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Vu le gain en publicité
quelles entraînent pour Marilyn, considères-tu chaque nouvelle
offensive de la part des ligues de moralités ou de certaines communautés
chrétiennes comme une victoire personnelle de plus, un coup de
canif supplémentaire contre la censure et sa bêtise réaffirmée?
MM : Dans un sens, oui. Chaque attaque de leur part est comme
la précédente, elle ne repose sur rien. Ils veulent nous interdire
de jouer sans avoir jamais vu lun de nos concerts. Chacune
de leurs actions montre leur aveuglement, leur bêtise. Et oui,
de la sorte, ils ne font que renforcer mon propos quand je parle
dans mes chansons de leur hypocrisie et de leur ignorance. Oui,
jen tire satisfaction. Cest mon rôle de montrer au
reste du monde que leur mode de pensée ne repose sur rien de tangible,
de montrer ces gens sous leurs jours véritables.
Comprends-tu que lon puisse en Europe
percevoir le phénomène Marilyn avec davantage de distance, pour
ne pas dire de circonspection?
MM : Oui, il y a un fossé entre la façon d'être perçu d'un coté
ou de l'autre de l'Atlantique, même si j'ai l'impression que ce
fossé est en train de se rétrécir. Maintenant, c'est vrai, les
publics européens ont toujours eu une appréciation différente
du divertissement ou de l'art en général. Cest un élément
de votre culture. Aux États-Unis, la culture est si superficielle,
le sensationnalisme est la seule façon souvent d'apprécier l'art.
Mais ce décalage ne me dérange pas du tout. Ceci étant, les choses
ne sont pas aussi figées qu'elles pourraient le paraître. Aujourdhui
que Marilyn est à la mode, que nous semblons pouvoir durer, certains
aux States commencent à analyser un peu plus en profondeur ce
que nous cherchons à exprimer.
Le problème de Marilyn aux États-Unis
ne se résume-t-il pas à cette déficience culturelle ou historique?
Car, quand tu en appelles à Nietzsche ou Crowley, cela n'inspire
pas grand chose à ton public...
MM : C'est tout à fait juste. Cette partie de la philosophie et
de la littérature na pas vraiment sa place dans l'éducation
scolaire aux States. Cest dailleurs dans lespoir
de créer un effet de curiosité que je cite souvent ces références
au court de mes interviews. Dans un sens, je me mue en professeur,
en éducateur.
Quand tu dis que le décalage Europe - USA
ne te dérange pas, cela signifie t'il que tu peux te satisfaire
d'un public qui viendrait aux concerts de Marilyn Manson uniquement
pour le coté théâtral du show, autrement dit n'avoir du groupe
quune perception superficielle?
MM : Tout à fait. Parce quen venant à nos concerts, il attrape
quand même une partie du discours. Limportant est moins
dans ce que je dis que dans ce que discours cherche à provoquer,
cest à dire déclencher une réflexion personnelle. Ne rien
prendre pour argent comptant, y compris dans ce que nous pouvons
faire ou dire. Sil accroche à une chanson à cause du beat
ou de lagressivité quelle dégage, il entre déjà dans
mon jeu... En fait, je me fous de ce que le public veut prendre
dans Marilyn Manson. Le seul fait quil y puise quelque chose
me rend déjà heureux.
Quand tu dis que, dans la bagarre quasi quotidienne
qui toppose à ceux qui tattaquent, à commencer par
tous ces fondamentalistes, "il faut combattre le feu par
le feu", nen viens-tu pas à tendre vers une autre église,
une autre chapelle, un autre bastion, selon tes propres critères
sélectifs?
MM : Dans un sens, oui. Cest un peu le passage obligé, la
face cachée de tout le concept 'Antichrist Superstar'. Une manière
denfoncer le clou sur les liens entre religion et politique,
le totalitarisme sous toutes ses formes et les outils quil
utilise, à commencer par la télévision. Nous utilisons une image
fasciste pour mieux la condamner, avec le danger quelle
soit comprise de travers, avec le risque quelle ne soit
pas perçue simplement comme une moquerie, également une moquerie
de moi-même et du personnage que jai crée. Cest là
tout le problème de la notion même didéologie. dans les
années cinquante, les States sont partis en guerre contre le communisme.
Mais en luttant contre une certaine forme de communisme, ils en
ont engendré une autre qui ne disait pas forcément son nom.
La présence accrue de Marilyn sur MTV, le
désir pour le groupe davoir son propre site sur internet,
sont ils un autre aspect de ce "combattre le feu par le feu"?
MM : Il y a deux formes daction, soit te plaindre des choses
telles quelles sont, vomir sur MTV mais rêver quils
prennent ton petit clip, soit prendre part au jeu et essayer de
le modifier de lintérieur. jai opté pour la deuxième
solution : faire partie dun courant mainstream pour le transformer
dune manière qui me correspond davantage et faire passer
mon discours à une plus large échelle.
Il est très rare de t'entendre parler musique
pendant les interviews. Est-ce parce que l'on ne t'interroge jamais
sur la question ou parce que tu considères cette musique comme
un simple outil, un simple script te permettant de développer
ton rôle de messager?
MM : Un peu des deux à la fois. Cest vrai que lon
minterroge rarement sur la question, la plupart de tes collègues
préférant se contenter de la controverse autour de ce groupe.
La musique est quelque chose de très important à mes yeux mais,
en même temps, à la différence de bon nombre de groupes de rock,
elle nest pas mon seul sujet de conversation. Elle nest
quun élément du tableau, un parmi dautres. Pas un
simple outil, plutôt un moyen. Mais jadore la musique sincèrement.
Elle nest pas quelque chose de subalterne pour moi, pas...
un parent pauvre.
Est-ce parce que tu as à tes cotés des gens
comme Trent Reznor ou Twiggy Ramirez pour satteler plus
directement à la musique que tu peux te consacrer davantage au
message, au fond plus quà la forme?
MM : Dans une certaine mesure, certainement. Quand jai commencé,
je fonctionnais déjà à partir de mots, didées ou dimages,
que je voulais seulement ensuite mettre en sons. Et cest
une chance davoir trouvé des gens qui voulaient maider
à y parvenir.
La façon dont Trent est souvent perçu comme
le sixième membre "officiel" du groupe naurait-il
pas tendance à devenir encombrant à la longue?
MM : Non, dautant que lon fait de moins en moins le
rapprochement. Marilyn Manson a prouvé me semble-t-il quil
pouvait exister par lui-même, même si nous sommes sur son label
et quil est le producteur de 'Antichrist Superstar'. Ce
nest pas tant ennuyeux que...
Inapproprié?
MM : Je ne dirais pas ça non plus. Juste un peu daté! Si nous
prenons toujours du plaisir à travailler ensemble, nous avons
acquis une indépendance quil faudra bien reconnaître un
jour ou lautre.
On sentirait presque de lirritation dans tes propos...
MM : Pas du tout. Seulement, quand on me demande maintenant :
"Comment sest passé votre collaboration avec Trent
Reznor?", j'ai plutôt tendance à rétorquer un truc du genre
: "Vous obtiendrez peut-être une réponse plus intéressante
en lui demandant : 'Comment était-ce de bosser avec Marilyn Manson?'"
(sourire)...
Dans une interview récente, tu déclarais
: "Je serais celui qui ira jusquà se briser les reins
pour que le rock redevienne à nouveau excitant. "est-ce là
un choix personnel ou un "destin" forcé, dicté par le
constat que personne ne semble vouloir faire le boulot à ta place?
MM : Deux raisons à cela : l'une parce que c'est dans ma nature,
je ne peux concevoir les choses autrement que dans lextrême,
lautre parce que je suis fan de musique et que je ne veux
pas la voir sétouffer à petit feu sous prétexte que tout
le monde veuille se la jouer profil bas. Cest donc à la
fois un choix et une obligation. Une forme de mission, là encore.
Et si je sais que 'Antichrist Superstar' tient la route et quil
se montrera durable avec le temps, notre prochain album prouvera
que Marilyn Manson est tout sauf un feu de paille.
Ce concept dAntéchrist se retrouvera-t-il
sur ce prochain album ou est-il appelé à disparaître avec lui,
comme le 'Ziggy Stardust' de Bowie en son temps?
MM : Je nen sais encore rien. Aujourdhui, je pense
quil en restera encore quelque chose. Mais demain, dans
une semaine, dans un mois, quen sera til? L'Antéchrist
est une partie de moi, du début à la fin. Et ma propre fin sera
aussi la sienne, dune certaine façon. Mais cette fin ne
signifie pas forcément la fin physique. Elle peut aussi correspondre
à laboutissement dun processus dintrospection
dans les tréfonds les plus extrémistes de ma personnalité,
den avoir terminé avec une quête nihiliste. Quand jaurais
décidé de passer à autre chose, à une autre expérimentation, il
sera temps pour toi et moi dassister aux funérailles de
lAntéchrist.
Projetons-nous maintenant vingt ans en avant.
Ton fils ou ta fille vient de fêter son seizième anniversaire
et vient te dire : "Papa, ce que tu as fait avec Marilyn
Manson était si stupide, j'en ai presque honte..." Comment
réagis-tu?
MM : (Rires) je lui dirais de patienter lui-même vingt
ans et de voir ce que ses propres enfants pensent de ce qu'il
a pu faire pendant lintervalle. Il faut toujours appréhender
les choses avec distance. Y compris quand on parle de tendance
musicale. dans les années 80, les 70s paraissaient complètement
idiotes à la grande majorité des "penseurs". mais, dans
les années 90, on a commencé à regarder cette période différemment,
à lui trouver un nouveau sens. Tout est donc affaire de perspective.
Sans compter que le conflit des générations est un problème que
l'on est pas prêt de régler! Il faut du temps aux enfants pour
comprendre leurs parents... C'est le drame du genre humain
(rires) !
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