|
MM : 'Antichrist Superstar' m'a beaucoup changé.
L'enregistrement de cet album a été une seconde
naissance. Je m'étais défait de tous mes sentiments.
Je les assume à nouveau, c'est un parcours douloureux.
Le monde est dur quand on assume ses sentiments. Je décris
les hommes comme des animaux mécaniques, des créatures
qui ressemblent à des hommes mais qui n'ont pas d'âmes,
pas d'esprit. Je suis sensible au paradoxe des extrêmes
opposés. Marilyn Manson me parait être la métaphore
idéale de l'amérique, parce que notre culture célèbre
les criminels comme les vedettes de l'écran. J'ai grandi
avec ces deux icônes médiatiques qui étaient
des figures célèbres de mon enfance.
Marilyn Monroe et Charles Manson incarnent parfaitement ce que
j'éprouvais à cette époque. En adoptant ce
nom, j'assumais une identité. Marilyn Manson m'a permis
d'exprimer les idées de ma jeunesse.
La politique américaine est grotesque. Tous ces scandales
qui entourent le président... La musique est plus puissante
que la politique. Les gens me font plus confiance qu'au président
Clinton.
Twiggy Ramirez : Marilyn Manson et moi avons déjà
travaillé ensemble sur plusieurs projets avant Marilyn
Manson. Nous avions formé un groupe Death Métal
chrétien pour infiltrer les clubs chrétiens. On
a pas mal réussi d'ailleurs. Il y a longtemps que je participe
aux spectacles. Je jetais des bonbons, déguisé en
"Pom-Pom girl" et je faisais le clown. J'ai toujours
été fan du groupe qui s'appelait Marilyn Manson
& The Spooky Kids puis ensuite 'Portrait Of An American Family'.
MM : C'est une quête de la foi. Entre le pouvoir, la
religion, le sexe, la drogue et la musique. la seule issue,
c'est de croire en soi.
Nous sommes devenus plus "Pop-rock" pour les médias.
Depuis que nous sommes célèbres en Amérique,
ils ont suivi le mouvement. Ils nous méprisaient, ils
nous encensent. Je me sens pas plus flatté aujourd'hui
que je ne me sentais insulté à nos débuts,
quand ils nous méprisaient.
Je fais la musique qui me plait. Je me fiche de l'opinion des
critiques musicaux.
Les critiques n'influencent que les gens sans opinions arrêtées.
Mes concerts sont comme la messe du dimanche. J'ai une vision
du monde que je partage avec un public qui paye pour m'entendre.
C'est la même chose à l'église. Pourquoi
leur rite est-il plus respectable que le mien? Cette conception
du mal et du bien est une question d'opinion sans rapport avec
la morale véritable.
[A propos des chrétiens protestant devant les salles
de concerts...]
Leur bêtise et leur bigoterie me désolent. Je les
considère comme des primates à l'intelligence
limitée. Des individus aussi bornés ne peuvent
pas me comprendre. Je fonctionne à un autre niveau. Il
est impossible de leur expliquer ma position, c'est à
eux de trouver. Je ne peux pas leur expliquer ma position,
Mes parent n'étaient pas pratiquants mais j'étais
à l'école chrétienne. J'ai commencé
à me faire une opinion et à perdre mes illusions
sur l'amérique. Le fascisme sous-jacent de la religion
et de la télé qui conspirent pour culpabiliser
les gens. L'individu qui ne pense pas comme tout le monde, qui
a une opinion différente, est dans son tort.
Le rêve américain est une escroquerie. On prétend
que le capitalisme distingue ceux qui travaillent dur, mais
on nous apprend que nous sommes né égaux. On grandit
dans cette contradiction, sans savoir que faire dans la vie.
On ne peut compter que sur soi pour obtenir ce que l'on veut.
Avec de la volonté, on réussi. Il ne faut rien
attendre des autres.
Je considère le satanisme comme une satire de la religion
qui permet de dénoncer la société et de
croire en soi. Le mot Satan me convenait parce qu'il symbolise
la rebellion ultime. Je n'ai jamais conçu cela comme
un culte satanique, ce serait ridicule. Si on expliquait simplement
à l'homme de la rue mes convictions profondes, je crois
qu'il les partagerait. On a le droit de croire en soi-même.
On a le droit de croire en Dieu si on a peur de la mort et de
l'au delà. Ce que je condamne, c'est le recours à
la peur pour étouffer les opinions. extorquer de l'argent
et imposer une morale. Voila ce que je dénonce.
On nous a fait croire que notre nature est mauvaise. Il faut
s'accepter et jouir de la vie. Il y a des impératifs
moraux, bien-sur. On essai tous d'être bon et de ne pas
faire de mal. ça n'interdit pas le sexe, la drogue et
le rock'n'roll.
'Antichrist Superstar' est aussi une dénonciation du
rock'n'roll qui est aussi fasciste que la religion. On pourrait
me comparer à un évangéliste. Quand on
dénonce l'hypocrisie sous toutes ses formes, on peut
la dépasser. Dans un monde de mensonges, soyons un mensonge
agréable.
Je considère que chacun a le droit d'exprimer son opinion.
Je n'essaie pas d'influencer les gens. J'ai dénoncé
le christianisme mais je n'ai pas prêché autre
chose. C'est un méthode propre au Pop Art, poussée
à l'extrême. C'est la base de ma démarche.
[À propos de l'image fasciste de Marilyn Manson]
J'utilise les signes de l'idéologie que j'attaque pour
créer une image paradoxale. Peu de gens osent adopter
cette méthode. Je dénonce le fascisme avec ses
propres icône. Le public qui s'époumone en dénoncant
le fascisme en reproduisant le rite et je trouve ça assez
intéressant.
Comme pour la drogue et Hollywood, le Glam rock et la décadence,
je suis passé par là, je sais que c'est bidon,
destructeur et je le dénonce. On ne peut parler de ce
que l'on connait. On ne peut pas critiquer de loin et dire "c'est
pas bien". Il faut d'abord en faire l'exprérience.
Les gens vont le vivre à travers vous ou faire leurs
propres expériences.
Je prends le temps de m'informer, de faire des recherches, je
me plonge dans la littérature, je vois des films. J'essaie
de les ouvrir au monde un peu à la manière d'un
professeur avec ses étudiants. Certains de mes fans se
comportent comme les bigots que je dénonce, ils se déguisent
comme moi. C'est leur façon de s'exprimer, de s'identifier
à un mouvement. Certaines villes ont essayé de
nous interdire mais la justice nous a donné raison. Cela
a créé un précédent. Et on nous
laisse tranquille. Les gens inventent des histoires pour avoir
des raisons de nous détester. Je ne fait rien d'autre
que du rock'n'roll. Tout ce que je dis c'est : vivez comme vous
l'entendez et au diable les censeurs ! Ils ont peur que leurs
gosses nous écoutent. Ils veulent les embrigader, les
bâillonner. Ils ont tout inventer pour me calomnier, mais
je continue à chanter sans m'occuper des cabales.
[À propos des fans et de leurs parents...]
Leurs parents n'avaient rien compris à Elvis Presley
ou aux Beatles. Tous ça n'est pas nouveau, je ne suis
pas plus radical qu'ils ne l'étaient alors. C'est juste
une question de style.
TR : On raconte tant de bobards sur nous. Si on mange du poulet
au restaurant, on raconte qu'on égorge des autruches
sur scène.
MM : Je ne considère pas tout ce que je fais comme de
l'art. Ce que je fais n'est pas choquant, c'est une forme de
provocation. Mes images reflètent ma pensée et
illustrent la musique. Malheureusement, certains ne le voient
pas ainsi, Ils cherchent des prétextes pour s'offenser
alors que nous voulons stimuler la reflexion.
[À propos de l'album 'Mechanical Animals']
Ce n'est pas plus positif, c'est plus décadent, plus
fambloyant. C'est une facette plus sombre. L'intention est évidente.
'Antichrist Superstar' était plus direct, plus provocateur,
parce que le titre même était une provocation.
Cet album est plus subtile, le message est plus dangereux. Quand
on entend les gens fredonner 'The Dope Show' sans penser à
ce qu'ils chantent. Je trouve ça pas mal... Il y a longtemps
que je voulais faire ça parce que je touche les gens
sans qu'ils s'en rendent compte.
Je ne parle pas de religion. J'ai tout dit sur le sujet. Dans
cet album, j'utilise l'image de la drogue non seulement au premier
degré mais j'évoque aussi ce que les gens utilisent
pour étouffer leurs émotions, qu'il s'agisse de
la religion, de la télévsion ou meme du pouvoir
de célébrité. La télévision
est d'une telle hypocrisie en matière de drogue. Les
gens sont persuadés que la consommation hédoniste
de drogue est plus condamnable que l'usage curatif. Parce qu'une
drogue est illégale, ils pensent qu'elle est plus mauvaise
qu'un médicament. Les gens prennent des antidépresseurs
pour modifier leur comportement, aussi dangereux que la drogue
mais le gouvernement n'en contrôle pas la vente.
'Antichrist Superstar' était le reflet glacé de
ma tentative pour devenir un être surhumain. À
la fin de ce processus, quand j'ai fini mon livre, j'ai trouvé
mes émotions. Cet album est un diptyque qui raconte mon
retour à l'état humain à Hollywood, un
lieu peu propice pour ça. Il y a sept morceaux qui sont
une approche sarcastique, Glam rock, de ce que j'éprouvais
à l'époque. Les sept autres révèlent
la face sombre. Je crois que j'ai subi un changement profond,
dans tous les domaines que j'attribue à 'Antichrist Superstar',
qui était une transformation. Je crois avoir réussi.
J'avais vécu des expériences si extrêmes
qu'il était temps de renaître sous une autre forme.
J'ai retrouvé une certaines ouverture d'esprit dans mes
relations avec les autres. J'ai même été
séduit par l'amour. Je crois qu'on le sent dans cet album.
On retrouve cette idée plusieurs fois sur cet album.
Les sentiments me font peur et les émotions sont sans
issue. C'est l'album le plus intime que j'ai fait à ce
jour.
Plus j'avais d'émotions, plus le reste du monde me semblait
froid. J'ai lu l'article "Androïde" dans le dictionnaire.
C'est un être humanoïde qui n'a pas d'âme.
C'est ainsi que je voyais tout ce qui m'entourait. 'Mechanical
Animals', voilà le terme qui décrit les gens.
Cette idée que plus l'homme développe la technologie,
plus il devient superflu. Les ordinateurs penseront à
notre place. Les mobiles parleront entre eux. C'est la hantise
des écrivains de science fiction, de tout le monde, de
tous les récits anciens, qu'un jour l'homme se rendra
inutile et superflu. La seule lueur d'espoir dans ce disque
c'est que si un jour la machine remplace l'homme, elle verra
bien qu'elle ne peut pas remplacer son âme. Il faudra
reconstruire l'homme et son âme. Dans un certain sens
'Mechanical Animals' est un album très spirituel, si
l'on fait abstraction des connotations idiotes du mot. J'essaie
de retrouver mon âme.
La religion risque d'être remplacé par le vertige
technologique qui détruira l'homme. La science a réussi
à prouver que dieu n'existait pas mais elle a fait surgir
un nouveau dieu, l'humanité. Ce n'est pas "Big Brother"
mais nous sommes tous des "Little Brothers". qui nous
surveillons et nous détruisons les uns les autres.
La provocation va plus loin dans cet album parce que je fais
comprendre aux gens que mes émotions devraient les inquiéter
parce qu'elles me rapprochent d'eux.
On n'a pas découvert tout ça d'un coup. En fait,
certains éléments de ces chansons datent de l'écriture
d''Antichrist Superstar'. L'approche d'un producteur comme Trent
Reznor est différente : il élimine la mélodie
pour obtenir un son plus dur. J'ai écrit cet album et
je l'ai produit tout seul dans mon studio, chez moi. Le producteur
Michael Beinhorn, nous a aidé à finir le disque.
Cet album reflète bien le groupe. C'est notre première
uvre collective.
Je crois que l'absence de producteur a marqué ce disque.
On a fait ce qu'on voulait, sans que l'on nous dirige dans une
direction donnée. Je savais exactement ce que je voulais
faire, dans les deux parties de l'album. Il y a 7 chansons pour
chacune des parties. Je ne crois pas que j'aurais pu expliquer
ça. J'ai préféré le faire et appeler
un producteur à la fin pour qu'il voie tout l'ensemble.
Certains de ses éléments viennent de mon enfance
et de la musique de ma jeunesse. Cela se sent dans le disque
qui est une espèce de renaissance. On a utilisé
peu de technologie. C'est un album plus organique.
|