Magazine
XL Magazine

Pays
France

Date de parution
1998

Propos recueillis par
?

Retranscription
www.deadstar.net

Brian Warner, la tête pensante de Marilyn Manson, n'a pas le look d'un jeune premier. Mais il s'en fout. Il vous explique pourquoi sa vie est un show permanent et on vous présente quelques copains à lui, autre principes du bon goût qui tâche!

À quoi ressemblait ta vie quand tu étais gamin?

MM : J'étais dans une école privée donc je portais un uniforme et j'avais une coupe au carré. En fait, j'étais fondamentalement mal dans ma peau et j'ai voulu défier les règles usuelles. Je voulais exprimer ce que je ressentais sans entraves.

À quel âge as-tu commencé à t'intéresser à la musique?

MM : C'est venu très tôt, vers onze ans. La musique était très importante car c'était un des seuls moyens de m'évader de tout ça.

Quelles étaient tes idoles?

MM : J'en avais des tonnes. J'étais fasciné par Kiss et leur look, mais il y avait aussi David Bowie, Iggy Pop et même Boy Georges de Culture Club. Tous ces artistes semblaient tellement sincères.

Tu rêvais de devenir une rock-star?

MM : En fait, je voulais devenir écrivain.

Que représente la musique pour toi?

MM : Je me sers de mon art pour essayer d'éveiller l'inspiration des gens. Leur permettre d'être eux-même à leur façon.

Ton look a toujours été, disons, bizarre. Quelle est ta définition de la beauté?

MM : Je trouve que les choses imparfaites ou ce qui se rapproche du "total look" sont magnifiques. Je ne trouve pas de beauté dans ce qui est courant, commun ou naturel.

Pour toi, quel est le summum du mauvais goût esthétiquement parlant?

MM : Courtney Love.

Pourquoi?

MM : Pas besoin de commentaires, il suffit de la voir! (rires)

Et le summum du bon goût?

MM : Marilyn Manson.

Pourquoi le look est-il si important pour toi?

MM : Je pense que la manière dont tu t'exposes en public reflète en grande partie ce que tu es en réalité à l'intérieur. Lorsque tu regardes une personne, son apparence extérieure peut te donner beaucoup d'informations sur ce qu'elle est vraiment, sur ses goût, ce qu'elle veut faire passer. Lorsque tu es un artiste, tu dois te servir de ton propre corps comme moyen d'expression et pas seulement avec la musique.

Passes-tu beaucoup de temps pour te maquiller?

MM : Une demi heure suffit et je fais ça tout seul.

Quand tu sors de chez toi, tu as toujours ce "total look"?

MM : Oui, dès que je vais quelque part, dans un endroit public, j'arbore ce look. Il n'y a que lorsque je dors dans mon lit.

Attends, tu te sapes comme ça quand tu vas acheter du pain ou du lait au supermarché?


MM : Je ne sors jamais de chez moi pour acheter du pain ou du lait (sourire), j'envoie quelqu'un pour ça.

Ta copine Rose McGowan est-elle aussi excitante dans la réalité que dans ses films?

MM : Oui, oui, ne t'inquiètes pas et même davantage encore. (sourire amusé)

Quelle est ta définition de l'amour?

MM : Donner et permettre à l'autre de profiter d'une partie de toi. Il y a une notion de possession qui est, je l'avoue, très romantique. En écrivant 'Mechanical Animals', j'ai eu l'impression d'avoir éprouvé des sentiments pour la première fois de ma vie. C'est pour ça que ce disque tient de la tragédie. Dans le passé, quand je hurlais mes émotions à qui voulait les entendre, je me moquais que le monde soit détruit le lendemain parce que je n'avais personnes à qui j'étais attaché.

Beaucoup de blah-blah pour dire que tu es tombé amoureux...

MM : Tu trouves aussi? (rires)

Dans tes chansons et sur scène, tu joues quand même avec certains tabous (drogues, blasphèmes, etc...) qui peuvent être dangereux pour des esprit faibles. En es-tu conscient?

MM : Oui. Je me sens responsable d'inspirer mes fans et ils devraient se sentir responsable d'évoluer intelligemment. Si tu veux apprécier l'art, les livres ou la musique, il faut que tu sois intelligent pour t'accaparer les messages et les interpréter à ta manière sans tout prendre au pied de la lettre.

Tu pratiques toujours l'automutilation?

MM : Dans le passé, je me suis volontairement mis dans des états de douleurs physiques car je ne ressentais rien au niveau émotionnel. C'est la raison qu'il faut trouver derrière cet attrait. Ceci dit, je pense effectivement que j'ai évolué depuis le jour oû j'ai éprouvé des émotions.

'Mechanical Animals' tente de toucher un public plus large. Tu en a donc fini avec le satanisme?

MM : Le satanisme, c'est juste un thème qui m'a inspiré dans ma carrière. Cet album là traite de la renaissance. En fait, je commence à rassembler les côtés droits et gauches de ma cervelle. Plus je ressens et j'éprouve de choses, plus le monde me semble froid et mécanique.

Et toi, pour changer les choses, tu proposes de tout faire exploser...

MM : Oui, la seule façon de changer le système, c'est de le détruire de l'intérieur. C'est devenu, avec mon art, mon objectif premier.

Alec Empire (Atari Teenage Riot) a un crédo radical : "Destroy yourself with the drugs before the system destroys you". Es-tu de cet avis?

MM : Non, parce que c'est ce que le système veut. Je ne pense pas qu'il faille laisser quoi que ce soit te contrôler ou te détruire. Je veux me battre pour que chacun ait cette force de décision.

Et quelles sont tes prochaines batailles?

MM : L'année prochaine, je vais réaliser un film basé sur la musique de 'Mechanical Animals'. Dans la tradition des films mythiques sur le rock comme 'Tommy Who' ou 'The Wall' des Pink Floyd. J'ai à peine commencé à bosser sur le scénario et je n'ai aucune idée sur le casting à part que j'y jouerais un rôle ainsi que Rose sans doute. Je mélangerai des éléments autobiographiques et fictifs. Ce sera un vrai rock opéra, quoi...