Magazine
Hard Force

Pays
France

Date de parution
Décembre 1996

Propos recueillis par
Sasha Stojanovic

Retranscription
www.deadstar.net

Vous êtes ensemble depuis pas mal de temps, mais vous ne rencontrez du succès qu'aujourd'hui. Comment avez-vous vécu toute cette période sans aucune reconnaissance?

Twiggy Ramirez : Ce fut au moins une période d'apprentissage. Le premier album 'Portrait Of An American Family' était un enregistrement brut du groupe de l'époque. Je n'y avais pas participé, mais j'ai fini par me retrouver en tournée avec lui et sur la pochette du disque. Plus tard, Marilyn et moi avons commencé à jouer et composer ensemble. Auparavant, j'avais écumé pas mal de formations sans intérêt.

À quelle occasion vous êtes-vous rencontrés?

TR : Dans un magasin. Nous nous connaissions de vue mais sans réellement savoir grand chose de l'autre.

Vous faisiez les magasins ou vous vous baladiez?


Marilyn Manson : Nous étions en train de voler à l'étalage.

Super! Quelque chose de particulier ou simplement pour le plaisir?

TR : Nous voulions des disques d'Iron Maiden.

C'est donc de cette passion commune pour ce groupe que remonte votre rencontre et le début de votre collaboration...

TR : En partie. Nous sommes aussi inspirés tous deux par des gens comme les Stooges, David Bowie, Bauhaus, Black Sabbath et même Slayer.

Comment s'est développée l'image du groupe?

TR : C'était comme un projet scientifique pour nous et nous avons recréé nos identités ou révélé finalement nos vraies personnalités. Nous nous sommes peut-être aussi effacés au profit d'une nouvelle identité.

MM : Le grunge a tué les stars du rock et nous voulons rétablir cette notion, car nous ne nous contentons pas d'être de simples mecs qui jouent du rock dans un groupe. Nous voulons réinssufler l'esprit théâtral dans la musique et toutes ces choses qui nous ont tant intéressés quand nous étions jeunes.

TR : Lorsque nous avons débuté, le grunge n'existait pas, mais la volonté de spectaculaire dans notre show est effectivement une réaction à son égard. Je suppose que nous avons renforcé notre tendance extrémiste à cause de cet environnement musical.

Pensez-vous que le retour de Kiss maquillé, avec toute sa mise en scène, soit un excellent coup de pouce pour vous?

MM : Kiss s'est reformé à cause de nous! Il a réalisé qu'il existait encore un public pour ce genre. Nous avons rendu sa reformation possible, bien qu'il y aurait eu de toute façon un public pour lui.

TR : Je suis allé voir Kiss en concert et c'était plaisant mais... Kiss a toujours été bidon et c'est encore pire aujourd'hui, très malhonnête. Ce que nous faisons, c'est pour de bon, c'est la vérité, notre vérité. Grunge ou pas grunge, je ne trouve pas étonnant que cette approche revienne au goût du jour. Et puis, quand il sera temps, cette musique crèvera et ce sera le retour d'une ère sans image. Je ne pense pas que nous proposions quoi que ce soit de neuf. Nous faisons simplement les choses différemment.

Vous avez tous des surnoms de serial-killers; votre groupe est une provocation directe à la face de l'américain moyen, de ses valeurs et de ses illusions...

TR : Nous sommes un groupe américain et nous sommes préoccupés par des problèmes tels, qu'en Europe, nous aurions pu penser que les gens n'allaient pas comprendre. Nous sommes contre ses valeurs bidon de l'Amérique, la suprématie de la télévision, une société qui anéantit le cerveau de ses concitoyens... En fait, contrairement à ce qu'on pourrait penser, les gens ont compris ce dont nous parlions.

Il ne faut pas oublier que l'Europe a été coca-colonisée...

MM : Si c'est le cas, c'est triste. Pour notre part, nous avons essayé de montrer les deux facettes de la société américaine : le luxe et le sordide en même temps. Si on prend les symboles : Marilyn incarne la beauté et la séduction. Manson incarne le mal et l'horreur. En fait, ce n'est pas aussi simple que ça. Lorsque tu réunis ces deux composantes, tu obtiens une demi teinte et tu prends conscience que tout est beau et abominable à la fois.

TR : On aurait trop tendance à croire aux clichés, les stéréotypes de l'Amérique pays libre, car on te dit ce que tu veux entendre. Et ils utilisent la télévision pour ça. Nous sommes en guerre contre ces principes.

Êtes-vous croyants ou luttez-vous contre ce qu'on vous a inculqué autrefois?


MM : J'ai été élevé dans une école catholique et on pourrait effectivement expliquer cela par une réaction, mais c'est bien plus complexe.

TR : Je n'ai pas reçu d'éducation religieuse, mais j'ai commencé à comprendre que les gens interprétaient mal la Bible. Je pense posséder plus de valeurs chrétiennes que la plupart des gens qui nous critiquent.

'Antichrist Superstar' parait être autobiographique, comme si tu relisais ton passé et prédisais ton avenir...

MM : De la même manière que David Bowie avait créé 'Ziggy Stardust', nous avions déjà Marilyn Manson et voici 'Antichrist Superstar'. Le thème tourne autour de la réalité. La réalité, c'est la manière dont chacun perçoit le monde, mais c'est à force de ne pas le voir comme il est qu'on le détruit. C'est à propos de l'individualisme et la façon de l'exprimer. C'est contre toute l'uniformité absurde en Amérique.

Vous faites fuir pas mal de monde. Ça vous réjouit que les parents vous voient comme un sale exemple pour leurs enfants?

TR : C'est tout l'intérêt du rock'n'roll et pour longtemps encore. Il n'y a pas grand chose de choquant ces temps-ci. Elvis a bien provoqué tout le monde avec ses mouvements de hanche, les Beatles ont fait un scandale avec leurs cheveux longs... Tout le monde était terrifié à cette époque, mais il faudrait désormais aller vraiment très loin pour parvenir au même effet d'hystérie.

Vous êtes quand même considérés comme des fils du diable, si on en juge les journaux...

MM : Ça nous fait bien rire de voir l'esprit étriqué des gens. On nous a raconté ce qui se passe en Europe, surtout la presse britannique, et nous avons même vu des interviews de nous que nous n'avions jamais données! Si c'est ainsi, tant mieux : ça nous évite de passer du temps en interviews, on parle de nous et ils nous font un cadeau. Sympa. La publicité n'est jamais mauvaise.

Existe-til un "esprit Marilyn Manson" chez les membres du groupe?

TR : Il existe une idéologie commune, mais elle est tacite et nous n'en discutons jamais. C'est l'affaire de Marilyn, c'est son rêve. La seule voie est de travailler à travers sa vision des choses. Parfois, nous parlons de lui comme de l'antéchrist et nous, nous considérons comme les chevaliers de l'Apocalypse!