Émission
Music Planet

Chaîne de télévision
Arte

Date de diffusion
Octobre 1998

Retranscription
www.deadstar.net

MM : 'Antichrist Superstar' m'a beaucoup changé. L'enregistrement de cet album a été une seconde naissance. Je m'étais défait de tous mes sentiments. Je les assume à nouveau, c'est un parcours douloureux. Le monde est dur quand on assume ses sentiments. Je décris les hommes comme des animaux mécaniques, des créatures qui ressemblent à des hommes mais qui n'ont pas d'âmes, pas d'esprit. Je suis sensible au paradoxe des extrêmes opposés. Marilyn Manson me parait être la métaphore idéale de l'amérique, parce que notre culture célèbre les criminels comme les vedettes de l'écran. J'ai grandi avec ces deux icônes médiatiques qui étaient des figures célèbres de mon enfance.
Marilyn Monroe et Charles Manson incarnent parfaitement ce que j'éprouvais à cette époque. En adoptant ce nom, j'assumais une identité. Marilyn Manson m'a permis d'exprimer les idées de ma jeunesse.

La politique américaine est grotesque. Tous ces scandales qui entourent le président... La musique est plus puissante que la politique. Les gens me font plus confiance qu'au président Clinton.

Twiggy Ramirez : Marilyn Manson et moi avons déjà travaillé ensemble sur plusieurs projets avant Marilyn Manson. Nous avions formé un groupe Death Métal chrétien pour infiltrer les clubs chrétiens. On a pas mal réussi d'ailleurs. Il y a longtemps que je participe aux spectacles. Je jetais des bonbons, déguisé en "Pom-Pom girl" et je faisais le clown. J'ai toujours été fan du groupe qui s'appelait Marilyn Manson & The Spooky Kids puis ensuite 'Portrait Of An American Family'.

MM : C'est une quête de la foi. Entre le pouvoir, la religion, le sexe, la drogue et la musique. la seule issue, c'est de croire en soi.

Nous sommes devenus plus "Pop-rock" pour les médias. Depuis que nous sommes célèbres en Amérique, ils ont suivi le mouvement. Ils nous méprisaient, ils nous encensent. Je me sens pas plus flatté aujourd'hui que je ne me sentais insulté à nos débuts, quand ils nous méprisaient.

Je fais la musique qui me plait. Je me fiche de l'opinion des critiques musicaux.
Les critiques n'influencent que les gens sans opinions arrêtées.

Mes concerts sont comme la messe du dimanche. J'ai une vision du monde que je partage avec un public qui paye pour m'entendre. C'est la même chose à l'église. Pourquoi leur rite est-il plus respectable que le mien? Cette conception du mal et du bien est une question d'opinion sans rapport avec la morale véritable.

[A propos des chrétiens protestant devant les salles de concerts...]
Leur bêtise et leur bigoterie me désolent. Je les considère comme des primates à l'intelligence limitée. Des individus aussi bornés ne peuvent pas me comprendre. Je fonctionne à un autre niveau. Il est impossible de leur expliquer ma position, c'est à eux de trouver. Je ne peux pas leur expliquer ma position,

Mes parent n'étaient pas pratiquants mais j'étais à l'école chrétienne. J'ai commencé à me faire une opinion et à perdre mes illusions sur l'amérique. Le fascisme sous-jacent de la religion et de la télé qui conspirent pour culpabiliser les gens. L'individu qui ne pense pas comme tout le monde, qui a une opinion différente, est dans son tort.

Le rêve américain est une escroquerie. On prétend que le capitalisme distingue ceux qui travaillent dur, mais on nous apprend que nous sommes né égaux. On grandit dans cette contradiction, sans savoir que faire dans la vie. On ne peut compter que sur soi pour obtenir ce que l'on veut. Avec de la volonté, on réussi. Il ne faut rien attendre des autres.

Je considère le satanisme comme une satire de la religion qui permet de dénoncer la société et de croire en soi. Le mot Satan me convenait parce qu'il symbolise la rebellion ultime. Je n'ai jamais conçu cela comme un culte satanique, ce serait ridicule. Si on expliquait simplement à l'homme de la rue mes convictions profondes, je crois qu'il les partagerait. On a le droit de croire en soi-même. On a le droit de croire en Dieu si on a peur de la mort et de l'au delà. Ce que je condamne, c'est le recours à la peur pour étouffer les opinions. extorquer de l'argent et imposer une morale. Voila ce que je dénonce.

On nous a fait croire que notre nature est mauvaise. Il faut s'accepter et jouir de la vie. Il y a des impératifs moraux, bien-sur. On essai tous d'être bon et de ne pas faire de mal. ça n'interdit pas le sexe, la drogue et le rock'n'roll.

'Antichrist Superstar' est aussi une dénonciation du rock'n'roll qui est aussi fasciste que la religion. On pourrait me comparer à un évangéliste. Quand on dénonce l'hypocrisie sous toutes ses formes, on peut la dépasser. Dans un monde de mensonges, soyons un mensonge agréable.

Je considère que chacun a le droit d'exprimer son opinion. Je n'essaie pas d'influencer les gens. J'ai dénoncé le christianisme mais je n'ai pas prêché autre chose. C'est un méthode propre au Pop Art, poussée à l'extrême. C'est la base de ma démarche.

[À propos de l'image fasciste de Marilyn Manson]
J'utilise les signes de l'idéologie que j'attaque pour créer une image paradoxale. Peu de gens osent adopter cette méthode. Je dénonce le fascisme avec ses propres icône. Le public qui s'époumone en dénoncant le fascisme en reproduisant le rite et je trouve ça assez intéressant.

Comme pour la drogue et Hollywood, le Glam rock et la décadence, je suis passé par là, je sais que c'est bidon, destructeur et je le dénonce. On ne peut parler de ce que l'on connait. On ne peut pas critiquer de loin et dire "c'est pas bien". Il faut d'abord en faire l'exprérience. Les gens vont le vivre à travers vous ou faire leurs propres expériences.

Je prends le temps de m'informer, de faire des recherches, je me plonge dans la littérature, je vois des films. J'essaie de les ouvrir au monde un peu à la manière d'un professeur avec ses étudiants. Certains de mes fans se comportent comme les bigots que je dénonce, ils se déguisent comme moi. C'est leur façon de s'exprimer, de s'identifier à un mouvement. Certaines villes ont essayé de nous interdire mais la justice nous a donné raison. Cela a créé un précédent. Et on nous laisse tranquille. Les gens inventent des histoires pour avoir des raisons de nous détester. Je ne fait rien d'autre que du rock'n'roll. Tout ce que je dis c'est : vivez comme vous l'entendez et au diable les censeurs ! Ils ont peur que leurs gosses nous écoutent. Ils veulent les embrigader, les bâillonner. Ils ont tout inventer pour me calomnier, mais je continue à chanter sans m'occuper des cabales.

[À propos des fans et de leurs parents...]
Leurs parents n'avaient rien compris à Elvis Presley ou aux Beatles. Tous ça n'est pas nouveau, je ne suis pas plus radical qu'ils ne l'étaient alors. C'est juste une question de style.

TR : On raconte tant de bobards sur nous. Si on mange du poulet au restaurant, on raconte qu'on égorge des autruches sur scène.

MM : Je ne considère pas tout ce que je fais comme de l'art. Ce que je fais n'est pas choquant, c'est une forme de provocation. Mes images reflètent ma pensée et illustrent la musique. Malheureusement, certains ne le voient pas ainsi, Ils cherchent des prétextes pour s'offenser alors que nous voulons stimuler la reflexion.

[À propos de l'album 'Mechanical Animals']
Ce n'est pas plus positif, c'est plus décadent, plus fambloyant. C'est une facette plus sombre. L'intention est évidente. 'Antichrist Superstar' était plus direct, plus provocateur, parce que le titre même était une provocation. Cet album est plus subtile, le message est plus dangereux. Quand on entend les gens fredonner 'The Dope Show' sans penser à ce qu'ils chantent. Je trouve ça pas mal... Il y a longtemps que je voulais faire ça parce que je touche les gens sans qu'ils s'en rendent compte.

Je ne parle pas de religion. J'ai tout dit sur le sujet. Dans cet album, j'utilise l'image de la drogue non seulement au premier degré mais j'évoque aussi ce que les gens utilisent pour étouffer leurs émotions, qu'il s'agisse de la religion, de la télévsion ou meme du pouvoir de célébrité. La télévision est d'une telle hypocrisie en matière de drogue. Les gens sont persuadés que la consommation hédoniste de drogue est plus condamnable que l'usage curatif. Parce qu'une drogue est illégale, ils pensent qu'elle est plus mauvaise qu'un médicament. Les gens prennent des antidépresseurs pour modifier leur comportement, aussi dangereux que la drogue mais le gouvernement n'en contrôle pas la vente.

'Antichrist Superstar' était le reflet glacé de ma tentative pour devenir un être surhumain. À la fin de ce processus, quand j'ai fini mon livre, j'ai trouvé mes émotions. Cet album est un diptyque qui raconte mon retour à l'état humain à Hollywood, un lieu peu propice pour ça. Il y a sept morceaux qui sont une approche sarcastique, Glam rock, de ce que j'éprouvais à l'époque. Les sept autres révèlent la face sombre. Je crois que j'ai subi un changement profond, dans tous les domaines que j'attribue à 'Antichrist Superstar', qui était une transformation. Je crois avoir réussi. J'avais vécu des expériences si extrêmes qu'il était temps de renaître sous une autre forme. J'ai retrouvé une certaines ouverture d'esprit dans mes relations avec les autres. J'ai même été séduit par l'amour. Je crois qu'on le sent dans cet album. On retrouve cette idée plusieurs fois sur cet album. Les sentiments me font peur et les émotions sont sans issue. C'est l'album le plus intime que j'ai fait à ce jour.

Plus j'avais d'émotions, plus le reste du monde me semblait froid. J'ai lu l'article "Androïde" dans le dictionnaire. C'est un être humanoïde qui n'a pas d'âme. C'est ainsi que je voyais tout ce qui m'entourait. 'Mechanical Animals', voilà le terme qui décrit les gens. Cette idée que plus l'homme développe la technologie, plus il devient superflu. Les ordinateurs penseront à notre place. Les mobiles parleront entre eux. C'est la hantise des écrivains de science fiction, de tout le monde, de tous les récits anciens, qu'un jour l'homme se rendra inutile et superflu. La seule lueur d'espoir dans ce disque c'est que si un jour la machine remplace l'homme, elle verra bien qu'elle ne peut pas remplacer son âme. Il faudra reconstruire l'homme et son âme. Dans un certain sens 'Mechanical Animals' est un album très spirituel, si l'on fait abstraction des connotations idiotes du mot. J'essaie de retrouver mon âme.

La religion risque d'être remplacé par le vertige technologique qui détruira l'homme. La science a réussi à prouver que dieu n'existait pas mais elle a fait surgir un nouveau dieu, l'humanité. Ce n'est pas "Big Brother" mais nous sommes tous des "Little Brothers". qui nous surveillons et nous détruisons les uns les autres.

La provocation va plus loin dans cet album parce que je fais comprendre aux gens que mes émotions devraient les inquiéter parce qu'elles me rapprochent d'eux.

On n'a pas découvert tout ça d'un coup. En fait, certains éléments de ces chansons datent de l'écriture d''Antichrist Superstar'. L'approche d'un producteur comme Trent Reznor est différente : il élimine la mélodie pour obtenir un son plus dur. J'ai écrit cet album et je l'ai produit tout seul dans mon studio, chez moi. Le producteur Michael Beinhorn, nous a aidé à finir le disque. Cet album reflète bien le groupe. C'est notre première œuvre collective.

Je crois que l'absence de producteur a marqué ce disque. On a fait ce qu'on voulait, sans que l'on nous dirige dans une direction donnée. Je savais exactement ce que je voulais faire, dans les deux parties de l'album. Il y a 7 chansons pour chacune des parties. Je ne crois pas que j'aurais pu expliquer ça. J'ai préféré le faire et appeler un producteur à la fin pour qu'il voie tout l'ensemble. Certains de ses éléments viennent de mon enfance et de la musique de ma jeunesse. Cela se sent dans le disque qui est une espèce de renaissance. On a utilisé peu de technologie. C'est un album plus organique.