|
Vous êtes ensemble
depuis pas mal de temps, mais vous ne rencontrez du succès
qu'aujourd'hui. Comment avez-vous vécu toute cette période
sans aucune reconnaissance?
Twiggy Ramirez : Ce fut au moins une période d'apprentissage.
Le premier album 'Portrait Of An American Family' était
un enregistrement brut du groupe de l'époque. Je n'y avais
pas participé, mais j'ai fini par me retrouver en tournée
avec lui et sur la pochette du disque. Plus tard, Marilyn et moi
avons commencé à jouer et composer ensemble. Auparavant,
j'avais écumé pas mal de formations sans intérêt.
À quelle occasion vous êtes-vous
rencontrés?
TR : Dans un magasin. Nous nous connaissions de vue mais sans
réellement savoir grand chose de l'autre.
Vous faisiez les magasins ou vous vous baladiez?
Marilyn Manson : Nous étions en train de voler à
l'étalage.
Super! Quelque chose de particulier ou simplement
pour le plaisir?
TR : Nous voulions des disques d'Iron Maiden.
C'est donc de cette passion commune pour
ce groupe que remonte votre rencontre et le début de votre
collaboration...
TR : En partie. Nous sommes aussi inspirés tous deux par
des gens comme les Stooges, David Bowie, Bauhaus, Black Sabbath
et même Slayer.
Comment s'est développée l'image
du groupe?
TR : C'était comme un projet scientifique pour nous et
nous avons recréé nos identités ou révélé
finalement nos vraies personnalités. Nous nous sommes peut-être
aussi effacés au profit d'une nouvelle identité.
MM : Le grunge a tué les stars du rock et nous voulons
rétablir cette notion, car nous ne nous contentons pas
d'être de simples mecs qui jouent du rock dans un groupe.
Nous voulons réinssufler l'esprit théâtral
dans la musique et toutes ces choses qui nous ont tant intéressés
quand nous étions jeunes.
TR : Lorsque nous avons débuté, le grunge n'existait
pas, mais la volonté de spectaculaire dans notre show est
effectivement une réaction à son égard. Je
suppose que nous avons renforcé notre tendance extrémiste
à cause de cet environnement musical.
Pensez-vous que le retour de Kiss maquillé,
avec toute sa mise en scène, soit un excellent coup de
pouce pour vous?
MM : Kiss s'est reformé à cause de nous! Il a réalisé
qu'il existait encore un public pour ce genre. Nous avons rendu
sa reformation possible, bien qu'il y aurait eu de toute façon
un public pour lui.
TR : Je suis allé voir Kiss en concert et c'était
plaisant mais... Kiss a toujours été bidon et c'est
encore pire aujourd'hui, très malhonnête. Ce que
nous faisons, c'est pour de bon, c'est la vérité,
notre vérité. Grunge ou pas grunge, je ne trouve
pas étonnant que cette approche revienne au goût
du jour. Et puis, quand il sera temps, cette musique crèvera
et ce sera le retour d'une ère sans image. Je ne pense
pas que nous proposions quoi que ce soit de neuf. Nous faisons
simplement les choses différemment.
Vous avez tous des surnoms de serial-killers;
votre groupe est une provocation directe à la face de l'américain
moyen, de ses valeurs et de ses illusions...
TR : Nous sommes un groupe américain et nous sommes préoccupés
par des problèmes tels, qu'en Europe, nous aurions pu penser
que les gens n'allaient pas comprendre. Nous sommes contre ses
valeurs bidon de l'Amérique, la suprématie de la
télévision, une société qui anéantit
le cerveau de ses concitoyens... En fait, contrairement à
ce qu'on pourrait penser, les gens ont compris ce dont nous parlions.
Il ne faut pas oublier que l'Europe a été
coca-colonisée...
MM : Si c'est le cas, c'est triste. Pour notre part, nous avons
essayé de montrer les deux facettes de la société
américaine : le luxe et le sordide en même temps.
Si on prend les symboles : Marilyn incarne la beauté et
la séduction. Manson incarne le mal et l'horreur. En fait,
ce n'est pas aussi simple que ça. Lorsque tu réunis
ces deux composantes, tu obtiens une demi teinte et tu prends
conscience que tout est beau et abominable à la fois.
TR : On aurait trop tendance à croire aux clichés,
les stéréotypes de l'Amérique pays libre,
car on te dit ce que tu veux entendre. Et ils utilisent la télévision
pour ça. Nous sommes en guerre contre ces principes.
Êtes-vous croyants ou luttez-vous contre ce qu'on vous a
inculqué autrefois?
MM : J'ai été élevé dans une école
catholique et on pourrait effectivement expliquer cela par une
réaction, mais c'est bien plus complexe.
TR : Je n'ai pas reçu d'éducation religieuse, mais
j'ai commencé à comprendre que les gens interprétaient
mal la Bible. Je pense posséder plus de valeurs chrétiennes
que la plupart des gens qui nous critiquent.
'Antichrist Superstar' parait être
autobiographique, comme si tu relisais ton passé et prédisais
ton avenir...
MM : De la même manière que David Bowie avait créé
'Ziggy Stardust', nous avions déjà Marilyn Manson
et voici 'Antichrist Superstar'. Le thème tourne autour
de la réalité. La réalité, c'est la
manière dont chacun perçoit le monde, mais c'est
à force de ne pas le voir comme il est qu'on le détruit.
C'est à propos de l'individualisme et la façon de
l'exprimer. C'est contre toute l'uniformité absurde en
Amérique.
Vous faites fuir pas mal de monde. Ça
vous réjouit que les parents vous voient comme un sale
exemple pour leurs enfants?
TR : C'est tout l'intérêt du rock'n'roll et pour
longtemps encore. Il n'y a pas grand chose de choquant ces temps-ci.
Elvis a bien provoqué tout le monde avec ses mouvements
de hanche, les Beatles ont fait un scandale avec leurs cheveux
longs... Tout le monde était terrifié à cette
époque, mais il faudrait désormais aller vraiment
très loin pour parvenir au même effet d'hystérie.
Vous êtes quand même considérés
comme des fils du diable, si on en juge les journaux...
MM : Ça nous fait bien rire de voir l'esprit étriqué
des gens. On nous a raconté ce qui se passe en Europe,
surtout la presse britannique, et nous avons même vu des
interviews de nous que nous n'avions jamais données! Si
c'est ainsi, tant mieux : ça nous évite de passer
du temps en interviews, on parle de nous et ils nous font un cadeau.
Sympa. La publicité n'est jamais mauvaise.
Existe-til un "esprit Marilyn Manson"
chez les membres du groupe?
TR : Il existe une idéologie commune, mais elle est tacite
et nous n'en discutons jamais. C'est l'affaire de Marilyn, c'est
son rêve. La seule voie est de travailler à travers
sa vision des choses. Parfois, nous parlons de lui comme de l'antéchrist
et nous, nous considérons comme les chevaliers de l'Apocalypse!
|