Une chose est sûre, c'est que la peinture m'a beaucoup aidé
à mettre mes chansons en images. Et je trouve que 'Eat
me, Drink Me' est un album très visuel, on peut imaginer
les chansons physiquement rien qu'en entendant les paroles. Je
suis très attaché à tout ce qui touche ma
musique, donc c'est moi qui ai réalisé le clip.
Je suis le premier à tester la technique 3D de James Cameron
(qui devait réaliser le clip mais qui s'est finalement
retiré, ndlr) qui n'a, pour le moment, été
utilisé qu'au cinéma. Elle permet de voir de la
3D sans avoir besoin de lunettes adaptées. Le clip est
très sexuel et subversif, ce qui est assez ironique quand
on sait quela 3D est essentiellement utilisée pour les
films d'animation pour enfants. Il met en scène Evan Rachel
Wood et se passe en partie dans une sorte de chambre que je voulais
faire ressembler à une artère, pour finir dans une
tempête de sang. Il a un côté très 'True
Romance' avec une vision abrupte de l'amour et du romantisme,
mais c'est comme ça que je vois les choses. C'est très
Marilyn Manson en fin de compte.
On a beaucoup entendu parler de projets de
merchandising portant ton nom : du maquillage, du parfum, de l'alcool.
As-tu envie de faire du nom Marilyn Manson une marque?
M.M. : On m'en a beaucoup parlé, surtout à propos
de mon nom pour de la cosmétique, mais ce n'est pas quelque
chose que j'ai envie de faire de manière égocentrique,
juste pour voir écrit Marilyn Manson sur un n'importe quoi.
Il faut que ça soir un produit qui me tienne à coeur.
Cela fait maintenant plusieurs années que je bois de l'absinthe,
et je voudrais en effet créer ma propre marque (il
a offert un prototype de bouteille sous la marque Mansinthe au
responsable du Festival de l'absinthe de Pontarlier, ndlr).
Mon but est de réhabiliter cette boisson dans sa plus pure
tradition, car elle a une histoire très intéressante.
Ainsi, comme je les invite à la faire avec le titre 'Eat
Me, Drink Me', les gens pourront me boire !
Tu as choisi Paris pour faire une exposition
de tes peintures il y a deux ans, quel rapport as-tu avec la France?
M.M. : La plus grosse partie de mon inspiration vient de chez
vous. Je me sens beaucoup plus proche de vous que des Américains,
nous partageons la même culture et beaucoup de valeurs.
C'était très important pour moi d'exposer à
Paris, d'autant plus dans un lieu haut en histoire comme l'Hôtel
Lutetia. L'ambiance même de l'exposition n'était
pas la même qu'aux États-Unis. Pour ma dernière
expo en Floride, j'ai vendu beaucoup de toiles. J'ai l'impression
que les visiteurs sont plus intéressés par l'idée
de posséder une de mes toiles que de comprendre l'art.
Il y a beaucoup d'artistes français dont je suis proche
: Jean-Paul Gaultier, les photographes Pierre et Gilles, qui m'avaient
pris comme modèle avec Dita, Gaspar Noé, Vanessa
Paradis. J'aimerais collaborer avec des Français, surtout
en ce moment où je me sens prêt à m'ouvrir
sur le monde. Je pense aussi que c'est en France que je terminerai
le tournage de 'Phantasmagoria : The Visions of lewis caroll'.
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