Magazine
Rock & Folk (N°375)

Pays
France

Date de parution
Novembre 1998

Propos recueillis par
Patrick Olivier Meyer

Retranscription
www.deadstar.net

Couverture

Éprouvez-vous de la sympathie pour Bill Clinton?

MM : Hum... Toute cette affaire avec Monica Lewinsky prouve au moins qu'il est une personne bien réelle et qu'il peut commettre des fautes comme n'importe qui. Par ailleurs, je pense qu'il fait du bon boulot pour le pays et il n'y a donc aucune raison que ses escapades sexuelles prennent de telles proportions. Comme je le dis dans mon livre, les fellations ça ne compte pas, c'est comme signer un autographe.

D'un coté, Clinton se retrouve mis à l'index pour sa relation avec Monica Lewinsky, de l'autre on vante les mérites du Viagra. Serait-ce là tout le paradoxe des États-Unis?

MM : Les États-Unis sont un pays plein de contradictions. C'est pour cette raison que les gens sont toujours à coté de leurs pompes et que les serial killers ont autant la cote. Par exemple, on apprend à l'école que si on travaille beaucoup, on va être meilleur que son voisin et en même temps, on nous serine avec l'idée que tous les hommes sont égaux, donc on ne sait plus trop où on en est. Clinton et le viagra, c'est également révélateur : le sexe c'est mal mais, à coté de ça, un produit te permet d'améliorer tes performances. En fait, Clinton devrait prendre plus de drogues, ça le calmerait un peu. Quand on est chargé de cocaïne, on ne peut plus avoir d'érection. Comme ça après, pour compenser, il prendrait un Viagra.

À quand Marilyn Manson président?

MM : Tout le monde connait ma vie sexuelle, je pourrais donc le devenir dès à présent. En même temps on voit bien aujourd'hui que le président des Étas-Unis n'est qu'une figure symbolique. On a davantage de pouvoir politique en faisant de la musique, encore faut-il s'en servir à bon escient.

Seriez-vous tenté par un rendez-vous avec Monica?

MM : Non, elle n'est pas mon genre.

Dans votre autobiographie, vous faites référence à Traci Lords et c'est finalement assez triste car vous ne mentionnez que des fellations. Hum... vous ne l'avez jamais baisée?

MM : J'ai avoué tout ce que j'ai pu mais il pourrait y avoir davantage, c'est à votre imagination de faire le travail (rires). Dans ce livre, et c'est pareil pour les passages liés à la drogue, ce n'est pas tant ma personne que j'ai cherché à protéger que les autres. J'ai essayé de retranscrire fidèlement ma vie par rapport à mes souvenirs sans révéler les détails au grand jour pour ne blesser personne.

Est-il exact que Dave Navarro des Red Hot Chili Peppers a voulu vous tailler une pipe et que vous êtes parti en courant?

MM : Ça ne s'est pas passé tout à fait comme ça. Dave et moi sommes très amis, il était un peu soûl et m'a dit qu'il se verrait bien avoir une petite aventure avec moi. Je me suis contenté de sourire.

Confrontons les pochettes de 'Mechanical Animals' et 'Aladin Sane'. Troublantes similitudes, non?


MM : Elles véhiculent le même coté androgyne, je suis représenté nu et asexué. Cela dit, si vous écoutez bien les deux disques, ils sont totalement différents. Bowie fut une influence déterminante pour moi, au même titre que Queen, T-Rex ou Iggy Pop. 'Mechanical Animals' évoque cette grande période de la musique.

Changement majeur : l'absence de Trent Reznor. L'album fut-il plus difficile à réaliser?

MM : Au contraire, j'avais une vision très claire de ce que je voulais obtenir, à savoir un vrai grand disque de rock'n'roll, avec de la peau et du nerfs, mais aussi des sentiments, après deux albums spécialement froids. 'Mechanical Animals' traite de la douleur de devenir humain et c'était indispensable de ne pas travailler avec Trent cette fois. 'Antichrist Superstar' était centré sur la notion de nihilisme. Là c'est une nouveauté, je me confronte à mes émotions. Paradoxalement 'Mechanical Animals' est aussi plus douloureux, plus noir.

Trent Reznor partage-t-il le même point de vue?

MM : À l'heure qu'il est, je suis sur qu'il a écouté l'album. Je n'ai toujours pas eu d'écho...

Que vous inspire Korn, votre grand rival?

MM : Le groupe est plutôt au point. Cela dit, j'aimerais le voir évoluer vers autre chose, il a tendance à se répéter. C'est le danger de tout artiste, c'est pour cette raison que je voulais changer un peu de direction.

Une comparaison avec Alice Cooper s'impose. En premier lieu les États-Unis l'ont détesté, ils l'ont ensuite accepté puis se sont mis à l'adorer. Comment vous voyez-vous dans vingt ans?

MM : J'espère que les américains me détesteront toujours. Quand on est aimé de tout le monde, ça peut vite devenir ennuyeux, je n'ai pas envie de ça. Finalement l'idéal est d'être aimé et détesté de manière équitable.

Et Boy Georges, vous l'aimez? Lui est un de vos grands fans.

MM : Je l'aimais bien quand j'étais môme. Dans l'esprit on n'est pas si éloignés que ça. Ma mère l'adorait. Elle lui écrivait plein de lettres, sans savoir qu'il était gay. C'est peut-être pour ça qu'elle n'a jamais eu de réponses.

Vous qui avez été critique musical en Floride pour un genre de Spin, quelle question auriez-vous envie de vous poser?

MM : Si je n'étais pas Marilyn Manson, je serais certainement un pauvre con, alors je crois que je me demanderais rien du tout.

Vous scandez 'Rock Is Dead'. Mort, vraiment mort?

MM : C'est une réponse sarcastique à ceux qui pensent que le rock a perdu tout intérêt. En fait, la plupart des gens et des groupes pensent et agissent comme des musiciens. J'agis avant tout comme un artiste, à une échelle bien plus importante. On s'est pas mal ennuyé dans les années 90 parce que la majorité des groupes ne mettaient aucune créativité dans ce qu'ils faisaient. Du coup, personne n'avait plus envie de relever le défi. Maintenant que je suis sur le point de devenir le plus grand groupe de rock aux États-Unis, les autres vont devoir réviser leurs standards. Ça va bouger. Je veux qu'on retrouve cette excitation que je ressentais étant gamin.

Vous ne serez donc pas la dernière rockstar?

MM : Pas forcément la dernière. Mais la meilleure, ça oui. Ce disque est le dernier espoir de sauver le rock and roll.

Maintenant qu'Anton Lavey, le grand maître de l'Église de Satan est mort, vous êtes le dernier grand Sataniste en place. Pourriez-vous expliquer rapidement votre religion?

MM : Je crois seulement en moi-même. Dieu/le Diable, le bien/le mal sont autant d'antinomies propres à chacun. Pourquoi vouloir choisir l'une ou l'autre? Le Christianisme rend coupable par rapports à certaines facettes de la personnalité et le Satanisme permet d'exprimer les désirs naturels de chacun en toute sérénité. J'incarne les contractions de tout individu.

Ne craignez-vous pas d'être un jour assassiné par un fanatique religieux?

MM : Je n'ai pas peur de la mort mais, il y a deux ans à l'époque de 'Antichrist Superstar', je vivais sur un mode plutôt dangereux. J'ai passé le cap et le fait de vivre avec la mort toujours à l'esprit aide à rendre l'existence plus agréable, ça donne plus de valeur au quotidien.

Combien vendriez-vous votre âme au Diable?

MM : Je me la vendrait directement. Sans oublier de me faire un prix (rires).

Puisque vous utilisez son nom, le fameux Charles Manson vous réclame-t-il des royalties depuis sa prison?

MM : Cette association vient des médias. Marilyn et Manson sont au départ deux mots anodins mais, quand ont les juxtapose, ça donne un certain pouvoir... Il n'y a aucune référence directe à Manson.

Nous vivons dans un monde d'illusions. Quelle fut pour vous la plus dangereuse?

MM : Croire que je pouvais me couper de tout sentiment humain. C'était un leurre parce que tôt ou tard, on doit s'y confronter, expérimenter des choses comme l'amour et tout ce qui touche à la nature humaine. On ne peut éternellement forcer les gens à se rallier au nihilisme sous prétexte d'être incompris du monde. D'une certaine manière, j'ai grandi.

Reste que, selon vous, Dieu est une statistique. Mais encore?

MM : À une époque reculée, les gens pensaient que la terre était plate et cette croyance populaire était si marquée qu'il fut pendant longtemps admis qu'elle l'était. Les gens pensent toujours que dieu existe, aux États-Unis, ça peut aller très loin, mais il n'est pas dit qu'un jour on démontre le contraire. À partir de là, l'existence de Dieu peut peut tout aussi bien être remise en cause. C'est une statistique.

Qu'est ce qui vous fait peur chez les gens?

MM : L'ignorance et la stupidité. On a de plus en plus de moyens pour apprendre, notamment grâce à l'évolution de la technologie, mais non, les gens préfèrent rester ignares.

Et chez vous?

MM : Je ne sais jusqu'à quel point je peux me contrôler et parfois ça me met mal à l'aise. J'ai expérimenté le pouvoir, le sexe, la drogue, la religion au maximum de mes possibilités, tout cela représente un même niveau de danger, mais j'aimerais bien être fixé sur mes limites.

Quel est votre pire cauchemar?

MM : Enfant, je rêvais de la fin du monde, c'était horrible, et puis après j'ai grandi, je me suis familiarisé avec l'Antéchrist et j'ai été en mesure d'affronter mes peurs. Aujourd'hui mon cauchemar tend à se limiter à la vision du gros cul de Courtney Love en train d'inonder la planète.

Pourquoi êtes-vous si sentimental?

MM : Je pense que la perte de l'innocence inspire les gens à se remémorer leur enfance, essayer de retrouver cette candeur. Quand on est enfant, les choses ont plus de grandeur, les rêves représentent davantage, j'ai toujours essayé de me raccrocher à mon enfance.

Votre médicament préféré?

MM : 'Coma White', le nom d'un médicament que j'ai inventé sur l'album, qui a le pouvoir de représenter toutes les drogues et qui anéantit totalement les gens. Je le recommande vivement.

Combien avez-vous de cicatrices?

MM : 450

On peut voir?

(il soulève son t-shirt et découvre un torse tailladé de multiples scarifications)
MM : C'est une estimation, je ne les ai jamais vraiment comptées.