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Marilyn Manson semble s'être
donné pour mission de choquer l'Amérique. À
quelles fins?
MM : Ces six dernières années, la musique rock est
devenue terriblement ennuyeuse et prévisible, réduite
à trois mecs avec des guitares... Marilyn Manson a une
image incontestablement forte, et il est vrai qu'en concert je
ne me contiens pas. Les gens ont donc inventé cette appellation
de "shock rock" ou de "rock extrême"
pour décrire nos performances rituelles. Mais moi je ne
calcule rien, je n'exprime que ce que je vis et il est vrai que
c'est extrême, souvent intense...
Au point que vos fans s'attendent désormais
à ce que vous vous suicidiez sur scène...
MM : Mon sens du théâtre est très influencé
par les artistes européens, Alice Cooper, David Bowie dont
le personnage androgyne de 'Ziggy Stardust' m'a beaucoup influencé...
Les américains eux s'ennuient vite, ils en veulent toujours
plus... Je ne compte néanmoins pas me suicider tout de
suite, j'espère avoir encore des choses à faire.
En fait, cette rumeur vient du fait que j'ai déclaré
un jour que les gens qui veulent tout détruire feraient
mieux de se faire sauter le caisson. Tout simplement parce que
tout ne se produisant que dans nos têtes, il est plus facile
de se supprimer que de détruire le monde.
Pourquoi reconduire ce vieux motif de l'Antéchrist,
comme s'il n'y avait pas d'issues au monde chrétien? N'est-il
pas possible, en 1997, de se déterminer autrement qu'en
réaction à ces vieilles lunes dépassés?
MM : J'ai été tellement traumatisé enfant
par tous les récits chrétiens que, arrivé
à l'âge adulte, je n'ai pas eu d'autre issue que
de punir mes tourmenteurs en leur renvoyant cette image de l'Antéchrist.
Les révélations de saint Jean définissent
l'Antéchrist comme quelqu'un qui ne croit pas à
Jésus. Sous sa forme moderne, l'Antéchrist c'est
le chanteur de rock'n'roll devenu superstar.
Vos fans semblent particulièrement
fervents. Vous adressent-ils des requêtes? Vous parlent-ils
de leurs problèmes? Vous font-ils des confidences?
MM : Laissez-moi réfléchir, ma favorite... c'est
une lettre de fan m'écrivant : "Je vais m'arracher
les yeux, comme ça ça te fera deux trous de plus
pour me baiser..."
Vous vous attendiez à recevoir un
jour ce type de lettre, quand vous inventiez votre personnage
de Marilyn Manson?
MM : Ayant toujours été extrême , je conçois
que les gens réagissent de façon extrême.
J'aime presser les boutons de la psyché de mes fans, de
la même façon qu'eux ont ce rapport ludique avec
moi. Les parents des jeunes qui achètent mes disques s'offusquent,
ont peur. Mais je pense qu'il est sain de s'exposer à des
choses dures car c'est la réalité qui est dure.
Ce n'est pas moi qui ai inventé le sexe, la drogue et le
rock'n'roll. Sans même parler de toute cette violence à
la télé...
Vous avez déjà été
poursuivi par la justice américaine?
MM : J'ai été arrêté deux fois en Floride,
je ne me souviens pas des charges exactes. C'était pour
nudité, je crois. Je n'étais pas nu mais ils trouvaient
que je n'était pas suffisamment vêtu, alors voilà,
ils m'ont mis en garde à vue deux fois...
À vingt-sept ans, pensez-vous parfois
à partager la vie de quelqu'un? À fonder une famille...?
MM : Je l'ai fait dans le passé mais c'est très
dur. La musique est vraiment ma seule partenaire et laisse peu
de place pour quoi que ce soit d'autre. Quant aux enfant, pourquoi
pas... C'est un moyen d'approcher l'immortalité, on peut
leur transmettre un héritage, une partie de soi sous forme
de savoir, de pensées...
Vous pourriez choisir un jour de vivre ailleurs
qu'aux États-Unis?
MM : Je suis fier d'être américain, par-delà
bien et mal. Le problème de l'Amérique c'est qu'on
peut toujours essayer d'échapper à sa ville en allant
dans une autre, mais elles se ressemblent toutes. Ça manque,
cette diversité des couleurs et des architectures des villes
européennes. Sans parler de la mentalité américaine,
de ces gens qui aiment tout ranger dans des petites catégories
et qui ont horreur d'avoir à se poser des questions.
Quel fût le rôle de Trent Reznor
dans la production de 'Antichrist Superstar'?
MM : Celui d'un maître musicien capable de concevoir des
arrangements complexes... Il a compris que Marilyn Manson était
plus qu'une entité musicale. 'Antichrist Superstar' est
en fait la bande son d'un film à venir, l'autobiographie
totale d'un homme branché sur son passé et son futur,
à travers des rêves, ou des expériences sous
drogue. L'histoire d'un homme qui cherche à manipuler ses
souvenir et son avenir, pour devenir un autre... Le titre - un
peu mon "We will rock you" de l'apocalypse - m'est venu
en rêve : c'était le dernier jour de la terre et
des flotilles croulant de monstres paradaient sur Time Square.
J'étais en tête de convoi, inaccessible comme le
pape, exhortant les gens au repentir en les forçant à
regarder ce tableaux de malheur, en leur faisant bien comprendre
que tout n'était déjà que chaos, qu'il était
définitivement trop tard...
Dans vos exortations au peuple, vous encouragiez
les gens à abandonner quoi et à embrasser quoi?
MM : Je leur expliquais qu'à avoir voulu tout voir et tout
faire sans retenue, les choses n'avaient désormais plus
de valeur. Je leur expliquais que les tabous étant maintenant
dvenus la norme, qu'il fallait plonger dans une abîme d'extrême
pour retrouver son innocence. Je suis fondamentalement chrétien,
j'ai un immense besoin d'innocence et de pureté en moi.
Ce disque est un disque de combat, l'Antéchrist est un
nihiliste qui préférerait tout détruire plutôt
que de voir cette décadence se perpétuer. Quand
on dispose de ce pouvoir, on se doit de l'affecter à une
entreprise de transformation des gens. Voilà pourquoi les
gens ont peur de moi aux États-Unis, parce que je dispose
désormais de ce pouvoir sur les mentalités.
Comment traduiriez-vous les termes de votre
mission à quelqu'un qui ne s'intéresse pas au rock?
MM : Je dirais à cette personne de lire 'l'Antéchrist',
ou 'Par-Delà Bien Et Mal' de Nieztche, je lui dirais de
créer son propre Dieu, de trouver ses propres réponses,
de réaliser que personne n'a à lui imposer un mode
de vie ou des codes qui ne sont pas les siens. Je lui dirais que
tout le monde est une star et qu'il incombe à chacun de
se réaliser par lui-même.
Vous rentrerez où, à la fin
de cette tournée?
MM : Je n'ai ni maison, ni voiture. Ma dernière demeure
en date, ce fut ce manoir de la Nouvelle-Orléans qu'on
voit dans le livret du CD, orné d'œuvres primitives
que je collectionne depuis des années. J'aime l'idée
d'être une rock-star mais je hais les clichés, je
déteste être prévisible. Voilà, je
vais encore tourner pendant des années. Ma seule maison,
c'est un lieu entre une scène et un bus de tournée.
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