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En assénant un troisième album
de la trempe de 'Mechanical Animals', Marilyn Manson s'affirme
en tant qu'artiste et plus uniquement en clown malsain dont l'activité
principale est de faire chier les censeurs de l'Amérique
puritaine. Tout a changé chez Marilyn, de sa musique à
son look, en passant même par son guitariste. Tout sauf
une seule chose : l'envie de déranger. Marilyn Manson ne
perd pas de temps. Un an à peine après la fin de
la tournée 'Antichrist Superstar', il revient avec 'Mechanical
Animals', et n'a jamais quitté le devant de la scène
grâce à son excellente autobiographie parue début
1998. On aurait pu penser qu'une telle précipitation était
artistiquement suicidaire mais qu'elle était légitimée
par un plan marketing linéaire, consistant à battre
le fer tant qu'il est chaud, à pomper sa gloire avant de
passer aux oubliettes. Mauvais jugement : 'Mechanical Animals'
est sans conteste le meilleur album des serial-killers. Très
différent de ses deux prédécesseurs, il montre
que Marilyn et ses amis sont capables d'écrire des chansons
qui se tiennent, et qu'ils peuvent canaliser leur agressivité
selon un schéma différent de celui auquel nous avons
été habitués par deux albums intéressants
par leur concept, mais pas forcément par leur musique :
au placard les arrangements abruptes, l'ombre omniprésente
de Trent Reznor et l'imagerie gothique. Enter le newlook post-cyber,
le revival glam 70's et la maturité. Et le professionnalisme
exagéré, aussi : l'interview qui suit a été
réalisée dans un hôtel londonien. Telle une
bête élevée en batterie, Marilyn Manson a
donné dans la journée une quantité industrielle
d'interviews (vingt minutes par journaliste pendant neuf heures).
Avec l'entrainement, ses réponses se font plus précises,
droit au but... Et l'artiste perd un peu en spontanéité.
Mais pouvait-on s'attendre à un entretien d'une grande
chaleur avec celui qui est tout simplement en train de devenir
l'ultime rock-star de la fin du 20ème siècle?
Quelle est la différence entre le
Marilyn Manson de 'Mechanical Animals' et celui d''Antichrist
Superstar'?
MM : 'Antichrist Superstar' était une transformation. Un
album très froid, exempt de tout sentiment. J'avais besoin
de ressentir de nouveau et de changer certaines choses : écrire
des chansons sur le fait d'être une rock-star, expliquer
les sentiments qui en découlent, les douleurs de ce statut.
L'album est tout aussi noir que le précédent, la
différence est dans l'expression de cette noirceur. Ce
disque m'a permis de rassembler diverses choses qui étaient
éparpillées dans mon cerveau… Les chansons
sont sarcastiques, une sorte de glam-rock exagéré
qui permet une certaine interprétation du monde.
Tu as souvent déclaré que Marilyn
Manson reposait sur l'affrontement des extrêmes, la beauté
et la laideur. Aujourd'hui, est-ce que les deux éléments
ne sont plus en opposition mais complètement fusionnés?
MM : Je pense avoir enfin atteint l'équilibre parfait...
Es-tu d'accord si on te dit que ta musique
est plus accessible aujourd'hui?
MM : Peut-être... Dans la mesure où je parle sur
'Mechanical Animals' de choses qui peuvent plus facilement interpeller
les gens : le sujet est plus humain. Ça se ressent dans
les mélodies et dans la dynamique de la musique.
Si on franchit le pas en qualifiant 'Mechanical
Animals' de plus commercial?
MM : J'imagine, oui. Si les gens l'écoutent en se disant
que ma musique est plus facile d'accès que par le passé,
c'est une évidence. Je n'ai pas écrit dans cette
intention, je n'ai pas voulu faire de la pop, j'ai juste voulu
exprimer des sentiments qui pourraient trouver une résonance
chez les gens.
Est-ce qu'il a été pénible
pour toi de te débarrasser de Trent Reznor?
MM : Je pense que c'était une étape importante pour
le développement du groupe, prouver que nous existions
en tant que tel et non comme un succédant de Trent.
Étais-tu confiant en tes capacités
de survie sans lui?
MM : C'était une partie de la transformation de l'Antichrist
Superstar. Je n'ai pas eu peur de cette séparation, j'ai
eu peur de ma transformation. Mais, en même temps, j'avais
une vision très claire d'où je voulais en venir.
La partie la plus difficile de mon évolution a été
de ressentir la douleur des émotions, pour la première
fois.
As-tu souffert par le passé des accusations
comme quoi tu n'étais qu'un clone de Nine Inch Nails?
MM : C'est difficile à dire... Je pense que les journalistes
qui ont dit ça avaient de bonnes raisons de le faire :
son nom a eu tendance à nous mettre dans l'ombre en tant
qu'artistes, mais j'ai toujours cru en notre identité.
Tu gardes des relations avec lui?
MM : Je ne lui ai pas parlé depuis longtemps. Ça
fait cinq ans qu'il bosse sur son album (rires)!
Il y a un titre de 'Mechanical Animals' qui
s'intitule 'Rock Is Dead'. Est-ce que tu vas être l'artisan
de sa résurrection?
MM : Je pense que ce disque est le dernier album de rock'n'roll.
Du moins, le rock'n'roll dans sa version américaine. De
nos jours, il n'y a rien de stimulant ou d'attirant dans le rock,
et 'Mechanical Animals' rassemble tout ce que je considère
être le rock'n'roll, les choses que j'aimais lorsque je
grandissais, la musique qui m'inspirait : Queen, David Bowie,
Kiss, T-Rex... et tout ce genre de groupes.
Pour la première fois, il y a sur
'Mechanical Animals' un ghost-track multimédia?
MM : Oui, c'est vrai... Mais je ne suis pas sûr qu'il s'agisse
d'une première. Il y a une introduction à l'album
et deux de mes peintures.
On peut penser que Zim Zum, le guitariste
que tu as limogé, a eu une part importante dans l'écriture
du disque...
MM : Non. Je dirais que sa contribution s'élève
à 10%. Ça a été bien de travailler
avec lui, il a apporté des choses importantes, et il est
dommage qu'il ait été distrait par certains aspects
de sa vie qui l'empêchaient de bien faire son boulot. Je
l'ai donc remplacé. De toute façon, l'écriture
dans Marilyn Manson, c'est moi et Twiggy (Ramirez).
Qu'est-ce qui a fait que tu as recruté
John 5?
MM : J'étais à la recherche de quelqu'un de dévoué,
qui était capable de jouer 'Antichrist Superstar', et de
donner à 'Mechanical Animals' sa dimension live. John le
pouvait, et voilà. Comme en plus il a une personnalité
intéressante...
Amusant que le dernier guitariste de David
Lee Roth te rejoigne aujourd'hui...
MM : Oui, c'est drôle. Il a également joué
avec KD Lang (NDLR : artiste américain controversé
du fait de son homosexualité affirmée).
Es-tu juste un entertainer ou tiens-tu beaucoup
à ce que ta musique ait un impact social?
MM : Les deux. L'entertainment influence de toute façon
la société, tout comme l'art. Je n'aime pas la façon
dont la plupart des gens pensent et j'essaie de proposer mon point
de vue pour que, peut-être, ils aient une alternative au
prêt-à-penser.
As-tu vraiment eu peur sur ta dernière
tournée, à cause des menaces de mort?
MM : Non. À l'époque, au contraire, ça valorisait
les shows, il fallait donner le meilleur de soi. Aujourd'hui,
puisque je me suis humanisé avec 'Mechanical Animals',
je suis moins désinvolte quant à ces menaces. Mais
je n'ai pas peur.
Certains de nos lecteurs s'étonnent
de ta présence dans les journaux traitant de heavy-metal.
Qu'en penses-tu?
MM : J'ai toujours aimé le heavy-metal, et c'est encore
le cas aujourd'hui. Nous sommes un groupe de rock qui a toujours
fait partie de la nébuleuse heavy-metal. À l'inverse
de certains artistes, ça ne me gêne pas d'être
apprécié par des metalheads : de quel droit jugerais-je
mes fans?
Tu te poses aujourd'hui en artiste glam-rock.
La deuxième incarnation du glam a eu lieu dans les 80's,
avec toute la scène de Los Angeles. Comment l'appréciais-tu,
à l'époque?
MM : J'aimais bien, mais je ne crois pas que ça avait grand
chose à voir avec l'émotion glam des seventies :
à l'époque, c'était plus sombre, les chansons
traitaient de l'isolement, et leur façon de s'habiller
était la représentation de cet état de fait.
Je dirais plutôt que 'Mechanical Animals' est une combinaison
des deux incarnations du glam-rock.
Est-ce qu'aujourd'hui, Marilyn Manson est
la rock-star ultime?
MM : J'ai été inspiré par des artistes tels
qu'Elvis Presley, Jim Morisson, David Bowie, Alice Cooper, Iggy
Pop, Guns N' Roses... J'ai incorporé ce qu'ils ont fait,
et j'imagine que oui, je suis l'ultime rock-star...
Ton nouveau look est celui d'une personne
sans âge, sans race, sans sexe... Est-ce que tu te sens
offensé si je te compare à Mickael Jackson?
MM : Non, pas du tout, car je trouve que c'est intéressant.
J'aime beaucoup. Je pense qu'il perçoit le monde de la
même façon que moi. Il doit ressentir le même
genre d'aliénation.
Tu as un jugement positif à son égard?
MM : Je ne le juge pas. Je trouve qu'il est tout simplement fascinant.
Et dans le passé, sa musique était bonne. Je n'ai
pas à juger ses actions.
On considère souvent le troisième album comme le
plus important d'une carrière...
MM : Je considère 'Mechanical Animals' comme le début
de notre histoire. D'une nouvelle ère, plutôt. Nous
avons grandi et savons mieux capturer ce que nous voulons exprimer.
Désormais, nous n'avons plus de limites.
Est-ce que tu aurais envie de supporter Bill
Clinton en ce moment?
MM : Lorsque tu es dans une position de pouvoir, le sexe, c'est
comme signer des autographes, ça fait partie du business.
L'affaire Lewinsky ne le rend pas plus cool, mais plus vrai :
il est juste comme n'importe quel homme, pas pire ou pas meilleur.
Il dirige bien notre pays, peu importe qu'il baise une nana en
cachette.
Y a-t-il un but ultime que tu voudrais atteindre?
MM : Je veux continuer à provoquer et inspirer le public
pour qu'il pense et se crée lui-même. Toutes les
formes d'art devraient inspirer les gens.
Es-tu quelqu'un d'heureux?
MM : Je suis heureux de faire ce que je fais.
Tu as écrit ton autobiographie, tu
fais des disques, de la peinture... Y a-t-il d'autres formes artistiques
que tu voudrais explorer?
MM : L'année prochaine, je ferai un film inspiré
par la musique de 'Mechanical Animals', un opéra rock dans
la veine de 'Tommy' ou de 'The Wall'. Je vais écrire le
script, beaucoup m'investir, mais ce n'est pas moi qui réaliserai.
Je ne sais pas qui s'en chargera mais les cinéastes que
j'aime sont Stanley Kubrick, David Lynch, Alexandro Jodorowski
et Fellini.
Le fait que des chaînes de supermarchés
américaines refusent de distribuer ton CD à cause
de l'artwork, ça t'inspire quoi?
MM : Je ne pense pas que les disques soient faits pour être
achetés au supermarché!
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