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Éprouvez-vous de
la sympathie pour Bill Clinton?
MM : Hum... Toute cette affaire avec Monica Lewinsky prouve au
moins qu'il est une personne bien réelle et qu'il peut
commettre des fautes comme n'importe qui. Par ailleurs, je pense
qu'il fait du bon boulot pour le pays et il n'y a donc aucune
raison que ses escapades sexuelles prennent de telles proportions.
Comme je le dis dans mon livre, les fellations ça ne compte
pas, c'est comme signer un autographe.
D'un coté, Clinton se retrouve mis
à l'index pour sa relation avec Monica Lewinsky, de l'autre
on vante les mérites du Viagra. Serait-ce là tout
le paradoxe des États-Unis?
MM : Les États-Unis sont un pays plein de contradictions.
C'est pour cette raison que les gens sont toujours à coté
de leurs pompes et que les serial killers ont autant la cote.
Par exemple, on apprend à l'école que si on travaille
beaucoup, on va être meilleur que son voisin et en même
temps, on nous serine avec l'idée que tous les hommes sont
égaux, donc on ne sait plus trop où on en est. Clinton
et le viagra, c'est également révélateur
: le sexe c'est mal mais, à coté de ça, un
produit te permet d'améliorer tes performances. En fait,
Clinton devrait prendre plus de drogues, ça le calmerait
un peu. Quand on est chargé de cocaïne, on ne peut
plus avoir d'érection. Comme ça après, pour
compenser, il prendrait un Viagra.
À quand Marilyn Manson président?
MM : Tout le monde connait ma vie sexuelle, je pourrais donc le
devenir dès à présent. En même temps
on voit bien aujourd'hui que le président des Étas-Unis
n'est qu'une figure symbolique. On a davantage de pouvoir politique
en faisant de la musique, encore faut-il s'en servir à
bon escient.
Seriez-vous tenté par un rendez-vous
avec Monica?
MM : Non, elle n'est pas mon genre.
Dans votre autobiographie, vous faites référence
à Traci Lords et c'est finalement assez triste car vous
ne mentionnez que des fellations. Hum... vous ne l'avez jamais
baisée?
MM : J'ai avoué tout ce que j'ai pu mais il pourrait y
avoir davantage, c'est à votre imagination de faire le
travail (rires). Dans ce livre, et c'est pareil pour les passages
liés à la drogue, ce n'est pas tant ma personne
que j'ai cherché à protéger que les autres.
J'ai essayé de retranscrire fidèlement ma vie par
rapport à mes souvenirs sans révéler les
détails au grand jour pour ne blesser personne.
Est-il exact que Dave Navarro des Red Hot
Chili Peppers a voulu vous tailler une pipe et que vous êtes
parti en courant?
MM : Ça ne s'est pas passé tout à fait comme
ça. Dave et moi sommes très amis, il était
un peu soûl et m'a dit qu'il se verrait bien avoir une petite
aventure avec moi. Je me suis contenté de sourire.
Confrontons les pochettes de 'Mechanical Animals' et 'Aladin Sane'.
Troublantes similitudes, non?
MM : Elles véhiculent le même coté androgyne,
je suis représenté nu et asexué. Cela dit,
si vous écoutez bien les deux disques, ils sont totalement
différents. Bowie fut une influence déterminante
pour moi, au même titre que Queen, T-Rex ou Iggy Pop. 'Mechanical
Animals' évoque cette grande période de la musique.
Changement majeur : l'absence de Trent Reznor.
L'album fut-il plus difficile à réaliser?
MM : Au contraire, j'avais une vision très claire de ce
que je voulais obtenir, à savoir un vrai grand disque de
rock'n'roll, avec de la peau et du nerfs, mais aussi des sentiments,
après deux albums spécialement froids. 'Mechanical
Animals' traite de la douleur de devenir humain et c'était
indispensable de ne pas travailler avec Trent cette fois. 'Antichrist
Superstar' était centré sur la notion de nihilisme.
Là c'est une nouveauté, je me confronte à
mes émotions. Paradoxalement 'Mechanical Animals' est aussi
plus douloureux, plus noir.
Trent Reznor partage-t-il le même point
de vue?
MM : À l'heure qu'il est, je suis sur qu'il a écouté
l'album. Je n'ai toujours pas eu d'écho...
Que vous inspire Korn, votre grand rival?
MM : Le groupe est plutôt au point. Cela dit, j'aimerais
le voir évoluer vers autre chose, il a tendance à
se répéter. C'est le danger de tout artiste, c'est
pour cette raison que je voulais changer un peu de direction.
Une comparaison avec Alice Cooper s'impose.
En premier lieu les États-Unis l'ont détesté,
ils l'ont ensuite accepté puis se sont mis à l'adorer.
Comment vous voyez-vous dans vingt ans?
MM : J'espère que les américains me détesteront
toujours. Quand on est aimé de tout le monde, ça
peut vite devenir ennuyeux, je n'ai pas envie de ça. Finalement
l'idéal est d'être aimé et détesté
de manière équitable.
Et Boy Georges, vous l'aimez? Lui est un
de vos grands fans.
MM : Je l'aimais bien quand j'étais môme. Dans l'esprit
on n'est pas si éloignés que ça. Ma mère
l'adorait. Elle lui écrivait plein de lettres, sans savoir
qu'il était gay. C'est peut-être pour ça qu'elle
n'a jamais eu de réponses.
Vous qui avez été critique
musical en Floride pour un genre de Spin, quelle question auriez-vous
envie de vous poser?
MM : Si je n'étais pas Marilyn Manson, je serais certainement
un pauvre con, alors je crois que je me demanderais rien du tout.
Vous scandez 'Rock Is Dead'. Mort, vraiment
mort?
MM : C'est une réponse sarcastique à ceux qui pensent
que le rock a perdu tout intérêt. En fait, la plupart
des gens et des groupes pensent et agissent comme des musiciens.
J'agis avant tout comme un artiste, à une échelle
bien plus importante. On s'est pas mal ennuyé dans les
années 90 parce que la majorité des groupes ne mettaient
aucune créativité dans ce qu'ils faisaient. Du coup,
personne n'avait plus envie de relever le défi. Maintenant
que je suis sur le point de devenir le plus grand groupe de rock
aux États-Unis, les autres vont devoir réviser leurs
standards. Ça va bouger. Je veux qu'on retrouve cette excitation
que je ressentais étant gamin.
Vous ne serez donc pas la dernière
rockstar?
MM : Pas forcément la dernière. Mais la meilleure,
ça oui. Ce disque est le dernier espoir de sauver le rock
and roll.
Maintenant qu'Anton Lavey, le grand maître
de l'Église de Satan est mort, vous êtes le dernier
grand Sataniste en place. Pourriez-vous expliquer rapidement votre
religion?
MM : Je crois seulement en moi-même. Dieu/le Diable, le
bien/le mal sont autant d'antinomies propres à chacun.
Pourquoi vouloir choisir l'une ou l'autre? Le Christianisme rend
coupable par rapports à certaines facettes de la personnalité
et le Satanisme permet d'exprimer les désirs naturels de
chacun en toute sérénité. J'incarne les contractions
de tout individu.
Ne craignez-vous pas d'être un jour
assassiné par un fanatique religieux?
MM : Je n'ai pas peur de la mort mais, il y a deux ans à
l'époque de 'Antichrist Superstar', je vivais sur un mode
plutôt dangereux. J'ai passé le cap et le fait de
vivre avec la mort toujours à l'esprit aide à rendre
l'existence plus agréable, ça donne plus de valeur
au quotidien.
Combien vendriez-vous votre âme au
Diable?
MM : Je me la vendrait directement. Sans oublier de me faire un
prix (rires).
Puisque vous utilisez son nom, le fameux
Charles Manson vous réclame-t-il des royalties depuis sa
prison?
MM : Cette association vient des médias. Marilyn et Manson
sont au départ deux mots anodins mais, quand ont les juxtapose,
ça donne un certain pouvoir... Il n'y a aucune référence
directe à Manson.
Nous vivons dans un monde d'illusions. Quelle
fut pour vous la plus dangereuse?
MM : Croire que je pouvais me couper de tout sentiment humain.
C'était un leurre parce que tôt ou tard, on doit
s'y confronter, expérimenter des choses comme l'amour et
tout ce qui touche à la nature humaine. On ne peut éternellement
forcer les gens à se rallier au nihilisme sous prétexte
d'être incompris du monde. D'une certaine manière,
j'ai grandi.
Reste que, selon vous, Dieu est une statistique.
Mais encore?
MM : À une époque reculée, les gens pensaient
que la terre était plate et cette croyance populaire était
si marquée qu'il fut pendant longtemps admis qu'elle l'était.
Les gens pensent toujours que dieu existe, aux États-Unis,
ça peut aller très loin, mais il n'est pas dit qu'un
jour on démontre le contraire. À partir de là,
l'existence de Dieu peut peut tout aussi bien être remise
en cause. C'est une statistique.
Qu'est ce qui vous fait peur chez les gens?
MM : L'ignorance et la stupidité. On a de plus en plus
de moyens pour apprendre, notamment grâce à l'évolution
de la technologie, mais non, les gens préfèrent
rester ignares.
Et chez vous?
MM : Je ne sais jusqu'à quel point je peux me contrôler
et parfois ça me met mal à l'aise. J'ai expérimenté
le pouvoir, le sexe, la drogue, la religion au maximum de mes
possibilités, tout cela représente un même
niveau de danger, mais j'aimerais bien être fixé
sur mes limites.
Quel est votre pire cauchemar?
MM : Enfant, je rêvais de la fin du monde, c'était
horrible, et puis après j'ai grandi, je me suis familiarisé
avec l'Antéchrist et j'ai été en mesure d'affronter
mes peurs. Aujourd'hui mon cauchemar tend à se limiter
à la vision du gros cul de Courtney Love en train d'inonder
la planète.
Pourquoi êtes-vous si sentimental?
MM : Je pense que la perte de l'innocence inspire les gens à
se remémorer leur enfance, essayer de retrouver cette candeur.
Quand on est enfant, les choses ont plus de grandeur, les rêves
représentent davantage, j'ai toujours essayé de
me raccrocher à mon enfance.
Votre médicament préféré?
MM : 'Coma White', le nom d'un médicament que j'ai inventé
sur l'album, qui a le pouvoir de représenter toutes les
drogues et qui anéantit totalement les gens. Je le recommande
vivement.
Combien avez-vous de cicatrices?
MM : 450
On peut voir?
(il soulève son t-shirt et découvre un torse tailladé
de multiples scarifications)
MM : C'est une estimation, je ne les ai jamais vraiment comptées.
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