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Commençons par une
question cruciale à propos de ces deux chiffres, 1 et 5,
qui figurent sur le lettrage de 'Mechanical Animals'. Les rumeurs
les plus folles courent déjà quant à leur
signification. On en a retenu trois :
a) 1 et 5 pour 15 septembre, date de sortie aux States
b) 1 + 5 = 6, référence déguisée au
satanisme
c) 1 et 5 pour "january 5th" (5 janvier), date de ton
anniversaire...
MM : Depuis très longtemps, j'ai une véritable fascination
pour tout ce qui est numérologie et, pour le coup, j'ai
aimé les coïncidences qui existaient autour de ces
deux chiffres. Les trois que tu viens de citer en font partie,
à commencer par mon anniversaire, et même si la date
de sortie de l'album ne fut décidée qu'après
coup. On peut en rajouter une autre : ces 15 minutes de honte
que je cite sur l'album, en référence au quart d'heure
de célébrité d'Andy Warhol. D'autres coïncidences
apparaîtront aux yeux des gens au fur et à mesure...
Cette déjà fameuse pochette
fait l'objet de controverses, certaines chaînes de magasins
ayant clairement annoncé qu'elles ne distribueraient pas
l'album à cause d'elle. Y vois-tu là de leur part
une sorte de persécution à ton égard ou juste
une attitude coutumière?
MM : Cette image était censée représenter
mon état d'esprit du moment, ce que j'essayais d'exprimer
dans mes textes : la vulnérabilité, l'androgynie,
l'aliénation... Il y a un contenu provocateur, mais d'un
simple point de vue artistique. Quelque chose qui fasse réfléchir,
que chacun interprète à sa façon. Si une
telle image en effraie certains, cela ne fait que prouver leur
propre insécurité. À partir de là...
Je ne suis pas surpris et je ne considère pas ça
comme de la censure. À mon niveau, ça ne fait qu'un
challenge de plus à relever.
On a le sentiment que tout sur 'Mechanical
Animals' tient en une volonté presque obsessionnelle que
Marilyn Manson est avant tout un artiste, bien plus qu'un phénomène
en tout cas.
MM : Je crois que c'était là quelque chose au fond
de moi, de manière presque inconsciente. Tant de gens m'ont
sous-estimé. Cet album est là pour leur prouver
qu'ils étaient à côté de la plaque.
Mais si cela n'en avait été que l'unique motivation,
elle m'aurait immanquablement conduit dans une impasse. L'envie
était davantage de montrer ce côté humain,
de montrer que je n'étais pas cet "animal mécanique"
que tout le monde voulait voir en moi. Montrer par ricochet que
ce côté "sans cœur" dont je me servais
comme bouclier par le passé était une façon
de protéger cette vulnérabilité qui était
en moi.
La façon dont tu exposes cette vulnérabilité,
cette humanité pourraient laisser croire que tu ne manipulais
ou contrôlais moins les événements qui ont
entouré l'ère 'Antichrist Superstar' qu'ils ne te
manipulaient et contrôlaient toi-même...
MM : Les deux allaient forcément de pair et étaient
intéressants à observer. 'Antichrist superstar'
était un moyen d'atteindre le pouvoir, de l'explorer, de
l'exploiter, de fouiller plus en avant cette relation entre religion
et rock, entre politique et rock, comment tout ça pouvait
tourner au fascisme quand il passait entre les mains des mauvaises
personnes. Tu ne ressors pas indemne d'une telle analyse et c'est
pour ça que je parlais de transformation. Maintenant, je
renais, je me suis redéfini d'une certaine manière.
Mais que répondre à ceux qui
argueront que ce changement de style, cette mue, cette volonté
d'être davantage perçu en tant qu'artiste, sont un
moyen pour toi d'être plus conventionnel, de rentrer dans
le rang?
MM : Ce serait une curieuse façon de voir les choses. Dans
mon esprit, tout ce que Marilyn Manson cherche à présenter
reste très extrême. Seule la manière a changé.
J'en appelle aujourd'hui à d'autres éléments
pour m'exprimer, c'est tout. Ce n'est pas parce que ces éléments
semblent moins sombres, moins "affreux", qu'ils y perdent
en substance. Je pense au contraire qu'ils posent davantage de
questions, qu'ils invitent encore davantage à réfléchir,
avec une plus grande profondeur. Et c'est justement cette profondeur
qui fera que mon message pourra être mieux capté,
mieux accepté, le cas échéant. Mais à
aucun moment je n'ai cherché à me rendre plus...
malléable, plus consensuel.
Sur 'I Want To Disappear', tu martèles
"Je veux disparaître". Est-ce quelque chose qui
t'a traversé l'esprit à un moment ou à un
autre? on ne parle pas là de suicide, mais de "disparaître
de la circulation", de tout laisser tomber.
MM : À vrai dire, c'est quelque chose qui revient presque
tous les jours. Foutre le camp, passer à autre chose...
Mais ce titre, 'I Want To Disappear', renvoie davantage à
l'adolescence, ce sentiment de ne jamais trouver sa place à
ce moment particulier de ta vie. C'est à la fois une réflexion
sur ma propre adolescence et une analyse de ce que je peux ressentir
à travers les yeux de la jeunesse américaine, ceux
de mes fans notamment.
Pour la deuxième fois consécutive,
Marilyn Manson perd un guitariste juste avant la sortie d'un album.
Le poste serrait-il le plus exposé, le plus fragile dans
le contexte Marilyn Manson?
MM : Non, ce n'est qu'une étrange coïncidence, rien
de plus. Ce qu'il s'est passé cette fois est finalement
assez simple. Nous étions en train de faire cet album,
principalement Twiggy (Ramirez) et moi, et le guitariste avait
ensuite la possibilité de s'intégrer dans ce que
nous avions déjà établi. On peut discuter
le principe, mais c'est comme ça que nous travaillons.
Bref, il s'y est plié au début, mais très
vite, disons que le style de vie de Los Angeles a eu une influence
conflictuelle sur son travail. Il était sans arrêt
absent, et quand nous avons commencé à répéter,
il ne se souvenait même plus des titres. Aucun problème
d'ego ou de personnalité n'est entré en ligne de
compte. Je me suis juste senti insulté, pour moi comme
pour le groupe, qu'un membre de ce même groupe ne connaissait
pas les chansons qu'il devait jouer. Il n'y a pas de place pour
les capricieux dans Marilyn Manson! On l'a donc remplacé.
On a laissé entendre encore qu'il
ne se sentait pas à l'aise car planait au dessus de lui
l'ombre d'un Dave Navarro qui pouvait éventuellement être
plus présent sur cet album la cas échéant...
MM : Depuis qu'il n'est plus dans le groupe, il ne cesse de dire
qu'il en est parti de son plein gré parce qu'il voulait
se consacrer à un projet solo. Sérieusement, est-ce
que l'on quitte Marilyn Manson, à plus forte raison aujourd'hui,
en laissant croire qu'il n'y avait aucun problème? Si quelqu'un
avait pu se sentir menacé, ce serait plutôt Twiggy.
Parce qu'il est là depuis plus longtemps, qu'il a toujours
composé une part conséquente des titres. Dave Navarro
est un ami de tout le monde dans le groupe et il n'a joué
au final en tout et pour tout qu'un solo de guitare. Tout le reste
n'a pas de sens.
Au-delà du rôle qu'il a pu jouer
dans l'éviction de Zim-Zum, le mode de vie "à
la Los Angeles" était annoncé il y a quelques
mois comme l'une des grandes inspirations de cet album. Qu'en
reste-t-il au final?
MM : Un truc comme 'The dope show' me semble assez représentatif
de ce "L.A. lifestyle", comment cette ville peut te
pomper le sang et le reste... Los Angeles est une grande blague,
mais une blague dangereuse. Le problème de Zim-Zum est
qu'il est devenu une partie de cette blague! Le plus drôle
est qu'après avoir entendu les premières maquettes
de 'The dope show', on ne l'a pas vu pendant trois jours... Mais
pour revenir à L.A., c'est un endroit vraiment étrange,
où tu as en permanence l'impression d'être dans le
casting d'un film ou d'une série TV. Si tu n'y fais pas
gaffe, tu as vite fait de t'y perdre, au propre comme au figuré.
On a dit que Billy Corgan (Smashing Pumpkins)
avait joué un rôle sur cet album, à travers
notamment beaucoup de discussions que vous auriez eu ensemble.
Qu'en est-il exactement?
MM : Il devait y collaborer au départ. Ça n'a pas
pu se faire parce qu'il travaillait au même moment à
son album. Au final, c'est mieux ainsi. Autrement, on l'aura rendu
coupable du changement... Nous avions commencé à
écrire cinq ou six chansons, sans que cela n'aboutisse.
En fait, c'est plus dans la façon dont nous nous échangions
nos impressions sur notre travail respectif que notre complicité
a pris forme. Mais c'est clair qu'il est de ceux qui m'ont donné
le courage d'avancer musicalement. Quand tu te lances dans quelque
chose d'aussi différent, il est bon de recevoir l'avis
ou les conseils de gens que tu respectes. Même si tenter
autre chose, ne plus bosser avec Trent était un besoin
tout personnel. Avec Trent, nous étions allés aussi
loin qu'il était possible d'aller ensemble. Il me fallait
vraiment me rétablir comme quelqu'un qui n'était
pas perçu comme la créature d'un autre. Nombreux
étaient ceux à douter que je puisse y arriver. 'Mechanical
Animals' est aussi la preuve que Marilyn Manson existe en tant
que groupe, que ce que nous faisions ou faisons nous appartient
pleinement.
Pouvoir se passer de Trent Reznor figurait-il
parmi les "top priorités", pour ne pas parler
d'obsession là encore?
MM : Non, pas tant que ça, ce n'était qu'un élément
dans un ensemble de choses. C'était aussi un choix qui
s'imposait de lui-même, étant données les
différences d'opinions qui nous avaient opposées
à la fin des enregistrements du précédent
album. À la limite, c'est peut-être plus difficile
dans sa position d'admettre que quelqu'un que tu as produit ait
le désir d'éclipser tout ce qu'il a fait... Je n'ai
jamais voulu que se dresse entre lui et moi un sentiment de compétition,
de concurrence. C'est pourtant ce qui avait commencé à
s'établir. Ce qui m'intéresse, moi, c'est ce que
je fais, pas d'être meilleur que lui.
Pour finir, une question que nous t'avions
déjà posée lors de notre précédente
rencontre, juste pour voir si la réponse est différente...
Imaginons que dans une vingtaine d'années ton fils ou ta
fille vienne te dire : "papa, Je ne suis pas très
fier de ce que tu as fait avec Marilyn Manson". Que lui réponds-tu?
MM : Hum... Je crois que je pourrais difficilement ne pas me marrer.
Tous les adolescents ressentent ça vis-à-vis de
leurs parents. Cette envie de se rebeller est même plutôt
saine. Si mes enfants s'identifiaient à ce que j'ai pu
être ou faire, c'est que quelque chose clochait.
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