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T'as
l'air épuisé.
M.M. : Ouais. Je me suis réveillé à sept
heures ce matin et j'ai essayé de trouver quelqu'un avec
qui parler, mais y avait personne. J'ai tourné en rond
comme un lion en cage. Alors, j'ai appelé Missi [sa petite
amie]. Il y a quelque chose qui cloche avec les gens qui m'aiment,
alors que je ne suis vraiment pas un type aimable.
Ça te dit une ligne?
M.M. : Je pourrais me faire une ligne, et puis...
...voir si t'en as besoin d'une autre.
M.M. : En fait, y faut pas commencer.
Mais tu en as toujours besoin d'une autre.
M.M. : Ouais, si on commence, on peut pas s'arrêter,
question d'équilibre [reniflements].
Racontes-nous comment t'as fini par quitter
Fort Lauderdale.
M.M. : Bon, ça s'est passé au moment où
j'ai décidé de racourcir le nom du groupe en Marilyn
Manson, en fait tout le monde nous appelait comme ça. Le
groupe commençait à sortir de sa période
BD pour prendre une tonalité plus sérieuse. Différents
labels s'intéressaient à nous. Epic nous avait fait
venir à New-York pour un showcase. On avait été
dragués par Michael Goldstone, le type qui, à l'époque,
venait juste de signer Pearl Jam. Leur album était pas
encore sorti : je suis tombé dessus et j'ai trouvé
ça très médiocre. C'est vrai qu'en même
temps, j'idéalisais notre musique, j'anticipais notre succès.
Mon égo en a pris un coup lorsque Epic a fini par nous
dire qu'ils n'aimaient pas ce qu'on faisait. La déception
a été énorme, parce qu'on avait craqué
les trois quarts de notre pognon pour aller à New-York.
Comment en es-tu arrivé à travailler
avec Trent Reznor?
M.M. : Tout a commencer le jour de notre retour, on était
presque fauchés. Missi et moi, on est passés au
magasin de disques où j'avais travaillé pour acheter
'Broken' de Nine Inch Nails qui était sorti le jour même.
Je me disais que ça faisait un moment que je n'avais pas
eu de nouvelles de Trent; on avait pourtant l'habitude de s'appeler
de temps en temps, juste histoire de se dire bonjour, de garder
le contact. Pendant que j'écoutais le disque, j'ai reçu
un coup de téléphone du manager de Trent, qui me
demandait de lui envoyer des démos (Ce genre de coïncidences
m'arrive toujours et me porte à croire que tout vient à
point). Je savais pas pourquoi il voulait une démo. Peut-être
simplement pour l'écouter. Quelques jours plus tard, j'ai
reçu un coup de fil.
"Salut, c'est Trent." Et je réponds un truc comme
: "Hé, qu'est-ce qui se passe?"
Et il me répond : "Bon, tu devineras jamais où
j'suis. J'habite dans la maison de Sharon Tate." C'était
marrant, parce que la première fois que je l'avais rencontré,
je lui avais dit que l'un de mes rêves était d'enregistrer
'My Monkey', version très personnelle d'une chanson de
Charles Manson, dans la maison de Sharon Tate. Je n'y croyais
pas : voilà que Trent y était.
Et du coup, tu as signé
sur Nothing?
M.M. : En fait, je savais pas encore que Trent démarrait
un label. Nous avons juste traîné, passé du
bon temps, c'est comme ça qu'on est devenu de plus en plus
proches, et que notre amitié a commencé.
Tu as des souvenirs
précis de cette époque?
M.M. : Je me rappelle le soir où Trent
a plaqué sa copine, une riche adolescente tellement entichée
de lui qu'elle s'était fait tatouer ses initiales sur le
cul. Nous sommes allés au Smalls, un bar de L.A. où
on a rencontré des filles (aujourd'hui, je voudrais même
pas qu'elles sortent mes poubelles). Mais, à cette époque,
elles me semblaient être le genre de gonzesses qui valaient
le coup parce que je ne connaissais pas mieux. En fait, on était
pas spécialement attirés par le sexe. On voulait
juste s'amuser comme de nouveaux copains. On a donc ramené
ces deux horreurs chez lui; je me souviens que l'une d'entre elles
s'appelait Kelly, ce que je trouvais intéressant, car ce
prénom, tout comme son visage, pouvait appartenir à
une fille ou à un garçon. On a tourné une
vidéo que j'ai perdue depuis. Je sais juste qu'elle s'appelait
'Le trou du cul de Kelly'. Tu dois deviner pourquoi.
Non. Explique-moi.
M.M. : Ben, on leur a joué
un des mauvais tours qui m'ont rendu assez célèbre.
Il faut remplir à ras bord un grand verre de tequila pour
ton adversaire, ou ta victime, puis tu te remplis un verre de
bière en faisant croire à l'autre que c'est aussi
de la tequila. Tu le persuades de boire son verre cul sec à
en vomir, à en perdre connaissance, et puis tu le laisses
souffrir le martyre. On m'a fait ce genre de blague lorsque j'étais
plus jeune. Comme d'habitude, cette sale blague a marché;
Kelly et sa copine étaient bourrées, elles couraient
autour de la pelouse où Sharon Tate et ses amis avaient
été assassinés. Elles ont sauté dans
la piscine et, bizarrement, j'ai suivi. C'est pourtant un truc
que je n'aime pas faire parce que je ne sais pas nager. Bref,
j'étais dans la piscine en compagnie d'une morue, il n'y
a que comme ça que je peux la décrire. Elle sentait
aussi fort qu'un marsouin et elle ressemblait à un monstre
marin. Pour essayer d'animer la soirée, j'ai proposé
: "Et si on jouait à colin-maillard, on vous met un
bandeau sur les yeux, et vous essayez de reconnaitre les gens
qui vous touchent."
Du coup Trent et moi, on attire notre morue dans le salon, tandis
que l'autre fille s'est déjà évanouie et,
avec un peu de chance, noyé dans son vomi. On a bandé
les yeux de la créature marine. Non, en fait, on lui a
juste noué une serviette autour de la tête, son visage
était recouvert et nous nous sentions plus à l'aise.
Non pas que son corps était mieux que sa gueule. C'était
terrible, j'en ai encore honte rien que d'en reparler. On a commencé
à lui pincer le bout des seins tout en lui carressant l'entrecuisse
pour voir ce qu'il se passait. On rigolait parce qu'on était
tous les deux bourrés certes, mais pas autant qu'elle.
En fond sonore passait un album de Ween dont les paroles étaient
: "C'est ta pointure, fais-là jouir..." tandis
que le jeune Trent Reznor et moi-même fourrions nos doigts
dans la cavité fertile d'une étrange femme-poisson
à la recherche de caviar. On a fini par se retrouver confrontés
à un nodule étrange : un duvet blanc ou un grain
de maïs qu'elle avait sur la partie extérieure du
rectum. On était horrifiés, on s'est regardés,
choqués, dégoûtés. Mais il fallait
qu'on avilisse jusqu'au bout cette pauvre créature innocente.
J'ai donc pris un briquet et j'ai commencé à lui
brûler les poils du pubis. Ca lui faisait pas mal, mais
l'odeur qui s'en dégageait n'a amélioré en
rien la qualité de l'air ambiant. Malheureusement, il n'y
a eu aucune apogée à cette histoire, si ce n'est,
je pense, qu'elle avait seulement besoin de se faire cajoler,
et on est alors partis en courant.
A-t-elle fini par vous avoir?
M.M. : Je crois que Trent aurait pu
finir par se la faire parce qu'il a une certaine attirance pour
les femmes douteuses. On a tous un penchant à embarquer
des filles moches en se disant qu'elles seront moins moches le
lendemain matin. Mais, immanquablement, elles se révèlent
encore pires. Là, je suis allé me coucher en espérant
oublier cette histoire. C'est ce qui s'est passé le lendemain,
et ça nous a rapprochés, Trent et moi : il m'a expliqué
qu'il démarrait son propre label Nothing, au travers d'Interscope
Records, et qu'il voulait que sa première signature soir
Marilyn Manson. Je pensais que c'était le meilleur label
possible pour nous, car Trent en avait tellement marre des mauvaises
expériences avec son ancienne maison de disques, TVT, que
l'une de ses priorités était de ne jamais décevoir
ou maltraiter les groupes accueillis sur Nothing. Trent m'a dit
avoir été particulièrement impressionné
par 'Live As Hell', une des démos qui étaient sorties
à l'époque. Nous l'avions enregistrée dans
une station de radio de Tampa Bay, et le son était complètement
pourri. Notre batteur de l'époque, Freddy the Wheel [Sara
Lee Lucas], avait un rythme aussi impressionnant que le trou du
cul de Kelly.
Parle-moi
de l'enregistrement de ton premier album, 'Portrait Of An American
Family', qui, l'année dernière, a été
élu meilleur album de l'année par nos lecteurs.
M.M. : Au départ, ça
a été une véritable catastrophe. On est allés
enregistrer à Hollywood, en Floride, aux studios Criteria
qui appartiennent aux Bee Gees. Le type avec qui on travaillait
s'appelait Roli Mossiman, un personnage plutôt étrange.
Je sais plus s'il était suisse ou allemand - en tout cas,
il venait d'un pays où la brosse à dents n'existe
pas. Il lui restait six - peut-être sept - dents dans la
bouche. Et il en a perdu deux au cours de l'enregistrement. Pourries,
elles tombaient tout naturellement et ça l'empêchait
pas de fumer. Et tu sais ce que je ressentais?
Ton manager m'a dit que tu
le méprisais.
M.M. : Exact. En studio, Roli
s'amenait la cigarette au bec et cherchait à partir le
plus rapidement possible. Il arrêtait pas de nous raconter
comment c'était lorsqu'il faisait partie des Swans, ce
qui était une des raisons pour lesquelles nous l'avions
choisi. En fait, il travaillait entre cinq et six minutes par
jour. Lorsqu'on a enfin fini, Roli a fait exactement le contraire
de ce que j'attendais de lui. Je pensais qu'il allait ajouter
une touche sombre. Mais il essayait d'arrondir les angles, pour
nous faire ressembler à un groupe pop, ce qui ne m'intéressait
pas du tout, à l'époque. Le disque que nous étions
en train de faire avec lui allait être terne et sans âme.
Trent, pensant la même chose, s'est porté volontaire
pour nous aider à réparer ce qui avait été
abîmé.
Et le groupe est parti à Los
Angeles?
M.M. : Non, dans un premier
temps, j'y suis allé tout seul pour essayer de remixer
les morceaux qui me semblaient récupérables. Il
m'est arrivé un truc bizarre un jour où je me suis
senti prêt. J'ai appelé en Floride pour parler
à Daisy, et je suis tombé sur Pogo. Il m'a dit qu'il
étaient au Squeeze et raides d'équerre. Daisy ne
tenant pas l'alcool, il s'était écroulé et
éclaté la tronche. Il s'était ouvert le menton
et avait perdu la mémoire. En se réveillant, il
ne savait plus qui il était et n'arrêtait pas de
dire : "Où est ma voiture? Où est ma voiture?"
Il était persuadé d'avoir eu un accident de voiture.
Quand je l'ai appelé, on aurait dit quelqu'un d'autre.
Je pouvais pas communiquer avec lui. Il comprenait pas ce que
j'essayais de lui dire et savait probablement pas qui j'étais.
Les médecins lui ont annoncé qu'il avait une bulle
d'air dans le cerveau.
Y avait-il des tensions dans le groupe à
cette époque?
M.M. : C'est Trent qui
m'a vite fait observer qu'il y avait des problèmes dans
le groupe. Il avait remarqué, comme tous ceux qui travaillaient
avec lui, que Freddy The Wheel était un de nos points faibles.
Brad Stewart était lui aussi encore dans le groupe, et
je savais qu'il était un autre point faible surtout depuis
ses trois ou quatre overdoses. J'étais sur le point de
le virer pour le remplacer par Twiggy Ramirez. D'autre part, pas
mal de gens aiment pas Daisy, non seulement à cause de
son caractère caustique, mais ils trouvaient également
qu'il n'avait pas une technique extraordinaire - personnellement,
je trouvais qu'il jouait pas mal et j'avais jamais de problèmes
avec lui. Je savais que nous étions aux portes du succès,
mais je n'étais pas satisfait. Marilyn Manson n'était
pas le groupe qu'il pouvait être. Je savais que je devais
faire un tour en enfer pour amener le groupe là où
je voulais. Je ne suis toujours pas revenu de l'enfer. Vous savez,
la seule façon d'en sortir, c'est de vraiment toucher le
fond.
Je suis désolé. Une autre ligne?
M.M. : Sniffer la poudre? [Bruits de couteau, reniflements.]
On en était où?
On parlait de Daisy.
M.M. : Lorsque Daisy est sorti de l'hôpital, on lui a dit
: "Ramène-toi. Viens écouter les mixes. Il
faut qu'on cale les autres chansons." Le jour où il
était censé venir, il a raté son avion et
est arrivé en retard. Il est entré dans le studio,
c'était la première fois que Trent se trouvait face
à lui. Trent lui a dit bonjour, et Daisy, aggressif, a
commencé à jouer au lèche-cul. Comme d'habitude,
on avait l'impression qu'il s'était passé de la
graisse sur le visage et les cheveux. Le gamin avait besoin de
Stridex. Bon, il entre, avec sa tête d'adolescent boutonneux
et coléreux. Trent lui balance : "Tu veux écouter
les mixes?" Et Daisy lui répond : "Non, je vais
fumer une clope." Il s'est montré crétin d'entrée
de jeu et ça me rendait mal à l'aise parce qu'il
fallait que je prenne sa défense. Lorsqu'il a enfin entendu
les mixes, Daisy ne leur a prêté aucune attention
et n'a fait aucun commentaire. Il s'est contenté de nous
prendre la tête avec ses foutus projets musicaux. On a quasiment
passé le mois suivant à essayer de réenregistrer
des chansons et à arranger les choses. Et on a tous compris
qu'il n'était pas facile de travailler avec Daisy. Il était
têtu, incapable de se souvenir d'aucune chanson de l'album.
Il se contentait de gérer son agenda personnel de musicien.
Il voulait nous déballer toutes ses qualités. Faire
ce disque a parfois été frustrant. Mais on s'est
surtout bien amusés. C'était nouveau. La vie semblait
valoir la peine d'être vécue. Pendant que nous travaillions
sur 'Portrait', Trent commençait son album, 'The Downward
Spiral'. On a passé de bons moments à bosser ensemble.
C'était exactement comme ça que j'avais envisagé
de faire de la musique. Tout le monde était bien avancée
et, à part Brad Stewart qui était à fond
dans l'héroine, je ne me souviens pas que quiconque se
soit drogué. J'en avais marre du monde entier, de tout
ce qui ne faisait pas partie de ma vie, de ma façon de
voir la vie des autres. C'était bien d'être idéaliste.
Je n'avais pas encore été balafré par les
maladies vénériennes, les drogues et les tournées
qui allaient suivre.
En as-tu gardé de bons souvenirs?
M.M. : Ouais. Dans le studio, il y avait une grande baie vitrée
d'où on pouvait voir la salle d'enregistrement et une nuit,
on a eu envie de s'amuser un peu. On a scotché 150 dollars
sur la porte intérieure du studio - en fait Trent et moi
avions mis chacun 75 dollars. Pour remporter cette somme, il suffisait
de sortir du studio qui se trouvait sur Santa Monica Boulevard,
là où dès la tombée de la nuit se
retrouvaient, telles des blattes hermaphrodites, tous les prostitués,
travestis ou transsexuels. Le jeu consisitait à en lever
un (ou une), et à le ramener au studio. On est donc tous
sortis faire un tour. Il y avait énormément de clients
en voiture qui semblaient n'avoir aucun problème pour en
lever. Mais, les putes ayant visiblement peur de nous, on est
rentrés, frustrés, et on a mangé. Pogo, qui
avait un look de skinhead agrémenté d'une longue
barbiche, est allé dans la salle de bains pour se raser
la tête. Il trimbalait toujours sur lui du maquillage de
clown, car il lui arrivait souvent d'aller se ballader déguisé.
Il s'est grimé comme Gene Simmons et est sorti tout seul.
Nous avions commencé à enregistrer quelques morceaux,
lorsque soudain Pogo est entré dans le studio au bras d'un
être androgyne. Dans la cabine, on a eu juste besoin d'ouvrir
les micros de la batterie pour entendre leur conversation. Cette
personne s'appelait apparemment Marie, et d'où on était,
elle ressemblait plutôt à une femme, pas mal en plus,
du moins pour une prostituée. Mais en la regardant plus
attentivement, on pouvait voir sous ses bas résille des
plaies sur ses jambes qui ressemblaient à des brûlures
d'énormes cigares ou d'autres sévices dont nous
ne voulions pas entendre parler. Finalement, elle était
plus maligne que nous ne pensions. Elle savait qu'on était
en train de mater et a demandé une rallonge. On n'était
pas d'accord, alors Pogo a disparu dans une autre pièce
et, d'après ce que j'en sais, il s'est branlé sur
les seins d'un homme - je ne sais pas danq quelle catégorie
le placer... autre que dépravé, bien sûr.
C'était pas angoissant de travailler
dans la maison de Sharon Tate?
M.M. : Un truc bizarre est arrivé pendant que nous mixions
'Wrapped In Plastic'. Cette chanson parle d'une famille américaine
moyenne qui recouvre son canapé d'un housse en plastique
et se pose la question : "La poussière sera-t-elle
dehors ou dedans?" Il arrive souvent que les gens qui
semblent être propres sur eux soient en fait très
sales. On utilisait un ordinateur parce qu'on avait beaucoup de
samples et de séquences. Pendant qu'on travaillait sur
ce titre, des samples de 'My Monkey', une chanson de Charles Manson,
se sont incrustés dans le mix. Brusquement, on entendait
la phrase : "Pourquoi un enfant grandit-il, et finit
par tuer maman et papa?" On ne comprenait pas ce que
ça venait faire là. Le refrain de 'Wrapped In Plastic'
étant : "Viens chez moi, on espère que
tu vas rester." J'étais le seul dans la maison
de Sharon Tate en compagnie de Sean Beaven. On était totalement
paniqués et on se disait des trucs du genre : "Cette
nuit est la dernière." Le lendemain, tout était
rentré dans l'ordre. Les samples de Charles Manson n'étaient
plus sur la bande. Il n'y avait aucune explication logique ou
technique au fait qu'elles y aient été. Ce simple
évènement surnaturel m'avait fait flipper.
Pourquoi penses-tu que ce soit si branché
pour des musiciens de faire référence à Charles
Manson?
M.M. : Ça me gonfle. Axl Rose a été attaqué
de toutes parts parce qu'il avait enregistré une chanson
de Charles Manson; je vais vous expliquer comment il a eu l'idée
dans une minute. Lorsque Trent vivait dans la maison de Sharon
Tate, j'avais l'impression d'être le Marilyn Manson qui
prenait en marche le train de Reznor, ce qui est assez drôle.
Mais je n'en voulais pas à la terre entière. Je
m'en foutais. En effet, c'était une occasion unique d'enregistrer
là, de dormir là et de flipper à cause des
fantômes qui vivaient là.
C'est une bonne raison. Encore une petite
ligne?
M.M. : D'accord, mais c'est la dernière. Alors ce qui s'est
passé avec Guns N'Roses : un soir, Trent m'avait traîné
à un concert de U2 et, backstage, j'ai rencontré
Axl Rose. Il était névrosé, il me parlait
de ses problèmes psychologiques, de son dédoublement
de personnalité, pendant que je me disais : "Ce mec
est complètement naze." Mais comme je suis du genre
plus que fervent, j'ai commencé à lui parler de
mon groupe et je lui ai dit : "Tu sais, on fait une chanson
qui s'appelle 'My Monkey', c'est une adaptation d'un titre de
'Lie', l'album de Charles Manson." Et il me fait : "Jamais
entendu parler." Je lui réponds : "Tu devrais
le trouver, c'est cool." Et puis, environ six mois plus tard,
Guns N'Roses sort 'The Spaghetti Incident', où Axl Rose
fait une reprise de 'Look At Your Game, Girl' tiré de l'album
'Lie'. Il s'était mis tout le monde à dos, surtout
la sœur de Sharon Tate. On a fini notre album peu de temps
après. Dessus, il y avait 'My Monkey', le titre sur lequel
chante Robert Pierce, un môme de cinq ans. L'ironie se trouve
là : pour lui, il ne s'agissait que d'une innocente comptine,
alors que pour tout le monde, c'était une histoire horrible.
Une fois l'album plié, j'ai reçu un coup de fil
de Trent et de John Malm, le manager de Trent et le responsable
de Nothing Records. Ils étaient du genre : "Écoute,
t'es d'accord pour sortir l'album en virant 'My Monkey'?"
Je leur ai demandé pourquoi. Ils m'ont répondu :
"Intersope a eu des problèmes à cause de la
version merdique d'Axl Rose et ils sont obligés de verser
tous les bénéfices du titre aux familles des victimes."
J'ai dit : "Ça ne me pose aucun problème. Expliquez-moi
simplement ce qui va se passer." (Le texte n'était
pas entièrement de Charles Manson. Je lui avais juste emprunté
quelques phrases, le reste était de moi). Finalement Interscope
a insisté pour virer ce titre, j'ai fini par leur dire
non, si bien qu'ils n'ont plus voulu sortir l'album. Tout d'un
coup, on était passé du statut d'espoir de la scène
du sud de la Floride, à celui de seul groupe qui ne sortirait
jamais, de nouveau un groupe local sans label. Ça craignait.
C'est la pire période de ma vie parce que le disque était
fait et que tout le monde l'attendait dans les bacs. Pendant ce
temps, mon premier bassiste avait monté un groupe, Collapsing
Lungs, signé sur Atlantic. Ils nous prenaient de haut parce
qu'ils étaient persuadés de devenir d'énormes
rock stars. C'est à la même période qu'on
a viré Brad, son remplaçant. Il était dans
l'héroïne jusqu'au cou et on passait plus de temps
à s'occuper de lui qu'à répéter. À
cette époque, je me sentais vraiment frustré. J'étais
prêt à tout arrêter. Je pensais que c'était
terminé, que mes idées étaient trop fortes
pour les gens. J'ai même pensé trouver une autre
forme d'expression, tout en sachant qu'une année ou deux
seraient bénéfiques à ma musique.
Comment Interscope est-il revenu à
la charge?
M.M. : Lorsque tout allait de travers, Trent nous a soutenus et
nous a pas laissés tomber. Il nous disait de ne pas nous
en faire car il avait la possibilité de sortir un album
sur n'importe quel autre label, ce qui faisait partie de son contrat
à Interscope, même si, techniquement, Interscope
possédait Nothing. Guy Oseary, de Maverick Records [le
label de Madonna], est donc venu nous voir, accompagné
de Freddy DeMan, le manager de Madonna. Le truc le plus marrant
qui s'est passé avec ces deux types, c'est la première
question qu'ils m'ont posée après le show : "Eh,
les mecs, vous êtes juifs?" Notre clavier leur a dit
: "Ouais, j'suis juif, mais j'suis pas croyant et pas pratiquant."
Et ils ont répondu : "Ouais, OK, c'est cool, ça
va coller entre nous." Ça semblait rouler. Ils sont
repartis pour New York et ont appelé notre manager deux
jours plus tard en lui disant : "Nous n'avons aucun problème
avec l'image de Marilyn Manson, ni avec ses tatouages, ni avec
son mélange d'occultisme et de satanisme. Mais il faut
qu'on sache un truc. Manson a-t-il des tatouages de croix gammées?"
Il leur a répondu : "Non. Vous parlez de quoi?"
Ils ont dit : "On voulait vérifier qu'il n'y ait pas
de messages antisémites parce qu'on ne veut pas les cautionner."
Alors que je m'acharnais à mettre en évidence les
opprimés, je ne comprenais pas comment il pouvait se tromper
à ce point sur le sens de mon message. La situation était
vraiment étrange. Après avoir contrôlé
mes tatouages, ils nous ont proposé un deal. Chez Interscope,
ça a dû être comme si on leur avait mis un
pétard dans le cul parce qu'ils sont revenus immédiatement
à la charge, en nous disant : "Écoutez, on
est d'accord pour sortir le disque et vous donner une grosse avance."
On a accepté parce que, depuis le début, on voulait
être sur Intersope, j'avais confiance dans ce label. J'ai
d'ailleurs toujours confiance. En fait, ils avaient un deal avec
Time Warner et c'est eux qui nous ont mis des bâtons dans
les roues.
Et du coup, Interscope t'a autorisé
à mettre 'My Monkey' sur l'album?
M.M. : Oui, mais on a continué à avoir des problèmes.
Je voulais mettre dans le livret une photo de moi enfant, allongé
nu sur le canapé. Lorsque tu veux expliquer quelque chose
aux gens, leur première réaction est de saisir en
quoi ça les concerne. Et c'est ce qui s'est passé
avec les avocats d'Interscope lorsqu'ils m'ont dit : "D'abord,
cette photo va être considérée comme de la
pornographie pédophile, et non seulement les magasins qui
vendront l'album auront des ennuis, mais nous allons devoir payer
pour ça." Ils m'ont expliqué que si un juge
tombait là-dessus, il prétendrait qu'il s'agit du
cliché d'un mineur pouvant inciter à des pratiques
sexuelles interdites, donc considéré comme acte
de pédophilie. J'ai répondu : "Je suis complèterment
d'accord. Cette photo a été prise en toute innocence
par ma même, un acte très naturel. Mais si vous considérez
ça comme de la pornographie, en quoi suis-je coupable?
C'est vous que ça fait bander. Pourquoi on vous punit pas
vous?" C'est exactement ce que je veux montrer. La morale
populaire est stupide. Dès que ça les excite, c'est
pas bien. [Manson fouille dans ses bagages et sort le livret
original de l'album. Il n'y a aucun texte, juste la reproduction
d'une peinture d'un clown en couverture.] Tu vois, on avait
une toile de John Wayne Gacy représentant un clown sur
la couverture. Regarde l'autre photo à l'intérieur.
Une de mes photos préférées et je ne m'en
suis jamais servi. C'est une de ces poupées des années
soixante, on tire une ficelle qui est dans son dos et ses yeux
s'agrandissent en changeant de couleur. Autour d'elle, il y a
un cercle composé de dents de sagesse, de bonbons, de pastilles
de menthe et de polaroïds d'une fille mutilée. J'avais
truqué la photo sans que ça se voie. Ils m'ont tout
de suite appelé pour me dire : "Écoute. D'abord,
on ne va pas imprimer ce genre de photo et, surtout, on ne peut
pas le faire à moins que tu nous fournisses un nom et une
déclaration sous serment de la personne qui est sur le
cliché. Sinon, on va finir en taule." Ils étaient
persuadés que la photo était vraie : alors j'ai
donné mon accord pour ne pas l'utiliser. Je crois que ça
les a rassurés de penser que la photo n'était pas
truquée. Ça a toujours été un jeu
de ne pas se compromettre, mais aussi de connaître ses limites
et de faire du mieux qu'on peut à l'intérieur de
ces limites.
Tes premières expériences avec
Interscope ne t'ont pas rendu amer?
M.M. : En fait, on en veut toujours à la terre entière
lorsqu'on a la sensation qu'un label ne soutient pas un artiste
jusqu'au bout, alors qu'il le mérite. C'était à
nous de nous bouger le cul, de faire des tournées. On a
tourné pendant deux bonnes années : un an en première
partie de Nine Inch Nails et l'année suivante on a écumé
tous les clubs. Il fallait juste être persévérant.
Avec le recul, es-tu satisfait de cet album?
M.M. : Eh bien, en fait, dans cet album je voulais mettre tout
un tas de trucs que j'avais déjà déclarés
dans des interviews. Mais aujourd'hui, je crois que je suis un
peu passé à coté, comme si je m'étais
pas bien fait comprendre. Je suis peut-être trop resté
dans le flou, ou peut-être que les chansons n'étaient
pas assez bonnes. Qu'importe, je voulais dénoncer l'Amérique
du talk-show qui, à force d'être propre sur soi,
passe finalement son temps à blablater plutôt qu'agir.
J'étais obsédé par la manière dont
les mômes grandissaient, ce qui nous était présenté
se trouvait beaucoup plus chargé de sens que ce que nos
parents pensaient, du style Willy Wonka ou les frères Grimm.
Ce que j'avais choisi de montrer du doigt, c'était que
nos parents nous cachaient la vérité et cela faisait
davantage de dégâts que de montrer d'entrée
de jeu Marilyn Manson par exemple. Je pense que, vu sous cet angle
je suis un anti-héros. Je pense que je réussirai
à mieux l'exprimer sur le prochain album.
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