Magazine
Hard Rock

Pays
France

Date de parution
Octobre 1998

Propos recueillis par
Sasha Stojanovic

Retranscription
www.deadstar.net

Il semble que l'histoire se répète : juste avant la sortie de 'Antichrist Superstar', Daisy Berkowitz quittait le groupe, à peine achevé l'enregistrement des guitares. Zim-Zum est parti dans les mêmes conditions, remplacé par John Lowery. Vous vous acharnez sur les guitaristes ou quoi?

MM : C'est de l'histoire ancienne. Les faits ne sont que pur coïncidence. J'espère simplement que cela ne va pas devenir une habitude et que pour le prochain album, nous n'aurons pas un guitariste qui l'enregistre et un autre pour la tournée.

Dans quelle mesure un changement de musicien peut altérer la musique?

MM : Cela influe sûrement, mais quand Zim-Zum a rejoint le groupe, nous étions encore un tout jeune groupe. Il a été très simple pour lui d'apposer sa griffe et marquer nos sonorités. Maintenant, le problème se complique, parce que le public s'est habitué à ce son. Il risque d'être surpris par de nouveaux éléments. Attendons de voir comment il réagit à nos concerts.

N'est-il pas décevant pour toi de voir qu'après avoir été rejeté par le grand public, tu finis par t'imposer, mais que ce sont finalement tes troupes qui te lâchent?


MM : Non, pas vraiment. Ce groupe, c'est Twiggy Ramirez et moi. En dehors de nous, ce sont juste des musiciens. J'ai toujours considéré que c'était notre groupe à tous les deux et que les autres étaient des musiciens qui nous filaient un coup de main pour finaliser notre vision de la musique et de la scène. Pour les autres, quitter ou se faire virer du groupe, cela signifie seulement qu'ils n'étaient plus dans le coup. Ils ne croyaient plus au groupe, ni en notre puissance. Ils n'avaient plus la foi pour faire ce que nous attendions d'eux. Parfois, il est préférable de changer plutôt que de stagner.

Après le succès de 'Antichrist Superstar', as-tu ressenti une pression de la part de ta maison de disques qui espérait un nouveau succès commercial?

MM : Il y avait surement des attentes de ce coté-là, mais j'ai choisi de ne pas y prêter attention. Ce groupe a sa vie, son destin, et nous essayons seulement de l'accomplir. Il n'y a rien de prémédité. Tout se fait instinctivement. C'est ainsi pour chacun de nos albums.

Tes ambitions ont-elles évolué après que tu aies réalisé l'ampleur de ton succès?

MM : Je pense avoir été très ambitieux, alors, je ne vois pas comment je pourrais l'être davantage. Par contre, je suis sûrement plus conscient de la façon dont je vais pouvoir accomplir ces ambitions au vu de notre véritable potentiel et de celui du métier qui nous entoure. Nous sommes davantage conscients de nos possibilités qu'au moment de 'Antichrist'.

Tu sembles souvent incompris. Cela t'empêche de dormir?

MM : Non, pas du tout. Ceux qui sont censés comprendre, comprennent. Les autres... Tu sais ce qu'on dit : "On ne peut pas satisfaire tout le monde, tout le temps". Personnellement, je pense qu'avoir quelques détracteurs est une bonne chose, tout comme une certaine hostilité entre les individus est bénéfique.

En parlant d'ennemis actifs, on note une très forte opposition religieuse à ton égard.

MM : C'est vrai et c'est très bien. Ces gens ne sont pas tolérants et constituent une entrave à la liberté d'expression. Nous sommes en fait un groupe très marqué spirituellement, mais nous n'abrutissons personne avec ça.

Qu'est ce qui t'ennuie aux États-Unis et que tu apprécies en Europe?

MM : Les États-Unis n'ont pas le sens de l'ironie. Ils se prennent trop au sérieux. Ils parlent de liberté d'expression mais je pense qu'en Europe, il est davantage question de liberté de penser. La réalité aux États-Unis est manipulée par la télévision. Ce que les gens pensent, mangent, boivent, parlent... Ce que j'ai en commun avec l'Europe? Je considère les États-Unis comme un outsider. Tout ce qui craint là-bas est aussi ce qu'il y a de mieux. Les talk-shows, la pornographie, la drogue, l'hypocrisie sont à la fois bons et mauvais. C'est ce paradoxe qui est l'essence de ma vie.

Que fait Brian quand tombe le masque de Manson?

MM : Je ne suis rien d'autre que Marilyn Manson. C'est moi, c'est la réalité et pas seulement un personnage de scène. Ce que vous voyez est vrai et je ne prétends rien d'autre. Il n'y a rien de truqué chez moi. L'image est devenue réalité.

Beaucoup de rumeurs circulent sur ton compte. T’ennuient t’elles?

MM : Non, bien que je me demande parfois comment certains peuvent croire des histoires aussi absurdes à mon propos. Je reconnais que je préfère qu'on parle et qu'on écrive sur moi, plutôt que de me heurter à l'indifférence générale. Tu te bats pour réussir et une fois que tu es au sommet, tu réalises que tu n'as plus rien besoin de faire pour qu'on parle de toi. Une mauvaise pub est toujours meilleure que pas de pub du tout, crois moi.

Tu l'as d'ailleurs largement alimenté avec ta biographie, 'The Long Hard Road Out Of Hell'...

MM : J'ai fait ça? Bon, peut-être, mais j'essayais seulement d'être le plus honnête en racontant mon histoire. Je pense que certains y ont lu ce qu'ils voulaient y lire.

Tu ne peux pas nier posséder une grande influence sur ton public. Comment quantifies-tu ces responsabilités?

MM : Ma seule responsabilité est de divertir. C'est tout ce qui me préoccupe. Les reste est incontrôlable. Je ne peux pas maîtriser la façon dont une chanson va être entendue, comprise ou interprétée. Je fais mon truc en essayant de le présenter de la façon la plus divertissante possible. C'est tout. La musique a été présenté de façon trop sérieuse ces dernièrs temps et c'est nous qui lui avons redonné du piquant. Il n'y a rien de pire qu'un groupe qui joue du rock en regardant ses pieds. Le public a besoin de grandeur, de sortir de son monde, de quelquechose de théâtral et c'est ce qui a manqué à la musique pendant trop longtemps.

Mais l'aspect visuel ne détourne-t-il pas la musique de son but premier?

MM : Non, pas du tout. Je crois absolument au pouvoir de la musique, mais je crois aussi, contrairement à ce qui se disait dans le passé, qu'on ne peut pas déclencher une révolution, ni un changement majeur... Bon, cela arrive parfois mais rarement dans des proportions aussi importantes que ce qu'on a connu dans le passé. Je pense que nous sommes capables de le faire, mais il faut un environnement propice. De toute façon, mon challenge actuel n'est pas de transformer mon style de musique.

Penses-tu que la musique est toujours importante pour la jeunesse et qu'elle n'est pas atténuée par les autres formes de divertissement?

MM : Les jeunes sont tellement gavés de télévision... la musique propose une alternative à toutes les conneries que proposent les autres médias. On dit au public quoi penser, comment agir, comment s'habiller, tout ça à la télévision. Ce sont des foutaises. la liberté est nécessaire et la musique peut la procurer. Le problème, c'est que les kids n'ont pas grand chose à écouter en ce moment. On s'ennuie vraiment aux Etats-Unis. Personne ne fait de musique. Par contre, j'entends de bonnes choses en provenance d'Angleterre.

Vinnie Paul (Pantera) m'a dit que tu étais un mec très sympa en backstage mais qu'il trouvait que ton coté diabolique sur scène était peut-être un peu trop violent pour des jeunes de 14 ans.

MM : C'est sympa. Merci Vinnie ! Si tu veux vraiment influencer les gens, tu dois le faire quand ils sont encore malléables et que leurs goûts ne sont pas définis. Si tu influences des jeunes, cela reste en eux pour longtemps. Peut-être pour le reste de leur vie...

Il a également déclaré que tu étais "extravagant, nouveau et différent". Tu prends ça comme un compliment?

MM : Absolument. Merci encore, brave Vinnie ! Pantera n'est pas exactement mon genre de groupe mais nous les respectons pour ce qu'il est et ce qu'il a accompli. Peu de musiciens ont autant de mérite.

Black Sabbath débarque avec un album live, 'Reunion'. Vous avez joué avec le groupe durant le Ozzfest, l'année dernière. Votre musique est très différente, mais quel regard portez-vous sur son parcours?

MM : Il est déterminant dans le développement de tous les artistes qui jouent du heavy aujourd'hui, il a posé des bases et il a joué un role essentiel dans notre évolution. Nous leur sommes reconnaissants de ce qu'ils nous ont apporté.

Qu'est ce qui t'a féfinitivement transformé pour te faire devenir ce que tu es?

MM : Le sexe, la drogue et le rock'n'roll. C'est pas plus compliqué que ça.